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  • Eugène ne m'a jamais fait suer !

     

     

     

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    Cet homme là, c'est un phare. Le dos voûté par la terre. Il marche à petit pas vers ses 82 ans; je me souviens l'avoir rencontré dans son jardin quand les radios diffusaient " Et j'entends siffler le train". Il se tient toujours debout dans ce même potager. Inusable ! Sa vue a terriblement baissé. Il avance désormais à l'aveuglette parmi les rayons tirés au cordeau par la Sandrine, fille de Bernard son "patron". Sa binette est devenue canne blanche. Je me souviens de toutes les pointes d'humour distillées par mon grand-père, les soirs d'été, à son égard : "Devine qui viens biner ce soir ?" 
    Eugène, fils d'institutrice, devenu commis de ferme à son retour de la guerre d'Algérie est mon paysage en toute saison. L'ami fidèle, le conseiller en graines économe de mots, l'incontournable soutien quand tu te sens abandonné aux tragédies de ce temps. Un don de la nature parmi les calendriers craquelés de sa chambre qui n'a jamais supporté le moindre chauffage. Il sait reconnaître à chaque printemps le chant des oiseaux migrateurs. 
    "Tu as entendu le coucou hier soir? Il est revenu. Le rossignol ne vas tarder à nous chanter sa sérénade toutes les nuits jusqu'à ce qu'il trouve sa promise...Tiens, emporte ces poireaux et plantent les cette semaine. Demain je te donnerai des graines de potiron."
    Eugène devine les secrets dans le froid de la cuisine, n'ignore rien des guerres civiles dans les maisonnées. Il ne peut pas mourir, c'est une tombe. Toujours voûtée et tellement fraternelle...

  • Au commencement...

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    Dieu créa d'abord l'homme. Pour se distraire, dit la légende des siècles. De fil et en aiguille, il s'est aperçu que sa créature s'ennuyait aussi alors il créa Facebook. Puis il créa les arbres, les bêtes comme autant de distractions. L'homme trouva de quoi s'occuper, un temps seulement, avec ses nouveaux compagnons de Je.

    Puis l'homosapionce s'ennuya de nouveau alors Dieu créa les féministes, source de distractions diverses, et le néandertalien créa, de guerre lasse, Brigitte Bardot pour s'occuper de ses instincts d'animal qui pense et qui bande. Et c'est ainsi qu'il donna naissance à l'amour courtois qui avait pour objet un être humain.


    Mais l'amour courtois se révéla n'être qu'une convoitise. Une attente dirigée vers l'être aimé et qui en appelait au consentement. Au final, le mot de merci, transporté à dos de troubadours, traversa les époques parce qu'il désignait ce consentement alors tout proche de la notion de grâce.

  • L'oiseau bavard

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    Pendant la promenade, ce matin, une petite brise a lavé le paysage beaucoup mieux que n'importe quel savon de Marseille. Sa légèreté m'a rendu heureux. Quand nous sommes rentrés au bercail avec la caravane (Trois chiens, une chatte) un oiseau s'est posé sur la fragile cime d'un genévrier comme dans un conte de faits.

    Mon dieu qu'il était bavard : " Faire la paix avec les arbres, faire la paix avec les bêtes, puis faire la paix entre les hommes..." 


    Edward, chien abandonné dans la forêt de la Sainte Baume, a trouvé ici son paradis depuis juillet 2012.

  • Aux racines de l'instinct

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    Les animaux sont ici les héros des pages d'un roman en construction.Ils tentent de cristalliser non pas un état inerte, mais une tension continuelle, toujours attentive, ouverte vers l'extérieur. Pourvu que l'on garde la volonté de sortir du territoire comme les évadés d'une douce félicité. L'essentiel consiste à défricher de nouvelles pistes, de flairer le sentiment de malaise chez la future proie. Le héros canin ou félin n'a pas peur de ne pas être aimé, mais de ne pas aimer la viande fraiche qu'il dérobe à la civilisation.
    Il ne craint pas que son désir reste inassouvi mais qu'il s'éteigne. Il craint, enfin, d'être blessé aux racines même de la vie et de l'instinct.

  • Le temps s'attarde

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    Une saison chasse l'autre. La violence de la bourrasque m'a soulevé au dessus de l'herbe et le chien aussitôt s'est mis à brailler comme si la tempête était de ma faute. Revenu sur terre, j'agrippe des deux mains son col de fourrure.


    Il hurle comme un loup et nous roulons de concert parmi les plantes gelées. Je sors la langue et de la bave coule le long de mon cou. Epuisés, nous rentrons sous les applaudissements d'un aigle Bonelli qui a photographié la bataille. Le souvenir est le seul Paradis dont nous ne pouvons être chassés.
  • Le pelage roux de la montagne

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    Comment ne pas songer aux urbains en regardant le jour se lever au sommet de la barre?

    A ceux qui sont vêtus de murs, trop habitués de se voir sous une forme antinaturelle.

    Ils marchent sur les rues pavées de bonnes intentions avec le levier de vitesse au point mort.

    Cherchant la descente vers le fleuve pour écarter le courant avec leurs bras.

    L'ironie romantique est réclamée par les pantalons, les jupes froissées, les vestes trop grandes.

    Rien n'est d'aplomb.

    Selon Hegel cette ironie romantique, donc, n'arbitre ni ne résoud les contradictions.

    Elle ne fait que les déplacer, les cacher, en les caricaturant.

    Finalement elle laisse inchangé l'état des choses qu'elle voulait résoudre.

    Ne fait qu'ajouter de nouvelles contradictions aux anciennes. (Gianni Carchia)

    De courts messages envahissent les câbles transmetteurs du grand bazar névrotique.

    Le virtuel règne dans le faux monde de l'intercommunicabilité.

    L'héritage familial reste gravé dans le marbre.

    Cet accroissement de contradictions n'est compensé par aucun progrès.

    Même en pente douce la tension demeure comme inapaisable.

    Homme libre, toujours tu chériras l'amer.

    Sommes-nous des animaux libres...?

    Sommes-nous dans un demi-sommeil ?

    Le souvenir, la sécheresse, le dernier coquelicot...

     

    Bonne année 2013

     

     

  • Une demi lune en deuil

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    Photo Conchita Gautron

     

  • Le don est le secret lui-même

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    Photo Yann G

    Derrida évoqua souvent le don dans ses travaux. Le don de quelque chose qui devrait rester inaccessible, donc non présentable et par conséquent secret. L'événement de ce don lierait l'essence sans essence du don au secret. Car un don, s'il se faisait connaître comme tel au grand jour, un don destiné à la reconnaissance s'annulerait aussitôt. Le don est le secret lui-même, si on peut dire le secret lui-même. Le secret est le dernier mot du don qui est le dernier mot du secret.

  • Un après-midi de chien

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    Il est d'une belle santé. Deux taches marrons sur le dos et la tête.

    Esprit de jour taché de nuit, âme tigrée. (V.Hugo)

    Ce tigre à courtes pattes a débarqué le 22 juillet dernier dans l'enceinte de la propriété.

    Par la grande porte.

    Chien errant en quête de femelle? Appels à la mairie, aux vétérinaires du coin, chez les commerçants.

    Rien à l'horizon...

    Le Jack russel n'a plus de maître.

    Quelques jours passent. Il s'appellera Edouard décide Pauline, nièce de onze ans. 

    Pourquoi? 

    Charles plus Edouard ça sonne bien. 

    Ce n'est pas l'état civil qui définit la jeunesse mais une certaine qualité de la raison et du coeur.

    Que peut-il bien se passer dans la tête d'un juilletiste qui a décidé, par un bel après-midi,

    de se débarrasser de son animal de compagnie.

    Edouard est pourtant d'excellente compagnie.

    Il a accepté de ne plus poursuivre la chatte Lune dès la nuit tombée.

    Faut avouer que la tigresse lui a balancé un sacré coup de patte sur le museau, un soir.

    On ne met pas son nez sous le cul d'une chatte, Edouard.

    Il partage avec bonheur les promenades alentours dans la forêt de la Sainte Baume avec Perle, Charles et

    Lune qui ferme toujours la marche.

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    Par prudence.

    Donc, la caravane s'allonge. C'est le vétérinaire qui affiche un grand sourire.

    Il va aggrandir sa piscine. Il a glissé une puce électronique dans la nuque d'Edouard.

    Ainsi, Adrien, le grand-Père de Pauline, sera le premier averti si d'aventure...

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    Bienvenue Edouard ! Ici, tu es désormais chez toi.

     

     

  • L'appel du 18 août

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    Andy Warhol reprend du service. I repeat, Andy Warhol reprend du service.

    Jean Rochefort a rasé ses longues moustaches.

    Les frites de la passion sont cuites.

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    Les roses de mon jardin ne sont pas made in China.

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    C'est pour quand le changement?

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    Perle n'aime pas la clavicule.

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    La chouette guette le retour de Blog-Trotter.

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    Le Christ est branché.

     

    Bienvenue, brave gens, sur cet écran qui reprend ses activités.

  • Les lapins vivent sur l'herbe et mangent de la viande (Par Jean-Yo des bois)

    On arrive ici en train, en voiture, à bicyclette, mais surtout à tout prix et la joie en poche.

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    Ici, c'est la Rabbit Party. Une réunion de Lapins instituée par Philippe, notre hôte pour un Week-end, rabatteur de gibiers égarés au quatre coins du monde sur la toile...Une fine gâchette pour une chasse à coeur toujours ouverte.

     

    Philippe m'attendait à la gare, ses premiers mots ont annoncé la couleur.

    "Wouah ! T'as bonne mine Jean-Yo, c'est super que tu sois là, on va se la régaler !"

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    L'auteur de l'article (Ndlr)


    On rejoins le Kangoo à essence de diesel... ;) Direction le terrier.

    "On va s'arrêter à Mailly  la Ville !" qui m'dit. " Z'ont de la bonne came en viande, on va se faire un couscous d'un autre monde !"

    Il y avait aussi des oeufs de ferme et du vin...Que de la bonne effectivement.

    Et puis voilà le clapier cinq étoiles au guide Nichelapin.

    On est ébloui par le tapis vert d'où jaillit la demeure centenaire à la vigne vierge non déflorée...

    Ca sent bon la fraîche ! tonte. Quelques couvertures jonchent l'herbe sous un pommier, vestiges d'une sieste abandonnée.

    Charles attend, avec ses deux ballons de foot et de rugby, pour lui c'est pareil, il en que faire du 4:4:2 ou du French'flair, il a le sien et il en est fier.

    Charles c'est le fidèle chien du maître des lieux, vaillant et téméraire malgré son âge canin avancé, pas avare de câlins, lui il chasse le lapin de garenne et veille sans compter sur notre sommeil.

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    Charles le téméraire


    On rentre dans la maison, Une odeur parvient de la cuisine, une lente transpiration de compote de pommes qui mijote, Marion et Emilie sont au fourneaux et au moulin à poivre électrique,

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    Marion, prostitute number one

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    Emilie, prostitute number two

     


    un fromage blanc directement importé d'une ferme voisine trône sur la table.

    Les présentations sont faites, dans la foulée arrivent Yann et Solène avec leur petit Adrien qui du haut de son seul printemps vient découvrir l'Automne Burgond et faire chavirer le coeur de ces demoiselles. ( faudrait que je lui demande certains conseils à l'avenir.)

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    Yann et Adrien

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    Solène et Adrien



    On attend en vain Anne-Hello ainsi que Samuel; tous deux ont fourni un mot d'excuse valable, il faut au moins ça pour se priver de ce rendez-vous, en espérant que le prochain soit d'ores et déjà noté sur un agenda avec une astérisque.(* A ne rater pour rien au monde.)

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    Samuel, retenu en otage dans l'Ouest


    Philippe peut sortir les verres, on trinque à la Rabbit Party cuvée 2011.

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    Le mac à la barre


    Le reste du séjour, c'est dans les têtes, une Rabbit Party ne se raconte pas, elle se vit simplement et s'oublie difficilement...

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    Lapins agiles


     

    Mais quelques témoignages affluent tout de même du voisinage:

     

    -Les betteraves rouges se rappellent que l'ambiance autour du feu de la cheminée était chaleureuse.

    -Les trompettes (de la mort) certifient qu'il faisait beau et chaud durant ce week end, elles en sont sorties toute déshydratées.

    -Les loirs nous racontent que quand ils dévissent, c'est les chiens qui sévissent...

    -Les araignées, quand à elles, ne dévissent pas... la pantoufle tape du pied au plafond bien avant.

    -Le caviste de Coulanges dit que les vendanges ont eu un mois d'avance spécialement pour cette Rabbit Party.

    - Une hirondelle trouve que les barres iphoniques (ta race) ne courent pas les rues ici, que quand t'en as cinq c'est bien, et que sinon bah t'es obligé de dire "Merde, j'ai qu'une barre, faut que je sorte sous le poirier!"

    -Le petit Adrien aurait même voulu faire ses premiers pas au BDF, mais timide ou reconnaissant, il a gardé ce bonheur exclusif pour ces tendres parents.

    -France nous dit qu'il aurait préféré être parmi nous qu'avec certains.

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    France ;)


    -Y'en a qui disent que c'est plutôt de la Ratafiole ! C'est d'un bizarre...

    - Les salades composées, les noix, le couscous, le tiramisu, les fromages de chèvre, le jambon cru se sont réunis pour dénoncer les vers qui squattaient dans l'époisse, sans résultat. Ca donne du goût et on en meurt pas a répondu le juge!

    -Eugène nous assure que sa grange (bien tôlée) ne s'écroulera pas de sitôt.

    -Des présents ont célébré des anniversaires, c'était très design !

    -Les roses, trémières ou non, ont dit que les lapins allaient leur manquer en partant.

     

    Comme toujours, la simplicité, la sincérité, la déconne, la convivialité et la joie qui étaient au programme.

    Vive la Rabbit Party et vive les Lapins sans qui je n'aurais pu passer ce week-end merveilleux.

     

     Orphelin de mon appareil photo, je ne peux dévoiler que quelques photos prises par Marion et Mélie, c'est dire si l'intimité des lapins sera bien gardée.

     

  • Pour ne pas perdre le fil

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    Quand tu abandonnes ton quant-à-soi le paysage se révèle. Lopez. (Photo M.)

  • Fin août, mort minuscule de l'été

     

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    Il en est de même chaque année.

    Penser à cette fleur partie trop tôt sous d'autres cieux. Revoir ce temps où elle mijotait un semblable mélange entre vitalité et abandon, ne faisait plus de distinction entre poésie et littérature, entre vers vides et terre-plein, humanisme et pessimisme, vision du monde et socle infernal dont elle ne pouvait plus se détacher.

    Un amour infidèle à la vie toujours réfractaire aux trucages des faussaires familiaux.

    Amoureuse des arbres le jour, oublieuse de la légèreté la nuit.

    Toujours reliée à une indicible mélancolie en bordure des Lotophages qui attendent la mort en égrénant les années, puis les mois et enfin les heures. A la recherche de la fleur perdue dans une solitude aussi illimitée que l'océan.

    Sillonnant l'amer du Sud ardéchois, perdant le Nord après les tempêtes morvandelles dans une multitude de verres.

    Septembre à l'horizon hurla la vigie routinière !

    La barque s'échoua sur les rives de l'Yonne juste avant que celle-ci n'absorbe la Seine dans un poulailler qui contenait, outre une paille ancienne, la photo d'une chatte et sa bouteille de mauvais rosé.

  • Cerisier sur le gâteau de verdure

    Bourgogne

    Au printemps en Bourgogne, les mots superflus quittent d'eux-mêmes la phrase, telles des peaux mortes. Ils se faufillent avec l'armada de lézards sur le petit mur d'enceinte de la maison. Plein sud. Sous le soleil, cette année particulièrement généreux, les minutes de silence alternent avec les minutes d'émotions. La nature revendique à nouveau ses titres de noblesse. Bien après minuit, un rossignol en quête de lune de miel contera fleurette avec régularité à une foule d'admiratrices. Une seule partagera le futur nid.

    Au petit matin d'autres chants d'oiseaux participent à cette symphonie inspirée d'un Vivaldi zélé. En contrepoint à la valse d'informations tragiques qui transitent sans fin dans le poste de radio posé sur le radiateur à huile de la chambre.

    Deux tours jumelles vengées dix ans après leur disparition... Offerte à l'heure du premier café, la nouvelle soulève déjà quantité de polémiques. Les travestis afghans vont se raser, le cerisier a froid aux pieds, les commentateurs tranchent dans le lard de leur inconscient. Il est déjà cinq heures, je n'ai plus sommeil...

     

    (Merci mon chaton;)

  • Relâchement

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    Longue et douloureuse aura été la route en ce début d'année.

    Monsieur Balouli s'en est allé, un dimanche de janvier, alors qu'il me disait juste avant son départ combien il n'avait pas prévu que les tunisiens trouveraient la force d'échapper à la féodalité moderne. Il n'a pu terminer sa phrase à propos de l'Algérie : Ils ne bougeront pas...trop souffert...

    Quelques jours plus tard, la Pina Bausch du Morvan a perdu son sein gauche et maintenant ses cheveux.

    Lune, la petite effrontée, n'a pas cessé de dormir après avoir chassé les mauvais esprits avec une tendresse infinie, une douceur, une science qui rend le geste exemplaire.

    Au quotidien, les chiens reniflent la double enigme de la terre et de la bataille du sang, peinent de plus en plus à courir entre les morceaux d'humanité.

    L'été va bientôt changer d'hémisphère car le printemps se glisse déjà entre les feuilles mortes.

    Pauline et Lucile poussent des petits cris douillets dans la cuisine. Transhument parmi les humains et prennent le relais. Il suffit de contempler leur jeunesse pour éviter les fables inutiles et énormément de livres qui s'entassent, à propos de la mort de Dieu, de la mort de l'homme.

     

  • Le fil de trame d'un tissage irisé

     

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    Depuis deux semaines je goûte ce mélange alchimique, en silence. Vos commentaires s'engendrent comme des miroirs en cascade. Paroles chaleureuses, essentielles du présent, du passé. Petites vagues dans une grande mer qui s'étalent, se retirent. C'est la même eau fraternelle qui transporte les germes du futur. Merci.

     

  • Histoires de crabes

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    C'est une maison qui abrite une chatte, deux chiens, un dandy venu du froid, un cancer du sang et des voyageurs du monde entier. Une grande table, aussi, pour qu'y prenne place l'essentiel: la convivialité. La joie y est la bienvenue même si la douleur n'est jamais bien loin...

     

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    Tu sais Perle, il y a une tonalité Mozart, une tonalité Proust, une tonalité dans l'écriture chorégraphique.

    - Le gros soleil d'aujourd'hui a aussi sa tonalité ?

    Oui, chaque jour d'hiver le grand peintre prend la mesure de la grande toile printanière qui annoncera le dégel. Par petites tonalités, il pianote sur les minéraux, les aiguilles des pins, fait fumer les arbres dénudés, te prends au filet quand tu aboies après les mésanges effrontées.

    - Son travail est celui d'un artiste acharné dans son atelier alors ?

    Il est à la fois studieux et braconnier. Hume avec moi toutes les saveurs de sa peinture qui nous laissent chamboulés et haletants !

    - Tu as raison, je suis emportée par sa magie et chaque jour plongée dans un étonnement voluptueux.

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    Tu es triste ?

    Non Charles, enfin oui, en colère surtout.

    - Je peux te demander pourquoi ?

    J'ai reçu un email de notre Pina Bausch morvandelle...

    - Tu veux bien me le lire ?

    Juste un passage, c'est trop compliqué à comprendre pour un chien les termes médicaux : "Début novembre : mon sein a émis un liquide inquiétant (ce qui est un symptôme rare), une première ponction et ses analyses ont révélé un carcinome intra-canalaire (CIC) in situ, c'est à dire un cancer pas encore parti en voyage ailleurs que dans son lieu de naissance : mes canaux lactifères.
    Mi novembre, Le chirurgien qui venait de reprendre le poste d'une nommé Bouteille, (quelle belle coïncidence) a proposé une seconde ponction, dans un lieu de mon sein éloigné de celui où avait été effectué la première, pour vérifier quel volume du sein il faut enlever (tout ou une partie).
    Là, j'ai tué deux crabes dans de l'eau bouillante aromatisée, et nous les avons mangés avec de la mayonnaise, histoire de bien dire que c'est moi qui mange la bête et pas le contraire..."

    - Elle est bien jeune, non ?

    Elle vient d'avoir 35 ans et un bébé. Et demain, je vais voir Balouli à l'hôpital. Il a un cancer du poumon et ne pourra pas être avec nous autour de la table de Noël.

     

     

  • Duel au soleil

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    Pourquoi tu me fixes quand je gratouille le clavier ?

    - Je te fixe parce que tu es un gros fainéant.

    C'est l'hôpital qui se moque de la charité.

    - Je fixe le vent aussi; tu n'as pas remarqué ?

    Si bien sûr. Il vente à n'y pas croire. Les murs chuintent. Le Mistral arrache des cris aux fenêtres.

    - J'aime ce vent qui m'incite à me faire l'avocat du diable. Il fera naître d'autres pins, d'autres chênes, au printemps.

    Il rabote la falaise. S'infiltre dans les gerçures de la montagne.

    - Tout à la fois, il sème, fauche les vieilles carcasses de pins, fait chanter la hêtraie dans le sens du poil.

    Tu veux une rouste ? Je ne suis pas d'humeur. Je te dis que ce vent mérite de se perdre entre deux vagues de la côte.

    - Le vent emporte mes effrois, transporte l'alchimie secrète de l'avenir, annonce le chemin. Il te rend fou, te remet à ta juste place de virgule humaine. Il te mystifie, c'est tout. Concentre-toi paresseux !

    Je n'ai pas besoin d'écouter sa plainte pour savoir que c'est un bonimenteur de plus. Et toi sa complice d'un soir.

    -  Tu as tort, le vent est sorcier. Il est d'une nécessité secrète, irrévocable. Il te fait naître en soufflant des mots sur ton écran blanc. Tu es trop vêtu de murs, de villes. Il fait le ménage dans ton esprit de géomètre. Il déplace tes bornes, meuble tes secondes effrayantes ou heureuses.

    Il annonce la mort minuscule de l'été, fait plier tes pauvres pattes et vaciller les antennes de télévision.

    - La clé de ma liberté est pendue à son cou.

     

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    Il joue avec mes nerfs et pour la peine je vais jouer avec les tiens, petit boudin blanc.

     

  • Octobre rouge

     

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    Le temps des révolutions d'octobre à novembre.

    Ce n'est pas encore le temps de ramasser les feuilles de Prévert. Mortes pour la bonne cause d'après les estimations des spécialistes de la météo. Une révolution permanente qui s'achèvera en virevoltant dans un coin du salon Ikea. Je voudrais tant que tu te souviennes que la fenêtre était restée ouverte. Toi guettant les guillements de la chanson et le joli coup de vent sur la page.

    Et l'hiver fera ensuite son entrée sans métaphore ni poésie. Avec la finesse d'un rapport de procès-verbal de gendarmerie ou du compte rendu de thèse. Restera un mystère : pourquoi tant de cigales ayant chanté tout l'été, maltraitées par l'économique, martyrisées par les exercices de yoga, qui ont reçu à peu près tout de la fourmilière, et en pareil cas non sans justification, veulent-elles avoir par dessus le marché, le malheur d'être artiste en toutes saisons ?

     

     

  • Le prince et sa Majesté (par Marion Vallabrègue)

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    Photo Marion Vallabrègue

     

    Quand on l'approche, il montre les dents. C'est un sourire qui accueille, mais il peut aussi mordre si la main qui se tend n'est pas sincère. Inutile de feindre, il sait, il sent. Les intentions qui animent les gestes. Il perce le secret des âmes.

    Le soleil seul dicte son rythme. Les saisons, ses pas. Il connait tous les chemins, leurs failles, leur détours, leurs odeurs. N'obéit qu'à son flair. A l'affût, toujours, il ne se repose qu'auprès de sa Perle, sa fiancée, sa Majesté. Son égale.

    Elle qui sait quand l'heure tendre a sonné. Quand l'hiver pèse sur les chaussures. Quand il est l'heure de se coucher.

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    Photo Marion Laterre

     

    Quand on l'approche, elle montre les dents. Menace de mordre pour garder le choix. De la main à lécher. De son trône, elle surveille. Le geste trop brusque, l'éclat de voix. Apprécie la patience et la simplicité. Se moque des minauderies, leur préfère la discrète vérité. Quand elle le décide, elle vous frôle, l'air de rien, offrant ainsi permission de la caresser.

    Grogne doucement pour remercier, et un peu plus fort pour donner congé. Si elle se montre parfois docile et douce, elle n'en oublie pas que vous êtes un étranger. Et n'obéira jamais qu'à la voix de son maître. Et à son seul regard.

     Ce regard qui lui dit où tourner : à droite, vers la montagne, ou bien de l'autre côté, derrière la route. Ce regard qui la veille, qui la suit, en sourdine. Qui lui dit quand il n'y a rien à craindre. Ce regard qui lui parle, auquel elle répond par le sien. Et qui ne peut lui mentir.

     

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    Photo Raphaële Bruyère

     

    C'est l'union de deux instincts. Qui se savent par coeur. Qui s'entendent et se mêlent.

    Qui est l'animal quand il marche derrière sa chienne dans la forêt, emprunte  leurs passages secrets, quand il sent ce qu'elle renifle, et quand elle l'encourage, de ses va-et-vient rapides, à traverser le taillis, ignorant les ronces et la boue ? Qui est l'homme lorsque, d'un mouvement de patte, d'un hochement du museau, elle lui donne la réplique, le mot et le ton justes, et l'aide à vaincre la page blanche ? Qui protège qui ? Qui décide pour qui ? Et s'il n'y avait plus de bête, plus d'homme...?

    Quand la nuit est fraiche et la lune pleine, sur le haut plateau, le dos caressé par le vent, tous les sens aux aguets, ils sont, en vérité, deux libertés qui s'épousent.

     

     

     

     

     

  • Donne-moi la main...mon coeur.

     

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    Les mains de Yann et d'Adrien G. (Photo Yann G.)

    Jusqu'à ce jour là, leurs mains étaient presque vides

    Ce n'était pas faute de les occuper

    Une mère me disait : donner la main a toujours été ce que j'espérais de la joie

    Nos mains, témoins du lien d'amour, toutes chargées de ce que les mots ne diront pas

    Un soir, il lui prit la main

    Quelques temps plus tard, il la lui demanda

    Désormais, ils prendront en main ce bonheur commencé il y a peu

    Samuel et moi, jamais nous ne pourrons oublier ce jour où nous avons su lui tendre nos mains

    Les mains toujours reviennent peupler nos souvenirs.

     

  • Jeannot le chaud lapin

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    Je vais chercher le pain et le poulet. Ce furent les dernières paroles adressées à sa femme il y a une dizaine de jours, d'après la rumeur...

    Du côté de Saint-Zacharie et du Plan d'Aups la Sainte Baume (Var Ouest), elle allait bon train depuis une longue semaine. Mais où est donc passé Jeannot ?  L'ancien facteur avait marqué les esprits. Jean semblait être tout droit sorti du célèbre roman de Marcel Aymé : "La jument verte".

    Solide gaillard d'avant la privatisation, il incarnait le service public postal à la perfection. Dans sa camionnette, il transportait non seulement les retraites sous enveloppes mais aussi les médicaments des anciens dans l'incapacité de se déplacer jusqu'à la pharmacie de "Saint Zach". On dit même qu'il faisait leurs courses. Un humaniste le Jeannot et il portait à gauche. Le défenseur des veuves mais pas des veules: C'est qu'il en a basculé plus d'une dans les meules de foin.

    Le jour de la mort de Serge Reggiani il avait entonné tout le répertoire de "l'italien" pendant sa tournée. Chez Jean-Pierre, l'unique boucher-traiteur du village perché sur les flancs de la Sainte Baume, les clientes affichaient ce jour là un sourire discret lorsqu'il chanta "La femme qui est dans mon lit n'a plus vingt ans depuis longtemps..."

    Jeannot avait une main sur le coeur et l'autre sur le pli de son pantalon. Il a été cet indispensable lien social et fraternel qui fait aujourd'hui défaut dans les bureaux de poste en perdition.

    Son corps a été retrouvé hier flottant au large de la calanque des Goudes à Marseille. Un suicide selon Var Matin. Une disparition pas très catholique toujours selon la rumeur.

    Paix à ton âme Jeannot, on t'aimait plus que bien.

     

  • Des racines et du zèle

     

    C'est une maison qui épouse les saisons depuis deux cents ans.

    Celle de l'apprentissage du propre au sens où l'entendait Hölderlin.

    La maison du grand-père formé au 11ème cuirassier de Saint-Germain-en-Laye devenu grainetier en gros dans l'entre-deux-guerres...

    Le maître à penser, à peser ses mots. Quitte à les faire jongler entre-eux de branche en branche.

     

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    J'en reviens. Je l'ai quittée, non sans peine, durant la mort minuscule de l'été. J'entends encore la lumière qu'elle offre avec parcimonie à travers les petits carreaux. La musique qu'elle a enregistré depuis tant d'années et qu'elle porte en elle. C'est une maison charpentée comme un compositeur... un poète. Elle triture les sons, les mots, le chant des oiseaux à l'heure de la rosée blanche. Jusqu'au soir tandis que crépitent les bûches d'acacias dans la cheminée.

    "L'erreur, murmure-t-elle aux dormeurs, est de vouloir tout entendre pour tout comprendre." 

    Non, mieux vaut entendre "le tout" et le chemin qu'elle propose.

    C'est une maison qui identifie les contraires. Mêlant les analyses lucides de comportements. Le sien et celui des autres, la compassion, les mots d'amour, la froidure de l'hiver et la dureté des discours.

    Une maison roman en plusieurs volumes. 

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    C'est une maison qui se glisse dans les boucles du temps, qui démêle les cheveux et les tensions.

    Elle va et vient de livre en livre. Et quand la dernière lampe s'est éteinte, elle crée le mouvement des hanches des dormeurs sous un ciel d'étoiles en forme de coeur... 

     

     

  • Flâneries avec miss O' Connor

     

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    Photo Samuel Nissim

    Facile ! C'est vrai. Flannery O'Connor, compagne sudiste de mes voyages et du sacré, ne me lasse jamais.J'aime la relire parce qu'elle n'y allait pas de mains mortes avec les imbéciles de son temps. Pas le genre à pondre un "Autant en emporte le vent" comme le souhaitait sa mère. Elle a préféré écrire "Les braves gens ne courent pas les rues". Entre autres.

    Voici un extrait du portrait qu'a fait d'elle Cécilia Dutter dans la Revue Littéraire (éditions Léo Scheer)

    "Faulkner, Carson McCullers, Steinbeck, Caldwell… eux aussi ont écrit le Sud. Flannery O’Connor, elle, vient à la fois de là et d’un « ailleurs ». C’est une météorite littéraire, un caillou extraterrestre tombé par hasard à la surface du globe. Elle est différente. Drastiquement. Sa perception, son analyse, son regard, tout chez elle est oblique. Curieuse, elle soulève les couvercles, retourne les pierres, regarde sous les lits. Elle a pour mission de révéler l’autre réalité, celle qui s’immisce entre les faits, la face cachée des choses. 
    Du talent, elle sait qu’elle en a. Pas l’ombre d’une vanité pourtant dans ce qui n’est qu’un simple constat. Et à qui voudrait qu’elle le galvaude, elle ne craint pas de tenir tête. Il n’y a qu’à voir de quelle façon elle envoie valser John Selby qui faillit être son premier éditeur chez Rinehart pour comprendre l’idée qu’elle se fait très tôt de sa vocation et de l’originalité de son propos : « Je suis déjà en mesure de vous dire que je ne souhaite absolument pas travailler selon vos directives, comme le font les auteurs dont vous m’envoyez les noms. Il me semble que les qualités (si qualités il y a) que présente l’ouvrage sont intrinsèquement liées aux défauts que vous mentionnez. Je n’écris pas un roman conventionnel et je crois que la valeur de ce que je dis vient précisément de la singularité de mon expérience. » Voilà qui a le mérite d’être clair.
    Son talent ne vaut rien si elle ne le met pas au service de sa conception du monde. Comme tout écrivain, elle a la sienne bien sûr, mais comme bien peu, elle détient le sens inné du mystère et du sacré. Telle est donc sa tranquille ambition : lever un coin du voile de l’invisible réalité."

     

    Je suis en vacances, inutile de le préciser; ça se sentait, non ? Retour le 19 septembre.

     

     

  • Boulimie végétarienne

     

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    - Oh ! Vous n'avez pas mangé la quiche lorraine !

    - Non, mais je vais enlever les petits morceaux de lard et ainsi...

    - Vous êtes musulmane ?

    - Pas du tout. Je suis végétarienne. Et Bouddhiste.

    - Tibétaine ?

    - Non, non, je suis née à Romorantin.

    - Vous auriez du me prévenir. Je vous aurai concocté une soupe de courgettes à la menthe avec un zeste d'ail.

    - Je ne mange pas d'ail.

    - Ah ! 

    - Vous savez, je pensais qu'il y avait un restaurant végétarien dans votre village.

    - Ben non. 

    - Je croyais, à tord, que c'était devenu la norme...

    - Ici vous êtes en Provence où l'on chasse volontiers le sanglier. La daube, marinée dans du Vacqueyras, voilà la norme.

    - Mon Dieu, quelle horreur !

    - Pire encore ! C'est un joli village de barbares, ici. Toujours niquer, jamais mariage !

    - ????

     

     

  • Monsieur le président Blanc Laurent

     

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    Entrées maritimes sur le massif de la Sainte Baume
    (Photo : Jean-Yo des bois)
    ***
    Cher sélectionneur de l'équipe de France,
    Je vous écris cette lettre
    que vous lirez peut-être
    si vous avez le temps...
    Oui, vous avez le temps.
    Regardez cette vague qui surfe à flanc de Sainte Baume.
    Elle est blanche et la distance rend bleue la montagne.
    Cette vague, c'est celle du peuple qui a été humilié en Afrique du Sud.
    Par des grèvistes qui encaissent plus de trois cents mille euros par mois.
    Des abrutis pour la plupart.
    Et vous souhaitez tout effacer
    D'un coup de braguette magique
    Celle d'un Ribéry, d'un Evra.
    Cela ne va pas être possible.
    Les français ne veulent plus jamais les revoir.
    Ce qu'ils veulent, c'est lire de la fierté dans les yeux de ceux qui doivent leur succéder.
    Comme celle qui était visible récemment dans ceux des athlètes du dernier championnat d'Europe d'athlétisme, celle de l'équipe de France de natation et, plus loin encore, celle de l'équipe de France de Handball, championne du monde, championne Olympique, et championne d'Europe.
    Adieu les mercenaires qui n'ont foi qu'en leur agent et leur argent.
    Il y a suffisamment de talents en herbe dans notre pays.
    Je vous demande d'inssufler à ces bleus davantage d'éthique.
    Ils ont une cervelle que diable! Et peut-être du style, de l'élégance
    En toute circonstance.
    Nous allons perdre des matchs me direz-vous.
    Quelle importance, si le panache est au rendez-vous !
    La patience, ce n'est pas un vilain défaut vous savez.
    La bétise en revanche...

     

  • Derviches tourneurs

     

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    ***
    Les aoûtiens tentent chaque année, autour du quinze, de mettre le bonheur dans une valise.
    S'engouffrent dans le couloir rhodanien à la recherche de leurs illusions perdues le reste de l'année.
    Ils font caravanes sous le regard laconique d'un bison futé qui n'a de cesse de leur demander de reporter leur transhumance. En vain.
    Ils font la queue le week end chez Ikea, aux remontées mécaniques quand la bise sera venue, au camping de Palavas les flots bleus, forcément bleus l'été et sur les autoroutes. Ceux-là détestent les départementales, faire des ronds de jambes aux tournesols. Ils ont des Ipod aux oreilles, la langue hirsute au petit matin, un GPS collé au pare-brise et puis, un jour, ils feront la queue pour admirer un coin d'oreille coupée dans le musée de l'arlésien d'Amsterdam...
  • Comme un phare sur les rives du verbe

     

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    ***
    Il alla vers l'horizon comme on va à un examen difficile.
    Ignorant les piètres navigateurs du verbe.
    Tous ceux qui ont perdu le nord des songes maritimes.
    Et qui rament pour glaner quelques louanges.
    Le langage demeura le lieu de son mythique exode.
    Ce presque vivant flottant sous son manteau.
  • Dans la boucle du temps

     

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    ***
    Le fil de l'eau invite parfois à y accrocher des mots-cerfs-volants. Des mots feu de paille aussi.
    L'eau abolit la forme et la régénère. La porte est grande ouverte mais parfois les lecteurs n'ont pas les clés. Ils y a ceux qui apprécient le style et d'autres qui ne lisent jamais de littérature. Ces derniers deviennent alors personnages de romans. Des meurtriers du verbe. Cigarettes au bec, entourés de petites pépées toujours à cheval sur le conformisme. Et fouette cochet !
    L'écrivain collectionna, un temps, les petites mignonnettes de whisky comme Raymond Chandler qui aimaient se promener aux pieds des comptoirs. Sous l'oeil complice d'un chat formé sur le bitume de Melrose Avenue. Il n'avait que faire de ceux qui éprouvaient quelques difficultés à distinguer les subtilités de l'intrigue et des caractères.
    De retour du Barracuda, agacé par la lenteur de la serveuse blonde platine, il décida de commencer la première phrase du premier chapitre de son premier roman par un tonitruant claquement de clavier : John Dodelino tua sa maîtresse avec la manivelle de sa Ford intérieur cuir. D'un coup sec sur la tempe. Il était 9h16 du matin. Mettant ainsi un terme final à sa recherche hystérique d'un maître à dominer. Puis John alluma le téléviseur pour meubler le silence et il se prépara une omelette au bacon, déclencha la musique ronchonne de l'unique climatiseur du salon. Il ne lui resta plus qu'à attendre patiemment que le soleil disparaisse au fond du Pacifique.
    Comme disait Céline qui le tenait directo d'un "gouttière", vétéran borgne des bastons de poubelles sur les hauteurs de Meudon dans la vie, le chef d'oeuvre, c'est aussi de ne pas crever.
  • Dessine-moi un abri !

     

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    Photo Diana Thys (Marseille)
    ***
    Au fond, l'information raconte toujours la même histoire.

    "Les ministres sont désormais en vacances. Ils ont été priés par le chef de l'Etat de rester modestes. Plage, montagne ou campagne, mais pas de bling-bling, rien que du sobre et en France."

    Interruption momentanée du plan de communication gouvernementale.

    L'été, selon la trêve estivale, la vie extérieure est une mince pellicule qui recouvre ses émotions, ses angoisses, et surtout son tranquille, doux et morne échec.
    Pas de vagues à l'âme. Il fait chaud et le soleil n'a qu'à bien se tenir. C'est le temps où triomphe l'allusif qui allège le tragique. La grande solitude.
    Il y a, parfois, une combinaison magique de petits riens qui donnent de l'épaisseur aux silhouettes à peine entrevues et ressuscitent la couleur d'une ville. Ainsi cet homme allongé sur un banc dans Marseille. Quelqu'un a déposé sur son buste, pendant son sommeil, le livre français le plus apprécié dans le monde: Le Petit prince de Saint-Ex dont les phrases coulent de l'unique blessure autour de laquelle l'oeuvre posera sans doute ses pansements.
    Geste rare.

    (Merci à Diana Thys pour toute son attention)