09.02.2010

Culte du nombre et de l'amateurisme

 

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Jamais à l'heure et tous candidats aux instant ratés.
(Photo Yann Gensollen)

Fâcheuse impression que de "s'éditer" sur cette toile. Manque l'essentiel : l'éditeur ou l'éditrice. Il est remplacé par le commentateur. Pourtant, l'attention du lecteur, comme je n'ai de cesse de le répéter ici,  est constamment détournée par des descriptions périphériques. Des phrases coupées au hachoir, trop souvent extraites de livres d'auteurs donc interdisant le décollage, succession de jolis mots empilés dans la remise où puisés dans le Robert que l'on fait revivre via le blog, adjectivation abusive, miroir narcissique sans reflet, explosions de "sentiments" désemparés, tentative de saturation de récits criblés d'absences, mise hors scène du précipice, personnages peu fiables, architectures clinquantes et de carton-pâte, messages délibérement brouillés...

 

Leur seul signe de reconnaissance : l'absence de style. Souvent compensée par une quantité impressionante de déguisements. Ceux destinés à masquer l'ignorance, une faible capacité à l'étonnement. La carte du tendre, chez ces gens là, est demeurée à quai durant les années soixante-dix. Dieu qu'ils sont bavards les nouveaux blogueurs qui aiment à se parer du titre d'écrivain potentiel, certes amateur, mais en devenir selon la vingtaine de "critiques" appartenant à la cour. Des bobos flingueurs qui s'autorisent tous les excès. Leur violon d'Ingres : Tuer les maîtres qui sont déjà morts mais dont la postérité est en marche. En revenant de l'expo, ils flinguent l'art contemporain, les marchands aussi, en agitant leur drapeau noir (ou vaguement rouge) qui sent l'anti-mite à base végétale.

 

Le soir, après le turbin, ils villipendent BHL. Ils sont prévisibles, c'est à ça qu'on les reconnait. Ce sont les nouveaux bien pensants. Démocrates pavillonaires donc nouveaux propriétaires, petits-bourgeois radicaux au sens où l'entendait Stirner, il apprennent par coeur le jardinage pour manger bio. Néanmoins, les fautes de goûts s'affichent à la hausse. L'été, ils font leur marché en pantacourt. Participent à des festivals d'atelier d'écriture, de films numériques amateurs. Le soir, pendant la veillée, ils vomissent les philosophes et leurs foutus concepts. Vous avez été génial hier soir disent-il au conférencier à la barbe fleurie. Généralement, ils se trouvent tous géniaux face au barbecue après avoir absorbé un peu trop de Madiran: Les grands crus de Bourgogne, c'est surfait, trop bourgeois. Pas question de s'afficher gourmands à la ville comme à la campagne.


Tous ces artistes du verbe sont bien sûr d'éminents spécialistes de la géopolitique moderne. Le chaos en Haïti, c'est la faute à l'esclavagisme et à la vengeance des nantis qui ont fait payer leur liberté au premier peuple noir à se constituer en Etat libre. Les tontons macoutes, c'est la faute aux ricains. Et d'un même pas que celui d'un sociologue agrippé aux années gaulliennes, l'Afrique c'était bisounours land avant la colonisation. Rien à dire sur les mythes fondateurs de ce continent. L'Inde ? C'est épicé et plein de jolies couleurs sur les étals. La plus grande démocratie du monde. Rien sur les castes. Un peu de fumette et le spectacle de la misère se digère mieux. La banlieue ? Idem, mieux vaut participer à la victimisation ambiante que de s'y rendre pour examiner d'un peu plus près la force des (dits) faibles. La burqa, no comment, c'est la faute à Sarko.

 

Hélas pour eux, les blogs sont de plus en plus délaissés par les jeunes qui préfèrent s'afficher sur Face Book d'après une récente étude. Ne resteront que les professionnels de la profession. Comme Pierre Assouline qui accueille tous ces amateurs dans ses commentaires sans mot dire. Quand on est de bonne humeur, il y a de quoi les trouver pathétiques à travers les polémiques, les anathèmes et les sarcasmes qu'ils suscitent. Voici le royaume de la suffisance, de la surévaluation des mérites de ces braves gens qui ont un avis autorisé sur tout. C'est peu pour réhausser le socle de leur statue, et bien mince si l'on songe aux milliers de pages numériques noircies. Mais c'est suffisant pour qu'apparaisse la faiblesse du propos. Rarement convaincant et jamais original.

 

 

 

04.02.2010

Zoë, soyons imperceptibles

Ma réponse à votre inquiétude, vous devriez pouvoir la dénicher, quelques part, dans les propos de ce philosophe avec lequel je me sens en totale connivence. Trouverez-vous le temps et la patience de l'écouter? Je vous le souhaite. Faire balbutier la langue...dit-il.

 

abécédaire gilles deleuze cd3 part 3

Gilles deleuze | MySpace Vidéo

02.02.2010

C'était mieux avant

Avant, nos parents nous disaient : On ne peut pas tout avoir.

Aujourd'hui, on dit aux enfants: tu pourras tout avoir si tu travailles plus pour gagner plus un jour quand ton patron t'enverra bosser en Thaïlande.

Avant, l'autorité parentale ne cessait de nous répéter: Attention, passées les bornes, y'a plus d'limites.
Aujourd'hui, les enfants ne connaissent plus de limites et ils cassent les jouets qui jonchent le sol de leur chambre.

Avant, on était trois par chambre. Quand il faisait moins quinze dehors, il était exclu de laisser dépasser un pied de l'édredon.

Aujourd'hui, les travaux d'isolation permettent de payer moins d'impôts. Et les couettes Ikéa sont si vastes que les pieds ne dépassent plus.

Avant, il faisait bon vivre durant les trente glorieuses.

Aujourd'hui, les trentenaires ne sont pas très glorieux.

Avant, on détestait nos parents.

Aujourd'hui, on les ignore.

Avant, dans les bonnes familles, on se disait vous.

Aujourd'hui, on dit : Ta mère elle suce devant Auchan.

Avant, le Rock'n roll servait de frontière entre les parents et leurs rejetons.

Aujourd'hui, c'est Internet qui fait la différence entre "parents et transparents". (Libération.fr du jour)

Avant, on lisait "L'éducation sentimentale" à quatorze ans et en cachette. (Ciné-Revue aussi, cher Fox)

Aujourd'hui, on s'éduque sentimentalement à douze ans en regardant Youporn.com.

Avant, on pensait que Greta Garbo était une star.

Aujourd'hui, on nous Claudia Schiffer.

Avant, on vénérait les écrivains, le grand style.

Aujourd'hui, tout le monde il est écrivain en alignant des phrases sur son blog. Il y a même des ateliers d'écriture.

Avant, on faisait du neuf avec du vieux.

Aujourd'hui, on fait du vieux avec des jeunes.

Avant, on détestait s'ennuyer.

En vieillissant, l'ennui est devenu un luxe.

 

31.01.2010

Confessions

 

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Sur le divan


Je t'écoute mon petit.

- J'étais sur cette terre que nous appelons ici la Taurelle et me je sentais si bien comme emportée par le bruit du torrent venu des sources de l'Huveaune. Fascinée par la vitesse de l'eau et ses métamorphoses. C'est qu'il avait beaucoup plu la veille.

Et alors...?

- Sans cesse aux aguets, selon mon code génétique, je ne prétais l'oreille à rien d'autre. J'en oubliais les rouge-gorges bien ventrus malgré la froidure de cet hiver. Je manquais presque tout. Le passage des grives, les cavalcades des sangliers en meute. Je n'avais qu'une toute petite attention, discontinue, facilement épuisable.

Ce n'est pas là un péché !

- Si, si, jutement. Mon plus gros péché que je n'ose même pas vous confesser, mon père. La vie est si urgente et je passe à côté du gibier.

J'insiste, il n'y a pas de quoi réciter un Notre-père...Tu dois apprendre tous les chemins de ton labyrinthe même si tu ignores comment tu y es entrée. Et puis, à la longue, tu en sortiras grandie.

- J'ai une foi si ardente en l'univers qu'elle me ronge, mon père. On m'a tant épelé le monde jusqu'à me le décortiquer que j'en oublie de japper, de dénicher dans les taillis le pigeon voyageur, la perdrix solitaire...

C'est comme si tu n'avais pas domestiqué les simagrées de la neige, trouvé d'où vient le vent, traduit les hiéroglyphes en étoile du givre ?

- C'est ça, mon père. Je me sens vieillir. Engoncée dans mon uniforme de chienne savante folle. Les yeux comme deux morceaux de braise dans une gueule de cendres. J'ai la cervelle bourrée d'innombrables syllabes invisibles. Je ne peux qu'aboyer quelques poèmes appris par coeur.

Chienne de vie. Tu sais, je ne suis pas prêtre. Seulement un psychanalyste pour chiens.


28.01.2010

Le Je à coups de règles

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Il paraît que l'on ne parle que de ça.
De la rencontre d'un bateleur de foire avec de vrais gens.
Onze apôtres du café du commerce censés représenter la France qui connait,
Comme chacun sait,
Des hauts et des bas.
Surtout des bas.
Il va de soie.
Alors, il y a eu débat
Tout autour d'un parapluie.
Le turlupin, tantôt pitre, tantôt enjoleur,
Souvent grimacier et postillonneur d'adjectifs,
A vendu son lot en moins de deux.
Imposant son Je à coups de règles.
La Cène, servie sur un plateau froid télé,
N'a pas manqué d'attirer une foule de curieux.
En ce temps là, je regardais le ciel au crépuscule.
J'ai pris le temps de m'interroger sur ce nouveau concept:
Les vrais gens.

27.01.2010

L'alarme à l'oeil

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Lil' Kim rappeuse américaine.
Photo One world magazine


Chéri, tu aimes ma nouvelle burqa?

- Oui mon amour...enfin, ce que je préfère se sont plutôt tes dessous chics.

Tu sais, c'est très tendance la burqa en ce moment...

- Je l'ignorais. Je veux dire que je n'étais pas au Coran.

Oh ! Personne ne t'oblige à verser dans le satanisme primaire.

- Très drôle. Tu souhaites que je lance une fatwa contre tes attributs, mon chaton ?

Pourquoi pas.

- Tu ferais mieux d'aller au carnaval en Belgique, le port de la burqa est toléré durant cette période.

Non, je crois que je vais aller avec toi assister à ta prochaine réunion de la section socialiste du 5ème arrondissement.

- Bonne idée. Il y a là quelques féministes qui te soutiendront dans ta juste lutte pour attirer tous les regards.

Ben oui, pour une fois, je ne passerai pas inaperçue.

- Inversement, je ne pense pas que tu sois acceptée moyennement vêtue de cet accoutrement dans les services pudiques.

Et si je me risquais à passer les grilles de la place Beauveau ?

- En tant que bombasse, tu as toutes tes chances. Salafistes, salsifis, tout ça c'est du Babel au même pour les plantons.




25.01.2010

Mercantour de passe passe

 

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La nature s'accomode l'hiver d'abondantes métaphores souvent obscures et parfois sans relief. Lancé à la recherche d'une meute de loups sur "des chemins luisants comme des baves de limace" (Giono), je me suis surpris à glisser, aux aurores, sur un lac revêtu d'une solide couverture de glace, situé dans un coin ignoré des colporteurs de mauvaises nouvelles à l'intérieur du parc national du Mercantour. Le gel m'a semblé éternel au petit matin de ce dimanche de janvier. La batterie de mon appareil a rendu l'âme juste après cette photo. De rage, je l'ai jeté dans la gueule du loup.

20.01.2010

L'eau routinière

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Gorges du Caramy (Var)

Quelques jours après sa naissance
l'eau douce cherche son calcium
tâte le pouls des pierres
érode les loges de l'ombre
s'affiche sous les lumières de la ville
se perd dans les méandres des plaines
cherche à prendre de la bouteille avec ses affluents
puis disparaît lorsqu'elle entre dans sa mer.


17.01.2010

Le poème flottant

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OUTWARDS
(À Francis Jammes)

L'Armand-Béhic (des Messageries Maritimes)
File quatorze nœuds sur l'Océan Indien...
Le soleil se couche en des confitures de crimes,
Dans cette mer plate comme la main.

-Miss Roseway, qui se rend à Adélaïde,
Vers le sweet home au fiancé australien,
Miss Roseway, hélas, n'a cure de mon spleen;
Sa lorgnette sur les Laquedives, au loin...

-Je vais me préparer -sans entrain!- pour la fête
De ce soir: sur le pont, lampions, danses, romances
(Je dois accompagner Miss Roseway qui quête

-Fort gentiment- pour les familles des marins
Naufragés!) Oh, qu'en une valse lente, ses reins
A mon bras droit, je l'entraîne sans violence

Dans un naufrage où Dieu reconnaîtrait les siens...

Henry J.-M. Levet


Je ne m'en lasse pas de lire et relire les poèmes de voyage de Monsieur le consul de France à La Plata.

14.01.2010

Haïti, le chaos comme unique horizon

 

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http://msf.org/

13.01.2010

Sur les quais de l'incommunicabilité

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Superbe photo de Shutterlag


On ne part pas. Tel est le nom de cette station du RER. On ne fait que transiter, celui de la prochaine. On ne se parle pas est inscrit en lettres blanches sur fond bleu marine à trois stations de là, celle de la correspondance du lecteur situé à gauche. Le second acteur de ce drame est une secrétaire de direction. Elle envoie des SMS à la mer. La dame chaussée de bottes de sept lieues guette le museau du prochain train. Le quatrième larron est étudiant en communication à la Sorbonne. Il dialogue également par SMS et demande à sa mère de lui envoyer des bouteilles pleines de messages de détresse. La cinquième roue de ce carrosse est une japonaise. Elle a mis ses jambes entre-parenthèses. Sa vie parisienne aussi, d'après les statistiques. Les japonais se suicident beaucoup à Paris. Ils ont du mal à communiquer avec les indigènes.
Autant de personnages qui n'ont rien de beckettien mais qui ont l'impression de voir filer le temps et leur argent plus vite qu'à Vesoul ou Romorantin. Sans oublier Tokyo où l'on s'entasse dans les rames de métro depuis des lustres, histoire de lier connaissance d'un peu plus près et encore plus vite.

12.01.2010

La dernière vague

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Eric Rohmer à Mouffetard, un dimanche de janvier 1999 (photo Christian Ducasse)

Mince comme un fil, habitant de la rue d' Ulm, fidèle de la piscine  Jean Taris, Eric Rohmer, casquette et sac à dos,  ne cessait de se déplacer dans le V ème arrondissement et empruntait régulièrement la ligne B du RER ...C'est ce petit message là que mon ami
Christian Ducasse, en voisin du cinéaste, m'a envoyé hier soir.

Cinéaste singulier, il était devenu le père adoptif des jeunes filles en fleurs de la normalité bourgeoise, pressées d'offrir à leurs prétendants des bouquets de mots. Chaque film étant pour lui l'interstice ouvert sur l'incessante métamorphose de la réalité. Théoricien du 7ème art, il aura largement participé à la grande épopée de la dialectique continuelle entre le non-dit et l'expression, entre le magma d'indicibilité et la parole écrite avec soin qui, naissant de ce magma, le déplace et le modèle comme les vagues sur une plage...donnant forme au silence de l'amour et à sa perpétuelle dérobade.




07.01.2010

Comme les heures se hâtent

Ce fut un enterrement étrange dans son déroulement. Tout le monde s'était retrouvé dans la salle d'accueil du funérarium. Un ensemble de maisons aux allures japonaises. Le petit bassin accentuait cette impression en entrant. Il y avait aussi un bosquet de bambous et beaucoup de végétaux exotiques. De fait, la cérémonie fut très zen. Pas de prêtre ni d'encens. Près du cercueil peu fleuri se tenait la fille du défunt. Une femme grande et belle. Elle prononça quelques mots pour refouler les ombres. Simples et vrais comme son père trop vite emporté par la faucheuse.

Comment résumer toute une existence en cinq minutes ? dira-t-elle comme pour s'excuser. Comment décrire le bleu du ciel l'été au dessus du cabanon parental et son joyeux bordel ? Comment rappeler les moments de cette vie primordiale ? Elle préféra ignorer les règles du discours, la hiérarchie perspective de la phrase.

La femme grande et belle invita enfin l'assemblée émue à se joindre à la famille quelques lieues plus loin dans la maison nid des petits enfants du disparu. Histoire d'évoquer ces instants de convivialité qu'il portait si haut. L'homme était très grand et son regard bleu.

Il parlait peu. Se contentait de sourire.Vaguement. Il n'avait plus à prouver à lui-même et aux autres sa propre valeur, sa vitalité, sa capacité à aimer sans juger.

En partant, deux anciens  échangèrent quelques phrases:

"Quand j'ai eu cinquante ans, je me suis aperçu que le temps marchait plus vite que moi. Aujourd'hui, j'en ai soixante dix-huit et c'est autant d'images en accéléré. Et toi, tu ne trouves pas que ça va trop vite?

- Si bien sûr. Le temps m'invite à trouver refuge dans ses plis. Mais j'ai trouvé la parade. Je vis tout à fond en m'identifiant à lui.

Mais tu t'identifies à qui ?

- Ben au temps.

 

 

 

 

04.01.2010

Le grand passage

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Bling bling tower (818 mètres)

Petit tour du monde radiophonique. Hier soir j'écoute France Info qui m'apprend, juste avant le grand sommeil, que Dubaï a inauguré le 3 janvier 2010 son orgueil de verre et de béton grâce à l'aimable participation d'ouvriers indiens payés avec un lance-pierres (cinq dollars par jour).
Parvenus de tous les pays, vous avez désormais l'occasion de briller par votre entassement dans cette vitrine de luxe vulgaire parmi  517240 mètres carrés. Sous le soleil exactement. Formidable! Mais dans quel monde Vuitton ?

Ce matin, la même radio m'invite à un bonjour tristesse pour commencer l'année: "La chanteuse Lhasa est morte à 37 ans, en la ville de Montréal, emportée par un cancer du sein...".


 

Poids des mots, choc des images.

 

Lhasa. Un prénom qui claquait comme un fouet révolté. Celui d'une ville tibétaine. Une voix nomade, insaisissable, donc libre. Avec des accents de tragédie ordinaire. De celle que l'on croise en voyageant beaucoup. Lhasa avait dans le coeur tous les paysages traversés avec ses parents dans un bus qui devait ressembler à celui du film de Sean Penn "Into the wilde". Américaine par sa mère vaguement actrice et photographe, mexicaine par son père de temps en temps instit mais surtout grand intellectuel, indienne par sa volonté farouche d'ignorer les géomètres et leurs parcelles closes, tzigane de coeur par ses transhumances, Lhasa tissait des liens avec l'authentique comme tous les artistes qui ont leur corps momentanément ici et leur âme là-bas, avec le souci constant d'explorer tous les territoires. C'est pourquoi cette féline chantait aussi bien en espagnol qu'en anglais et même parfois en français. Un temps, elle résida à Marseille parce que c'était un port de moindre attache, une ouverture possible vers les grands espaces. Elle est apparue telle une étoile filante à la fin des années 90 dans le ciel non commercial de la ritournelle. Et aura su toucher des millions de coeurs. Adieu, petite flamme!

 

Le titre de cette note est emprunté au livre de Cormac McCarthy parce que Lhasa aurait très bien pu être l'héroïne d'un de ses romans.

21.12.2009

Solstice dans les prés blanchis

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Photo de la Sainte Baume en hiver par Kjartan Mar Magnusson

Ce lundi 21 décembre à 17H46 marquera pour l’hémisphère Nord le début de l’hiver. Le soleil à midi sera au plus bas sur l’horizon. Ce sera la nuit la plus longue de l’année, et le jour le plus court. Pour l'hémisphère Sud le phénomène sera inversé : ce sera le jour le plus long et cette nuit la plus courte. Pour l'hémisphère Nord, la durée du jour qui jusqu'ici diminuait va maintenant s'inverser, et désormais augmenter. Le phénomène sera contraire dans l'hémisphère Sud jusqu'à ce que la durée du jour et de la nuit soit la même sur la totalité du globe. Cela marquera l'équinoxe de printemps pour l'hémisphère Nord, et l'équinoxe d’automne pour l'hémisphère Sud.

Seconde par seconde puis minute par minute la lumière sera à l'affiche bien au dessus de la montagne. Le soleil se lève pour l'instant vers 9h00 sur la barre puis il s'évanouit peu après 17h00 juste derrière le Pic de Bertagne. En Australie, c'est exactement le contraire. Les surfers ont du pain sur la planche. Certains font l'amour à la plage et espèrent que la nuit cachera leurs ébats avec les requins marteaux. Hier à Marseille, un jeune polonais a été retrouvé mort de froid sous une porte cochère. Il ne pensait pas qu'un froid sibérien (amené par le Mistral) mettrait fin à son escapade vers le Sud.

Vivement le printemps...pour les sans-abris.

 

19.12.2009

Entre deux os

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Photos Kjartan Mar Magnusson

La chienne renifle avec mépris ma momie.
La chatte me dévisage comme si j'étais devenu un autre,
une vieille star du rock née dans la rue.
Alitée et fièvreuse comme le coma des mortels.
La planète se réchauffe et Copenhague vient d'être effacée de la carte verte.
Dès lors qu'ils ont rendez-vous avec l'Histoire, les chefs d'Etats (se) défilent.
Le train-train du grand capital.
Bref, ça sent l'sapin.
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Le bateau coule:
Les banques et les retraités de Floride d'abord.
Les mandarins en costards mao vont trinquer
à la santé de leurs petits enfants malades.
Passée la trève des confiseurs,
il conviendra d'astiquer les piques,
de se préparer à leur botter le cul
et surtout ne pas oublier que les écrans plats,
les Ipods,
les Iphones
sont made in croissance
sans la moindre contrainte.

Et si nous faisions monter le débat d'un ou deux degrés?


16.12.2009

Coïncidences

 

- C'est incroyable quand j'y pense...

Quoi?

- Tout ce que nous avons en commun, c'est étrange.

Tu dis ça parce que nous nous sommes rencontrées à un colloque féministe sur la parité?

- Pas seulement...

J'ai trouvé. Tu aimes, comme moi, les bons vieux films d'antan, tu adores la mer, les bons petits restos...

- Non, enfin oui, je pensais au fait que tu aimes à te cultiver encore et toujours, à traquer le macho, j'ai même noté que tous nos copains étaient super à gauche ou à peu près.

Tu oublies un truc qui nous a vachement rapprochées.

- Ah bon! C'est quoi?

Je n'ose pas te le rappeler.

- Allez...!!!

Non, non, je ne préfère pas, c'est trop douloureux...

 

(Spéciale dédicace à Eric Chevillard)

 

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Nous sommes deux soeurs jumelles...
La Sainte Victoire vue de la Sainte Baume

 

12.12.2009

Kjartan débarque ce soir

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Un viking né à Reykjavik au sourire espiègle.

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Un fou volant dans une drôle d'embarcation. (Godafoss, Islande)

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Le papa de Mia

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Le fils de Svala
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Un photographe hors pair installé à Paris depuis la banqueroute islandaise.
(Je l'aime comme mon fils)

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Le meilleur ami (des bons et des mauvais jours) de mon fils Johann
depuis qu'ils ont 16 ans. (Ils en ont 33)

(Photos de Mia et Johann par Kjartan Mar Magnusson)

Ps:
Avoir beaucoup d'amis, c'est n'avoir pas d'amis.
Aristote


11.12.2009

Raphaële Bruyère questionne

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Si j'aime les plantes grasses?

Oui, surtout celle qui régnait à Monaco,

hélas disparue lors d'un tragique glissement de pneus.

Si j'aime les roses?

Autant que les saucisses de Frankfort.

A partir de quel âge avez vous réalisé que vous étiez seul?

Le jour où j'ai appris à lire l'heure sur l'horloge de la salle à manger familiale.

Pourquoi pas avant?

Parce que je ne savais pas lire l'espace temps.

Pourquoi à ce moment là?

Tain, Raphaële, fais pas chier l'marin...

 

Bon, j'arrête là mais c'est bien passe que c'est toi.

Ton livre, hé ben je crois que tout le monde va se l'arracher.

Tu poses les bonnes questions sans en avoir l'air...

En plus, tu as du toupet !

;)


10.12.2009

C'était mieux avant (suite)

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Marcello dans "Huit et demi"

Avant, il était admis pour un jeune homme d'aller faire ses classes au Centre universitaire expérimental de Vincennes. De se demander si la dialectique pouvait casser des briques en compagnie d'une incroyable brochettes d'enseignants chercheurs tels que François Châtelet, Gilles Deleuze, Jean-François Lyotard, Dario Fo, Michel Foucault, Alain Badiou, Yves Lacoste, Jacques Lacan, etc. J'ai très vite adopté la voix grave et si riche de propositions d'un historien de la philosophie à lunettes, François Châtelet. Je lavais des voitures neuves allemandes la journée, pas très loin de la Porte Dorée, et le soir je me précipitais en douce dans le Bois de Vincennes. Quand je serai grand, je serai un intellectuel marxiste...ou rien.
Avant, je ne ratais jamais le dernier Fellini, je me précipitais dans les salles obscures pour découvrir tous les films d'Antonioni et surtout la beauté de son égérie Monica Vitti. Je restais bouche bée devant les courbes de Sophia Loren. Il y avait à cette époque des films que l'on regardait d'une seule main mais qui se sont ancrés pour toujours à la rubrique "Mémoire d'un puceau".

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En ce temps là, l'anorexie n'était pas à la Une des magazines féminins.


Quarante ans plus tard, j'entre chez mon opticien préféré en la bonne ville de Brignoles (Var). J'ai juste le temps de saisir au vol un échange standard de ce temps. Un jeune homme, tout de Decathlon vêtu est en quête d'une monture qu'il souhaite adaptée à son profil. Il a le cheveu ras et quelques mèches gélifiées:
- Oh putain ! Pas celles-là m'sieur, j'ai l'air d'un intello...!!!
L'opticien, qui n'est pas le dernier des cons, marque un temps puis farfouille dans sa mémoire à la recherche de son sourire le plus commercialement fourbe :
- Tenez, essayez plutôt celles-ci comme ça vous aurez l'air d'un imbécile! (authentique)