09.02.2010
Culte du nombre et de l'amateurisme

Fâcheuse impression que de "s'éditer" sur cette toile. Manque l'essentiel : l'éditeur ou l'éditrice. Il est remplacé par le commentateur. Pourtant, l'attention du lecteur, comme je n'ai de cesse de le répéter ici, est constamment détournée par des descriptions périphériques. Des phrases coupées au hachoir, trop souvent extraites de livres d'auteurs donc interdisant le décollage, succession de jolis mots empilés dans la remise où puisés dans le Robert que l'on fait revivre via le blog, adjectivation abusive, miroir narcissique sans reflet, explosions de "sentiments" désemparés, tentative de saturation de récits criblés d'absences, mise hors scène du précipice, personnages peu fiables, architectures clinquantes et de carton-pâte, messages délibérement brouillés...
Leur seul signe de reconnaissance : l'absence de style. Souvent compensée par une quantité impressionante de déguisements. Ceux destinés à masquer l'ignorance, une faible capacité à l'étonnement. La carte du tendre, chez ces gens là, est demeurée à quai durant les années soixante-dix. Dieu qu'ils sont bavards les nouveaux blogueurs qui aiment à se parer du titre d'écrivain potentiel, certes amateur, mais en devenir selon la vingtaine de "critiques" appartenant à la cour. Des bobos flingueurs qui s'autorisent tous les excès. Leur violon d'Ingres : Tuer les maîtres qui sont déjà morts mais dont la postérité est en marche. En revenant de l'expo, ils flinguent l'art contemporain, les marchands aussi, en agitant leur drapeau noir (ou vaguement rouge) qui sent l'anti-mite à base végétale.
Le soir, après le turbin, ils villipendent BHL. Ils sont prévisibles, c'est à ça qu'on les reconnait. Ce sont les nouveaux bien pensants. Démocrates pavillonaires donc nouveaux propriétaires, petits-bourgeois radicaux au sens où l'entendait Stirner, il apprennent par coeur le jardinage pour manger bio. Néanmoins, les fautes de goûts s'affichent à la hausse. L'été, ils font leur marché en pantacourt. Participent à des festivals d'atelier d'écriture, de films numériques amateurs. Le soir, pendant la veillée, ils vomissent les philosophes et leurs foutus concepts. Vous avez été génial hier soir disent-il au conférencier à la barbe fleurie. Généralement, ils se trouvent tous géniaux face au barbecue après avoir absorbé un peu trop de Madiran: Les grands crus de Bourgogne, c'est surfait, trop bourgeois. Pas question de s'afficher gourmands à la ville comme à la campagne.
Tous ces artistes du verbe sont bien sûr d'éminents spécialistes de la géopolitique moderne. Le chaos en Haïti, c'est la faute à l'esclavagisme et à la vengeance des nantis qui ont fait payer leur liberté au premier peuple noir à se constituer en Etat libre. Les tontons macoutes, c'est la faute aux ricains. Et d'un même pas que celui d'un sociologue agrippé aux années gaulliennes, l'Afrique c'était bisounours land avant la colonisation. Rien à dire sur les mythes fondateurs de ce continent. L'Inde ? C'est épicé et plein de jolies couleurs sur les étals. La plus grande démocratie du monde. Rien sur les castes. Un peu de fumette et le spectacle de la misère se digère mieux. La banlieue ? Idem, mieux vaut participer à la victimisation ambiante que de s'y rendre pour examiner d'un peu plus près la force des (dits) faibles. La burqa, no comment, c'est la faute à Sarko.
Hélas pour eux, les blogs sont de plus en plus délaissés par les jeunes qui préfèrent s'afficher sur Face Book d'après une récente étude. Ne resteront que les professionnels de la profession. Comme Pierre Assouline qui accueille tous ces amateurs dans ses commentaires sans mot dire. Quand on est de bonne humeur, il y a de quoi les trouver pathétiques à travers les polémiques, les anathèmes et les sarcasmes qu'ils suscitent. Voici le royaume de la suffisance, de la surévaluation des mérites de ces braves gens qui ont un avis autorisé sur tout. C'est peu pour réhausser le socle de leur statue, et bien mince si l'on songe aux milliers de pages numériques noircies. Mais c'est suffisant pour qu'apparaisse la faiblesse du propos. Rarement convaincant et jamais original.
04.02.2010
Zoë, soyons imperceptibles
Ma réponse à votre inquiétude, vous devriez pouvoir la dénicher, quelques part, dans les propos de ce philosophe avec lequel je me sens en totale connivence. Trouverez-vous le temps et la patience de l'écouter? Je vous le souhaite. Faire balbutier la langue...dit-il.
abécédaire gilles deleuze cd3 part 3
Gilles deleuze | MySpace Vidéo
02.02.2010
C'était mieux avant
Avant, nos parents nous disaient : On ne peut pas tout avoir.
Aujourd'hui, on dit aux enfants: tu pourras tout avoir si tu travailles plus pour gagner plus un jour quand ton patron t'enverra bosser en Thaïlande.
Avant, l'autorité parentale ne cessait de nous répéter: Attention, passées les bornes, y'a plus d'limites.
Aujourd'hui, les enfants ne connaissent plus de limites et ils cassent les jouets qui jonchent le sol de leur chambre.
Avant, on était trois par chambre. Quand il faisait moins quinze dehors, il était exclu de laisser dépasser un pied de l'édredon.
Aujourd'hui, les travaux d'isolation permettent de payer moins d'impôts. Et les couettes Ikéa sont si vastes que les pieds ne dépassent plus.
Avant, il faisait bon vivre durant les trente glorieuses.
Aujourd'hui, les trentenaires ne sont pas très glorieux.
Avant, on détestait nos parents.
Aujourd'hui, on les ignore.
Avant, dans les bonnes familles, on se disait vous.
Aujourd'hui, on dit : Ta mère elle suce devant Auchan.
Avant, le Rock'n roll servait de frontière entre les parents et leurs rejetons.
Aujourd'hui, c'est Internet qui fait la différence entre "parents et transparents". (Libération.fr du jour)
Avant, on lisait "L'éducation sentimentale" à quatorze ans et en cachette. (Ciné-Revue aussi, cher Fox)
Aujourd'hui, on s'éduque sentimentalement à douze ans en regardant Youporn.com.
Avant, on pensait que Greta Garbo était une star.
Aujourd'hui, on nous Claudia Schiffer.
Avant, on vénérait les écrivains, le grand style.
Aujourd'hui, tout le monde il est écrivain en alignant des phrases sur son blog. Il y a même des ateliers d'écriture.
Avant, on faisait du neuf avec du vieux.
Aujourd'hui, on fait du vieux avec des jeunes.
Avant, on détestait s'ennuyer.
En vieillissant, l'ennui est devenu un luxe.
31.01.2010
Confessions
28.01.2010
Le Je à coups de règles
27.01.2010
L'alarme à l'oeil

19:34 Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : burqa
25.01.2010
Mercantour de passe passe
20.01.2010
L'eau routinière
17.01.2010
Le poème flottant

(À Francis Jammes)
L'Armand-Béhic (des Messageries Maritimes)
File quatorze nœuds sur l'Océan Indien...
Le soleil se couche en des confitures de crimes,
Dans cette mer plate comme la main.
-Miss Roseway, qui se rend à Adélaïde,
Vers le sweet home au fiancé australien,
Miss Roseway, hélas, n'a cure de mon spleen;
Sa lorgnette sur les Laquedives, au loin...
-Je vais me préparer -sans entrain!- pour la fête
De ce soir: sur le pont, lampions, danses, romances
(Je dois accompagner Miss Roseway qui quête
-Fort gentiment- pour les familles des marins
Naufragés!) Oh, qu'en une valse lente, ses reins
A mon bras droit, je l'entraîne sans violence
Dans un naufrage où Dieu reconnaîtrait les siens...
14.01.2010
Haïti, le chaos comme unique horizon
13.01.2010
Sur les quais de l'incommunicabilité

12.01.2010
La dernière vague

Eric Rohmer à Mouffetard, un dimanche de janvier 1999 (photo Christian Ducasse)
Christian Ducasse, en voisin du cinéaste, m'a envoyé hier soir.
07.01.2010
Comme les heures se hâtent
Ce fut un enterrement étrange dans son déroulement. Tout le monde s'était retrouvé dans la salle d'accueil du funérarium. Un ensemble de maisons aux allures japonaises. Le petit bassin accentuait cette impression en entrant. Il y avait aussi un bosquet de bambous et beaucoup de végétaux exotiques. De fait, la cérémonie fut très zen. Pas de prêtre ni d'encens. Près du cercueil peu fleuri se tenait la fille du défunt. Une femme grande et belle. Elle prononça quelques mots pour refouler les ombres. Simples et vrais comme son père trop vite emporté par la faucheuse.
Comment résumer toute une existence en cinq minutes ? dira-t-elle comme pour s'excuser. Comment décrire le bleu du ciel l'été au dessus du cabanon parental et son joyeux bordel ? Comment rappeler les moments de cette vie primordiale ? Elle préféra ignorer les règles du discours, la hiérarchie perspective de la phrase.
La femme grande et belle invita enfin l'assemblée émue à se joindre à la famille quelques lieues plus loin dans la maison nid des petits enfants du disparu. Histoire d'évoquer ces instants de convivialité qu'il portait si haut. L'homme était très grand et son regard bleu.
Il parlait peu. Se contentait de sourire.Vaguement. Il n'avait plus à prouver à lui-même et aux autres sa propre valeur, sa vitalité, sa capacité à aimer sans juger.
En partant, deux anciens échangèrent quelques phrases:
"Quand j'ai eu cinquante ans, je me suis aperçu que le temps marchait plus vite que moi. Aujourd'hui, j'en ai soixante dix-huit et c'est autant d'images en accéléré. Et toi, tu ne trouves pas que ça va trop vite?
- Si bien sûr. Le temps m'invite à trouver refuge dans ses plis. Mais j'ai trouvé la parade. Je vis tout à fond en m'identifiant à lui.
Mais tu t'identifies à qui ?
- Ben au temps.
04.01.2010
Le grand passage

Poids des mots, choc des images.
Lhasa. Un prénom qui claquait comme un fouet révolté. Celui d'une ville tibétaine. Une voix nomade, insaisissable, donc libre. Avec des accents de tragédie ordinaire. De celle que l'on croise en voyageant beaucoup. Lhasa avait dans le coeur tous les paysages traversés avec ses parents dans un bus qui devait ressembler à celui du film de Sean Penn "Into the wilde". Américaine par sa mère vaguement actrice et photographe, mexicaine par son père de temps en temps instit mais surtout grand intellectuel, indienne par sa volonté farouche d'ignorer les géomètres et leurs parcelles closes, tzigane de coeur par ses transhumances, Lhasa tissait des liens avec l'authentique comme tous les artistes qui ont leur corps momentanément ici et leur âme là-bas, avec le souci constant d'explorer tous les territoires. C'est pourquoi cette féline chantait aussi bien en espagnol qu'en anglais et même parfois en français. Un temps, elle résida à Marseille parce que c'était un port de moindre attache, une ouverture possible vers les grands espaces. Elle est apparue telle une étoile filante à la fin des années 90 dans le ciel non commercial de la ritournelle. Et aura su toucher des millions de coeurs. Adieu, petite flamme!
Le titre de cette note est emprunté au livre de Cormac McCarthy parce que Lhasa aurait très bien pu être l'héroïne d'un de ses romans.
13:32 Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : lhasa, décès, dubaï, orgueil
21.12.2009
Solstice dans les prés blanchis

Ce lundi 21 décembre à 17H46 marquera pour l’hémisphère Nord le début de l’hiver. Le soleil à midi sera au plus bas sur l’horizon. Ce sera la nuit la plus longue de l’année, et le jour le plus court. Pour l'hémisphère Sud le phénomène sera inversé : ce sera le jour le plus long et cette nuit la plus courte. Pour l'hémisphère Nord, la durée du jour qui jusqu'ici diminuait va maintenant s'inverser, et désormais augmenter. Le phénomène sera contraire dans l'hémisphère Sud jusqu'à ce que la durée du jour et de la nuit soit la même sur la totalité du globe. Cela marquera l'équinoxe de printemps pour l'hémisphère Nord, et l'équinoxe d’automne pour l'hémisphère Sud.
Seconde par seconde puis minute par minute la lumière sera à l'affiche bien au dessus de la montagne. Le soleil se lève pour l'instant vers 9h00 sur la barre puis il s'évanouit peu après 17h00 juste derrière le Pic de Bertagne. En Australie, c'est exactement le contraire. Les surfers ont du pain sur la planche. Certains font l'amour à la plage et espèrent que la nuit cachera leurs ébats avec les requins marteaux. Hier à Marseille, un jeune polonais a été retrouvé mort de froid sous une porte cochère. Il ne pensait pas qu'un froid sibérien (amené par le Mistral) mettrait fin à son escapade vers le Sud.
Vivement le printemps...pour les sans-abris.
19.12.2009
Entre deux os


16.12.2009
Coïncidences
- C'est incroyable quand j'y pense...
Quoi?
- Tout ce que nous avons en commun, c'est étrange.
Tu dis ça parce que nous nous sommes rencontrées à un colloque féministe sur la parité?
- Pas seulement...
J'ai trouvé. Tu aimes, comme moi, les bons vieux films d'antan, tu adores la mer, les bons petits restos...
- Non, enfin oui, je pensais au fait que tu aimes à te cultiver encore et toujours, à traquer le macho, j'ai même noté que tous nos copains étaient super à gauche ou à peu près.
Tu oublies un truc qui nous a vachement rapprochées.
- Ah bon! C'est quoi?
Je n'ose pas te le rappeler.
- Allez...!!!
Non, non, je ne préfère pas, c'est trop douloureux...
(Spéciale dédicace à Eric Chevillard)
12.12.2009
Kjartan débarque ce soir





Aristote
11.12.2009
Raphaële Bruyère questionne



Si j'aime les plantes grasses?
Oui, surtout celle qui régnait à Monaco,
hélas disparue lors d'un tragique glissement de pneus.
Si j'aime les roses?
Autant que les saucisses de Frankfort.
A partir de quel âge avez vous réalisé que vous étiez seul?
Le jour où j'ai appris à lire l'heure sur l'horloge de la salle à manger familiale.
Pourquoi pas avant?
Parce que je ne savais pas lire l'espace temps.
Pourquoi à ce moment là?
Tain, Raphaële, fais pas chier l'marin...
Bon, j'arrête là mais c'est bien passe que c'est toi.
Ton livre, hé ben je crois que tout le monde va se l'arracher.
Tu poses les bonnes questions sans en avoir l'air...
En plus, tu as du toupet !
;)
10.12.2009
C'était mieux avant (suite)




