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Regard ouvrant les voiles

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Je vais vous faire un aveu. Pas une semaine ne se passe sans que je n’entre dans la perspective de la Flagellation de Piero Della Francesca. Un tableau dont l'intérêt croissant en fait maintenant l'une des oeuvres majeures de la Renaissance. On en sait pourtant peu sur lui: ni la date d'exécution précise (entre 1445 et 1472), ni le commanditaire, ni la signification. Qui sont les trois personnages au premier plan? Quel rapport les unit? Quel rapport les relie avec la scène de la Flagellation proprement dite, reléguée au second plan ?
Damned ! Que fait la police ? Et ce con de Batman ?
De longues études ont montré que Piero Della Francesca a construit sa perspective selon un complexe emboîtage mathématique basé sur le nombre d'or. « On peut se mouvoir partout dans cet espace, comme dans la vie. Peut-être que ce n'est pas une image que nous voyons, mais la présence d'une loi nécessaire et généreuse. » (Philip Guston). La façon dont les trois personnages de droite posent leurs pieds sur le sol et celle dont ce sol est pavé permettent de déduire la mesure de tout ce qui se trouve dans le tableau.
Un peu de lyrisme pour finir cette présentation, par Roberto Longhi, un spécialiste, lui : « Quelle beauté en effet, et quel repos dans ce paradis de couleurs... Pilate, sur son trône, est couvert d'habits azur et pourpre qui semblent ravis aux trésors des émaux limousins. »
Quel rapport maintenant entre Piero, ce savant en géométrie et en perspective, auteur du traité De Quinque Corporibu, et cette photo d’un paysage islandais stoppé dans sa course vers l’horizon par mon ami Snorry ?
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Facile. La couleur a la consistance et le velouté des plus habiles artistes du Nord. Enfin, elle se conjugue avec le dessin large du premier parmi les Italiens qui donna la sensation de l'air libre et du ciel clair et reproduisit énergiquement les jeux les plus audacieux de la lumière et de l'ombre.
Deux images en perspective qui me permettent de prendre le large. Ce n’est pas le souffle qui manque dans ces deux exemples. C’est mon univers parce que le regard que je porte sur le monde est celui-là. Isnt’it ?
Un regard qui repense et repeint ce qu’il voit, ce qu’il pressent d’un paysage humaniste, forcément humaniste, sous toutes les latitudes de l’imaginaire et du désir, plus réel d’être rêvé, à profusion nommé, incanté dans ses multiples lieux, rendez-vous aussi d’histoire et de mythologies. Regard ouvrant les voiles de la mémoire perforée avec en perspective quelques tributs d’élégance un peu maniérée. J’y vois, plus encore, des couleurs et des souvenirs de quand j’étais plus jeune lancé à la découverte de l’amour universel sur la ligne de ce 66° Nord. Je vois, aussi, cette montagne où je vais me rendre -seul- à l’enterrement de mes chaussures de marche d’antan. Je vois les toits de Paris de Nicolas de Stael et ce poème d’Aragon en hommage à Antonio Machado :
« La guerre frappe à la porte
Comme le sang dans l’aorte
O Mort, la voie est ouverte. »
Plus encore, je perçois les proses de « l’obscurcie ».
Le sentiment parfois de n’être au monde que pour relier une naissance à une mort. J’aperçois, au loin, des mots tendres en italiques, des mots travaillés et cuits comme des émaux qui font resurgir violemment l’intériorité de tout paysage, lumière écrite et décrite par le truchement de la peinture, de Leonard de Vinci à Dürer. De Piero Della Francesca à Van Eyck. De la perspective à partir d’un point de fuite…
Autre perspective (un peu) cavalière : Partir.
C’est ainsi, sans crier gare, que s’affirme un ton singulier ou quelquefois allusif : Je vais revoir le monde du travail d’un peu plus près, autre désert, que les hommes, peu à peu, «gagneraient».
Revoir l’air de notre temps ; celui qui fait flamber la phrase dans une brutale incandescence. Comme celle-ci par exemple: Je t'aime parce qu'il fait très beau.

Et sutout ça que vous trouverez ici :
http://auxtempesdesmiroirs.hautetfort.com/
"A rebours, l’enfance croquant les coquelicots. L’enfance et ses ennuis du dimanche. On lègue, en vieillissant, un dictionnaire d’émois." (Désolé S. Je ne sais pas fabriquer un trackback)

Commentaires

  • S. et Molly : Comme vous avez raison et comme je partage ce que vous venez de coucher sur cet écran. C'est un trésor avec tant de tiroirs secrets qui se nichent sous chaque phrase qu l'on est décontenancé de découvrir une mine d'or: Celle de l'horizon humain . Pour une fois, je ne vais pas la ramener tant je suis émue par ce mineur de fond.
    Allez les garçons, ramenez nous des émeraudes d'Islande!Nos pensées seront, je pense, dans les empreintes de vos pas.

  • magnifique texte!

  • au bras tendu du guide
    qui nous montre
    comment surprendre le beau temps
    j'adhère à la perspective
    du bonheur
    Fraternité et bon vent
    jl

  • Dis, tu ne vas pas nous rabattre les z'oreilles avec tes histoires de perspectives quand on sera sur place, hein?!
    Le vent va s'en charger. J'ai vu la météo. C'est limite expé polaire.
    Sinon quoi de neuf ? Chirac va annoncer demain ton arrivée à Matignon. T'oses pas leur dire. Moi si.

    Enorme ton texte. Je suis obligé de le lire plusieurs fois. C'est dire qu'il y en a là-dedans.

  • hafa mikið traust á vortími

    Hafðu samband ... un peu de temps en temps ;-)

  • Nous allons tracer des perspectives cavalières, centrales à dos de femelles islandaises dans le Landmannalaugar, dessiner des pistes nouvelles de géométrie dans les spasmes (oui, je sais, on la ressort trop souvent), fabriquer du regard neuf dans les rapports de couple.
    La femme est l'avenir de l'homme oui ou merde?
    Par Odin, on va vendanger sur les glaciers en trois dimensions.
    (Et l'autre au dessus qui s'est fendue d'un poème sorti d'Edda. Bravo!)
    Ton texte? Jamais lu quelque chose d'aussi chiant. :o)

  • Ouf! Je viens de rentrer au bercail. D'un voyage instructif et très fatiguant. Et je découvre ce profond "dictionnaire d'émois" selon le mot de si douce S.
    Vous nous laissez là, en plan, avec de quoi penser pour longtemps. Nous allons manquer de perspectives sans vous les garçons. Revenez-nous avec de nouvelles figures géométriques, si d'aventure vos rêves fantasmatiques tombaient en panne. :o)
    Je vais lire et relire votre prose issue de "l'obscurie" avec délectation et, comme toujours, avec un paquet de kleenex à portée de main; ça doit être l'âge...

  • Que ce texte est bien construit. Il offre à ceux qui le désirent d'ouvrir ou pas ces tiroirs sémantiques en conservant sur le fond une rigueur qui me donne des frissons. Ceux du bonheur de vous lire monsieur Trotter.
    Je pense que je vais vous demander de rencontrer un jour mes étudiants. (Sémiologie, sémiotique, linguistique. Oui, la totale comme vous dites chez vous).
    Bon séjour chez Laxness ;-)

  • "L'écriture c'est le détachement, le lieu où l'on change de peau..." Je viens d'entendre ce point de vue d'une femme écrivain dans votre émission préférée...Je n'ai pas entendu son nom. Vous avez changé de peau en quelques mois. Votre pays, c'est l'écriture trotter.
    Baisers tendres à tous pour vous accompagner là-haut.

  • Z'avez raison mame Margot. Depuis quelques mois il s'est retiré du monde pour être...partout.
    Si en plus des profs l'invitent y vont pas être déçus les étudiants. Il va leur raconter des trucs insensés en se grattant les couilles. Mieux vaut prévenir.

  • Qu'on se le dise: Chacun de nous est un faisceau de réciprocité. Et toc. Allez ciao! On pensera à vous les meufs.

  • @ Bande passante belge : Non non, ne lui faites pas rencontrer des étudiants ! Pas en ce moment ! Laissez partir notre ami pour son Baden-Baden islandais, et au retour, nous verrons bien !

    (bon voyage, très cher. J'attends les cartes postales venues de là-haut...)

  • @ Tatie Danièle Anitta : Pendant l'absence du Général qui va retrouver effectivement quelques forces à Badenvik-Badenvik, profitez bien de vos jours tranquilles. Gardez la frite au chaud vous et votre bande d'activistes chti. Nous savons que vous êtes la chef de ces guevarristes fumant du reggae, l'organisatrice de cette chienlit, la tête pensante de ces moules cuites à la bière.
    Affirmatif: Dès notre retour, nous mettrons au point vos vacances à Cayenne.

  • @ Riton le Terrible et Pierrot le Godi : prenez bien soin de notre Général des zouaves. J'imagine déjà votre quarteron de généreux en goguette tels des Marx Brothers des neiges, je vois d'ici votre bande de dogs sortis de leur réservoir, citant du Mallarmé de comptoir à l'ombre des geysers. Les Islandaises vont en perdre leur latin et leur sens de la perspective.

    Et puis, trouvez nous vite un cybervikingcafé pour nous envoyer des images en direct de cette nouvelle saga inédite.
    Je vous embrasse à tous, comme on dit chez moi.

  • "n'être (ou naître) au monde que pour relier une naissance à mort"....et jouir de l'écartement

  • Qu'est ce que vous êtes romantique, blog-trotter ! :-)

    Bon, à cette heure, les voiles doivent être levées... alors, bon vent à vous !

  • Sur vos traces, je reçois le trackback et votre doux commentaire... Je garderai vos émois bien au chaud. Les veillerai comme une mère poule.
    Nous attendons comme dit Molly que vous croisiez un cybervikingcafé pour nous exiler un peu avec vous.
    Bises à tous...(Et toutes, yen a pas que pour les marins, ces dames du port Trott on bien du mérite aussi!)
    "La femme est l'avenir de l'homme oui ou merde?" Je réponds pas hein... mais euh...

  • It is, trotteur, it is....

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