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  • Sur le fil d'avril

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    (Photo Boris Conte)

    Puisque j'ai la clef du coffre, j'en profite pour glisser quelques mots en l'absence du proprio.
    La vie est bien complexe, et trouver son équilibre, un exercice de haute voltige qui peu prendre une vie. Bien sûr, nous avons gagné, parfois, le confort matériel que nous souhaitons, mais le marketing gross bertha s’acharne à nous vendre les dernières technologies pour notre "bonheur".
    Le secret d’une vie est-il disponible en distributeur automatique ?
    L’harmonie ne s’achète pas, elle se conquière, nécessite astuces et ruses pour se laisser apprivoiser.
    Et si, le temps d’un instant, on se posait la vrai question sur notre existence.
    Qu’est-ce qui est vraiment important ?
    Redevenir un artisan de notre cœur pour écouter les sourires de l’autre.
    Et si, le temps d’un week-end, on se mettait à nu avec authenticité, l’un en face de
    l’autre, sans faux semblant, ni expédients en vente libre sur internet.
    Se mettre le coeur nu devant l’autre, ne serais-ce pas une belle preuve d’Amour et
    de confiance ? Oui, je sais, ça fait un peu bâteau mouche.
    Et si l’accueil espéré n’est pas au rendez-vous, est-ce si grave, englués que nous
    sommes dans notre vanité et notre orgueil. C’est une cadeau de donner, désolé pour
    ceux qui ne savent pas recevoir. Pourquoi la société nous impose-t-elle tant de performances et d’efficacités dans les relations humaines? Ce monde en carton pâte me donne souvent la nausée.
    Aimons les gens pour leurs faiblesses et pour la bonne volonté qu’ils manifestent sans
    les juger sur le reste.
    Partons à la rencontre de l’autre, échaffaudons des miracles. Si je dois essuyer quelques tempêtes, la découverte d’une seule belle personne me fait croire à nouveau en l’Homme et en moi les soirs de doute.
    La véritable aventure n’est pas technologique, elle demeurera humaine.
    Soyons aventurier de notre propre vie, allons, un peu d’audace et de fantaisies!
    Un art de vivre en voie de disparition, mais quelques résistants relèvent le défi.
    Pour ceux là, je garde un œil ouvert et leur tend la main.
    Le film de la vie que l’on me propose, apparaît bien insipide, j’ai d’autres espérances ; je suis pour les grandes flambées.
    Que ceux qui se reconnaissent, me suivent.

    Pierre.

  • Fuir la répétition

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    Au revoir Paris.
    Vite retrouver l'arbre qui pousse.
    Changer de lieu c’est traverser des couches,
    émerger en ayant reconnu tous les bénéfices.
    Retrouver la transparence.
    L’homme veut-il son bien ?
    Bouger, avancer.
    N’est-il pas stoppé par l’angoisse du changement?
    Parfois il a trop d'enclumes dans le cul.
    Se forge des obstacles.
    Basta! Le changement, c’est le désir.
    On y accède en sortant de soi.
    Lorsque l’on s’y enferme c’est la dépression.
    J'ai croisé trop de personnes qui rejouent quelque chose
    ce qui n’a pas été bien joué pendant l'enfance.
    Rejouer ce qui a été loupé.
    Refaire, renouveler.
    L’histoire repasse les plats.
    Les plaintes accusent.

    Quand je ferme les yeux pour retrouver les multiples lieux de ma naissance,
    je vois le fleuve et les îles, les manguiers, les singes.
    Traverser des cultures vivifiantes.
    Ne plus être le doudou de la farce familiale.
    Je délaisse les fausses douleurs.
    Marche vers l’ultime naissance.
    Ne peut que sourire aux complimenteurs.
    Ils ont le visage dépressif.
    Après une dépression disent les marins,
    on est beaucoup plus attentif aux autres.

    Ne reste plus qu'à formuler ensuite une parole pleine, vive et non pas être perroquet de ceux qui nous ont fait naître... Quand on sort de son enfermement, on se met à écrire des textes poétiques. Non?
    Allez hue!

  • La ligne bleue du "lointain intérieur"

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    (Photo Snorry)

    (...) Montagne de fluide, paquet divin,
    Où es-tu mon autre pôle? Etrennes toujours
    remises,
    Où es-tu marée montante ? (...)

    Présence de soi :outil fou
    On pèse sur soi
    On pèse sur sa solitude
    On pèse sur les alentours
    On pèse sur le vide
    On drague.

    Monde couturé d'absences
    Millions de maillons de tabous
    Passé de cancer
    Barrage des génufléchisseurs et des embretellés;

    Henri Michaux


    A Johann.

  • Magnolia for ever

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    Je suis un magnolia en fleur dès le début d'avril. Parfois les gelées brûlent mes pétales. Cette année, j'ai pu donner du rose et du blanc à volonté aux passants qui souvent arrêtent leur voiture pour me photographier. Je trône au centre de ce jardin depuis longtemps. En fait, depuis le printemps 1919. C'est un homme qui revenait des tranchées de Verdun qui m'a donné cette chance. Pas de doute, ce gars aimait planter des arbres. Je ne sais toujours pas pourquoi mais il pleurait ce matin-là en me posant dans un trou surdimensionné pour ma taille. Il n'y avait que de la bonne terre autour de mes racines. Et un poirier qui m'a considérablement gêné dans mon évolution. Heureusement, il est mort. J'ai pu m'élargir vers l'Ouest. Donner un peu plus d'équilibre à mes branches. Je me souviens de toutes les générations qui se sont amusées avec moi. D'abord celles qui adoraient jouer à saute-mouton. Puis les enfants des enfants se sont succédés et parfois ils arrachaient les feuilles vertes de ma tenue d'été. Je n'en ai jamais pris ombrage.
    Je suis bien traité, rassurez-vous. Le petit-fils du planteur enlève soigneusement les mousses qui, par souci d'indiquer où se trouve le nord, attirent des insectes peu fréquentables. L'hiver, j'ai droit à mes rations de cendres du feu de cheminée. Et même à du fumier de cheval. Un jour, le petit fils en question m'a adressé la parole. Il avait l'air plus sérieux que d'habitude. Il m'a simplement dit :
    - ça te dérangerait si, un jour, je fais disperser mes cendres à tes pieds ?
    Pour lui faire comprendre que cette décision ne pouvait que m'enchanter, j'ai appelé le vent et je lui ai demandé d'envoyer un nombre considérable de mes pétales de ce printemps par la fenêtre ouverte de sa chambre. Le vent a opiné derechef. Et dans la minute qui a suivi son lit était recouvert de ma soie rose et blanche.

  • Mise au vert

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    Le vert en Bourgogne peut rendre aveugle. La couleur des prés, du blé en herbe et du colza, bien arrosée en ce printemps, fait tanguer mes rétines. L'odeur de l'herbe coupée, je la respire depuis que je suis né. En ce lieu. Derrière la maison, il y a un bois qui donne son nom au patelin et à ma maison. Les arbres de ce bois sont plusieurs fois centenaires. Ce sont mes ancêtres. Ils veillent sur ma destinée.
    Hormis les grands arbres, il y a bien quelques habitants qui gravitent autour de ce centre du monde. Vingt trois selon le dernier recencement. Tous paysans et chasseurs. Eux aussi veillent au grain et sur le lieu-dit. Ils ont le coup de fusil à portée de mains (sous le lit).
    Depuis mon installation, j'ai du croiser une bonne douzaine d'extra-terrestres.
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    Parmi eux, Jaymie, mannequin from New York et son compagnon Vivill, photographe des longues tiges qui défilent en tortillant des chevilles et qui posent pour "Vogue" ou "Elle". Après la grillade de pièces de boeuf, de bonnes rasades de Chablis, ils ont jardiné un peu puis se sont écroulés de fatigue. La sieste en Bourgogne vous prend par le col et ne vous lâche plus. L'air de la campagne sans doute. Les autochtones, juchés sur leurs tracteurs, n'hésitent pas à klaxonner lorsqu'ils passent sur la route; pour faire ambiance et mettre un peu d'animation. Heureusement, il y a des colombes, des geais, beaucoup de mésanges, des merles persifleurs et un couple de faucons pélerin qui viennent éplucher leurs proies dans mon jardin. Les écureuils se méfient des chats et des chouettes qui travaillent de nuit. Ils sont au complet (j'ai vérifié) puisqu'ils mangent tous les matins sur le rebord de la fenêtre de ma cuisine.
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    Ces deux loustics n'ont fait qu'une courte halte au paradis qui bien sûr se trouve chez moi comme vous allez vite le comprendre. Ils ont fait une étape gastronomique pour avaler ensuite deux mille deux cents kilomêtres entre Provence et Rhénanie du Nord. Inutile de vous présenter Eric et Pierre car ils n'en valent pas la peine. Pourquoi? Parce qu'ils sont, sans aucun doute possible, les deux derniers princes charmants encore vivants. Inutile, aussi, de vous narguer le palais en détaillant le menu. Rien que des spécialités locales dont le célèbre pâté en croûte de Jean Reviron, boucher-charcutier du coin aux joues très coloriées de rouge. Ils sont repartis, hier, avec quelques sourires dans leurs bagages. Impossible de vous narrer par le menu nos propos. Ils sont d'un autre temps. D'une autre époque. Je dois vous avouer que des intants de bonheur s'accrochent aux branches de mes arbres. Il s'agit d'une vieille légende locale qui date des Chevaliers de la table ronde et de Chrétien de Troyes...
    A un de ces jours.

  • Une année de plus

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    Oui, Kanji, presque un an déjà. Nous étions comme ces personnages dostoïevskiens en train d'entendre cette parole obsédante des profondeurs. Nous faisions la véritable connaissance avec un certain tragique. Comme si chez Dostoïevsky tout "héros" était la proie d'une Erynie qui lui parle à l'oreille, discours at nauseam, jusqu'à la folie et le dernier souffle. Faire face à un monologue insensé, nous ne le quittons dans "Crime et Châtiment" que pour le retrouver dans "L'Idiot", dans "Les Possédés", etc. comme ce "langage du souterrain" dont "Une fâcheuse histoire" esquissera même la théorie : " On sait que des raisonnements entiers traversent parfois nos cerveaux à une vitesse prodigieuse. Se présentant à nous sous la forme de sensations, non seulement ils ne peuvent être formulés littérairement, mais encore aucun idiome humain ne saurait leur rendre leur signification."
    Et comme dans "Le journal d'un fou", on observera qu'au fur et à mesure que se développe l'intrigue, le monologue tend à verser dans une incohérence de plus en plus "Joycienne" avant la lettre. On en jugera par ces complaintes de Raskolnikov: "Oui! pour quelqu'un qu'elle aime plus que tout, elle se vendra ! Tout est là ! Elle se vendra pour son frère, pour sa mère. Pour eux, à l'occasion, nous saurons étouffer notre sens moral; nous porterons pour les vendre au marché : liberté, tranquilité, conscience, tout! qu'importe! "
    L'heure est venue de transhumer. De gravir des montagnes, devenir un homme dans un village bienheureux, auprès de gens laborieux, un nid de paille abondante au soleil mûrissant. Comme d'autres, il faut commencer le travail avec le coq entraînant. Comme d'autres, il a pu le dimanche aller à la découverte des mots

  • Après le vol de baleines échouées en l'air

    Finalement, c'est un semblant d'orage, une furie lointaine qui est passée très haut et très vite au-dessus de cette petite vallée blogueuse. Une sorte de vol au dessus du nid d'un coucou. L'orgueilleux brûlement d'un pitre en manque de reconnaissance qui crée, dans un mirage confus, le trouble où s'égarent ses espérances et ses peurs. On croise parfois ce genre d'énergumènes sans vraiment les voir. Ceux qui se délestent du poids de désastre et qui pensent nous l'offrir à tout prix en épitre d'un conte magique. Ils nous lèguent des lueurs muettes, incendient les gros nuages noirs au ventre blanc puis se mêlent au vent comme des baleines échouées en l'air pour nous donner l'impression qu'ils continuent d'avancer...

    Avant dernière note de départ vers les beaux jours d'écriture. Besoin de silence aussi pour entendre pousser les fleurs.

  • Comme si la lune avait des ailes

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    Un peu de la trompette de Chet Baker pour en finir avec une journée passablement lourde. Un zeste de cette frénésie et ce sentiment que le jazz, tel que l'a vécu ce James deanien de l'après guerre, était bien une aventure anti-académique, menée par des jeunes types fougueux, drogués jusqu'aux yeux, alcooliques au dernier degré. La voix traîne ce soir comme enveloppée par une nuit sans fond sous l'éclairage bienveillant de la pleine lune qui était comme une béquille salutaire pour ces oiseaux de nuit qui tutoyaient les extrêmes et qui se situaient à l'opposé du sérieux et de la préciosité dans lesquels on enferme ce genre aujourd'hui.
    A l'heure bleue sonnait les premières escarmouches sur la West coast: "S'entendre avec Gerry Mulligan n'était pas toujours facile, surtout depuis qu'il se shootait. Il était nerveux et tendu, et je remarquais à quel point ses longs doigts tremblaient quand il jouait."
    Un peu avant sa "chute" d'une fenêtre de chambre d'hôtel à Amsterdam, autre soir de pleine lune, Chet avait fredonné au printemps de Bourges "My funny valentine" avant d'envoyer à la figure du pianiste les feuilles de partition parce qu'il n'était pas dans le bon tempo. D'un bras et index tendu, il lui a montré la sortie, derrière le rideau de scène, puis il a continué, seul, droit comme un i titubant. Le public était pétrifié et envoûté. Une heure pour dire adieu à deux milles paires d'oreilles conquises et inquiètes. Deux milles gorges serrées par les turbulences d'une âme épuisée, parfois ravie, mais inchangée, toujours avide de ciel, prise d'un désir de chasse à la note rare et juste, secrète, essentielle, insondable, d'un trompettiste de la solitude.

  • Intermède

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    Pierre Soulages,
    Musée Ordrupgaard, Charlottenlund-Copenhague, Danemark (Décembre 2005/Février 2006)
    © Tobias Toyberg-Frandzen, Photographer
    Rygårdsvænget 1, 1TV
    2900 Hellerup, Danmark


    Pour ceux qui vomissent sur l'art contemporain un petit copié-collé et hop :

    http://www.philagora.net/philo-fac/ricoeur.htm

    Arts, langage et herméneutique esthétique.
    Entretien avec Paul Ricœur
    par Jean-Marie Brohm and Magali Uhl

  • Le nouveau facteur est arrivé

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    Tu n'as pas l'air dans ton assiette?
    - Pas du tout. Je suis au meilleur de ma forme depuis qu'il est rentré.
    Franchement, si tu te voyais. Tiens, regarde-toi dans la vitre!
    - Désolée, l'heure n'est pas favorable aux reflets de mon moi brûlant.
    Tu es une chatte contente, donc.
    - Oui, très contente de m'être rencontrée. Je suis la chatte la plus heureuse du monde.
    Je vois. Mademoiselle se colle à lui depuis hier. J'ai observé ton manège. Tu as tenté cette nuit de me piquer ma place sur le lit. Un jour, je vais profiter de son sommeil pour te rouster.
    - J'aimerai bien voir ça. Madame rêve.
    Osez Pepita...!
    - Arrêtes, avec ton Bashung de soprano canine!
    Aucun express ne t'emmènera vers la félicité...
    - Dis, c'était bien ce matin quand ils se sont mis à chanter avec Jean, le facteur. C'était une chanson de Reggiani, non?
    Ben oui. "Ma fille, mon enfant, voici venir le temps où l'on va se quitter...". Il chante vachement bien Jean. Dommage, il part en retraite. Et son remplaçant à plutôt l'air coincé de la glotte. Pas le genre à rester pour boire l'apéro.
    - Pas très chanteur non plus le nouveau préposé. Pas le style à s'arrêter sur la route pour te refiler le courrier.
    Il doit être à la CFDT, vu le profil.
    - Ah, parce que tu penses qu'il y a un lien.
    Jeannot, lui, est à la CGT. Dans les manifs, c'est lui qui prenait le micro pour dire que les loups sont entrés dans le service public.
    - Le nouveau peut changer avec le temps. Un verre, deux verres et il va nous chanter en russe "Sommes-nous les derniers coquelicots".
    Mouais. Il ne sera jamais capable de consoler, comme Jean, les veuves du village. Il a une montre à la place du cerveau.

  • Excédent de bagages

    Atterrissage par vent de travers
    A l'arrivée une brume de songes
    Sous un ciel d'ombre
    Un regard continue de plâner dans mes bagages
    Petite mise en jachère de la pensée
    Le break, le blanc.
    Retrouver l’usage du langage qui me parle,
    Les livres qui me sont accordés.
    Ce langage qui met en branle la rencontre avec le réel,
    Le grain de sa voix, les battements de son cœur.
    Vite, retrouver la présence du corps qui met en œuvre.
    A condition d’être accueillant.
    Le réel, c’est pour les fous, la réalité pour les gens sages.

    La réalité il faut la soumettre à l’examen de son propre désir.
    Retrouver le chemin en son sein et faire l’éloge du changement.
    Du vrai changement, c’est la loi.
    Fuir la répétition.
    Le radotage qui s’identifie à soi-même.
    Héraclite disait que le fleuve n’est jamais le même.
    Le feu aussi. Le logo se déploie.
    Comme un arbre qui pousse.
    Changer c’est traverser des couches
    Naviguer entre les nuages
    Ouvrir la porte aux phrases égarées
    Attraper ce mot-ci, ce mot-là
    L'écrire, mal.
    Le déchiffrer et l'offrir à toutes les endurances.

    Le regard disait : Le temps est venu.
    Laisser la place
    A la trace
    A la salive
    Entrer dans le jardin perdu
    Laisser pousser la fleur dans son front
    Entendre le cri du pétale.
    Remplir le sentier d'arbres
    Accepter la pénombre du sous-bois
    A tâtons
    Sous le pommier qui perd connaisance.

    (A Ólöf Dóra)

  • Dernière veillée islandaise

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    Photo Philippe Patay
    Ce matin, dès 7h00, les machines municipales de Reykjavik entraient en action pour effacer les traces de la beuverie nocturne. Il y eu bien quelques beuglements avant 8h00. Deux vikings qui faisaient des bières supplémentaires sous mes fenêtres puisque la maison se situe à l'épicentre des bars sur l'échelle de Carlsberg. Ils chutaient, se relevaient, s'arrosaient de houblon. Pourtant, le vent n'était pas commode.
    Verres pilés, ou jetés sur les pelouses, bouteilles de gnôle errantes poussées par la bise ornementaient le centre ville. Si à Paris, il existe des aspirateurs à merde, ici, les tubes avalent du verre. Sans le moindre spectateur puisque la ville reprend goût à la vie et ses esprits vers 10h00.
    Marchand de verres, voilà un truc qui doit rapporter gros puisque les islandais, une fois jetés dehors, continuent de boire à la fraîche jusqu'aux premiers rayons du soleil. Ensuite, ils plongent dans le noir en hurlant leur bonheur de vivre sous pareille latitude.
    Combien y-a-t-il de saisons en Islande (autre question qui revient souvent) ? Il y a l'hiver et juin-juillet. Parfois, il peut y avoir quatres saisons en une seule journée d'été.
    Toutefois, le gulf stream qui termine sa course folle (depuis le golfe du Mexique) sur la côte Ouest de l'Islande atténue cette sensation de froid quand le vent vient du pôle; grosso modo, il fait moins froid à Reykjavik que dans le Jura ou le Morvan. Moins cinq en moyenne, l'hiver.
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    J'ai invité Kjartan et sa fille Mia a déjeuner à 13h00. Au menu, poulet rôti et pommes de terre avec du pèbre d'ail apporté de Provence. La petite n'a rien laissé dans son assiette. Intimidée, au début, elle me toisait du haut de ses cinq ans et je lui ai dit que, plus tard, elle ne sera pas Miss Monde mais sûrement la nouvelle Greta Garbo. Elle m'a regardé comme si j'étais Bob l'éponge. En riant. Ensuite, elle a disparu derrière une énorme part de gâteau au chocolat.
    Une heure plus tôt (sainte Thérèse, une heure avant le repas) je suis allé écouter La chorale de Reykjavik qui répétait. J'en frissonne encore. Une centaine de voix interprêtant des chants orthodoxes de Rakmaninoff. J'avais le coeur serré puisque manquait une voix qui est en train de s'éteindre...
    Cet après-midi, je vais à Hveragerdi sur la côte sud avec Matta, à cet endroit où la géothermie offre des bains d'eau chaude uniques au monde. Imaginez une bananeraie à quelques lieues du cercle polaire. Hé oui, l'Islande produit des bananes en grande quantité grâce à cette énergie offerte par Odin. Il fait entre trente et quarante degrés sous des hectares de serres. Poivrons, aubergines, courgettes, piments poussent comme des petits pains. Quand le soleil se pointe par dessus les montagnes, en février seulement.
    Que vous dire encore? Que ce soir, c'est encore le grand charivari. La course à l'alcool et à l'orgasme obligatoire. (sainte thérèse, c'est chiant comme la pluie ces nuits islandaises. Ils font l'amour sans jamais lâcher leurs verres)
    Les islandais sont des barbares en costumes cravates dès le lundi. Les jeunes filles ont des corps de mannequins, certes, mais beaucoup de poids chiche en prime dans leur caboche. Quand aux garçons, je préfère ne rien en dire, tellement il y a peu à dire. Les plus grands écrivains islandais s'en chargent dans leurs romans ou essais et je vous donnerai la liste de ceux qui sont traduits. Le plus doué d'entre-eux ne l'est pas. (traduit, Thérèse, traduit) et c'est bien dommage car il n'y va pas avec le dos de la cuillère. C'est du brutal. Comme tout ici. Ils devraient organiser les championnats du monde du non-dit et comme pour les miss Monde ou Univers, ils seraient placés gagnants. Ceci-dit, ce sont des gens charmants, en semaine. Du lundi 9h00 au jeudi 20h00.

  • Concentré d'islandais

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    Une petite carte postale d'Islande et de la vie nocturne à Reykjavik car le temps presse. On me demande souvent les mêmes questions à propos de l'Islande. Alors je vous en offre un concentré. Combien sont-ils ces vikings sur cette île qui est trois fois plus grande que la Belgique, plus vaste que le Portugal et qui, en km2, représente un peu plus d'un tiers de notre territoire? Ils sont 300.000 depuis cette année. C'est peu. L'Islandais travaille trois fois plus qu'un français. Il a trois métiers, je veux dire, pour payer ses nombreux crédits bancaires (Appartement, maisons et voitures de grand luxe).
    Achète quantité de livres. Dévore les romans français. Ce matin, j'ai découvert la traduc du dernier bouquin de Michel Well bec (de lièvre) sur la table de la salle à manger d'amis. Ils m'ont demandé ce que j'en pensais de Wouêêêlebaique... J'ai répondu que je n'en pensais rien et que c'était certainement un grand écrivain d'après son succès médiatique. Oui, je suis fourbe parfois. Je m'en branle de ouaislebecque. Ici, en Islande, le livre ne connait pas la crise. Ni les librairies.
    Ceux qui écrivent sont respectés.
    Les académiciens islandais se lèvent le cul très tôt le matin pour inventer des mots adaptés à leur pays, leur culture. Je vous en donne quelques exemples :
    Lögregla = police (pas facile de les identifier quand ils débarquent en force)
    Lögreglumadur = policier
    Lögreglubìll = voiture de police
    Leigubìll = taxi (Hep Leigubill ou Leigubìlstjòri! Voyez le truc, à en perdre son dentier)
    Leigubìlstjòri = chauffeur de taxi
    Lög = loi
    Regla = ordre
    Madur = homme
    internet = Alnet / veraldarvefur = www
    @ = hjà (chez) exemple:on dit blog_trotter(@ chez) yahoo.fr. On ne dit pas at par ici.
    Ni télévision mais sjonwarp et encore moins téléphone : simi. Manquent quelques accents mais mon clavier n'est pas outillé pour.

    Les islandais roucoulent des rrrr lorsqu'ils parlent. Ils passent leur temps à chanter dans des chorales. Ils adorent Bach, Mozart et Bite au vent. Ils ont l'oreille musicale. Parlent peu ou jamais pour ne rien dire.
    Ce soir, c'est fièvre du vendredi donc ils vont arpenter les bars. Et là, c'est indescriptible. La cocotte minute explose. Luther, si tu nous entends...
    Ils sont en chaleur. L'alcool ouvre les portes, les vannes du puritanisme. Ils dansent, chantent, délirent, se tapent sur la gueule comme Kirk Douglas dans "Les Vikings". C'est violent, parfois même très violent, à partir de deux heures du matin.
    Les femmes restent entre elles jusqu'à minuit, boivent comme des soudards. Ensuite, elles sortent de leurs cavernes avec moquettes épaisses en hurlant: "Hé toi, le petit français, viens, on va faire l'amour!!")
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    (Miss monde, Unnur Birna Vilhjalmsdottir, est islandaise je vous le signale)
    - Heu...oui madame mais je ne vous connais pas, enfin je...vous trouve très belle, quoiqu'un peu grande et votre bouche est vaste comme l'océan... Vous n'allez pas me dévorer quand même? Hein!?
    "Viens! je vais te montrer comment une islandaise fait l'amour!"
    -Vous savez madame, je pense que c'est toujours un peu la même chose, non?
    "Tu es homosexuel?"
    - Non, non, juste un peu romantique, un peu latin quoi. Bref, j'ai besoin de séduction. Vous savez, mon cerveau est directement relié à ma bite. Dingue, non?

    "Séduction? Mouhahahaha!!!!!! Amène-toi, avec ta bite et ton couteau, on va s'en payer une tranche! "
    - Ben oui, je pourrai d'abord vous écrire des poèmes puisés à l'encre de vos yeux. (En espérant qu'ils me soient remboursés par le Crédit Agricole de Sony-Astaffort)
    "Je te fais peur? Tu feras de la poésie après l'amour, viens j'te dis!"
    Sauf qu'après l'amour (une petite heure) elle rentre vite chez elle en espérant s'installer dans le lit conjugal avant son mari qui est en chasse également. C'est à dire avant la fermeture des bars : cinq heures du mat.
    Petite précision : pas de bibine dans les rayons des supermarchés. Ce sont des magasins propriété de l'Etat islandais qui vendent de l'alcool. C'est pour mieux t'inciter à franchir l'interdit mon enfant. Les taxis vendent de l'alcool au black pour qui n'en veut après les heures de fermeture des bars. Odin, priez pour moi. Je ne suis qu'un petit français, vous savez. (hé, hé, hé, hé!!!)

  • Une journée particulière avec Matta

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    Mon fils pense qu’il y a une vie dans les minéraux. Comme tous les islandais, il affirme que l’âme des morts trouve refuge dans certains rochers. J’ai découvert quelques morceaux de la mythologie nordique en marchant. Un jour, j’avais décidé de tirer à la carabine sur des bouteilles de Coca disposées sur un rocher à bonne distance (une centaine de mètres). Une seule détonation et une bouteille explosée plus tard, le maître du lieu, un sociologue compagnon de pensées de Barthes et de Marx s’est lancé sur moi à la manière de « l’homme qui valait des milliards ». Le plaquage achevé il m’a simplement dit : « Philippe, tu es en train de tirer sur le rocher qui protège les âmes de mes ancêtres. »
    Quelques temps après, c’était une discussion avec un paysan. Il lâchait ses mots au compte-goutte comme tous les vikings qui vivent un peu en retrait. Ce jour-là, après le rituel « Godan daginn », (manque les vraies lettres de l’alphabet islandais pour traduire un « bonjour ») il m’a expliqué qu’il avait peu dormi à cause de son chien qui s’était mis en tête d’aboyer en tournant autour de la ferme. « Cela a duré presque trois heures » m’a-t-il précisé. Je partageais son agacement. Toutefois, il a tenu à m’éclairer davantage : « Je crois que tu n’as pas bien interprété mon propos, mon chien, mon unique compagnon est mort il y a sept ans… »
    Aujourd’hui, rien n’a changé. Certes, l’Islande doit se placer en tête des pays consommateurs de toutes ces choses qui attirent les nouveaux riches mais ils demeurent attentifs à leurs croyances, leurs traditions qui datent d’avant l’an mille. Mathilde, qui révise à mes côtés ses cours de littérature française, m’avoue sans rire qu’elle croie aux elfes : « J’ai peur d’eux quand je marche dans le pays. »
    Peur de quoi ? « Qu’ils me piquent mes affaires. »
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    Ah oui, qu’ils te piquent ton iPod…
    « Espèce de … » Mathilde, depuis qu’elle est née, me traite à peine qu’on se traite. Je l’ai vue pousser comme une liane. Elle mesure 1,78m. Sa mère, Sigga, (la penseuse de la note précédente en sa cuisine) atteint 1,83m. En Islande, elles passent inaperçues. En France, par contre…
    Depuis mon arrivée, je suis obligé de ruser comme un sioux pour réussir à photographier ma filleule. C’est une splendeur Matta. Dehors comme dedans. Ma préférence à moi. Je crois que je vais la marier à un riche émir (oui, je sais, c’est un pléonasme) contre plusieurs Rolls avec des roues en or massif. Vous trouvez que je pourrai en obtenir davantage ? Quand elle était petite, j’avais aussi en tête de la faire jouer dans un film avec peu de dialogues. Son titre est resté dans nos mémoires : « La petite salope dans la prairie ». Hélas, ses parents se sont opposés au tournage de ce chef d’œuvre qui s’inscrivait pourtant dans la veine des films de Russ Meyer.
    Comme je dis toujours, il sera temps demain d'affronter les blessures du chemin. (Merci pour vos nombreux messages)
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    Voyez-bien que je ne suis pas mauvais cheval.

  • Le vent soufflait devant sa porte

    La réunion entre différents clans a porté ses fruits. Une sorte de paix a été instaurée pour éviter le rendez-vous avec la faucheuse locale. Le Bishop Don Riton Panzanison a su trouver les mots qui apaisent.

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    Les clans ont, pour un temps, rangé dans les coffres des 4X4 pétoires et artillerie de croiseur. Il suffit de peu finalement. D'une main posée sur un front blême qui lutte contre une pieuvre et son trop plein d'encre. Oui, Molly, "Nul ne sait ce que peut le corps" (Spinoza).
    DJ blog-trotteur, son fils et son clan oscillent entre "cris et chuchotements" et l'ironie. Celle du désespoir qui protège contre le grand froid.
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    Chère Anitta, le général a lancé son appel du premier avril: "Cinq comprimés par jour afin d'éviter les sanglots longs". Il va de soi que personne ne saura mesurer les effets colatéraux de cette mission . Margot, ce pays est définitivement celui de l'écriture. Il neige depuis ce matin. Le vent inscrit en lettres blanches sur les flancs des montagnes la direction a suivre.
    Sigga Rosaydottir, du clan Fjallabak, a réuni hier soir autour de sa table généreuse les boys qui se sont jetés sur trois kilos d'agneau au curry (riz basaltique) copieusement arrosé de quelques bouteilles de Sancerre rouge.
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    La préparation de l'expédition pour retrouver le couple "Morue séchée" et "saumon fumé" est entrée dans sa phase active: GPS pour éviter les égarements, dégonflage des pneux afin de mieux rouler sur la neige verglacée, ravitaillement, combinaisons de survie, pelles, rampes d'alu qui aident à sortir des fourbes ornières.
    Départ mercredi avec le ferme espoir d'atteindre le refuge et la rivière d'eau chaude (entre 40 et 70 degrés) qui serpente entre glaces et cendres volcaniques.
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    Les hommes du clan Fjallabak se sont donnés le même objectif par une piste différente; celle qui passe entre Geysir et glaciers. Nom de code de l'opération "Björk, t'es pas une pétasse!".
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    Le temps est venu de faire courber les lignes droites. Et d'envoyer nos plus belles pensées à toutes celles et ceux qui ont décidé d'épouser nos méandres.

  • Reservoir dogland

    Le clan de Dj blog-trotter a débarqué samedi sur Ultima Thulé. Il va affronter celui des "Jacky" au sud de l'Islande. Votre mission, si vous l'acceptez sera de ramener vivant le couple banni, Eyvindur dit "Saumon fumé" et Halla "Morue séchée" qui se sont réfugiés dans les montagnes du Landmannalaugar et qui errent par moins quinze dans la neige et les glaces près de la rivière d'eau chaude. Une mission périlleuse. Le vent venu du cercle polaire ne cesse de souffler. Et les obstacles ne vont pas manquer.

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    Une douce lumière de printemps chatoie,
    Le soleil d'un matin doré luit
    Et la brise du sud caresse la terre,
    La menace de l'hiver s'enfuit.
    Tout au loin est un frêle oiseau
    Qui jusqu'à moi son chemin poursuit.

    L'oiseau porte en son coeur chaleureux
    De sa fidélité les liens tenus,
    Et par son vol sans répit vers l'Islande
    S'en vient-il par des terres inconnues,
    Au-delà de ces mers immenses
    Vers son foyer, sur une plage nue.

    Personne ne comprend ce désir
    Qui te porte vers cette terre égarée
    Là où de l'océan les lourdes vagues
    Blanchissent les récifs dénudés.
    Est-ce donc pour t'installer ici
    Au secrets de nos bouleaux moirés?

    je scrute la frange océane
    Et mon esprit vers toi souvent s'enfuit,
    Lorsque la blanche brume du matin
    Du printemps pose le voile sans bruit,
    Tout au loin est un frêle oiseau
    qui vers moi son chemin poursuit

    Hàkon Adalsteinsson, poète des brumes, paysan, éleveur de mouton, sur les hauts plateaux, lui-même élevé par l'esprit des montagnes.