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  • Le temps retrouvé

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    Pépita a élu domicile sur un coin de table dans la cuisine.
    Depuis une petite semaine, elle trône là, sur ce plateau de bois interdit.
    Elle attend la mort pour mieux la servir.
    Son pelage est rêche. Non, pas comme Monsieur William.
    Reich comme la peau des lézards qu'elle a martyrisé.
    De son dernier perchoir, la chatte observe le rouge-gorge bien gras qui vient atterrir sur la mangeoire à oiseaux juchée hors de sa portée. La pelée répète sa grammaire : "j'atterris tu atterris il atterrit nous atterrissons ..." pour faire le deuil de ses observations ornithologiques. De temps en temps elle émet un pâle miaulement. Elle est entrée dans la dernière phase de la répétition : "Le rouge-gorge est un oiseau d'hiver. Le rouge queue un oiseau d'été. L'hiver approche, j'entends le rouge-gorge ricaner comme Aristote."
    Soudain, le rouge-gorge frappe à la porte de la cuisine, ignorant superbement les deux compagnons qui sont en arrêt devant la vitre. Deux chiens qui se sont faits porter pâles chez le vétérinaire du village. Ils sont inquiets pour Pépita. Deux quadrupèdes, l'un blanc, l'autre marron qui se demandent inlassablement si la féline passera l'hiver.
    Le rouge-gorge chante la venue de l'hiver. Il annonce des jours meilleurs à ses amis qui se sont volatilisés dans la gorge de Pépita depuis douze ans.
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    Le rouge-gorge se félicite du chagrin affiché par les deux chiens. Il siffle de son cri aigu la même sentence depuis quelques jours: "C'est le cycle de la vie". Un matin, il cessera brusquement de siffler quand l'hiver va entrer de pleins pieds dans la maison. Le rouge-gorge se demande si l'on peut faire confiance à la vie quand on vient de la mort.

    (Spéciale dédicace à Jack 115)

  • Interstice d'hiver

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    Quand mon verre est vide, je le plains ; quand mon verre est plein, je le vide. Raoul Ponchon
    (Extrait de La Muse gaillarde)

    Regarde le vide ! Tu y trouveras des trésors. Jules Renard (Journal - 21 juillet 1906)

  • Décontracté du gland

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    Décidemment, le vent ne cessera point de fondre sur le flanc est de la maison. La bourrasque d’automne n’a pas cette odeur de tuile chaude, chère à Giono. Cet air qui graisse la peau des maçons italiens en train de reluquer, depuis les toits, les lourdes poitrines des femmes de Manosque penchées sur leurs balcons. Pourquoi lourdes d’ailleurs ? Parce que les rêves de ma sieste étaient crapuleux. J’ai rêvé de Sophia Lauren. Forcément. Un thé Mariage plus tard, je rembobine.
    Ah…Sophia. De son vrai nom, Sofia Scicolone. Je vous vois venir…Ça fait un peu silicone valley, mais je vous emmerde. Sophia, c’est la plus belle, et pour toujours. Longtemps je me suis réfugié entre ses seins et de très bonne heure. Adolescents, avec mes copains du village, nous aimions songer à elle, enfermés dans la vieille traction avant de mon grand-père. Les amortisseurs de cette voiture résistante donnaient le la à nos épanchements collectivistes. Comme dans le film de Fellini, « Amarcord ». Costumés en souteneurs de nos émotions nous couchions alors avec tous les sentiments cousus mains par le neo-réalisme italien. C’est fou comme la pensée devient agile grâce à nos poignets droits. Au carrefour de ce massage se rencontraient tous les créateurs de fantasmes.
    Plus tard, il a fallu se lancer à la recherche du point G, et pour de vrai. Trouver le tipping point, ce moment où les choses chavirent et, paradoxalement, où tout devient possible.
    Revoir Sophia, oui, c’est possible. Merci gougleu. Un clic puis deux et hop, je tombe sur elle et à plat ventre. Pixellisée pour le calendrier Pirelli 2007. La salope, j’me la taperai bien encore, malgré ses 72 ans et photoshop. Me voici de nouveau en coulisse d’une histoire dans l’histoire. Superbe attentat au destin. Une vraie star en couverture d’un calendrier. Les nichons de Sophia, tel le mur de l’Atlantique, font barrage à nos mémoires transformées en bunkers par le conformisme frileux (pléonasme). En marchant avec mes deux chiens, je faisais face tout à l’heure au vent mauvais qui rançonne les chênes vulgaires tandis que dans le ciel avancent les montagnes prodigieuses des cumulonimbus.
    De retour au bercail, je pensais à tous ces équilibristes penchés, eux, sur le prétendu cadavre de la littérature, à ces laboureurs de consciences fatiguées de vivre avant l’heure. Ceux-là mêmes qui s’empressent de signer, dès l’automne, le pacte germanopratin de l’inquiétude métaphysique.
    Genre : « Dès le premier jour, je l’ai haïe (avec ma perceuse black et d’équerre) d’un amour flou. »
    L’imaginaire de ces besogneux surabonde d’histoires de haine familiale, de drames amoureux à petite semelle de vent. Adossés qu’ils sont à leur immortalité commandée à « La redoute ».
    Heureusement, mon voisin est venu à ma rescousse alors que je transportais du bois pour nourrir le foyer : « Té, vé, mieux vaut qu’on se mette à deux pour pousser ta carriole.»
    Ou bien « Il a plu quatre gouttes, pas cinq. »

  • Off

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    (Photo Johann)
    - Allo, tu vas bien?
    - Oui, très.
    - Je pense que l’entretien va porter ses fruits rouges.
    - Parfait, mon chéri bibi. Tu mesures tes chances de réussite à combien ?
    - Oh… Je dirai une chance sur cinq, si toutefois je suis convoqué au second entretien.
    - C’est un progrès. Au départ tu n’avais qu’une chance sur 108.
    - (Rires) Toi alors, toujours le sens de la déconnade.
    - Ben oui. Il vaut mieux envisager le scénario le plus pessimiste.
    - Comme celui de la dernière sortie de Noiret et d’Altman… ?
    - Putain, plus je vieillis et plus les nécrologies s’accumulent.
    - Tu ne fais rien sur Noiret ? Tu l’avais rencontré plusieurs fois pourtant. Je m’en souviens, c’était à Villerupt, en Lorraine, au cours de leur festival du film italien. Vous étiez trois mille à manger des tagliatelles dans la salle des fêtes de la mairie. Tiens, je me rappelle même du titre de ton article : « Noiret met la main à la pâte ».
    - Ben toi alors, tu as une de ces mémoires.
    - Quand je pense que tu les as tous interwiouvé…
    - Pas tous, mais presque. Manque Clint et Tim Burton.
    - Je lui ai dit à la femme qui m’interrogeait que tu avais croisé tous les plus grands de ce monde. Dans tous les domaines. Elle m’a même demandé : « Qui par exemple ? » Helviti, y’en a pour des plombes si j’énumère…Tenez, il a même rencontré Vigdis Finnbogadottir, c’est vous dire.
    - Non ! Fallait rester dans le champs cinématographique. Tsss, tss !!!
    - T’inquiète, j’ai assuré. Je lui balancé ça : « Mon père est un boa constrictor qui se noue autour de ce qu’il aime. Reporter de la mémoire, archéologue du quotidien, unijambiste du verbe, passeur de sens, bref, tout le tralala…»
    - Arrête, tu t’es dispersé !
    -Pas du tout. Elle roulait des pupilles, t’aurai vu ça, la salope !
    - Tais-toi, on nous regarde !
    - Comment ça ?
    - Tout ce que tu dis est enregistré. Je vais le raconter sur mon blog.
    - Fuck, si tu fais ça, je te colle une morue surgelée islandaise dans la tronche à Noël.
    - Trop tard.

  • World news

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    (From Iowa girl)

  • La Marquise de Perleuil au Vicomte de Valbateleur

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    Savez-vous, Vicomte, que votre Lettre est d'une insolence rare, et qu'il ne tiendrait qu'à moi de m'en fâcher? Si je n'avais lu votre marque d'affection soigneusement dissimulée. Mais elle m'a prouvé clairement que vous aviez perdu la tête, et cela seul vous a sauvé de mon indignation. Amie généreuse et sensible, j'oublie mon injure pour ne m'occuper que de votre danger; et quelque ennuyeux qu'il soit de raisonner, je cède au besoin que vous en avez dans ce moment. Vous, Lorrain au coeur d'acier, défenseur d'un manant couché sur sa laine polaire commandée à la Redoute! Mais quel ridicule caprice! Je reconnais bien là votre mauvaise tête de fin calculateur qui ne sait désirer que ce qu'il croit être héritage des Lumières. Qu'est-ce donc que ce chien, pièce rapportée de la cour parisienne? Des traits réguliers si vous voulez, mais nulle expression: passablement fait, mais sans grâces: toujours mis à faire rire! Avec ses paquets de grognements sur la gorge, et son corps qui remonte au menton! Je vous le dis en amie, il ne vous faudrait pas deux chiens comme celui-là, pour vous faire perdre toute votre considération. Rappelez-vous donc ce jour où il pissait contre la porte à Saint-Roch, et où vous me remerciâtes tant de vous avoir procuré ce spectacle. Je crois vous voir encore, donnant la main à ce grand échalas en cheveux marrons, prêt à tomber à chaque pas, ayant toujours son collier de quatre aunes autour du cou, et rougissant à chaque révérence. Qui vous eût dit alors: Allez-vous le faire adhérer à SUD ou à la CGT ? Allons, Vicomte de derrière les fagots, rougissez vous-même, et revenez à vous. Je vous promets le secret.

  • Poétique de la pensée de mes chiens

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    J’aime à imaginer la partition secrète du mystère qui se joue dans les cerveaux de piaf de mes chiens.
    Surtout quand ils sont en repos, « aux pieds » de mon bureau. Sages comme des images d’épinard en boîte.
    Ce matin, quand six heures a sonné à la porte, ils se sont mis à aboyer. Ce n’était pas l’infirmière habituelle. Celle-ci affichait un blond vénitien. Le Dracula de l’aurore avec son élastique, sa grosse piqûre et ses petits flacons. Chauve qui peut la vie. Pas le temps de chimioter.
    Devant mon écran de contrôle, je tentais de chausser un verbe qui nomme notre époque. Quand on est vivant, on est concerné. Je suis concerné par tout ce qui se passe dans ce monde, parce que je suis vivant. Une mésange m’a indiqué la marche à suivre en grignotant sur sa mangeoire : Picorer. Voilà le manuscrit du verbe trouvé à Saragosse.
    Les chiens, eux, se demandaient si la mélancolie est un lieu, une niche douillette sur divan freudien. Devant l’épreuve absolue, la mort se lit dans le regard des autres, effrayés qu’ils sont de la contempler dans un miroir réfléchissant. Les chiens ne s’embarrassent pas de mots comme biopsie, protocole, plaquettes, Institut Paoli-Calmettes de Marseille.
    Ils attendent le retour de la voix de leurs maîtres. Attendre le son des pas sur les cailloux, mesurer le temps qui passe si lentement, si vite. Attendre que les sourcils s’évaporent. Attendre, sans même un espoir précis, jusqu’à ce que le résultat attendu se soit réalisé. Se souvenir, enfin, que Maurice Blanchot résidait au 21 place de la pensée.

  • Sauve qui peut la langue de bois

    Il y a des matins comme ça. On se réveille avec une tête d’espagnol breton et l’on renifle une sorte de rouleau d’automne (fabriqué à la main du côté de Bien Hoa par une blonde comac). Et la radio dépose quelques fâcheuses nouvelles : « Baisse des cours de la bourse, notamment les actions Cabécou et Rocamadour, mais pas de quoi en faire un fromage » ironise le journaliste de France Inter. « Nicola Hulot n’est pas un produit recyclable, sa mongolfière peine à décoller dans les sondages. Les pays détergents appellent au respect des accords de Kyoto, Bush s’en lave les mains…Sport : Rocco Sifredi soutient les revendications des castras della squadra azzura di Calcio. » Chanson : Les yéyés reprennent du service et retrouvent les planches de salut en tournée générale. Johnny donne toujours le la :
    « Les portes du pénis entier
    Bientôt vont se fermer
    Et c’est là que je finirai ma vie
    Comme d’autres gars l’ont finie. »
    Et puis Zorro est arrivé, juste après la chronique de l’immense Guy Carlier à la recherche du dernier poilu perdu de 14 –18 dont l’enterrement n’était même pas inscrit sur les carnets de campagne de nos huiles politiques. Pathétique mais presque notre comique troupier de gauche radiophobique.
    Gauche toujours avec la découverte - sur nos ondes nationales matinales - d’une nouvelle langue de bois. Une sorte de Mazarine Marchais répondant au prénom juteux de Clémentine. Miss Autain est la fille d’un barde aragonien nommé Yvan Dautin. 33 ans, titulaire d’un DEA d’histoire consacré au féminisme (1), conseillère de Paris 17ème, adjointe au maire (qu’elle appelle Bébert), responsable de la jeunesse capitale.
    Joli minois agrémenté d’une bouche remplie de copeaux. Une dialectique qui ne casse pas des briques. Madame veut rassembler, avec ses anciens copains d’amphis, sectaires comme l’inégalité des chances, d’autres compagnons de route du NON à l’Europe, du non au boulevard Ségolène Blairiste, du non au libéralisme, toute la crème fouettée alter ego mondialiste, sans oublier les survivants de la place du Colonel Fabien, les conquérants de l’inutile réforme et du grand Nord parisien avec un zeste de cultivateurs moustachus anti OGM et MacDo du Larzac. Pas facile d’obtenir de ce produit marketing, au discours ripoliné Jeunnesse communisante, une réponse courte et précise.
    Bref, impossible d’en placer une. J’ai l’impression de rééééentendrrre Georges et ses diatribes anti-grand capital : « Y’a une volonté trèèès forte danssss’pays de transssformazion soziââââle… »
    Sans compter les « de c’ point de vue » les « politique anti-libééérâââle », les « Y faut rassembler à gauche » et les « réformettes quin’n’n’ font plus rêver. »
    Elkabach, reviens bordel !!!
    Ben moi, ce sont les 25/35 ans qui ne me font plus rêver. La plupart "gèrent" leur couple et leur porte-monnaies, cultivent le passé l’air de rien et réécoutent les Beatles. On avance, on avance comme dit l’autre chanteur.

    (1) A 22 ans, elle a été violée en sortant, un soir, de l'Université Paris VIII

  • Un pélican en hiver

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    Que font les pilotes de canadairs quand la bise est la bienvenue ? Ils s'entraînent. A la base de la Sécurité civile de Marignane, on appelle ça: "Maintien des capacités". Selon Gilles, il faut au moins cinq ans pour prétendre à piloter parfaitement un "pélican jaune et rouge". Surfer sur la bonne vague, par temps de Mistral en baie de la Ciotat, voilà qui nécessite beaucoup d'expériences. Tenir au sommet d'une vague pendant quinze secondes (avec ses pieds sur les pédales dans la carlingue) le temps d'avaler en soute 6000 litres d'eau, cela ne s'improvise pas. La mer Méditerranée, par grands vents, recèle quelques traîtrises pour tous les navigateurs. Avec un avion, le pire peut survenir à chaque seconde. Et c'est long quinze secondes...Sur les photos, l'opération semble plus facile. Le canadair est en approche au dessus du lac de Sainte-Croix (à la frontière du Var et des Alpes de haute- Provence) et, au fond, on aperçoit les gorges du Verdon. Ensuite, séquence écopage avec en arrière-plan une vue sur un village couvert de neige qui n'est pas sans rappeler des peintures naïves, ex yougoslaves.
    L'hiver, les pilotes ont un programme spécifique à suivre sur tous les plans d'eau de la région PACA (Corse inclue). L'été, ils sont fins prêts à répondre à toutes les crises.
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  • L'automne indien vu du ciel

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    Ils commencent à affluer dès les premiers rayons du matin. C’est pourtant un dimanche de Mistral gagnant, les voitures sont soigneusement rangées par centaines sur les parkings en terre de l’Hostellerie. Le bleu du ciel sera plus Bataillien (sourire Katien) qu’à l’accoutumée. Un bleu du sud : Ce lit du ciel. Ils, ce sont des dominicaux organisés. Tenue «Decathlon» pour randonnée bedonnante avec glacière bleue et blanche. La même que celle de Palavas les Flots, l’été dernier.
    Pique-nique en papier allu et sacs plastique. Qu’ils abandonnent sur place, en général. Parties de boules en prenant soin d’écraser les bouquets de thym et de romarin. Les enfants, eux, s’appliquent à piétiner les plates-bandes de genêts de Lobel, à se suspendre aux branches des petits chênes pubescents jusqu’à rupture.
    La zone est classée « Europa 2000 » parce qu’elle est devenue, au fil du temps, terre d’accueil des asphodèles, de l’anémone hépatique, du lys martagon…
    Je laisse l’agent blanc et l’agent marron libres d’inspiration. Ils courent en direction des tolérants avec des intentions que je fais semblant d’ignorer.
    Le lendemain, plus une goutte de Mistral. Le ciel s’affiche toujours au bleu fixe. 23 degrés au thermomètre. « C’est l’automne indien » me souffle Xavier au téléphone. Je porte un tee-shirt rouge et un slip kangourou bleu. L’heure de l’apéro sonne au monastère. Soudain, un bruit de moteur d’avion à grosses hélices rompt le silence du plateau. Serait-ce un canadair ? Oui, ça y est, je le vois. C’est un 415 CL…
    Il traverse le plateau laissant la Cayre derrière lui et se dirige juste au-dessus de la frondaison de la hêtraie (unique en Provence), pile poil à hauteur de la grotte. Je gueule : «Bordel de dieu, bordel à queue, Sylvie, viens vite, je crois que c’est Gilles ! »
    Le bombardier d'eau vire et se dirige vers Maison rouge. Passe juste au-dessus de nos têtes. Impressionnant.
    L’agent blanc et l’agent marron ont levé leurs museaux, cessant pendant quelques secondes de mordiller leurs os respectifs. Ils sont interloqués, comme nous. L’avion est encore en train de virer.
    « Il revient, il revient… !!!
    Pas de doute, c’est bien « Top Gun ». (Gilles pourrait figurer au générique de ce film tellement sa petite gueule d’ex-pilote de chasse ferait de l’ombre au scientiste Cruise)
    Le canadair longe à nouveau la falaise, le versant nord de la Sainte Baume, repique vers nous. Coups de balai à droite puis à gauche. Les ailes de cet ange nous saluent. Plus de doute possible, c’est bien lui, ce pétillant fils de paysan de la Champagne, en perpétuelle vadrouille aérienne, qui veille au grain sur cette forêt sanctuaire (et tant d’autres) et qui commence à bien la connaître depuis qu’il vient arpenter ses chemins escarpés en VTT avec Barbara, sa femme, qui ferait, elle, pâlir de jalousie Kelly McGillis.
    « Allez hop, ça s’arrose ! Chablis pour tout le monde à la santé de ce chevalier du ciel venu nous saluer bien bas. »
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  • Cent ans aujourd'hui

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    Oui Margot, ce onze novembre est plutôt festif comme la photo de mon téléphone portable l'indique. Dans la famille C., il faudra désormais compter sur son centenaire, Albert, né en 1906 et fringuant aïeul de cette fratrie. C'est qu'il a le cerveau qui carbure cet élégant. Autour de lui, à gauche, Pauline C. qui porte bien ses six ans. A droite, son père Pierre, petit fils d'Albert, qui affiche 37 printemps. Sur ses genoux, Lucile, seconde arrière-petite-fille d'Albert qui brille du haut de ses neufs mois. Absents, sur la photo, Sylvie, la petite fille d'Albert qui attaque (sa troisième chimio) son deuxième verre de champagne, Zozo, femme de Pierre et mère courage et le fils d'Albert, Adrien, qui achève, lui, d'en découdre avec son plat de référence: les moules farcies. Adrien cuisine comme un dieu provençal. Il a seulement 73 ans et pas une ride, comme son papa.
    Vous me direz, il manque quelques femmes adultes. La belle-fille surtout. Michèle, sublime reine mère de cette ruche. Emportée par une méchante tumeur au cerveau, il y a juste quatre ans. Même les piliers meurent d'une longue et douloureuse maladie.
    Revenons à notre Albert, résistant dans les Alpes de Haute Provence, humaniste de haut vol, ingénieur en climatisation et, néanmoins, patron adulé de ses employés. Aujourd'hui, il s'ennuie un peu. Sa vue a baissé et sa seconde femme vient de partir pour l'autre monde. Non, Pierrot, pas l'Amérique. Il me demandait tout à l'heure ce que je pensais de la vieillesse. Je lui ai répondu que j'étais certes prêt à l'accepter en tant que naufrage mais à condition que la plongée soit rapide. Il a laissé passer qu'elle secondes puis il a déclaré, à cette presque joyeuse assemblée, que, selon lui, "la vieillesse s'apparentait à un privilège et qu'il convenait de ne pas le laisser filer. J'ai cent ans, soit. Le chiffre sonne bien. Je promène un avenir tout neuf et au lieu de songer à ce qu'il n'est pas ou plus, je songe à ce qu'il sera..." Grand silence autour de la tablée. Des sourires et quelques larmes aux yeux. "Allez, champagne !" a lancé Albert. Les conversations ont repris. J'ai pu attrapper au vol quelques malices distribuées généreusement par Albert : "Passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est une volupté de fin gourmet. Je ne m'en suis jamais privé." Et de rire encore.

  • Une gueule cassée de moins

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    Tu vois mes pieds dans la glace ?
    Oui.
    Tu vois la gueule refaite de Jack Palance ?
    Oui.
    Tu aimes le Mépris ?
    Oui.
    Pourquoi tu l’aimes tant ?
    Parce que c’est le film le plus somptueux, le plus expérimental du 7e art.
    Tu aimes sa musique ?
    Oui, Georges Delerue communie avec chaque plan.
    Tu aimes mon inertie ?
    Oui. Surtout dans la villa Malaparte à Capri.
    Mes fesses aussi bien sûr ?
    Oui. C’est là que trône l’intelligence des femmes.
    Tu aimes le générique du Mépris ?
    Oui. "Le cinéma substitue à nos regards un monde qui s'accorde à nos désirs (cette phrase attribuée par Godard à André Bazin, est en fait, sous une forme légèrement différente "le cinéma est un regard qui se substitue au nôtre pour nous donner un monde accordé à nos désirs" de la plume de Michel Mourlet)
    Dis-moi encore pourquoi tu aimes Le Mépris ?
    Il explore au laser ce qui s'est passé dans un couple, non pas pendant des années comme dans le cinéma des scénaristes mais pendant un dixième de seconde, celui précisément où le décalage a lieu, où la méprise s'est installée pour la première fois. Ce dixième de seconde, à peine visible à l'œil nu, où les vitesses ont cessé d’être synchrones. Encore une affaire de montage.
    Pourquoi tu as l’air si triste ?
    Parce que Jack Palance est mort hier.

  • Les marches du palais buccal

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    C'était hier la journée mondiale des Guinness records. Enfiler 18 slips en une minute, tenir dix serpents à sonnette dans sa bouche, avaler 259 pailles comme cet autrichien... Le monde s'ennuie. Est-ce une recherche d'identité, une poursuite de l'absolu ? Bientôt, des hommes parviendront à tailler des pipes à un éléphant. Le modernisme fait sans cesse irruption dans cette ravageuse allégresse annuelle comme si le nécessaire était l'ombre portée ou le sillage lumineux du fortuit. (Photo AFP)


    Ô, grand hôtel universel
    De mes frénétiques erreurs,
    Avec chauffage central,
    Escrocs, cocottes, tziganes...

    Le trône d'or, de Moi perdu
    S'est écroulé
    Mais le vainqueur a disparu
    Dans le palais...

    C'est là, dans le grand miroir aux fantasmes
    Qu'ondule et se vomit tout mon passé,
    Que se ruine mon présent,
    Et que se pulvérise déjà mon futur...

    Fernando Pessoa

  • Questionnaire prout prout

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    Attrapez le livre le plus proche, allez à la page 18 et écrivez la 4ème ligne:
    « Les peuples qui vivent au pied des montagnes ont souvent placé les divinités sur les sommets, non pas pour les honorer depuis leur niveau inférieur, mais plutôt pour les tenir à distance. » Erri De Luca in « Sur les traces de Nives » Gallimard. Marrant cet extrait. J’habite justement en face d’une très belle montagne (La Sainte Baume) et il y a - presque en son sommet - la grotte où Marie Madeleine a vécu jusqu’à sa mort. Je l’honore quotidiennement par la pensée cette salope.
    Sans vérifier, quelle heure est-il?
    Presque vingt heures trente. J’ai faim, il fait nuit depuis longtemps et nous sommes en automne.
    Vérifiez:
    20h45… Té, je vais boire un petit coup de Chablis. Un premier cru : « Les Fourneaux ».
    Que portez-vous?
    Un jean de chez Colette (Attention, c’est un cadeau) et un pull écossais (marron clair et en pure laine) que je me suis offert à Edimbourg. Il y a cinq minutes, je portais une veste Harris Tweed aux couleurs des Highlands. Aux pieds, j’ai des Timberland que vous ne trouverez nulle part. Une série limitée. Très fines et d’un cuir… Mon tout est imperméable à l’usure du temps. Plutôt scottish que Smalto.
    Avant de répondre à ce questionnaire, que regardiez-vous ?
    Ma chienne Perle qui ne me quitte ni des yeux, ni d’une semelle. Et je lui disais : « Tu es si belle ma blanchotienne » ; un truc entre-nous. Je regarde aussi la lune au-dessus de la montagne qui se trouve dans le même axe.
    Quel bruit entendez-vous à part celui de l'ordinateur ?
    Des voix sur France Culture. Un peu plus loin, j’entends les dialogues d’un DVD. Attendez, je prête l’oreille. Ah, c’est Woddy Allen qui cause avec Diane Keaton dans un ascenseur : « Are you nuts ? Save a little crazyness for menopause ! » Z’avez plus qu’à deviner de quel film il s’agit.
    Quand êtes-vous sorti la dernière fois, qu'avez-vous fait ?
    Vers 16h00. Je suis allé marcher dans la forêt assise sur les flancs de la montagne avec Perle et son nouveau compagnon de jeu, Charles. Un cleps à l’origine indéfinissable. Son maître me l’a confié cet été parce qu’il partait quelques temps faire le photographe aux USA. Je pense que Charles ne supportera pas de retourner dans un appartement parisien fréquenté par des top models anorexiques. Je suis un humaniste, vous savez.
    Avez-vous rêvé cette nuit ?
    Oui. J’ai rêvé que mon sexe était de gauche et qu’il avait des origines africaines.
    Quand avez-vous ri la dernière fois ?
    Il y a une heure environ. Si j’avais su que c’était la dernière fois…
    Qu'y a-t-il sur les murs de la pièce où vous êtes?
    Nothing. Ici, c’est très monacal. Zen. Les murs sont en bois. Comme la maison.
    Si vous deveniez multimillionnaire dans la nuit, quelle est la première chose que vous achèteriez ?
    Des couilles en or chez Cartier.
    Quel est le dernier film que vous ayez vu ?
    « The Hours ». Depuis, je ne suis jamais retourné dans un cinéma. C’était il y a un peu plus de deux ans. Je préfère lire et imaginer… Je dois avouer que ce film m’a bouleversé. Et pour longtemps.
    Avez-vous vu quelque chose d'étrange aujourd'hui ?
    J’ai vu une mésange, cet après-midi, se suicider en se jetant à toute vitesse contre la fenêtre de mon bureau. Je l’ai ramassée et enterrée parce que ma chatte Pepita rôdait…
    Que pensez-vous de ce questionnaire ?
    Rien.
    Dites-nous quelque chose de vous que ne savons pas encore:
    Je viens d’apprendre que Sean Connery venait de se rendre acquéreur d’une magnifique bastide entourée d’un immense parc à seulement dix kilomètres de ma maison. Putain, quel salaud ! C’est de la concurrence déloyale. Il y avait déjà, dans ce bourg dont je tairai le nom, Eric Clapton. Je vais être obligé de m’acheter un kilt la prochaine fois que je vais me rendre à Edimbourg. On va bien voir qui c’est le calife de ces dames au marché du mercredi. La purée de ses os à Sean. Je vais lui niquer sa race.
    Quel serait le prénom de votre enfant si c'était une fille ?
    Next. Cette question me fend le cœur.
    Quel serait le prénom de votre enfant si c'était un garçon ?
    Mon fils se prénomme Johann.
    Avez-vous déjà pensé à vivre à l'étranger ?
    Oui, en Provence. D’ailleurs j’y réside en ce moment. (Je suis bourguignon). Plus sérieusement, je vis souvent en Islande chez mon fils. J’y serais autour de Noël parce que mes nuits, là-bas, sont plus belles et surtout plus longues que vos jours.
    Que voudriez-vous que Dieu vous dise lorsque vous franchirez les portes du paradis ?
    « Ici, tu vas te régaler. C’est constellé de gonzesses.» Et je lui rétorquerai alors : « Talking to me ? »
    Si vous pouviez changer quelque chose dans le monde en dehors de la culpabilité et la politique, que changeriez-vous ?
    J’annulerai les changements d’heures d’hiver et d’été. Je vis à l’heure des poules. Ensuite, J’enverrai par charter tous les bobos parisiens tolérants (parce que lecteurs de Télérama) vivre au Burkina Faso afin qu’ils prennent un peu de couleur et surtout réapprennent à vivre les pieds sur une terre… sans goudron ni plumes dans le cul.
    Aimez-vous danser ?
    Oui, le tango. Généralement sur les cendres de mes ennemis.
    Georges Bush ?
    C’est lui qui a dit : « La bêtise ce n’est pas mon fort » ?
    Quelle est la dernière chose que vous ayez regardée à la télévision ?
    « L’homme du Picardie » ou « Cinq colonnes à la Une »… Me souviens plus très bien car je ne dispose pas de moyens intellectuels suffisants pour regarder la télévision.
    Quelles sont les 4 personnes qui doivent prendre le relais sur leur blog ?
    Je ne saisis pas très bien le sens de cette question.

  • Pas d'orchidées pour miss Molly

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    Mon orchidée, tu regardes le soleil couchant ?
    -Oui, le ciel est à la fois rose dragée et bleu fushia. Nous approchons de l’hivernage. La montagne se rétracte.
    Oh, tu es très inspirée aujourd’hui.
    - Arrête ! Que lis-tu ?
    Des nouvelles de Tchékhov. L’une d’elles commence ainsi : «Le bruit s’était répandu qu’un nouveau personnage avait fait son apparition sur la promenade : une dame avec son petit chien. Dmitri Gourov, qui se trouvait depuis deux semaines à Yalta et en avait pris les habitudes, s’était mis lui aussi à s’intéresser aux physionomies nouvelles. » J’adore.
    - Elle s’appelle comment cette nouvelle ?
    La dame au petit chien.
    - Encore une histoire d’amour entre un homme et femme qui va mal tourner.
    Heu…Pas exactement.
    - Ce Tchékhov, on ne pas dire qu’il aimait les femmes. Enfin, je veux dire que tout le monde pense qu’il ne savait pas aimer.
    Justement, là c’est un peu une première pour lui. Il va découvrir qu’il aime vraiment cette femme.
    - C’est lui qui prétendait qu’une nouvelle qui n’a pas de femme c’est une machine sans vapeur… ?
    En effet. Une femme incomprise, forcément.
    - Dis, cesse de me photographier sous tous les angles. En plus, tu n’as pas demandé à mon agent l’autorisation de publier mes traits de dogqueen sur ton blog.
    Je l’emmerde ton agent. En plus, il passe son temps à courir d’un opéra à l’autre. Il préfère les chanteurs plutôt que les chiennes nées bien coiffées.
    - Qu’est-ce qui se cache derrière cette phrase paresseuse ?
    Rien. L’amour de la musique fait tourner la tête aux meilleurs d’entre-nous.
    - M’ouais. Pas besoin d’afficher cet air de prima Donna. Je vois où tu veux en venir.
    Et tu vois quoi mon trésor ?
    - Pas de caresses de maître je te prie. Je n’ai pas besoin de tes puces. Je vois que tu attaques une fois de plus mon agent parce qu’il est homosexuel et qu’il aime l’opéra.
    Je dis d’une oreille volontiers psychanalytique que la voix d’opéra attire beaucoup les homosexuels en général. Surtout l’aigu tyrannique qui vous assujettit sans en avoir l’air. C’est la clé d’ouverture qui déclenche des passions inavouées…
    - Qu’est-ce que tu racontes ? Et puis, cesse de sourire avec cette tête de suffisant ! Tu vas beaucoup agacer Molly avec ce genre d’analyse aussi fine qu’un sketch de Bigard.
    Molly ? Elle ne verrait pas la poutre dans l’œil de Proust et son« Jean Santeuil » qui refuse de s’affirmer homosexuel et qui va même jusqu’à provoquer en duel Jean Lorrain qui le traite de « Pelléastre ».
    -Et toi tu es Pallisandre peut-être ?
    En tout cas, je ne suis pas un adepte de Parsifal, « régal des pédérastes » comme l’écrivait Oscar Paniza en 1896. La majorité des fanatiques d’opéra sont des homosexuels dont Wagner est la pierre de touche. Tous sont à la recherche de la seule voix désirée, celle de la mère. Tu sais bien, cette voix qui semble te prendre dans ses bras et qui te dit : « c’est toi mon chéri ? ». Pendant tout le XXe siècle, la culture gay a englobé l’opéra. Dans un bouquin audacieux et insolent, Michel Schneider, énarque, musicien lui-même, et ancien directeur de la musique au ministère de la Culture avait osé aborder ce sujet rarement affronté dans son livre « Prima Donna Opéra et Inconscient » (Ed Odile Jacob) avec notamment tout un chapitre consacré à « la voix brisée, opéra et homosexualité ». Il analyse finement, lui, l’identification homosexuelle comme la réminiscence d’un abandon. Un seul abandon convenable : celui de la mère à la voix brisée dont la fille chanteuse (Cécilia Bartoli, Maria Callas) doit garder le ton, la force, et la clarté. Beaucoup de cantatrices copient leur mère, se sentent partie du corps de leur génitrice…
    - Une sorte de « reality duos » entre mère et filles cantatrices? Tu pousses le bouchon un peu loin et au hasard.
    Souviens-toi de la mère de la Callas. Elle souhaita un cancer de la gorge à sa fille parce qu’elle lui refusait de l’argent.
    -Au secours, Molly, reviens, il veut me rendre chèvre !