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  • Françoises, François

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    L'intrigue ne ramène plus à l'affrontement entre deux individus, plus exactement à deux visions comptables qui s'ignorent et ne s'opposent que dans le récit qu'en donne les medias. Troisième larron en foire, François B. grignote jour après jour son "retard".
    Dix neuf pour cent au compteur.
    Ségolène va bientôt poser nue pour le catalogue de La Redoute et prendre rendez-vous avec Brigitte Lahaye sur RMC.
    Que penser de cette étrange musique, de ce cri qui nous vient du ministère de l'intérieur. Ah, le petit coq picotant fier nos burnes, de sa gorge bleu acier, fou chantant à tue tête l'été dernier, il se retrouve le bec fermé alors que la bise n'est même pas venue sous la photo géante de son héros transalpin : Berlusconi. 
    Le Pen a beau se costumer en gardien de nénuphare de Silésie, il ne parvient plus à trouver un peu de compassion dans l'oeil de son Doberman.
    Dominique Voynet s'en retourne dans son Jurassic parc. Marie-Georges a raté l'Oural de rattrapage et récite Zola dans le ventre de Paris. Besancenot s'est lancé à la recherche de la maison du facteur cheval, armé d'un piolet. Bové brule ses dernières cartouches dans les douves d'un château Cathare. Arlette passe et repasse les plats devant l'ambassade de Corée du Nord...
    Vive la République des sondages. 

  • 36,5 ce matin

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    7h15, ce matin. Le sommet de la Sainte Baume semble en feu. 
    La fièvre est retombée. Le cauchemar de la nuit? "Les hommes naissent pervers et égaux devant la loi" me glissait à l'oreille, entre deux heures et trois heures ce matin, Marie Madeleine: "C'est le devenir du politique qui se pose" qu'elle ne cessait de me répéter.
    "Regarde tous ces blogs où l'on s'affronte à coups de maigres certitudes, toutes les psychoses du futur s'affichent à la hausse. La théorie du complot n'a pas d'âge. Elle traverse le temps, en dehors des clous, comme les fakirs."
    Au réveil, je me suis autorisé à penser que les persécutés de tous bords sont en pleine forme en cette période électorale. Auparavant, ils étaient poursuivis par leurs vieux démons, force est de constater qu'ils les ont déjà dépassés. Après avoir avalé le café, je me suis imaginé un monde où le rire parvenait à faire "bouger les choses" (langue de bois). Un rire que le paranoïaque appliquerait à sa propre rigidité, un rire qui rejoindrait l'humour défini par Kierkegaard en l'opposant à l'ironie. L'humour manifeste une certaine sympathie, alors que l'ironie expulse celui qui en est l'objet.
     
     

  • Bon sang, mais c'est bien sûr !

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    Bonjour docteur (en biologie)
     
    Il y a des récits qui sont des mystères sans frontière. En voici un. Un beau jour, quelqu’un vous envoie un signe de vie qui s’insère dans les bornes d'une seule lettre. Une demande qui va résonner, toute votre vie, dans vos méninges. Une jeune fille pleure entre les lignes : « J’ai des crampons au cœur, gros comme le poing. »
     
    Le soleil vous indique le chemin d’une maison avant de se pendre à la charpente. Les fanions des étoiles, brutalement, hument la terre de dégoût. « Je n’ai plus de cathédrale dans mon cerveau » murmure en pleurant l’icône venue de l’Est.
    «Je n’ai plus de cadre, pas même une chapelle où m’abriter.»
     
    Un ruisseau noir voyage dans ses yeux qu’elle a bleu océan ; ils sont compliqués et préhensiles comme la vrille du pois de senteur. C’est une liane aux longs cheveux qui ne montre rien de ses volontés fortes comme un coup de mer contre une jetée. Par-dessus toute qualité, j’admire qu’elle puisse être aussi ambigüe. Ses mains immenses changent comme le vent. Ses pieds lisses se posent par le monde sur je ne sais quel sonore ouragan de tuiles.
    Singulière toujours.
     
    Comme ces transmutations à vue qu’un prince apiculteur et photographe, d’un haussement de sourcil encourage dans les enlacements de la Belle et la Bête, c’est tout à coup d’un profil perdu, de cette figure étrange sur fond de pavés et d’objectifs changeants qu’est faite - silencieuse et souvent à je ne sais quel souvenir disparu attentive - la beauté du visage de Solène.
    Ma fille. 
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    Yann G, le gendre humain. 

  • Un absent au village

     
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    Dix heures, ce matin. Perle aboie au passage de cette petite foule venue rendre un dernier hommage à l'un des siens. Il fait doux. Les amandiers sont en fleurs, les visages presque tous familiers. L'avantage de vivre dans un village. Il y a, bien sûr, les soeurs de l'Hôtellerie, monsieur le maire, les sapeurs pompiers, le médecin, le menuisier, le boucher et madame, Denise, la femme de Jean-Claude (le patron de l'unique bar-tabac excusé pour cause d'opération à la guibolle), les employés municipaux, le président des chasseurs, et tous les proches de Stéphane.
    Un homme délicieux décédé brutalement la semaine dernière d'un coma diabétique. Il avait le cheveu brun coupé très court, la quarantaine vagabonde, un sourire toujours contenu. Il conduisait son side-car chinois entre l'Hôtellerie et le village avec la régularité d'un horloger suisse. Factotum chez les soeurs, toutes dévouées à Maria Magdala, Stéphane me conviait, parfois, le matin très tôt, à partager son café. Nous parlions surtout des arbres, du paysage parfois, souvent du climat à venir, du futur...
    Il ne passera plus tester à Maison rouge mes dernières trouvailles vinicoles varoises et cela me navre beaucoup.
     
     
     
    Pensées fraternelles, également, à ces deux absentes:
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  • Mon panel à moi, c'est toi...

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    Bonheur fané, cheveux au vent
    Baisers volés, rêves mouvants
    Que reste-t-il de tout cela
    Dites-le-moi

      Un petit village, un vieux clocher Un paysage si bien caché
    Et dans un nuage le cher visage
    De mon passé

    Les mots les mots tendres qu'on murmure
    Les caresses les plus pures
    Les serments au fond des bois
    Les fleurs qu'on retrouve dans un livre
    Dont le parfum vous enivre
    Se sont envolés pourquoi?
     
     
    Travailleuses, travailleurs, fonctionnaires, fonctionnaires, dentistes, garagistes, riches, pauvres, noirs, noires, beurettes, beurs, moutons, bandits manchots, spolieurs, belges (heu non pas belges), je vote pour Bayrou et je vous invite à en débattre ici.  
     
     
    A part la droite, il n'y a rien au monde que tu méprises autant que la gauche, viens nous expliquer pourquoi tu vas voter blanc cassis.

    Socialiste, apporte ton plat de lentilles et viens nous déclarer ta flemme en faveur de La femme présidentiable.

    Sarkoziste de la première heure, consultant chez Cap-Gemini, tu aimes l’esprit d’entreprise, ton confort, tu détestes les nains de jardin en plastique, viens témoigner de ton attachement aux valeurs de la droite orléaniste.


    Philosophe, mon ami, viens éclairer notre caverne magique avec tes mots hermétiques. (Quand un philosophe me répond, je ne comprends plus ma question.)

    Tu es un critique littéraire maudit par ses pairs, maurassien de cinq à sept, tu n’aime que ton Toi brûlant, viens jeter ton pavé dans la mare aux canards boiteux.
     
    Catho de gauche, lesbienne, écolo, prof, tu aimes signer des pétitions, tu es toujours à l'affut d'une manif, tu es tolérante, tu adoooore les beurs dès lors qu'ils restent à distance de ton pavillon, tu vas voter vert, viens nous raconter ton amour pour Zola, les misères du monde.
     
    Venez toutes z'et tous débattre ici à battons rompus. On peut apporter sa tronçonneuse. Les repas ne sont pas remboursés. 

  • Le monde sur le flanc de la fosse

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    Chère Canelle, (au lit, visiblement)

    Je trouve que cette photo ne t’avantage pas. Tu ressembles de plus en plus à un bébé phoque. BB ne va pas tarder à franchir ta porte, juchée sur son Harley décatie, si tu continues à bouffer autant de croquettes. Moi par contre, je suis au régime. Et fine en courbes. C’est très tendance en ce moment sur les flancs de la montagne.
    Tu devrais porter les lunettes de Bono, tu sais, celles qui date d’il y a dix ans…Ses lunettes en plastique tout schuss. Comme ça tu aurais l’air d’une coureuse de ski de fond pop-rock, là-haut sur ton perchoir qui domine les buttes Chaumont.
    Sinon, que te dire ? Ici, le printemps  montre le bout de ses crocus. Les arbres fruitiers resplendissent de couleurs roses et blanches. Oui, oui, ils sont déjà en fleurs ; ça sent le départ prochain pour la Bourgogne. Je ne sais pas encore si je serais du voyage. Charles fait un lobbying effréné. Tu parles, Charles ! Je n’ai pas qu’un regard  de pauvresse abandonnée dans ma besace…
    La semaine dernière, c’était rires et chansons par ici. La fosse septique était bouchée. Un camion aspirateur a débarqué dans le paysage. Le chauffeur s’appelait Latante. Je te laisse imaginer le début dialogue : « Bonjour monsieur Latante… Z’allez bien monsieur Latante ? Je pense que la fosse ne joue plus le jeu bactériologique. Pourtant, ce n’est pas faute de la bombarder de ces charmantes bestioles.
    - Votre fosse accueille aussi les eaux usées…Non ?
    - Ben si.
    - Faut pas chercher plus loin, ça contrarie le travail des bactéries.
    - Ah bon !?
    - Allez, on ouvre ?
    - C’est à dire…J’ai déjà téléphoné à Nicolas Hulot…
    - Comment ça ? Il va venir ici? Ben pourquoi faire ?
    - Pour étudier le biotop de ma fosse.
    - Quoi ? Il va plonger dedans ?
    - Oui. Il y est déjà. Ecoutez : « Pchhhhhhht, je vous parle en direct de la fosse septique, pchhhhhhht, de mon ami Blog-trotter, pchhhhhhhhhhhht et… »
    - De Dieu !!! Il est arrivé comment ?
    - Avec sa montgolfière.
    - Ah ! Et il est entré dans votre fosse avec sa montgolfière ?
    - Bien sûr.
    - Je sais pourquoi. On ne me l’a fait pas à moi. Il s’en branle de votre fosse, c’est le gaz qui l’intéresse…
    - Pas du tout. Le gaz, il va l’utiliser, certes, mais j’ai signé le pacte écologique et il va surtout étudier le commerce équitable que j’entretiens avec la fosse.
    - Vous avez combien de WC dans votre maison ?
    - Sept. Et autant de chambres avec bains (Entre 70 et 100 euros la nuit, petit déj inclus).
    - De fait, c’est pas la merde qui manque à l'appel.
    - Ben non. Autant en faire œuvre utile.
    - Z’êtes écolo ?
    - Non, non, je suis normal.
    - Et vous ?
    Non mais oh, ça va pas. Je suis chasse pêche et traditions. Tous des pourris au gouvernement.
    - Ah voilà Nicolas qui sort de la cuve. Bonjour Nicolas. Tu me sembles heureux (qui) comme Ulysse à fait un beau voyage...

    Voilà ma chère, un petit aperçu de ce qui se trame à quelques lieues de la grande ville. Vivement que l’on se retrouve dans la verte prairie. Je vais te faire maigrir…Tu vas voir ça. Bisouxxx à tes maîtres. Dis bien à Yann que vraiment, mais alors vraiment, il n’est pas un…de la photo.
    Ta grande sœur, Perle.
    -

     

  • A bout de course


    "Nòi Albinòi". C'était en 2003. Premier film de Dagur Kari tourné dans le fjörd de Bolungarvik (Islande). Enfant, mon fils Johann a résidé et fait ses classes dans ce petit port perdu situé à quelques miles du Groenland. Peu d'islandais connaissent les fjörds de l'Ouest. Des falaises et des montagnes monstrueuses, désertées et battues pas les vents, recouvertes de neige pendant des mois. Le rendez-vous annuel (l'été) des oiseaux migrateurs. La critique française (et internationale) a salué ce regard étrange porté sur la vie de ce village qui n'a rien de global mais qui est chargé de symboles universels. Un regard neuf posé crânement par un jeune cinéaste venu du froid, souvent ironique dans la vie, faisant montre d'une grande générosité, doté d'un sens de l'absurde acéré et d'une poésie lunaire. (Le père de Kari est écrivain et il est Le traducteur de Proust en islandais)

    Le village enneigé, forcément enneigé, devient terrain de jeux de l'amour et de la mort. La faucheuse rôde en permanence sur Ultima Thule. Mieux vaut le savoir. Néanmoins, voilà bien un endroit propice au gag minimaliste. Kari s’éloigne bien volontiers de la froideur cynique d’un Roy Andersson ou de la dérégulation mentale et sociale d’un Aki Kaurismaki pour mettre à jour une œuvre d’une profonde humanité. Il y a dans sa mise en scène et son discours comme un désir de virginité, le chant d'un nouveau départ, impossible bien sûr, offrant à Noi (Tomas Lemarquis) et au spectateur une image d’ailleurs où seul l’œil et l'oreille trouvent à se nicher.

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    Tomas et Johann, amis à la scène comme dans la vie à Reykjavik. (La photo est dègueu, mais peu importe) 

     

  • Clint décroche la timbale

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    Voilà une bonne nouvelle: 

    PARIS (Reuters) - L'acteur et réalisateur américain Clint Eastwood, 76 ans, a été fait chevalier de la Légion d'honneur par Jacques Chirac pour avoir incarné "le meilleur d'Hollywood".

    "En vous honorant ainsi, la France veut bien sûr rendre un hommage tout particulier à votre immense talent d'interprète, à votre génie de metteur en scène, à la place exceptionnelle que vous occupez dans le monde du cinéma", a déclaré le chef de l'Etat en remettant les insignes de cette distinction française à "L'inspecteur Harry".

    L'acteur, très populaire en France comme l'a rappelé Jacques Chirac, a présidé le jury du Festival de Cannes en 1994 et reçu un César d'honneur en 1998.

    Son dernier film, "Lettres d'Iwo Jima", deuxième volet d'un diptyque sur la bataille opposant les Etats-Unis et le Japon autour de l'île d'Iwo Jima début 1945, sortira la semaine prochaine en France. (NDLR: Le 21 février. J'irai le voir ce film dont plusieurs scènes ont été tournées en Islande)

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    Le premier volet, "Mémoires de nos pères", sorti fin octobre, présentait la bataille du point de vue des soldats américains. "Lettres d'Iwo Jima" présente des combats vus du côté japonais.

    La précédente réalisation de Clint Eastwood, "Million Dollar Baby", sortie en 2004, avait remporté quatre Oscars à Hollywood, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur.

    Samedi, Jacques Chirac a estimé que l'acteur donnait "à comprendre la complexité de l'Amérique, avec sa grandeur et avec ses fragilités, avec l'élan de ses rêves et avec ses interrogations inquiètes."

     (Je sens que les vieilles et vieux gauchistes vont cracher leur mégot de gitane papier maïs dans leur bol de beaujolpif bio en apprenant que c'est Chirac et non pas Jack Lang qui a officié aujourd'hui. Tristes personnages en cire)

     

     

  • Allo, Dante ?

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    "Io ti seguiterò quanto mi lece",
    rispuose; "e se veder fummo non lascia,
    l'udir ci terrà giunti in quella vece." *
     
    Si le corps de Dante est lourd en enfer, au point d'aggraver parfois les éboulis, il est obscur au purgatoire, fait écran à la lumière. Le purgatoire est une traversée de l'opacité du corps, et l'apparition de l'âme un excès de ce corps, une purification qui ne fait qu'un avec l'effort douloureux de la marche, et d'une écoute de plus en plus affinée. Les deux vont ensemble. On pourrait citer ici Maître Eckard: " Mon corps est plus dans mon âme que mon âme n'est dans mon corps."
    (Benoît Chantre et Philippe Sollers in La Divine Comédie)
    N'oublions pas non plus Angelus Silesius...
     
    * Le Purgatoire, XVI, 34-36: "Je te suivrai autant qu'il m'est permis",/ répondit-elle, " et si la fumée empêche de voir,/ l'oreille à sa place nous unira." 
     
    Ps: Suis débordé par les événements. Pardon si je n'ai pas le temps de vous répondre à tous. Bisou et fraternité.
    Dante, j'aimerai que tu acceptes ma Pepita sur tes genoux. Merci. 
     
     
     

  • Merci

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    Photo Yann Gensollen
     
    je ne dis pas.
    je marche dans la maison endormie
    il y a de la pluie dans l'escalier
    du bois sec qui se consume jusqu'au silence
    une galère d'autrefois engorgée dans les sables.
    de longs appels tremblants
    j'écoute Kind of blue
    ce limon serré qui sort de l'embouchure de la trompette 
    saoulé de vos musiques étoilées 
    l'ours va se coucher sur son tapis. 
     

  • Tombes à retardement

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    Photo N.P. 2007 
     
    Allo ? C'est moi. Alors, comment va-t-elle ?
    - Elle souffre, comme jamais.
    Et le doc, qu’est-ce qu’il raconte ?
    - Il augmente les doses de morphine.
    Ah. Pas d’amélioration ?
    - Pas encore. C’est comme si elle avait avalé de l’acide chlorhydrique. Il faut du temps pour que ses muqueuses cicatrisent. Et beaucoup de patience.
    Et les visiteurs ?
    - Il ne se passe pas un jour sans que je reçoive des tombereaux de conseils. Des diagonales d’angoisses diverses agrémentées de leurs quotas de névroses, elles-mêmes suralimentées de pesticides : « Méfiez-vous de la médecine ! Tenez, allez plutôt consulter sur Internet le site du célèbre professeur Colibri. Il a longtemps travaillé pour l’Institut Pasteur. » Et de vanter l’attitude de ce drôle d’oiseau « qui a lutté toute sa vie contre les grands groupes pharmaceutiques.»
    (Rires) Tu assures, c’est bien.
    - Oui j'assure. Je suis costumé en infirmier de jour comme de nuit. Je fais aussi le flic posté au centre du carrefour névrotique.
    Chacun vient porteur de ses petits arrangements avec son angoisse de mort ?
    - Exactement.
    Tu fais circuler en raccompagnant ces messieurs dames d’une main ferme vers la porte. Façon Lino…
    - Oui. Je rappelle à l’ordre des choses. La maladie a été vaincue, pour l’instant. J’invite à une meilleure hiérarchisation des événements parce que ces messieurs dames ont de gros problèmes avec leur rapport à la mort.
    Beaucoup ont déjà leurs pensées dans la tombe. C’est comme ça chez beaucoup de personnes, tu le sais. La parole précède la pensée.
    - C’est comme ça chez les moulins à vent aussi. Ils savent seulement ce qu’ils pensent après avoir entendu ce qu’ils disent.
    Et ils aiment à se répéter…Comme le vent.
    - Malheureusement, il ne soufflait pas aujourd’hui.

  • Silence, on tourne de l'oeil

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    Hé oui, Yann G est partout. En octobre dernier, il se posait un peu là sur le lieu de tournage du court-métrage de Vifill. Un rendez-vous entre photographes. Une maison close l'hiver mais ouverte à toutes les créations dès l'apparition des tulipes. Jusqu'au ramassage des pommes et des cèpes. Bref, c'est là que ça se passe...
    Non Pierrot, le fier et prolixe Vifill ne tournait pas ce jour là, "C'est la fonction qui créééée l'orgasme". Il filmait juste quelques plans de coupe pour en finir avec son film à lui, très godardien, il va sans dire. Non Agla, mon énorme sexe n'avait pas le rôle titre.  
    Dolfy, pour les intimes, m'a fait promettre de ne rien vous divulguer, bande de...trous du cul.
    Vous ne saurez rien (On peut racheter mon silence avec quelques dives bouteilles de grands crus).
    Dolfy, est islando-autrichien. D'où son surnom que n'aurait pas renié Thomas Bernhard. Vous pouvez découvrir le travail de photographe de notre Dolfy dans les plus fameux magazines pour gonzesses anorexiques (Vogue, Elle, Pif le chien...) 
    Non Margot, Vifill n'aime pas les comédies sociales à la sauce gribiche genre: "T'aime ça la poésie, hein, salope!". Non, ce petit Napoléon de la péloche tourne son "mépris" à lui. Comme cadre, il a choisi ma grotte burgonde (et son environnement); ma maison transformée en actrice principale, vous vous rendez compte?! Donc, ce sera un chef d'oeuvre.Forcément.
    Un souvenir de plus pour ma vieille carcasse puisque c'est ce jour là que je me suis découvert hypertendu. (Non, pas de la gaule Jeanyodesbois)
    Je suis entré dans la postériorité et en urgence grâce à une ambulance de campagne. Un autre film, avec des bandits masqués, des fils à retordre, des petits écrans de contrôle, des bip, bip...bip...bip et surtout des infirmières, nues comme des vers à soie sous leurs blouses synthétiques.

  • L'ombre de son chien

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    Yann G a plus d'un tour dans son sac à malices teinté de noir et blanc. Regardons à deux fois cette image. La chienne blanche semble assoupie. Elle a envie de nous le faire croire. Perle sait que derrière elle rôde Charles le sombre, chien parasol aux accents breliens: "Perle, ne me quitte pas, ne me quitte pas..." De guerre lasse, elle a fini par céder. Charles est alors devenu l'ombre de son ombre. Dès l'aube paresseuse jusqu'au couchant, le mâle reste collé aux moindres mouvements de museau de Sa muse. Oui, Charles est très orgueilleux. Il pense dominer la partie. Enfin, il aime à  penser que Perle est Sa moitié de chose. Son bifteck sentimental. Dans les ténèbres de ses rêveries de chien solitaire, il nous regarde droit dans les yeux. Aboie même pendant son sommeil. Cours après son ombre. Il s'imagine en Rintintin aux côtés des tuniques bleues. Une nuit d'insomnie, il a même pensé qu'il était John Wayne. Que John Ford le dirigeait de son oeil borgne. Qu'il était devenu King des Rocheuses en plein territoire Apache. Il a chargé ses vieux démons. En vain. Il a crié, crié, Perle, pour qu'elle revienne...
    Un vieil indien est alors sorti de sa réserve et lui a murmuré aux oreilles qu'il a grandes:
    "Pourquoi vit-tu ainsi? N'es-tu pas fatigué de te laisser ronger à petits feux par tes peurs? 
    Pourquoi ne veux-tu pas trouver la paix? Pourquoi es-tu enclin à demeurer plus petit que toi?
    Pourquoi le Mal est-il ancré en toi comme un vers solitaire?" 
     

  • Garçon, l'avenir s'il vous plait!

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    Photo N.P.2007 
    Charles ne déteste pas la mer. Il exécute bien volontiers un pas de deux en fugue majeure sur la plage de Cassis pour impressionner les touristes. Rappelant au passant qu'il est aussi chien de chasse à cours et non pas danseur étoile au "bol chaud". Ce jour là, à l'heure du thé, je suis allé boire un pastis sur le petit port.
    Les deux chiens, tour à tour collés à mes basques ou bien à la recherche du lancer de galets perdus, ont une angoisse qui trottine dans leur petite tête de chou. Et s'il nous abandonnait chez le véto comme Pépita?
    Mon image de père éternel me semble être très altérée. Il s'ensuit que des Oedipe canins maronnent sans trève contre leur papa.
     

  • The big sleep

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    Vers 11h30, je prenais mon dernier bain de soleil sur la terrasse. Je voulais faire comme si...
    Cela faisait deux mois qu'une tumeur cancéreuse prenait place dans mon estomac.
    A 12h30 tapante, je suis entrée dans le big sleep.
    Je remercie chaleureusement toutes celles et tous ceux qui ont partagé mes échanges avec Perle sur ce blog.
    Margot, Anne-Ma, n'oubliez pas cette petite phrase proustienne: "Le bonheur est salutaire pour les corps, mais c'est le chagrin qui développe les forces de l'esprit." Un grand merci pour vos témoignages.
     Pépita 
     

  • Sur la route de Pepita

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    Il faisait sans doute un temps de mai cet après-midi. Perle et Pepita étaient assises l'une à côté de l'autre sur la terrasse, scrutant l'horizon sans faire l'économie de leur mépris pour le chasseur qui passait au-delà de leurs frontières. Les deux têtes, parfaitement synchronisées, suivaient les pas du Dersou Ouzala local. Un petit homme trapu aux larges épaules et aux yeux presque bridés. Il filait droit vers la forêt pour tenir son poste à grives. Une tente de camouflage repliée sur les épaules, son fusil à la main et le bonnet bien enfoncé jusqu'aux oreilles.
    Quand l'ombre de l'homme s'est éteinte, Perle commença à renifler la nuque de la chatte. Puis elle lui lècha le sommet du crâne juste entre les deux oreilles. Pepita n'a pas bronché. Un geste rare entre chienne et chatte.
    Un simple adieu entre bêtes qui se prenaient pour deux soeurs. Demain, j'irai seul l'amener chez l'homme en blouse blanche qu'elle déteste depuis toujours. Il prendra soin de cacher la seringue. Je lècherai à mon tour sa petite tête amaigrie que je tiendrai entre mes grosses pattes.
    Il sera temps alors de se souvenir que Pepita est apparue dans mon paysage le jour de la sortie du film "Sur la route de Madison".
    Qu'il pleuvait fort dans mes yeux...
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  • La dernière, ce matin, pour la route

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    Un ciel tout bleu ce matin. Un soleil printanier.
    Un coup de téléphone de mon fils:
    "Dis, ça serait chouette si mes enfants (à venir) pouvaient croiser un jour le regard de leur grand-père."
    Bon, ok j'arrêterai le premier février.
    "Pourquoi ce jour-là en particulier?"
    Parce que je vais être seul pendant deux semaines...
    Ainsi, je ne serais pas tenté d'étrangler tous ceux qui me cassent les couilles. Capice!