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07.03.2007
Avant liquidation de l'argenterie
"Vercors", Yann Gensollen
A quoi bon écrire le mot quand la pensée court comme le furet?
L'hypocrisie, outre qu'elle évite les tueries sans mesure dans les rapports humains, prend le nom
de litote à l'étage de la littérature, où elle affine le style, frappant le lecteur, qui n'est pas cruche, de toute
la force de ce qu'elle tait. Ainsi Mauriac faisait front sur des positions préparées à l'avance. Tout comme les gens de son milieu, enclins à penser que le Christ était venu moins pour sauver le monde que pour ôter des motifs à la grève des ouvriers et préserver les murs de la boutique familiale. Ce n'est pas lui qui aurait pensé, avec Céline : "Dans la vie, on ne monte pas, on descend."
Combien de bourgeois provinciaux abordent le monde avec un Balzac sous le bras? Combien de capitaines d'industrie avec un Zola?
Les principales querelles de ce siècle en train de naitre ont leur écho dans les mémoires qui restent figées à la fin du 19ème. Jaurès est souvent invité à sortir de sa tombe. Bernanos parfois. Tchékhov, dans la Russie poutinienne, refait surface. On astique un peu partout le métal d'une rhétorique qui date. On attend toujours Godot. L'antique majordome d'une pièce anglaise; le domaine vendu, les maîtres partis, il faut frotter encore et encore l'argenterie. Sous les doigts déformés par l'âge brillent des termes d'autrefois qui ont acquis du prix à force de désuétude. Le Prince, dans le Guépard, disait à son garde-chasse: "Il faut bien que les choses changent pour que rien ne change."



Commentaires
Le furet et les pensées ont beau parvenir à prendre le large, cher B.T., le bois joli "moderne", le palais des glaces infini dix-neuvièmiste est une féerie faussée qui enferme bien des êtres... On aurait dû se méfier des contes de fée. Ils n'ont jamais été écrits pour des enfants mais bien pour adultérer la vie.
Je vous embrasse fort, bel écrivain.
Ecrit par : Argutie | 07.03.2007
Et certains frottent l'argenterie
pour mieux se voir dedans
...
Ecrit par : le bateleur | 07.03.2007
(vous pardonnez l'orthographe ? l'ont emportée, avec toutes les petites cuillers en argent!...)
Ecrit par : Argutie | 07.03.2007
ils étaient pour un autre monde.
tout dialogue, rompu.
tout amour, rapiécé.
tout jeu, marqué.
toute beauté, tronquée.
comment sont-ils arrivés jusqu’ici ?
tout dialogue, verbe.
tout amour, sans pronoms.
tout jeu, sans règles.
toute beauté, offrande.
il y a sans doute une faille
dans l’administration de l’univers.
des créatures erronées ?
des mondes égarés ?
des dieux irresponsables ?
ils étaient pour un autre monde.
Ecrit par : Roberto Juarroz | 07.03.2007
Toi, tu es inoxydable. C'est bon.
Ecrit par : Patricia-M | 07.03.2007
Alors ça y est, tu as pris le maquis ? La lutte contre l'hypocrisie n'est pas une mince affaire.
Le choix a dû être difficile entre la forteresse du Vercors et la grotte de la Sainte Baume. Dans le premier cas, le ciel est un ennemi, et dans l'autre il n'est que promesses ...
Ecrit par : Yann | 07.03.2007
Yann, cette photo est sublime (nous on n'a pas vu l'autre !), à la fois nette et floue, douce et violente, claire et sombre et si vivante ! L'eau et le ciel qui ne font qu'un... cela m'a fait penser à ces quelques mots :
Là le bruit des vagues et l'agitation de l'eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation, me plongeaient dans une rêverie délicieuse. Le flux et le reflux de cette eau, frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi, et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence.
Ecrit par : calli | 07.03.2007
Ah ce texte...il m'élève.
Et la photo me fait m'interroger. Vous êtes magnifiques tous les deux.
Ps: Calli, vous devriez ouvrir un blog. Z'avez beaucoup de choses à nous raconter. Des conseils à nous donner...
Ecrit par : Pierrot le fou | 07.03.2007
Je ne crois pas Plf... je n'ai aucun talent et z'suis pas prête (à moins que je n'ouvre un blog vinifiant ! je m'y connait un peu en terroirs viticoles...) et puis les conseils...c'est pas mon truc ça fait vieille copine !
Ecrit par : calli | 07.03.2007
Ne croyez pas que j'abuse du breuvage des dieux en plein après-midi, je suis plutôt au thé (c'est l'heure) : donc mes excuses pour la faute grossière
Ecrit par : calli | 07.03.2007
La photo et les mots arrivent, ils caressent et frappent avec "lucidità et disincanto".
Tout cela augmente dans moi des pensées et des émotions.
Merveilleux Bt et Yann, merci à tous et deux, parce qu'il y a une force supérieure dans tout cela et je me trouve comme le humain de la photo: arrêt, avec la peur et le plaisir du rien, du vide.
Ecrit par : fiammi | 07.03.2007
Chut. Quand on parle on regarde et voit-rien qui passe. Qui a pas vu ?
Ecrit par : c'est pas Moi | 07.03.2007
http://www.youtube.com/watch?v=b7wDi7JdKRE
Grand sourire au Docteur Argutie. Telle Salomé j'agite au moins sept voiles autour de votre message envoyé hier soir au moment où j'apprenais la disparition de Baudrillard le curieux de tout, le poseur de pièges selon Maggiori :
"Il fixait les choses. Comme on fixe parfois ces images curieuses, de formes géométriques entremêlées, qui soudain laissent voir autre chose, un monstre, deux corps enlacés, la barbe de Freud... que ce qu'elles étaient censées donner à voir. Il pensait que la théorie «ne peut être que cela : un piège tendu dans l'espoir que la réalité sera assez naïve pour s'y laisser prendre». Aussi en plaçait-il partout, des «pièges». Mais, en attendant que la réalité vienne s'y faire capturer, et se traduise en «prises», en concepts, il se servait de ses yeux, de ses mains, de ses oreilles, pour tenter de prendre, voir ou entendre ce qui fuit sans cesse, éphémère et sidérant, ce qui est à peine audible, la cacophonie «de ce qui arrive» sans ordre ni plan, le brouhaha du monde. «Il faut fouiller le ciel», disait-il, comme pour capter cette lumière venue d'astres morts depuis longtemps, où ces «événements tellement lointains, métaphysiquement lointains» qui, «n'éveillant plus qu'une légère phosphorescence sur les écrans», doivent être agrandis comme une photographie pour être «vus», au risque, évidemment, d'acquérir une «réalité» qui n'est pas la leur.
«Il faut faire de la théorie un crime parfait» " Yé vous embrasse fort aussi, belle plante médicinale.
Luc, tu astiques l'argenterie de la Royale? (sourire maritime)
Roberto l'argentino: "La vérité est rarement pure disait Oscar Wilde, et jamais simple."
Yann: J'adore prendre le maquis dans le Vercors. Pi y'a S. qui clame ses poèmes dans la grange aux belles. L'épaule nue couleur d'orange.
Calli. Il a raison le PLF, tu en meurs d'envie. Just do it.
Pierrot: Ne me remercie pas. Je connais ton manège.
Fiammi, je vais bientôt venir manger ton rizotto à la milanese. "Rien n'est plus beau que les mains d'une femme dans la farine" Ugo Tognazzi in "la grande bouffe". Si tu as peur du vide, viens contre moi. Tout contre. ;)
Ecrit par : Blog-trotter | 07.03.2007
C'est pas moi< Je t'ai vue en tailleur. Tu es nue dessous. Ta peau est masquée par un collier et une seule bague. D'une rare élégance...Celle qui ne s'achète pas.
Ecrit par : Blog-trotter | 07.03.2007
BT, si tu te mets à nous servir du Sacha Guitry, moi , je rentre dans les ordres !
Ecrit par : Patricia-M | 08.03.2007
Je t'attends, je ne vois pas l'heure! début à allumer les feux...
Peur du vide? je ne sais pas, je le cherche chaque jour.
J'accepte l'invitation: Tout contre. ;)
Ecrit par : fiammi | 08.03.2007
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