Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Le sens scintille chez Yann

    medium_437822313_95fbb90ad0.jpg
     
    "La croisée des chemins" par Yann Gensollen
     
    En poésie, on n'habite que le lieu que l'on quitte, on ne crée que l'oeuvre dont on se détache, on n'obtient la durée qu'en détruisant le temps." (Arthur Rimbaud in Recherche de la base et du sommet, Oeuvres complètes, ed Gallimard, p, 733) 
     
    Cette image nocturne, mijotée par Yann, me renvoie à la certitude que le langage ne peut s'assurer définitivement de son pouvoir, alors même qu'il dit l'acceptation d'un monde clivé entre clarté et obscurité. C'est pourquoi le texte est travaillé d'infimes ruptures qui lézardent le sens et l'empêchent de jamais s'établir. Il y aura, donc, toujours quelques décalages d'expression qui semblent procéder de l'esthétique rimbaldienne de l'"illumination", le texte accompagnateur créant sa propre nuit par la confusion du sens dans le moment même où il prétend s'éclairer d'une formule neuve. Si "les mots, d'eux-mêmes, s'exaltent", selon la formule de Mallarmé, c'est donc, aussi, en se recouvrant mutuellement de leur ombre portée. Un seul terme parfois conjoint en lui-même ce mouvement d'éclairage et d'obscurcissement, par la superposition de deux sens : "offusquer" se comprend comme violence autant que privation de lumière, tandis que "prestige" s'entend à la fois comme éminence et illusion. L'écart, cher Yann, entre l'image et cette écriture ne se tient à aucun juste milieu, fondant son "éclat" sur son seul pouvoir d'assombrissement. (sourire)
    Entre ces pôles contraires, le sens scintille, tendu parce que contradictoire, provoquant le lecteur en le plaçant sur la ligne de partage d'une rencontre toujours aléatoire avec un texte inanimé que sa lecture soulève.

  • En écoutant le chant des violettes

    medium_la_barre.jpg
     
    Parfois la vie s'épure puis se transfère comme une respiration au bout d'un clavier. J'y pensais sauvagement, cet après-midi, en flânant sur "le sentier merveilleux" qui longe la falaise de la partie la plus haute de la Sainte Baume (Sainte Victoire' sister). Le sous bois était constellé de pervenches, de violettes nichées douillettement entre les jeunes pousses d'ifs et de houx. Les pins d'Alep ne manquaient pas à l'appel de la forêt.
    Ni les chênes vulgaires amaigris par trois années de sécheresse. Dans ces moments de promenade solitaire, forcément solitaire, le silence à peine troublé par le sifflement de quelques mésanges huppées, il faut jouir de cette oisiveté au pied de la roche calcaire qui se mesure avec le ciel. On pourrait y loger verticalement presque deux tours Eiffel, du plateau au sommet. Le pic de l'Aigle, disent les locaux, culmine à 1148 mètres. Soudain, les chiens se sont arrêtés net. A l'affut d'un sanglier? D'un chevreuil?
    medium_Photo_0694.jpg
    Une grosse bête déposait quelques signes graphiques dans la terre encore humide des giboulées du matin. Seul le bruit des feuilles mortes froissées m'était perceptible. Perle et Charles l'ont humée cette chose invisible, sans broncher. Ils ont repris leur mobilité inquiète puis tout s'est effacé après quelques minutes. Le dieu des vents a laissé passer une éclaircie, j'en ai profité pour prendre à bras le corps un bout de la chaîne à travers les branches.
    Comment décrire cette partie de la vie comme mise entre parenthèses ? Ce recueillement dans la forêt primitive. La découverte rassurante de ce refuge provisoire qui parfois protège des blessures insensées et des coups absurdes de la " vraie vie". Ce retrait dans la vieillesse qui rôde et qui retient l'attention de mes deux compagnons de promenade. Le téléphone sonna. L'appel provenait  d'un appartement de la capitale où je déambulais, trois jours plus tôt. Une chambre avec vue sur Paris et le quartier des Buttes Chaumont. Celui de...
    medium_Philippe2.2.jpg
    Yann Gensollen.
     
    (Tendresses aux perdreaux photographes de Lutèce. 
    Oui bon, d'accord, j'utilise encore mon tel comme appareil photo mais, bientôt, je vais me mesurer au Samsung de poche. Promis.)
     
     

  • Banzaï !

    medium_Noel_2006_001_small_99201124.JPG
     
    Et bien voilà. Le jour J, est vite arrivé. C'est pour jeudi soir.
    Mon ange, malheureusement, je n'aurai pas cette chance de te voir arpenter la scène du théâtre de Reykjavik.
    Et pourtant, pourtant...
    Je m'y glisserai, dans cette salle, par des moyens inavouables tout en marchant, d'un pas énervé, dans le vaste salon de Maison rouge. Il s'agira pour toi d'une première.  
    Que te dire? De rester sobre, précis dans le geste avec cette lucidité détachée à la manière du travail théâtral institué par Stanislawski. Non, je plaisante. Je vais songer au fourmillement souterrain des tensions qui vont régner entre vous durant la pièce. 
    A cette incertitude qui va submerger vos noyaux psychiques jusqu'aux applaudissements.
    Pas facile de faire lien entre les textes écrits par Xavier Durringer. Mais bon, il faudra trouver en épousant la respiration du public. C'est lui qui va vous guider en silence. Tu as l'habitude de nouer des liens intimes avec le silence des paysages islandais. Ben là, c'est pareil. C'est comme un tremblement de terre qui vous attend. Avec une onde de choc en prime. Je me souviens de tout comme si c'était hier. Je ne sais pas si je te l'ai raconté. Avant ta naissance, j'ai joué Caliban dans "La tempête" de Shakespeare. (Au théâtre du Gymnase à Marseille)
    Comme toi, ce soir au téléphone, je n'avais qu'une envie : que ces trois représentations soient terminées...
    Je me souviens qu'un spectateur avait lâché un pet retentissant vers le dixième rang. Et bien je ne me suis pas privé de me servir de cette bouffée de gaz carbonique dans mon jeu. J'ai retourné la salle qui riait en épousant, cette fois, ces rires et en rotant.
    Tu vois, Johann, la vie est très souvent vécue comme une flatulence précaire.  
     
    Ps: Putain, tu m'as encore piqué mon pull noir préféré! 
     

    Krónikur dags og nætur

    (Chroniques des jours et des nuits) 

    Sýningin Krónikur dags og nætur er sett saman af þýddum textum úr frönsku eftir rithöfundinn og leikstjórann Xavier Durringer. Um er að ræða klukkutíma sýningu.

    Tvær konur, tveir karlmenn, saman, sundur, einmana, reið, glöð, týnd… Bergmál tilfinninga á tveimur tungumálum, frönsku og íslensku, þar sem hljómur orðanna fer með stærsta hlutverkið.



     
  • And the winner is...

    medium_perle.2.jpg
    "Perle a gagné le concours RMC animaux !!!" Au plus profond de mon sommeil, c'est par ces mots qu'une voix aigüe a crevé mes tympans ce matin: "Perle a gagné, Perle a gagné..." Il était 8h23 au cadran de mon tel portable. Comprenez 7h23 puisqu'une heure a disparu pendant la nuit. Du repos volé par l'heure d'été. Que dis-je, assassiné !
    Deux cafés serrés plus tard, j'ai pu enfin prendre l'exacte mesure de cet événement au retentissement mondial.
    Perle honorée par les animateurs de l'émission qui l'ont sélectionnée cette semaine. Ne manquez pas d'aller admirer l'exceptionnelle beauté de ma chienne enfin reconnue puisqu'elle va demeurer au sommet de l'affiche durant une semaine. (Cliquer sur le lien dans les commentaires) Ce n'est pas la première fois que Perle se distingue comme reine d'une jour, puisqu'elle a été Miss Monde Provence dans un passé récent. Mais c'est la première fois qu'elle gagne 150 euros de croquettes. Dommage que la délicieuse vétérinaire, Laetitia Barlerin, qui anime l'émission chaque dimanche sur RMC de 6h00 à 8h00 du matin, ne soit pas livrée avec les croquettes.

  • Fin de semaine sanglante

    medium_430768935_89708aec60.jpg
    Photo Yann Gensollen 
    Ces deux communards fuient les derniers combats au Père Lachaise. Traversent le quartier des Buttes Chaumont et ses carrières, là où les versaillais vont jeter des milliers d'âmes blanquistes aux oubliettes. C'est un soir de mai 1871. L'épisode final de la Commune de Paris, où celle-ci est écrasée et ses membres exécutés en masse. Danke Monsieur Thiers d'avoir orchestré cette infâme moisissure.
    Aujourd'hui encore, un cri nous vient d'en dessous. Il a la couleur cendre et corbeau. Verse au ravin sa solennelle poésie. L'oubli, parfois, rallume le flambeau du bec de gaz et rappelle au passant, pressé de vaquer à ses RTT, qu'ici s'est éteint l'espoir d'un monde plus fraternel.

  • Rudimentaire, mon cher Watson!

    medium_CocoRosie.jpg
    CocoRosie se jetteront dans le bain du grand Rex en avril 

     

    Chut ! Ecoutez bien ces deux extra-terrestres nées d'un croisement entre E.T et une vache folle ! Coco et Rosie pour les intimes. Dès la première écoute, (offerte par Agla) je me suis dis : Tiens, ces deux drôles d'oiselles ont plus d'un tour du musique magique dans leur sac. Du talent, ça c'est certain. Sortie de nulle part ? Non. Il suffit de traverser le pont. Natives de "Last exit to Brooklin", du déjanté land décrit par Hubert Selby Jr. Deux soeurs, Bianca et Sierra, mais oui, qui ont beaucoup navigué entre écritures, musiques et danse classique, dessins d'art. Ce qui fascine chez Rosie et Coco – deux surnoms issus de leur enfance - c’est leur radicalité. Elles élaborent leur musique à partir d’éléments simples, rudimentaires, au mépris de ce que le public ou le marché ont l’habitude d’entendre (d'attendre?). Cette quête sans compromis de leur propre vérité n'a pas manqué d'attirer le MC parisien Spleen.

    Première envolée lyrique :"La maison de mon rêve" échafaudée par l'architecte du hasard. Au départ, un CD pressé en amateur avec les moyens du bord, tombe entre les mains d’un patron de label. Les voix et les bruitages sont étranges, les textes ne le sont pas moins : tantôt banals, tantôt d’une incroyable complexité et pas dénué d'une profondeur poétique. Second étage de la fusée: "Terrible Angels – les anges terribles" parle de la dépendance des artistes masculins vis à vis de leurs muses. Il est question de l’image de la femme et des conflits qui en découlent. Un thème récurrent pour CocoRosie. Bianca n'a de cesse de répéter à la presse: "Qu'être une femme en tant qu’artiste est une question essentielle. Ne serait-ce que pour trouver sa place parmi tous les artistes et les écrivains que tu admires, qui peuvent être des hommes. Jean Genet par exemple."

    La plupart des textes sont écrits par Bianca, qui se perçoit d’ailleurs plus comme écrivain. Sierra compose la musique. Ses morceaux sont de subtiles mises en scène de poche. Exemple, celle de ce fermier convaincu que Jésus n’aime que lui et certainement pas sa femme et encore moins ses concitoyens noirs. Bianca :"Nos chansons ressemblent à des nouvelles ou à des portraits. Autant de petits rôles qu’on joue. Nos voix varient selon la personnalité du personnage à interpréter."

    C'est en Camargue, dans la ferme de leur mère, que Rosie et Coco mijotent leurs créations futures. Elles travaillent toujours et encore sans ordinateur, sans studio. Elles ont trouvé, depuis peu, un producteur islandais et découvert la fente de la croute terrestre près de Reykjavik. (Bien sûr, elles ont déjeuné avec mon fiiiiiils) Elles font le mixage elles-mêmes, bref affinent un projet modeste et spontané. Aujourd’hui, il occupe toute leur vie. Une chose est sure, Bianca et Sierra n’en resteront pas à la musique. Elles travaillent sur un opéra, tournent des petits films, peignent, dessinent et invitent des amis musiciens à se produire avec elles sur scène. Pour toutes ces activités, CocoRosie est une plate-forme de lancement exceptionnelle. Elles viennent de déposer un CD "diamant noir dans la neige". Troisième étage de la fusée. Ces deux pierres précieuses en orbite n'ont pas fini de briller.

     

     

     

  • Le vrai visage de Sarkolène

    medium_fredos.jpg 
    Je faisais la sieste quand soudain la porte de mon courriel a grincé. Mouhahahahah !!! Vous avez un message émanant de Radio France Inter m'indiqua le service "français de souche" du ministère de l'immigration. Je chaussais aussitôt mes lunettes Essilor en buvant un café équitable et quelle ne fute pas ma surprise quand j'ai lute ce qui suite:

    "Ceci n'est pas un spam, si cette lettre t'arrive, ce n'est pas par hasard,
    rien n'est dû au hasard.

    Marie P. a voté Bayrou en 2002, deux jours plus tard, sa maison a brûlé et
    tous ses enfants sont morts de combustion spontanée, Pierre F. a voté Bayrou
    lui aussi : il s'est noyé dans la mare aux canards de sa ferme, on n'a
    jamais retrouvé son corps, Catherine K. a voté UDf aux dernières
    législatives : une semaine plus tard, elle a dû se faire poser un anus
    artificiel, Jospeh D. a pensé à voter Bayrou. Depuis, il purge une  peine à
    vie dans les prisons turques. Le pire, c'est qu'il avait pris un billet
    d'avion pour Namur, il a été victime d'une erreur à l'embarquement.

    Ne VOTE PAS BAYROU, ou tu finiras comme eux.

    Forward ce message à 10 personnes que tu aimes ou tes dents tomberont.
    Si tu ne votes pas Bayrou, tout ira bien, tout le monde te trouvera
    sexuellement désirable, tu n'auras jamais de cancer du foie ou des poumons
    et tu gagneras plein d'argent."
     
    Prodigue de mon temps à siester et de l'attention que je porte à mes semblables, donc n'importe qui, je fute tout d'abord interloqued. Damned, une attaque socialiste en bonnet haut de forme! En  provenance d'une voix libertine de France Inter, Ségolèniste de naissance, adoptée par deux enseignants intellectuellement borgnes, qui m'envoie un bourre-pif en dessous de la ceinture. 
    Non pas une illumination géniale sur Dante ou Dostoïevski mais un assemblage de mots dignes de Mamadou Diang, conseiller matrimonial et roi mage de banlieue apte à "règler tous les problèmes sexuels qui ont échoué."
    L'heure de ma vengeance doit sonner sans trébucher. Homme socialiste ou umpiste, ta femme te trompe depuis des lustres avec un employé municipal qui fait de l'antrisme à FO tandis que tu pleures, seul devant LCI, des larmes de gauche sur le procès à venir d'un italien qui n'avait plus que des femmes et du vin à se mettre sous la dent mitterrandienne.
    Tu veux être un homme libre qui toujours chériras sa mère patrie? Vote Bayrou. Résilie ton abonnement à Télérama. Tiens ton avenir d'une seule main centrifugeuse. Abandonne la gauche Tarama. Quitte les sentiers battus pas la police du nain féroce. 
     
    Passantes, passants, "N'oubliez jamais!" 
     


     
     

  • En quatrième grande vitesse

    medium_Photo_0691.jpg
    Tous les voyageurs dormaient ce matin dans le TGV qui me ramenait tout contre Perle. Ma voisine, authentique cagole marseillaise couverte de bijoux Tati, s'échinait à lire les magazines lui indiquant le meilleur régime amaigrissant tout en jardinant sa cuisine bio. Puis elle passa à "Voici" pour se mettre au courant des derniers z'avatars de la jet ski en vacances à Crans-Montana. Le contrôleur faisait des p'tits trous avec une application très service public. Il réveilla avec un malin plaisir une jeune femme dotée du plus joli cul du wagon. J'opinais derechef à son clin d'oeil de fin connaisseur en fesses endormies. J'étais sans doute le seul à contempler les paysages observés à vive allure. Apercevant la cathédrale de Sens trente minutes après le départ. Puis Cluny, la massacrée par le bourgeois local autour de 1830 pour se construire une demeure en pierre de grandes tailles, signe de richesses post révolutionnaires. Après la traversée de la Saône, je savais que la moitié du chemin avait été accomplie. Un peu de Bresse, puis les monts du lyonnais. Au loin, j'apercevais la capitale des Gaules et du révisionnisme barriste. Avec une pensée pour Lucie Aubrac.
    Putain de pays à la con, me disais-je en écoutant râler le voyageur de derrière plongé depuis notre départ dans la lecture compulsive de l'Equipe. Je ne connaitrais jamais l'objet de son courroux. Mon vis à vis tenta d'engager la conversation après la traversée d'un tunnel. Il s'était, comme moi, pincé le nez pour retrouver l'audition perdue. 
    - Vous souffrez aussi d'une oreille?
    - Oui. 
    - Laquelle?
    - Je ne sais plus. 
    Ah...!
    - Vous ne lisez pas dans le train?
    - Je ne lis plus. 
    En souriant, il lança:
    - Pourtant, vous avez une tête d'intellectuel...
    - C'est une impression. Je ne suis pas un intellectuel mais un autodidacte.
    - ...??? 
    - J'ai trop lu. 
    Trop lu?
    - Oui, trop. Attendez, je veux regarder les contre-forts du Vercors. C'est sentimental...
    - Je vous en prie.
    Quelques minutes plus tard nous traversons le Rhône. Une boucle du fleuve.
    - Donc vous avez trop lu... Jamais entendu ça. Combien de livres?
    - Pffffffff. Jamais compté.
    - Mais... puis-je vous demander ce que vous avez lu? 
    - Tout ce qu'il fallait lire. 
    - Par exemple? 
    -Oh, vous commencez à me les gonfler avec vos questions ?
    - Excusez-moi. Je suis désolé. 
    - Bon, ça va, ça va, il n'y a pas de mal. Je ne sais pas pourquoi je devrais vous répondre.
    - Parce que vous êtes le seul à n'avoir rien lu depuis notre départ. Et puis vous avez l'air sympa.
    - Méfiez-vous des apparences comme n'a de cesse de me le répéter mon boucher.
    - J'ai l'impression de vous avoir déjà vu. Vous faites de la télé?
    - Non. Ah si, un temps, j'étais la doublure de Rocco Siffredi.
    Eclats de rires des voisins à peine réveillés. 
    - Allez, soyez sympa, dites-moi ce que vous avez aimé lire? 
    - Le club des cinq.  
     
     
     
     
     
     
     
     
     

  • Pont des soupirs analytiques

    medium_412927894_36827d02a1.jpg
    Photo Yann Gensollen
     
    Nous allons jouer à un jeu, Monsieur Kracklite.
    Je vais énumérer quelques mots et vous allez me dire à quoi ils vous font penser, à quoi vous les associez, sans réfléchir. Commençons : Facel Vega.
    - Vitesse.
    - Bien. Intestins.
    - Ercéfuryl.
    - Très habile, monsieur Kracklite. Sodomie.
    - Psychanalyse.
    - Ah! Très bien. Immaculée Conception. 
    - Sodomie.
    - Vous êtes très drôle et très fort à ce jeu. Voyons ce que vous allez répondre si je vous dis : cimetière.
    -Si vous me dites cimetière, je vois ma mort, ma tombe, ma propre tombe avec mon nom gravé sur la pierre, je vois quatre ou cinq cyprès florentins qui s'inclinent dans le vent, je vois un ciel gris de fin d'été.
    - Et sous la terre, monsieur Kracklite? 
    - Sous la terre? Des vers. Une infinité de vers qui dévorent mon coeur et mes poumons sans la moindre miséricorde, des vers froids et solidaires.
    - Bien. Je crois que nous pouvons interrompre la séance et nous séparer là-dessus. 
    Jean-Paul Dubois in "Vous aurez de mes nouvelles" (Editions de l'Olivier) 
     
     

  • Moi je suis le verre...

    medium_318450936_34b85b36c0.jpg
    Photo Yann Gensollen
     
    Tous les matins je me lève d'un bon pied.
    Toilette. On me fait briller pour attirer le chaland. J'embrasse les lèvres des belles de jour comme de nuit, à leur insu.
    Si un homme se place d'autorité en face de moi, je me laisse glisser sur la nappe de papier. Sans en avoir l'air, je choisis mes proies. Elles sont tellement, tellement...que parfois j'en titube. Heureusement, une main rapide comme l'éclair vient à ma rescousse. Je suis le verre d'un café parisien souvent à moitié plein qui boit vos paroles mesdames, épouse votre rouge à lèvres, écoute vos petits drames, s'attendrit à vos ruptures, sourit de vos réconcilations, gorgée après gorgée. 

  • La Sainte Apparition

    medium_013.jpg
    Photo Boris Conte 
    La scène, comme dirait l'annoncier du "Soulier de satin" se trouve au ciel et sur la terre, voire entre ciel et terre. Comme chaque année à pareille époque le soleil vient de faire son apparition sur les flancs de la Sainte Baume et d'éclairer, après quelques mois d'absence, de ses rayons, le monastère dominicain chargé de veiller sur la grotte de Marie Madeleine. Cela mérite une danse.
    Adieu la vie parmi les ombres. Voici venu le temps de se remplir de soi-même. Et de lumières.
    Au propre comme au figuré, l'événement local est de taille. La falaise - surplombant de presque cinq cents mètres le plateau - retrouve enfin ses couleurs printemps/été.  
    Profitant de l'aubaine Marie Madeleine a procédé à la nomination de ses ministères.
    Ont été nommés:
    A la verticale de la lune: Ministre des haikus et des bonzaï
    Voyages en poésie : Ministre des ronds-points G et de la sensualité pour tous
    Fredouille: Ministre de l'agriculture provençale, du Garlaban, du thym et du romarin 
    Les sans ciel: Ministre des rives de l'aphonie et de la gravure des rêves
    Yann G: Ministre des abeilles et de la pudeur en noir et blanc
    Mémoires d'outreterre: Ministre de l'amer et des chats dont la queue balance
    Phédia: Ministre des arts et des conchoncetés 
    Slanka: Ministre des ruptures de bancs pudiques et de la butte aux cailles 
    Pedro: Ministre de la défense et de la gay pride Franc Comtoise
    Anitta: Ministre de tous ceux qui ne perdent pas le nord et conservent le terril en la demeure
    Agla: Ministre de la culture et de la géométrie dans les spasmes
    S. : Ministre du silence et la mer et de la protection de la poésie en Vercors et contre tout
    Le bateleur: Ministre de la pensée sans calcul et de la fraternité intacte
    Bang bang: Ministre de l'auto portrait en tailleur croisé
    Kate: Ministre de la Blanchoterie
    Les voiles de Salomé: Ministre de la justice et des têtes qui vont tomber. Par ailleurs chargée des relations avec les dix-neuvièmistes de tous poils
    L'anne-Ma: Ministre de l'animalité et de la banalité réconfortante
    Patricia M: Ministre du L world, des lézards z'et lettres de noblesse vaginale
    Anaximandrake: Ministre de l'éducation philosophique, de la sémiotic tac et des phénomènes au logis
    Sainte Thérèse: Ministre de l'absentéisme chez les fonctionnaires
     
    Secrétaires d'Etat parce que sans blog
     
    Molly: Chargée de l'intelligence économique et des relations avec les musulmans de France
    Léopold: Chargé des archives de la nation et de la lecture des tables de la loi
    Anne D: Chargée des relations avec les extrêmes
    Calva crétin: Scribe officiel
    Jack le fataliste: Consultant auprès des brasseurs d'idées
    Margot: Chargée de la propagande viticole et de la gourmandise
    Pierrot le fou: Facto tum et architecte de nos nuits
    Isolde: ministère des guignolades
    Sophie: voix lactée sur le service public
    A la demande générale, Fiammetta vient d'être nommée Ministre des relations franco-transalpines...(non, non pas de mauvais jeu de mots) et cubaines dans le bureau ovale du Président. 
     
    Reste à pourvoir le ministère de la fellation, de la position du missionnaire et de la levrette. 
     
     
     
     

  • Au secours, François n'est plus derrière Ségolène!

    medium_Segolene_ROYAL_L.C_.jpg
    Ségolène au salon des vachers (Montage XXL)
     

    PARIS (Reuters) - François Bayrou est pour la première fois à égalité avec Ségolène Royal en terme d'intentions de vote au premier tour de la présidentielle avec 23%, selon un sondage Ifop-Fiducial pour Le Journal du Dimanche.

    Nicolas Sarkozy, candidat de l'UMP, devance de cinq points (28%) la candidate socialiste et le président de l'UDF, dans ce sondage réalisé les 8 et 9 mars.

    Le dirigeant centriste, dont la progression est constante dans les enquêtes d'opinion depuis plusieurs semaines, gagne quatre points par rapport à un précédent sondage Ifop, pour Paris Match, en date du 26 février.

    Ségolène Royal est, pour sa part, en recul de 2,5 points et Nicolas Sarkozy perd un point. Derrière ce trio de tête, Jean-Marie Le Pen est crédité de 13% d'intentions de vote (+1).

    Parmi les "petits" candidats, Oliver Besancenot recueille 3,5% (-0,5 point), Marie-George Buffet et Arlette Laguiller 2%.

    En cas d'absence de Jean-Marie Le Pen au premier tour, hypothèse envisagée si le président du Front national n'obtenait pas les 500 parrainages d'élus requis pour briguer l'Elysée, Nicolas Sarkozy semble le candidat qui en bénéficierait le plus.

    Il obtient 34,5% d'intentions de vote devant, cette fois, François Bayrou (25%) et Ségolène Royal (24%).

    Philippe de Villiers, candidat souverainiste du Mouvement pour la France, pointe dans ce cas-là à 3,5%, contre 1% si Jean-Marie Le Pen était candidat.

    Le sondage a été réalisé auprès d'un échantillon de 881 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, inscrite sur les listes électorales, extrait d'un échantillon national de 959 personnes.

    medium_Reuter.jpg
    François au salon des blondes (Reuters) 

     

     
  • Vous les femmes

    medium_261543_Julio-Iglesias-Posters.jpg
    Lord Illingworth: Vingt ans de passion donnent à une femme
    des allures de ruine,
    mais vingt ans de mariage
    font d'elle une sorte de monument public.
    Mrs Allonby: Vingt ans de passion!
    Croyez-vous que cela existe?
     Lord Illingworth: Pas de nos jours. Les femmes sont devenues trop spirituelles.
    Rien de tel pour gâcher une histoire d'amour que le sens de l'humour chez la femme...
     
    Une femme sans importance, acte 1, 1894
    Oscar Wilde 
     

  • Avant liquidation de l'argenterie

    medium_218674902_4dca8bddc2.jpg
    "Vercors", Yann Gensollen
     
    A quoi bon écrire le mot quand la pensée court comme le furet?
    L'hypocrisie, outre qu'elle évite les tueries sans mesure dans les rapports humains, prend le nom
    de litote à l'étage de la littérature, où elle affine le style, frappant le lecteur, qui n'est pas cruche, de toute
    la force de ce qu'elle tait. Ainsi Mauriac faisait front sur des positions préparées à l'avance. Tout comme les gens de son milieu, enclins à penser que le Christ était venu moins pour sauver le monde que pour ôter des motifs à la grève des ouvriers et préserver les murs de la boutique familiale. Ce n'est pas lui qui aurait pensé, avec Céline : "Dans la vie, on ne monte pas, on descend."
    Combien de bourgeois provinciaux abordent le monde avec un Balzac sous le bras? Combien de capitaines d'industrie avec un Zola?
    Les principales querelles de ce siècle en train de naitre ont leur écho dans les mémoires qui restent figées à la fin du 19ème. Jaurès est souvent invité à sortir de sa tombe. Bernanos parfois. Tchékhov, dans la Russie poutinienne, refait surface. On astique un peu partout le métal d'une rhétorique qui date. On attend toujours Godot. L'antique majordome d'une pièce anglaise; le domaine vendu, les maîtres partis, il faut frotter encore et encore l'argenterie. Sous les doigts déformés par l'âge brillent des termes d'autrefois qui ont acquis du prix à force de désuétude. Le Prince, dans le Guépard, disait à son garde-chasse: "Il faut bien que les choses changent pour que rien ne change."
     

  • Transhumance des pessimistes

    medium_moutons.3.jpg
    Gérard Grunberg ; Zaki Laïdi
    Sortir du pessimisme social : essai sur l'identité de la gauche
    Telos / Hachette Littératures - 17 janvier 2007
     
     

    "La mondialisation serait le péril principal, et le marché, le diable : la gauche, qui incarna longtemps l'espérance, a-t-elle fini par céder au pessimisme social ? Gérard Grunberg et Zaki Laïdi font la généalogie intellectuelle et politique de cette évolution. À rebours des idées reçues, ils mettent en évidence le fait que le marché peut aussi être mis au service de la lutte contre les inégalités et que la mondialisation constitue une chance pour quelques milliards d'individus de sortir du dénuement." 
    medium_lapin.jpg
     
     
    J'ai écouté cette émission sur France Culture
     en me rendant, samedi, autour de midi, au sommet de la montagne pour déguster le lapin moutarde préparé par Jean Yo des bois. Pendant l'ascension, nous sommes tombés sur un fleuve de moutons qu'il a bien fallu accompagner jusqu'au col. Simple hasard? Heureusement, c'est un homme qui menait le troupeau et il arborait un immense béret béarnais.
     

  • La tête brulée dans les étoiles

    medium_rod-02.jpg
    Cette nuit aura lieu une éclipse de lune.
    Si par malheur le temps est couvert, soyez poète comme ce gaillard haut de deux mètres. Il suffit de s'élever un peu et de dépasser la couverture nuageuse. Dans son "Nuage en pantalon" (1914), comme dans "La Flûte en colonne vertébrale" (aussi connue sous le nom de La Flûte des vertèbres, (1915), bref, son manifeste du Futurisme, Vladimir Vladimirovitch Mayakovski offre quelques pistes menant aux étoiles. On peut imaginer qu'il se serait dévissé la tête pour monter de quelques crans et, ainsi, assister pleinement à cette mise en ombre astrale. 
    Hélas, il s'est suicidé avant, ce grand phare. S'est tiré une balle en plein coeur. Il avait 37 ans.
    Le futur s'est éclipsé. Politique et sentimental...
    Il aurait, dit-on, crié: "Ne tirez pas camarades!".
    Puis murmuré : "Soyez heureux."
    Il a jugé bon de rédiger sa propre épitaphe : « La barque de l'amour s'est brisée contre la vie courante. Comme on dit, l'incident est clos. »
     

     

  • Ah les bestioles...!

     

    medium_Photo_0115.jpg

     

     

    Demain, cela va faire un mois. Plus de poids plume sur mes jambes. Je la cherche, parfois, d'un regard. C'est con, hein!?

    Oui, je sais, il y a plus grave que de perdre sa petite chatte.

  • Cet homme est dangereux

    medium_090207_bayrou_val_fourre38_2007_02_09_18_32_0_34.jpg
    Ségolène Royal a rameuté ses anciens adversaires au PS le lendemain de la déclaration de François Bayrou qui souhaitait prendre un premier ministre de gauche dans son futur gouvernement d'Union Nationale (Strauss-Khan, par exemple).
    Idem chez les Sarkozistes. Une cellule anti-Bayrou a été constituée dans l'urgence. Marie-Georges Buffet a tapé à bras raccourcis, il y a trois jours, sur " ce candidat centriste qui est de droite".
    Et maintenant, mesdames et messieurs, voici enfin celui que nous attendions tous au tournant de l'histoire en train de s'écrire
    :
     
     

    PARIS (Reuters) - Jean-Marie Le Pen estime qu'il est en réalité au-dessus de 20% des intentions de vote et que l'UDF François Bayrou, qui le devance dans les sondages, ne tardera pas à s'effondrer.

    "Je pense qu'actuellement, honnêtement, je suis au-dessus de 20%", a dit le président du FN sur France2

    Interrogé sur les 19% dont est crédité le candidat centriste dans un sondage Ifop pour Paris-Match, tandis que lui même obtient 12%, Le Pen a répondu: "Je ne suis très pas inquiet." (NDLR: "Quand quelqu'un affirme toujours par la négative, j'entends l'inverse" Lacan)

    "J'ai connu le même phénomène, c'était le phénomène Chevènement, qui fut comme ça porté au pinacle et qui s'est retrouvé à 6%" en 2002, a-t-il dit.

    Le dirigeant du FN a souligné que, parallèlement à François Bayrou, lui-même progressait dans les récents sondages et a dénoncé l'acharnement des médias à vouloir faire du candidat centriste le "troisième homme" de la campagne présidentielle.

     

     

    Chacun fait son marché dans les moments de l'histoire de France. Chacun ressort ses martyrs pour attirer le chaland. Qui Jaurès, Bloom, Guy Moquet, Laval...

    L'Histoire est un lieu commun. Le présent ne ressemble jamais au passé. On ne se retrouvera jamais en 1940. Je veux dire avec les personnes qui ont vécu cette "drôle de guerre" puis la défaite. Comme l'écrivait Paul Ricoeur, "il y a plusieurs régimes de Vérité."

    L'Histoire délivre des éléments critiques au citoyen, offre à penser des éléments de comparaisons. Beaucoup se revendiquent de Marx, jamais de Staline. D'autres d'Adam Smith, jamais de Jean-Marc Sylvestre.

    Pourtant, tous veulent faire notre bonheur.