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  • Antonioni. Bah !...

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    Par Archiloque
     
      [] en général, économe de mes regards comme de mes mots et déplacements, je ne me précipite guère dans les salles. Aussi n'ai-je pas vu la Notte, ayant pourtant adoré - les mots sont pesés - Blow Up. La Nuit ! Quel programme d'ailleurs, quel abîme de sens ! Quelle insolence ! On dirait le titre d'un tableau de Giorgione, de Blake ou de Klee. Quand un artiste français s'avise d'évoquer dans un film la chose amoureuse, il l'appelle modestement « Nuit d'été en ville », un bon divertissement au demeurant. L'italien, la Nuit ! Ce nom me fait déjà trembler de tout mon être, A.. Alors qu'en sera-t-il du film ? L'attachement au vérisme pictural est ce qui distingue le cinéma italien du français, qui reste avant tout chevillé à la tradition de la dramaturgie théâtrale, et aux verbiage et faux-semblants qui vont de pair. Pour l'italien la vérité est toute entière dans l'image, pour le français elle est dans les mots, le discours. Voyez la Maman et la Putain, ce chef d'oeuvre nihiliste de la tragi-comédie amoureuse. Voyez Pasolini en comparaison, cinéma monstratif, cinéma scopique, cinéma mutique où la dialectique s'efface au profit du corps et des grands espaces nus. (Dites-moi surtout, A., si vous avez des contre-exemples, il n'est rien à quoi je répugne plus que le classement à l'emporte pièce.) Oh !... il y a bien Ozon, dans le style qui est le sien une espèce de John Houston de l'intériorité bourgeoise (ceci étant dit sans mépris aucun, j’ai adoré « Goutte d’eau sur pierres brûlantes »), intériorité au sens cosmétique, intériorité telle que l'entendrait un décorateur, intériorité au sens de Charles Rennie Mackintosh ou de Starck. Cassavetes, et de quelle façon, s'affranchit également, confrontant constamment la vérité du texte à celle du sentiment, de l'hypocrisie dramatique, du moins c'est la conclusion à laquelle me conduit ma lecture d'Opening Night. Gigantisme positivement atterrant de celui qui, dans un film, tenta de mettre à mort l'imposture théâtrale. Un manifeste que ce film ! Un hurlement en faveur du cri primal ! Munch au cinéma ! …

    (A de rares exceptions près (Poussin, Cézanne, Matisse) la peinture française, qu’elle soit religieuse, littéraire, ou politique, est d’emblée et toujours cinématographique, qui déroule une histoire dans le temps, tandis que le peintre italien n’atteint jamais si pleinement au génie que lorsqu’il ignore, ou fait mine d’ignorer, la trame narrative de son tableau (voir la leçon des grands maîtres vénitiens, dans la géographie des sens s’entend, jusqu’à Pasolini et Federico Fellini). Voir aussi Salvatore Rosa, Elsheimer et les peintres chers à Bonnefoy … Il faudra ainsi attendre le XVIIIème siècle en France pour que jaillissent des portraits et des paysages dignes de ces noms. Combien de temps encore avant qu’ils n’émergent au cinéma, ailleurs que chez notre Chéreau national ? Cassavetes, immense paysagiste, au premier rang de ceux dont j’ai parlé, qui est à l’âme humaine ce que Houston est aux grands espaces américains. Au fond, le paysage, le nu, et le portrait participent, dans l’art occidental, de la même extase et du même refus de l’action.


    … Un naïf, oui, un primitif, un enfant je suis (ma judéité y étant pour beaucoup) qui ne voit et n'aime dans les films que les images.)

  • Hécatombe (suite)

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    Ernst Ingmar Bergman, né à Uppsala le 14 Juillet 1918 est mort le 30 juillet 2007 sur l'île de Fårö.
    Metteur en scène de théâtre, scénariste et réalisateur de cinéma suédois, il s'est imposé comme l'un des plus grands réalisateurs de l'histoire du cinéma en proposant une œuvre s'attachant à des thèmes métaphysiques (Le Septième Sceau), à l'introspection psychologique (Persona) ou familiale (Cris et chuchotements, Fanny et Alexandre) et à l'analyse des comportements du couple (Scènes de la vie conjugale). Il est le seul cinéaste à avoir obtenu la Palme des Palmes au festival de Cannes en 1997 (Wikipédia)
     

    Au fond du fjord

    (en hommage au cinéaste suédois)

    Björn ?
    -Ha!
    Tu dors ?
    -Ha?
    Je sais que je t'aime d'un amour sensuel exigeant comme ce vent qui balaie notre vallée depuis un mois.
    -Ho!
    Je sais aussi que notre amour est aussi abondant que la couche de neige dehors. Qu'il risque de fondre aussi aux premiers rayons du soleil.
    -Ha! ho?
    Björn ? Tu sais que parfois je doute de notre amour ?
    -Ho!
    Parfois, aussi, je hais notre fils parce que depuis qu'il est né notre petit Eyolf, il t'a transformé en père. J'y ai perdu mon amant.
    Ho! Ha!
    Björn tu entends le vent ?
    -Ha!
    Björn, je suis dans cette lutte obscure entre amour conjugal et amour maternel et paternel. Celui-là même qui sonde l'abîme de la vie...
    -Ho!
    ...Celui dont les pulsions s'éliminent réciproquement et attirent tout dans leurs profondeurs destructrices, comme l'eau du fjord.
    -Ha! ho! ha!
    Mon chéri, as-tu remarqué que nos regards ne se détachent plus des profondeurs de ce fjord depuis que ce vent, venu de l'Artique, s'est installé durablement à notre porte ?
    -Ho! ho!
    Je rêve du printemps/été, Björn. De ce mois de juin si bref. Je rêve de découvrir l'azur, l'élévation qui n'éteint pas le bonheur, retrouver l'éros, l'énergie vitale. Je souhaite, en regardant par notre unique fenêtre écouter le silence à remplir avec une pitié active pour les autres, nos voisins si éloignés.
    -Ha! ho!
    Et revoir Knut. Ce facteur sait me rendre femme quand tu es absent pendant tes longues périodes de pêche à la morue.
    -Ho? Ho? ho?

     

     
  • Connaissez-vous cet homme ?

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    Hier à Honfleur, un corbillard a violemment percuté cet homme qui traversait en dehors des clous, comme à son habitude. Il était environ deux heures moins le quart avant Jésus Christ. Il ne portait sur lui qu'un peignoir de soie rose. Il sera difficile de l'identifier. D'après quelques millions de témoins et les rares habitants de ce quartier, il pourrait s'agir d'un arbitre de football qui serait mort deux fois. Le boucher du coin jure ses grands dieux qu'il s'agissait en fait d'un branquignol inclassable. Nelly, esthéticienne, s'est précipitée à terre pour l'embrasser une dernière fois en criant:"C'est monsieur Arnaud !".
    La gendarmerie locale reste septique. D'après les hautes autorités de l'Etat, l'homme était tout simplement un monument. Les infirmiers du Samu rapidement intervenus, affirment qu'il pourrait s'agir du bon docteur Petiot. Le brigadier chef Ragougneau "se perd en conjonctures". L'homme qui devrait accuser 79 étés, selon une étude statistique, "souffrait d’une maladie rare, appelée polychondrite atrophiante, qui se caractérise, entre autre, par la diminution des cartilages du nez et des oreilles."
    Selon Alain Bongrain, du Bourg, ce vieil homme aux blancs cheveux était en fait une hirondelle (qui) a fait le printemps des salles obscures. Au moment de l'accident, on entendait au loin le cri d'un cormoran au dessus des jonques arrimées dans l'estuaire de la Seine. Un enfant, sorti du rang, répétait à qui voulait l'entendre: "C'était un clown triste" sans qu'on lui prête attention.
    L'homme est mort durant son transfert à l'hôpital "des suites d'une longue maladie."
    Le conducteur du corbillard a été placé en garde à vue sous l'accusation de mortelle randonnée. Ses obsèques auront lieu grâce à l'argent des autres dans la plus stricte intimité nationale. 
     
    (Da, protubérance illicite: "Heureux les anges" et Jean Poiret) 
     

  • Les boucles de l'errance à San Remo

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    Vendredi 27 juillet au "Casino Municipale" de San Remo.
     
    Cher Fabien,
    J'aimerai tant publier sur mon blog ce fameux texte que vous m'aviez envoyé il y a un an. Je tenterai de prendre quelques "clichés" de la vieille San Remo, taillée dans le roc et quelques piêtres certitudes de la middle class heroe. Il m'est agréable d'effectuer, pour vous, ce retour dans le passé, celui qui n'a de cesse d'interroger notre solitude et notre déréliction. Affectueusement vôtre.
    Philippe.
    Le résultat a été imprimé électroniquement hier. Suite de la visite. Des médecins en retraite promènent le soir venu leur Mercedes Benz turbodieselkompressor sur ce semblant de promenade des anglais qu'est la rocade aspergée de palmiers de la cité aggripée au calcaire. S'il n'y avait la montagne et la Méditerranée, l'on se croirait parfois à Bucarest au temps de la splendeur du conducatore fusillé sans procès.
    Immeubles rachitiques, sans reliefs, côtoient les vestiges immobiliers de la Riviera du temps des aristocrates russes et de "Tendre est la nuit". Fin de partie. Rien ne va plus. Les jeux sont faits. Des obèses de quatorze ans tentent d'entrer dans le temple du jeu. Pantacourt pour les barbares en herbe et robes légères à talons pyramidaux pour les ragazze. Un père de famille, dont ce n'est décidemment pas le jour de chance, tente de revendre sa "Rollex" contrefaite comme une rate. Les vigiles l'écartent avec empathie.
    Je demande l'accès du "Roof garden" à une hôtesse en short noir. Sans aucun doute de la soie. Son fessier brille comme une vieille locomotive conduite par Jean Gabin. "T'as un beau cul, tu sais!"
    Et je découvre sur la scène, mon amie Laurene, ex blue belle au Lido, aujourd'hui capitano de la revue sur ce toit brûlant.
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    Les filles baignent dans une harmonieuse disponibilité. Ceux qui font ripaille en habit de clerc de notaire jettent de furtifs coups d'oeil sur ces poitrines fermes qui pétillent sous les feux de la rampe. Puis ils avalent des morceaux de raie (qu'on pense) trop acidulés pour être honnêtes.
    Il fait doux. Je regarde ces étoiles d'un soir lever la jambe comme au Moulin Rouge. Nous avons dîné à sept heures ensemble. Elles riaient, semblaient curieuses de savoir qui j'étais et surtout me demandaient si j'allais venir "au spectacle".
    Oui. 
    - Tu prendras des photos?"
    Pleins.
    - Ah... c'est cool!
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    Je les ai presque toutes ratées. La valse des lumières a rendu folle la cellule de l'appareil en position automatique.
    Pas grave. Elles désiraient seulement quelques souvenirs un peu flous.
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    Des filles aux seins qui pensent.
    De beaux petits lapins qui parlent de leur prochaine progéniture, qui lisent les mails de leurs chéris, des livres de Virginia Woolf ou de Carson Mc Cullers. Des sujets aimants et chaleureux. Moins lisses que les images d'un ballet en trompe l'oeil qu'elles répètent inlassablement sur des parquets malmenés par le temps.
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    Plus tard dans la nuit, elles sont allées fêter l'anniversaire de l'une d'elles sur un paquebot disco en béton qui ne larguera jamais ses amarres. Elles ont enflammé l'ambiance, dansant jusqu'à l'aube sous les yeux ébahis par tant de joie de vivre et de talent à se mouvoir de plus de deux milles locaux. Don Juan de l'abîme, Casanova contrefait, jouisseur au rabais en ont perdu leur latin.
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     Rachel, Emma, Odyssée, Laurene, Sissi, Katell...avaient cette nuit là, une authentique splendeur du terrible qui nous conduit au bord de nous-mêmes. Rappellant à chaque admirateur d'un instant que les illusions et l'incommunicabilité sont la face obscure du corps désirant. Amen.
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    Pour vous, mesdames, ces morceaux de phrases choisis par Fabien:
    "Hachure !
    Est-ce que tu n'en as pas assez d'être une hachure entre les hachures ?
    Homme !
    Tu n'en as donc pas ton soûl d'être un homme parmi les hommes ?
    Grouillis des poux de mer sur la plage des rues.
    Bâtonnets sautant à cloche-pied, vers de pierre, jeux de jonchet en délire, aïe donc, les dragons chargent sur la chair en filoselle, les chapeaux, les gants, les cannes, les sacs endormis dans le blanc d'oeil, goîtres assommés, crapauds en deuil, accordéons éculés face au ciel !
    Monte un peu. Suis-moi. Colle donc, nom de Dieu ! Là, te voilà bien avancé, maintenant. Crois-tu que c'est beau à voir de là-haut ? Crois-tu que c'est grand'chose ?"
    [Léon Paul Fargue, Vulture]
     
    Avec mon meilleur souvenir... 
     

  • (Vivre) Avec ou San Remo

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    Par Archiloque 

    De loin, le vieux village de San Remo ressemble à ces monticules de pierres érigés à la hâte par les peuples du désert dans le secret espoir de se concilier les faveurs d'un Dieu, comme eux, ombrageux et vengeur. Pour peu que l'on vienne de la montagne toute proche et que l'on embrasse le golfe d'un seul regard, l'on est immédiatement saisi par la vision d'un capharnaüm vertical, ou pour mieux dire d'une Babel de bric et de broc, comme si les hommes d'un temps lointain avec le concours de quelque prodigieux ouragan avaient entassé sommairement, à défaut d'autre matériau, leurs maisons les unes sur les autres pour se rapprocher du ciel, ou pour mieux le fuir, qui sait ?

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    J'ai aimé, je dois dire, l'agglutination empressée des anciens quartiers vers l'église déjà si sensible à Vintimille, qui donne à ces villes, pour autant qu'on oublie la vie dégoûtante qui y fourmille, un aspect d'impossible concrétion minérale toute de piété simple et d'impénétrabilité, où les "rues" - des rigoles tout au plus -, si elles ont été pensées, l'ont été incontestablement en dernier, et pour l'immondice de surcroît au détriment de l'humain. Je me suis senti pour un temps à ma place dans cette humanité de caniveau où le pas remonte, à mesure qu'il avance difficilement et quasi processionnellement vers les hauteurs, le cours des déchets et ordures.
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    A proximité immédiate des rues commerçantes, on accède à la ville haute par un porche inquiétant suivi d'une manière d'impasse - du moins le passage a-t-il été conçu comme tel - où pestilences, graffitis obscènes et absence de jour achèvent de décourager les plus audacieux visiteurs. Ce qu'il faut d'indiscrétion pour aller plus avant, tant est forte l'impression, à ce moment, de pénétrer en quelque endroit honteux, pestiféré, frappé d'interdit. Puis c'est une succession de galeries frayées au burin dans une carrière de pierres denses, à ce point hostiles que la montée semble progresser vers le zénith d'un gouffre toujours repoussé. Entrecoupé de silences graves, un toussotement confus de râles, de rires, de sermons, d'exclamations, d'insultes, tout cela à fleur de roche comme un suintement, où l'oreille la mieux exercée ne distingue pas entre l'hertzien et l'humain.
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    Comme si la parole promue par quelque Dieu dément à l'immuable, au dérisoire aussi, avait été emmurée là, quelque part et pour l'éternité, dans le pervers dessein de ne plus être écoutée. De loin en loin de chancelants chiffons d'hommes et de femmes, en qui la noirceur du vêtement s'est si bien incrustée qu'on les jurerait nus, vont leur chemin d'humilité. Pour qui croirait distinguer, dans ces furtives apparitions, une lointaine parenté d'expressions, quelle gageure ce serait de prétendre en percer le mystère ! C'est que la pensée des gens d'ici, manifestement venue à bout de la matière molle et périssable des visages, a voulu s'imprimer plus secrètement dans les moellons des hautes façades, dans le pavé des ruelles.
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    Les yeux fermés on voudrait lire dans le braille des pierres, parcourant du doigt leurs méplats et accidents, l'histoire vraie de ce peuple révoqué, bientôt disparu. Qui pour vivre encore dans ces lieux où même la Méditerranée n'entre plus ? Qui pour vivre si près de la Mort ? Néanmoins, au détour d'une allée jonchée de poubelles, cette terrasse lumineuse de la taille d'une cellule pas plus, rachitiquement fleurie, où l'on s'assoit d'abord dans l'attente d'un rafraîchissement - une vague enseigne signale en effet une maison de thé - avant de ne plus rien attendre. On y goûte dans une morne indifférence un temps sans durée parmi les tables vides jusqu'à ce que l'obscurité ne vienne confondre l'endroit coupable dans la nuit de la toute puissante et sans limite chapelle. Crypte parmi les cryptes, ombre parmi les ombres. Où sont la nef et l'autel d'ailleurs ? Je suis parti sans même avoir songé à les trouver. (photos BT 2007)
                                         

     

     
  • Le tour de soi en 365 jours

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    Photos Sfar 
    Le Tour de France agonise. Celui des "Marcel" tarde à s'inscrire dans l'été. Le tour de chauffe accuse des ratés. Coup de pompe en Angleterre. Oxford s'enfonce sous les eaux. Une chatte sur son émoi brûlant a décidé de faire le tour de son moi en 365 jours, par l'image. Le résultat ne manque pas d'étonner. Dans le désordre, elle met en scène la partition secrète de sa propre énigme. Met en mots son rôle titre d'une voix gouvernée par la recherche angoisée de l'apaisement. La technique progresse sans répit. Métamorphose le rapport au monde structuré par l'absence du grand Autre. Jeux de miroir sans fin ? Pas sûr.
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    Exercice de conquête spéciale plutôt. Si l'envoûtement est l'enfermement sous la voûte, là où le corps s'enlise dans la plus grande pesanteur, de nos jours, il semble possible de nous en délivrer par l'image. La communication de pixels, l'information numérisée, la dématérialisation des échanges indiquent une nouvelle fluidité du réel qui à première vue s'est détachée de la pesanteur. Nous ne nous évadons sur les réseaux du Web que pour être mieux cerclés en un lieu et temps donnés, inscrits là.
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    Condamnation des peuples nomades et de toute tranhumance. Que d'elle-même une famille, un individu veuille changer de pays, de lois et de coutumes cela est tout à fait proscrit. Ses dettes le suivront toujours.
    Reste posée la question de l'exil nécessaire sur une toile pour qu'advienne "soi-même comme un autre", selon la belle expression de Ricoeur. Bon voyage madame Sfar. 
     
     
     

  • Jardin secret

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    «  Penser, c'est être à la recherche d'un promontoire » Montaigne

    Parfois, la montagne se distingue en accouchant d’un sourire. Passées les premières gorges, le pauvre pêcheur caresse l’espoir d’entrer au paradis. Nom du lieu dit encastré entre deux failles. La porte est ouverte mais personne n’a les clés, ni les personnages, ni l’auteur.
    Le pêcheur découvre ce pays ouvert à l’infini par deux miroirs qui se font face. Certains appellent ces deux rochers « l’amour ». Deux femmes transformées en chiennes en autorise l’accès.
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    L’endroit se mérite. Dès son arrivée, Thésée prend l’aveugle par la main. Celui qui a grandi dans l’exil comme étranger.
    Au fond à gauche, la caverne de Platon. Au loin, la loi de la ville. Une fois passé le savoir du lieu et le savoir du nom du lieu résonne la voix d’Œdipe :
    « Fille du vieil aveugle, Antigone, où sommes-nous ici ? De quel peuple est-ce le pays ? Qui accordera aujourd’hui à Œdipe le vagabond quelque misérable aumône ? (…) Allons, ma fille, si tu vois un endroit où je puisse m’asseoir, soit en terre profane, soit dans l’enclos d’un dieu, arrête-moi et installe-moi là. Nous nous informerons ensuite de l’endroit où nous nous trouvons. Nous sommes là pour consulter, étrangers, les indigènes et pour faire ce qu’ils nous diront. (…)
    Fais-moi donc asseoir là, puis veille sur celui qui ne peux te voir. »
    C’est l’amour qui l’a rendu aveugle. « Avant, je répondais à tout avec l’enveloppe des mots. Désormais, je joue avec eux, comme avec des sons brisés. Je sens l’imperceptible marge entre les mots et les êtres, l’indéchiffrable, le nœud transparent entre les fils et leurs destins. C’est en perdant la vue que j’ai ressenti que la vision projette vers l’extérieur. L’oreille, elle, nous ramène vers notre monde intérieur.»
    Le jardinier : « On apprend toujours quelque chose des imbéciles égarés dans un drame. »
    Une voix tendre lui fait écho dans le labyrinthe de rochers : « Les femmes sont amoureuses et les hommes solitaires. Une femme que l’on aime vous prive des autres femmes et parfois de l’amour. » (Godard)


     

  • Stimulus nimbus

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    Té, voilà l'écrivain ! Suis passé sur ton blog l'autre jour. C'est pédant.
    - Hum...
    Et tu fais comment ? T'écris ce qui te passe par la tronche...?
    - Hun, hun. Un cawé, steup Patwick.
     Tain, tu reviens du royaume des cieux !
    - Hon, hon.
    File lui un double café Patrick, y fait peine à voir. 
    - Pfffff 
    Laisse pisser, y s'est passé le massacre du printemps en boucle cette nuit.
    - Houng. 
     Y parait que tu prends des photos et pis qu'après tu te laisse déporter !?
    - Hou, hou
    T'es un poète dans ton genre...un pédant quoi !
    -Sluurp.
    Quand je dis pédant, je veux pas dire pédé. Tu vois ce que je veux te dire...
    -Sluuuurp. 
    Et aujourd'hui, tu vas fêter la Sainte Ségolène ? 
    - Hon. 
    Tu vas écrire sur quoi alors ? Sur le rôle des stimulus nimbus dans le réchauffement de la planète ?
    - Oui, c'est une bonne idée. 
    Ah ben il parle aussi, quand y veut. 
    - Le stimulus frappe, provoque une réaction compulsive, intense mais insconsciente.
    Hein...?
    - Je vais parler de la crise du signe à partir d'une photo de soleil couchant. De la crise du sujet qui ne sait plus se poser comme centre hiéarchique de la phrase, comme point perspectif à partir duquel cadrer et organiser le monde. Seul le recours arbitraire à une perspective permet de découper dans le fourmillement infini du monde des profils, des objets facticement unitaires : du haut d'un chêne, le regard qui s'étend au loin regroupe les myriades d'atomes en entités illusoirement distinctes et voit des montagnes, des forêts, des villes, des cours d'eau, des dessins formés par les nuages.
    Hé bé, tu vas nous pondre un best-seller avec ça.
    Y suffit que ta mère et ta soeur achètent ton bouquin et c'est le succès assuré.
     
     
     

  • Et Dieu dans tout ça ?

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    Le car des pélerins polonais (AFP)
     

    On est bien forcé de croire au doigt de Dieu, quand on voit comme il se l'est mis dans l'œil.
    Germain Nouveau

    Si beau que soit l'ostensoir, ce n'est qu'au moment où on ferme les yeux qu'on sent passer Dieu.
    Marcel Proust
  • Qui sait demain si

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    Je pèse ton regard minéral
    Ici ailleurs la nuit s'efface
    Peu à peu reviennent les choses favorites

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    Des mots sur ton visage
    Simplement nommer l'ombre d'un sourire
    Un velours de solitude
    Ou une main encore fragile
     
     

  • My dentist is rich

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    Aux grands maux de bouche, les grands moyens.
    Le dentiste du village souhaitait depuis longtemps creuser davantage le déficit de la sécurité sociale.
    Il a commandé cette roulette russe anti carrie et c'est, depuis, la fête des gencives.
    Grâce à lui, j'écris sans sucer mon pouce, débarrassé que je suis des pesanteurs narratives.
    "La principale obsession des sociétés, répète-il à l'envi, est de contrôler les corps, que se soit par la répression et la terreur religieuse où les modèles imposés par les marchés de la pub."
    De notre passé dentaire, faisons table rase.
     

  • Vélib ou Vél d'hiv

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    Plus je regarde cette photo, plus je me dis qu'elle aurait pu être saisie les 16 et 17 juillet 1942 dans les environs du Vélodrome d'hiver de Paris. Je guette l'arrivée de son propriétaire depuis quelques jours. Un type portant un grand béret et la francisque. Cela pourait être encore le vélo de Bourvil dans "La grande vadrouille" ou celui de Roger Hanin dans "La cuisine au beurre".
    Le garde-boue arrière, la couleur choisie, bref le design général et le poids de l'engin (22kg) ne me semblent pas correspondre avec ce temps-ci. Ni aux pentes de Ménilmontant. C'est le vélo type de l'immédiat après-guerre selon ma maman qui n'était pas, je le précise, skin head en 44.
    Costaud l'engin de transport prôné par les verts. Allemande la bicyclette? Celle de Paulette?
    Le débat participatif est ouvert.  
     

  • Tous en selle

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    Alexandre Vinokourov à Briançon (Photo Eurosport.fr)
     
    L'un des favoris du Tour de France pleurait, hier en fin d'après-midi, à l'issue de l'étape alpine. Casaque bleue fushia, lunettes jaunes fluo, l'envoyé spécial Borat du Kasakhstan, pensait sans doute à sa famille retenue en otage au palais présidentiel de cette charmante république ex-soviéticus. Il avait craqué durant l'ascension perdant de précieuses minutes. Inversement, c'est un colombien, Mauricio Soler, qui souriait dans le col du Galibier, jusqu'à l'arrivée. Allez savoir pourquoi. Son coach *, lunettes noires pour nuits blanches, lui transmettait, via son oreillette, des nouvelles de sa famille retenue, elle, du côté de Medellin. Notre magnifique, gorgeous, amazing, Président (oui Luc, je lui accorde la majuscule) bien aimé lui a donné l'accolade sur le podium ainsi qu'au maillot jaune, Michael Rasmussen, un obscur danois.
    Toutes les belles routes du Var Ouest seront interdites à la circulation demain. Ben oui, j'ai l'honneur de vous annoncer que le Tour de France passe par chez moi. Quasiment sous mes fenêtres. Enfin, dans la vallée...Saint-Maximin-La Sainte Baume, Nans les Pins, Auriol, Aubagne, Cassis, la Gineste et enfin Marseille et son célèbre stade vélodrome sans piste cyclable désormais.
    Je vais enfin découvrir la caravane publicitaire du tour et la fameuse voiture-balai. Par précaution, toutes les pharmacies seront fermées. L'étape sera longue: 229,5km. Propice à une échappée belle en solitaire (avec brio? "Mais qui c'est ce brio, j'étais tout seul", s'était demandé un jour, après lecture de la presse régionale, le vainqueur d'une étape, en solitaire justement). Christophe Moreau peut-être, seul français qui n'est pas venu faire de la figuration et actuel 6ème au classement général. Un autre français s'intercalle à la 31ème place. C'est vous dire combien nos coureurs manquent de nouveaux produits, pardon, d'énergie.
     
    Rubrique: Souvenir, souvenir...
     7 juillet 1954: Blondin entre dans la légende du Tour

    On l'appelait Monsieur Jadis. Ou l'homme au masque de clown. Pendant 28 ans, Antoine Blondin fut le plus talentueux conteur du roman du Tour de France. A travers 524 chroniques quotidiennes dans L'Equipe, l'auteur d'Un Singe en hiver a porté le travail de chroniquer au rang de prince monseigneur. Il y a trouvé un terrain favorable pour exprimer tout à la fois son sens du lyrisme, son amour de la littérature, des beaux mots, des jeux de mots, des champions de la grande boucle. "Un rêve d'amour chargé de réminiscences enfantines et tout à fait digne de consacrer une recherche de temps perdu", disait-il. La plume quasi proustienne et le gosier arrosé de Saint-Amour. Un hussard sur le toit des tractions avant, puis des Versailles, comme Yvette Horner. Un soir d'étape dans le bordelais, Blondin et sa bande (Chapate, Besson, Michéa...) ont vidé la cave d'un hôtel. Au petit matin, il ne restait plus une seule bouteille de valide. Blondin s'est péniblement juché sur une table puis il s'est mis à boire le contenu de son stylo Montblanc. Pourquoi tu fais ça lui demanda un confrère ?

    -"Demain, il faudra bien pisser de la copie."

    Mon héros de quand j'étais apprenti-journaliste, à dix sept-ans, avec pour seul bagage un BEPC. Notez, greffier !

     * Le mot obligé dans le jargon des journalistes sportifs

     

    PS: Je profite de cet événement pour signaler à la foule que notre chérie de France Inter, Sophie Joubert, fidèle de ce blog, sera en direct des Champs-Elysées (studio de France inter) le 29 juillet prochain dans le cadre de son émission estivale "La beauté du geste". (16h00/17h00, chaque dimanche)

  • La cause du people

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    Camarades, on vous a menti. L'aute jour, j'vous ai entretenu de la soirée qui a vu France s'illustrer, oh combien, lors de cette rencontre entre mannequins venus d'Amérique et d'Europe que j'avais organisée dans mon jardin bourguignon. J'avais, ass t'occazion, dit à ma mère qu'il ne s'agissait que d'une simple réunion de cellule entre partisans du commerce équitable de la chair. Voici les coulisses deusse mariage idéologique qui a fait vaciller bien des consciences politiques dans la classe ouvrière présente.
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    Victoria, avocate new-yorkaise, a déclenché ce que je m' dois d'appeler une entreprise de déstabilisazion de nos convictions post-révolutionnaires. Je dis nous parce que cette garce a usé de TOUS ses charmes à TOUT bout de champs d'objectifs. Aux yeux et au vu d'son compagnon qui s'est rèvélé être un agent ennemi des peuples socialistes et démocratiques.
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    L' parterre était constellé d' Mata Hari qui ne soufflaient mot mais n'en penzaient pas moins. Je m'récitais, dans ma Ford intérieur cuir relookée Lada, des passages entiers des discours de feu Georges Marchais : "Les forces du grand capital rèvent de réduire à néant les progrès du zocializme. Il est prêt à envoyer partout où cela lui sera nécessaire des aréopages de créatures visant à nous affaiblir politiquement. C'est des choses, à laquelle, nous z'aut communissss sommes z'habitués."
    Plus l'heure avançait virgule plus la langue de bois faisait des ravages dans les palais bucaux. Les masses laborieuses de travailleurs n'ont pas cédé à cette tentazion mais bien au contraire.
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    Ainsi, le camarade Roro la patate, cuisto en chef de cette soirée, a fait valser les étiquettes capitalistiques, tenant bien en bouche son Havane libérateur et une poupée venue d'Islande, le fameux porte-avion des forces de l'OTAN en emporte le vent.
    Camarades, si y'avait une morale a r'tirer de c't'entreprise de déstabilisazion des forces révolutionnaires et du centralisme démocratique virgule je dirai que la beauté n'est jamais conforme à nos prévisions. Au bout de la nuit, ce voyage a vu finalement la victoire des forces sozialistes qui ont levé, bien haut, leur drapeau afin de mettre Ko d'bout, contre un arbre ou un mur, ces espionnes venues du froid d'la cinquième avenue et de leurs territoires alliés.
     
     
     

  • Football: la fuite de nos cerveaux

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    Lectrice de Télérama, c'est à toi que je m'adresse. Chaque année, Canal Plus nous annonce que ça va saigner dans le champonnat de France. La chaîne cryptique paie rubis sur l'ongle incarné des fortunes pour diffuser en direct-live le bal des vampires du ballond rond. Hélas, chaque été, c'est l'hémorragie.
    Nos forces vives footballistiques s'épuisent dès l'annonce des transferts du mercato mercantile. Ainsi, Boris Ribéri (notre photo reuters) s'en est allé sur les bords du Danube faire valser les défenses teutoniques. Bela Malouga s'est fait aspirer par le dracula soviétique qui préside à la destinée de Chelsea. Les anglais nous volent nos africains aux valeurs énergétiques sans égal. Les catalans nous spolient. Les italiens prennent nos fils et leurs compagnes roulant en Porche. Si c'est ça l'Europe fiscale, hé bé je dis non. Gardarem nos suceurs de sous shorts bleus, nos dribbleurs qui maillent que vaille. La moutarde me monte au nez. Ensemble disons stop à ce naufrage. J'en appelle aux féministes qui ne s'épilent plus les mollets. Aux sportives de la promotion canapé qui transpirent sous leurs bureaux à la Défense. Une autre politique footeuse de merde est possible. Mame Cécilia, première infirmière de France, va nous aider à laver cet affront, rue Gamma tous tissus. Gardarem lou identité de nos joueurs qui émigrent à tout va et notre hémoglobibine.

  • Lancinante discontinuité

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    Enchevêtrement des fils de la personne attirée dans un tourbillon du néant. L'universel désorganise l'individuel comme le doigt de Dieu fourre dans le réseau nerveux des fous. L'astre terrien devient pou. Les idées se distordent. L'homme reste encore à découvrir.
    Le rapport avec la nature est une extase aussitôt interrompue. Les formes se transforment en structure aliénée. Le temps est venu de s'accrocher au vertige.
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    Seuls demeurent le bourdonnement des insectes, le bruissement de l'herbe, le scintillement de l'été et le fourmillement de la vie minimale entre les tiges. 
     

  • Champs libre sous bleu de chauffe

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    Le ciel se tient en coulisse de l'histoire 
    Un vent du Nord-Ouest rançonne les feuilles des chênes verts
    Tramontane ou Mistral
    Bataille au bar de la mairie pour se partager le bleu du ciel
    "- Je te dis que c'est la Tramontane" 
    Soudain le patron essuie quelques larmes au fond du café
    Son père va bientôt prendre l'air pour l'éternité
    Afin d'échapper au chagrin qui couve
    il se jette à corps perdu dans le travail
    Le coeur à ses régions que la raison feint d'ignorer
    Ce père là est un monument
    Le Dersou Ouzala local 
    Cela faisait quelques lunes qu'il se couchait fatigué 
    Accoudés à l'immortalité rien ne plaît mieux aux clients
    que le fugace
    Pourtant viennent de passer dans leurs yeux
    des petites choses humides
    La salle s'enfonce dans le silence
    Nous n'en sortons qu'avec ironie ou sagesse
    "- Té, vé, cet automne, c'est les sangliers qui vont être contents." 
     
     
     

  • France le magnifique

     

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    France a fait un tabac au mariage de mes amis Jaimy et Vivill. Il est mon complice de trente ans et des brouettes. Mon voisin, mon confident, mon soutien. Il a débarqué en T-shirt «bar de la plage» au milieu de cette assemblée de top-models, de photographes, de stylistes venus principalement d’Outre-Atlantique par jet privé et pour les autres de toute l’Europe.

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    Je l’ai embrassé puis il a fait son petit tour de France. D’un regard, il a enregistré la température. Il est tout oreilles à l’abri derrière ses moustaches. France, c’est un gaulois galant. Un rude, un costaud comme Astérix. Un malin aussi parce qu’il pense que chaque règle souffre une exception. Ce soir là, il fêtait ses 73 ans. Quelle aubaine.

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    France, c’est surtout un regard. Enfant, je pense qu’il a chuté dans une marmite où mijotait un mélange de convivialité  et d’hospitalité : « Je suis le dernier né d’une couvée de huit enfants. Je me souviens du regard de mes parents. Tout indiquait qu’ils s’aimaient. »  Le père était de « l’Assistance », premier charretier chez un gros fermier. Un breton égaré dans l’Yonne : « C’était lui le patron dans les champs. » Il restera peu de temps sur les bancs de l’école d’Etais la Sauvin : « On était tous des bûcheurs dans la famille. Néanmoins, j’ai volé,  adolescent, rue du Temple à Auxerre…pour manger. »  Jeune témoin du crépuscule d’une Europe qui croyait retarder la tombée de la nuit en allumant les torches du nazisme, il va se battre « contre tous les racismes, la paranoïa de ceux qui nous gouvernent. »

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    L’apprenti boucher ne lira jamais Flannery 0’Connor ou Henry James. Il ne sait lire que le regard des autres. Des femmes surtout. Pour reprendre la délicieuse expression d’Archiloque, France, c’est Le « guetteur de fentes » mention excellence. L’ouvrier métallo, pointeur au micron près le jour devient tireur la nuit. Le dernier des géants formé comme derviche tourneur fraiseur de rondelles dans les meules de foin : « Je ne suis pas un enculeur de mouches; j’ai donné du plaisir à la femme de mon patron pendant douze ans. J’te jure mon Phiphi, celle-là, j’l’ai sacrément culbutée sur la moquette du salon. »

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    France est un humaniste de cinq à sept. L’amant caché des féministes de tout poil. Il cultive aujourd’hui son jardin. C’est un bio garçon sans les paillettes germanopratines.

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    Depuis douze ans, il fait vivre la mère de sa femme. Un pacte secret les rassemble : « J’voulais pas qu’elle se retrouve dans un mouroir du coin. Elle va atteindre les cent ans. Elle m’l’a promis. » Juste pour faire une surprise à Dieu en qui il ne croit pas. Sa belle-mère aura 99 ans le mois prochain. Plus qu’un an à tenir. Un an de lavements, de soins intensifs, de tendresses inouïes qui font l’admiration de la contrée. France est devenu infirmier à temps complet. Telle est la force du talent d’aimer.

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    C’est un honneur, et une merveilleuse impression que d’être le compagnon de route de ce chenapan. La fille de la centenaire ne passe les voir que deux fois par an : «  C’est ben suffisant » qu’il dit.

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    J'aimerai bien, le jour dit, être près de lui pour tenir la main de ce géant là.