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  • L'automne s'installe

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    Ici, nous sommes chez nous
    Tout est à notre taille
    Voir est un délice
    Entendre, un étonnement voluptueux
    Vivre une qualité

    (Perle et Charles)

  • Ah...la bonne taille

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    Photo Jeunemante
     
    Tant de mains pour transformer ce monde,
    et si peu de regards pour le contempler !
    Gracq (Louis Poirier, dit Julien)
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    Parfois, Jeunemante hait les dimanches. 
      
                                                         http://www.flickr.com/photos/8577668@N07/

  • Regards perpendiculaires

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    C'était une jeune chienne défiante, toujours apeurée, esquivant toute caresse.
    Une main tendue vers elle et c'était la fuite en arrière.
    L'entente fut entre nous immédiate. Je n'avais pas de maîtres, ni dieux. Les siens l'avaient larguée sur une aire d'autoroute un sombre quinze août. Beaucoup frappée avant de la laisser choir contre le pare-choc d'une autre voiture.
    Elle s'était toujours imaginée un dieu méchant, une possibilité infinie de souillures.
    Plusieurs années plus tard, mademoiselle demande encore patte blanche et accepte rarement la caresse d'un inconnu.
    Jamais d'une inconnue. Chacun de nous devint pour l'autre un antidote aux maux dont il souffrait le plus. Nos gaucheries se sont amalgamées. Aujourd'hui, ma princesse découvre chaque jour qu'elle peut être acceptée autrement que comme une proie.
    Sa caste, sa beauté l'avaient accoutumée à se regarder comme telle. Il lui suffit d'un tout petit peu d'inspiration pour devenir poètesse. Une odeur de lièvre et elle se met à soulever la poussière du chemin, procédant par des cavalcades circonvolutives.
    Elle chante en voiture, bavasse avec les fratries de sangliers depuis le fauteuil passager. Hulule quand elle comprend que l'affaire a tourné court. Désappointée toujours. Elle ne ferait pas de mal à une mouche. Déteste une bergère allemande.
    Elle ne m'a jamais rangé parmi ses prétendants, c'est à dire parmi ses ennemis. Je suis son fiancé, son pirate. 
    Grâce à elle, j'ai découvert qu'un animal ne peut rien nous donner hors le fait de son existence, et que nous ne pouvons rien lui donner hors la reconnaissance de ce fait. Et beaucoup d'embrassades, de jeux, de rituels, de présence complice. En prime.

  • A la recherche du chien perdu

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    (Un grand merci à Stox-Ideas playground)
     
    Tout possesseur d'un animal sait les sacrifices qu'il représente: on ne peut même pas le caser,
    pour les vacances, dans un hôpital 
    comme un quelconque aïeul.
    Il en mourait de chagrin, tandis que l'ancêtre en sort généralement revigoré.
    Mes chiens sont constamment scotchés à moi.
    Ne risquent pas de s'échapper.
    Cette dame s'inquiète pour son Médor et offre une récompense
    à qui lui ramènera son précieux doudou.
    Comme vous pouvez le constater, ce n'est pas la raie qu'on pense... 

  • Il n'y a pas de tapettes en Iran

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    Mahmoud Ahmadinejad, le président qu'il nous faut (AFP)
     
    J'écoutais distraitement la radio, hier après-midi, et tout d'un coup, une voix sévèrement burnée :
    "En Iran, nous n’avons pas d’homosexuels comme dans votre pays". C'est ce qu' a déclaré, lundi, Mahmoud Ahmadinejad, Président de la République islamique d'Iran (de passage à l'ONU) lors d’un débat à l’université de Columbia (New York). "Nous n’avons pas ce phénomène, je ne sais pas qui vous a dit que cela existait chez nous."
    Rires dans la salle puis des sifflets et enfin des hou, hou, hou...
    Amusé, je plonge mon regard sur le poste. Non, ce n'était pas Rires et chansons mais bien France Culture.
    Génial le pays d'Alexandre le gland ! Pas de Marais, ni de Paris plage. Que des barbus formatés Chabal et des femmes voilées, donc forcément plus érotiques que nos délurées en vélib (hein l'Archi). Je note tout de même une faiblesse chez ce Perse. Les femmes iraniennes disposent du droit de conduire une voiture. Heureusement, l'Arabie Saoudite ne faiblit pas, elle.
    Depuis cette déclaration le débat fait rage aux USA 
     Fallait-il inviter Mahmoud Ahmadinejad à s'adresser à l'université de Columbia? Et, plus largement, une institution doit-elle donner la parole au représentant d'un pouvoir autocratique. La réponse ne va pas de soi. Et pas seulement aux Etats-Unis. 
    Ben moi je dis que si: Fallait l'inviter. Cet homme a des couilles au cul, mais pas toujours les siennes.
    Et grâce à lui, un jour, ça va péter. Ce psychopathe veut la guerre nucléaire et il l'obtiendra. Nous voilà prévenus. 
     
     

  • In the moon for love

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    Avant de nous rencontrer, la lune et moi, nous étions déjà infidèles l'un à l'autre.
    Pourquoi, me direz-vous?
    Parce que depuis que j'ai lu Ramon Gomez de la Serna et ses fameuses "greguerias",
    ma "tête est devenue un aquarium d'idées".
    Avec cet auteur espagnol, décédé à Buenos Aires en 1963, impossible de regarder la lune en face.
    Il l'a si souvent chahutée qu'elle en a eu le tournis. Disparaissant puis réapparaissant sans motif.
    Elle a fait en sorte de ne pas demeurer dans sa ligne de mire
    en changeant souvent de place, comme vous l'avez sans doute remarqué.
    "Une seule mouche, écrivait Ramon, et tout le sucrier est en deuil".
    De fait, il avait les yeux de la mouche du coche. Rien ne pouvait lui échapper. Mais qu'est qu'une "gregueria"?
    Il suffit de demander à Valéry Larbaud, traducteur de Ramon Gomez de la Serna: 
     
     "Oui, la " gregueria" est spontanée, inarticulée, irrépressible, plus physiologique peut-être qu'intellectuelle, ineffablement intime. La seule chose importante, c'est de savoir l'accueillir, c'est de ne pas la refouler, ne pas la mépriser, et de l'exprimer, aussi complètement, d'aussi près que possible, avec tout ce qu'elle contient d'expérience, de prescience, de rappels, d'échos, de prolongements, de vie fragile et passagère…"
     
    Voilà, aujourd'hui, c'est culture.
    Les soirs d'insomnie et de pleine lune,
    je vous recommande la lecture de ce poète disparu trop tôt.
    Un petit livre de cent pages vaut mieux que des tonnes de Lexomil...
     
     
    (Special dédicace à mon lecteur préféré de Brignoles ;) 


     
  • Remarquable brouhaha

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    Nicolas tunique bleue et mots laids, Bernard clown blanc comme un linge aujourd'hui à NY. (AFP)
     
    Il est partout, nous sommes nulle part. Un jour chez la veuve d'un marin pêcheur, le lendemain dans le Nord pour lâcher ses chiens médiatiques sur Le pédophile qui a récidivé. Un chien tue l'enfant de ses maîtres, MAM opère sur place et planche aussitôt sur un permis à chiens dangereux. Un permis à points, il va de soi, afin de museler un peu plus la variété, bref la gamme de nos désirs pavillonnaires (merci augenblick). Que fait le premier mnistre? Il lance des ballons sondages sur la faillite du pays et de tous les gouvernements qui se sont succédés avant lui. Le sondage, en général, confirme la tendance gouvernementale. Il faut aller vite, de plus en plus vite, histoire de verrouiller toute pensée critique et tentative de débat. Bref, nous sommes invités à la dilution totale de toutes pensées.
    Deuxième étage de la fusée Sarkozy: L'occupation du terrain médiatique. Comme au bon vieux temps des bateleurs de foire (pardon Luc): "Ce n'est pas dix assiettes, ni vingt, ni trente que je veux vous offrir mais cinquante...
    approchez messieurs dames, approchez !". Nous assistons à la revanche de chasseurs de trogne financière formés dans nos "meilleurs écoles" (HEC, Dauphine, Sup de Co et j'en passe). L'ére du commercial en chef, du parvenu, a sonné au clocher de la force tranquille. Nicolas, le voilà. Ce soir en jogger sur la Vème avenue de New-York, demain animateur sur l'ïle de la tentation.
    Après demain avec le XV de France, et son fidèle lieutenant Bernard Laporte.
    Mireille Mathieu chantera bientôt un hymne (composé sur un marché de Provence) en l'honneur de cet agité du bocal
    vers qui se tournent, de gré ou de chômage, tous les micros.
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    Le micro qui cache la forêt (Reuter archive)
     
    il y a une stratégie chez monsieur Sarkozy, depuis deux ans environ. Avec comme fil conducteur une absence de positionnement en matière idéologique. Chef d'orchestre de cette stratégie, le secrétaire général de l'Elysée. Ces deux-là ont mis en place un discours et une absence de prises de positions politiques qui a laissé sur place la gauche. Trop occupée par ses querelles de clans, cette dernière s'est embourbée dans ses non-choix politiques mais toujours sous jacents. Libéralisme or not libéralisme. Altermondialisme, rejoindre la gauche de la gauche...
    Bref, l'homme pressé de l'Elysée a ouvert la voie à une version people de la politique
    (avec sa femme surtout) et ses ministres suivent...Madame Royal itou.
    Pas de concept dans cette aventure. Seulement un piège tendu dans l'espoir que la réalité sera assez naïve pour s'y laisser prendre. Sarkozy et ses fidèles suiveurs placent partout, des "pièges". Mais, en attendant que la réalité vienne s'y faire capturer, et se traduise en "prises", ils se servent de nos yeux, de nos oreilles, pour tenter de prendre, voir ou entendre ce qui fuit sans cesse, ce qui est éphémère et sidérant, ce qui est à peine audible, la cacophonie "de ce qui arrive" sans ordre ni plan, voici le brouhaha du monde à la Une. Ces pseudos événements sont tellement lointains, métaphysiquement lointains qu'ils n'éveillent plus qu'une légère phosphorescence sur les écrans, et ils doivent être agrandis comme une photographie pour être "vus", au risque, évidemment, d'acquérir une "réalité" qui n'est pas la leur. (Merci Patricia)
    Il faut faire de cette "théorie" du brouhaha un crime parfait. Un crime revanchard, j'insiste, perpétré par des gens souvent incultes, toujours pressés par la peur du vide qui est le leur et formés dans le moule d'auditeur de chez Cap-Gémini. Puisqu'il faut une chute journalistique forte: Fuck you, mister President.
     
    Ps: La jeune femme chinoise (sans papier) qui s'était défenestrée à l'arrivée de la police, chez elle, est décédée vendredi soir à l'hôpital Pompidou. Cette fois, il est noter l'absence d'un représentant du gouvernement à son chevet.
     
     

  • Bouches cousues

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    De source sûr, il a fait le mur cette nuit.
    Comprenez qu'il s'est fait la malle.
    Silence dans les rangs.
    Laissez-moi, désormais, écouter le Mime Marceau. 

  • Mort minuscule de l'été

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    Vivre nous use, bien sûr, mais ne nous ôte pas le privilège tout simple, inespéré, d'admirer l'aurore.
    Pour certains, il y a le 11 septembre, pour d'autres le 22.  
    Qu'il est bon de filer doux avec la terre dans cet espace noir qui va s'éclairant.
    Le corps fatigué des efforts de la veille.
    Reste la trace de quelques astres en fusion venu de la nuit interstellaire.
    Sont-ils tombés dans de beaux draps frais?
    Comme poussés par une belle espérance.
    Comment dire tout ce qui m'enchante et me blesse ?
    "And so you continue to work, and finish it." (Il s'agit d'un livre) Annie Dillard.
    Ce matin, j'ai fouillé dans Giono pour oublier l'absence de Michèle:
     
    " Je suis toujours aussi désespéré, mais je sais que, très probablement, du haut de l'horizon,
    si je continue ma route avec constance,
    je verrai surgir des terres nouvelles,
    et des terres où je veux aborder.
    Alors je ne me fais plus beaucoup de mauvais sang, je continue."
    Même si le jardin poursuit, saison après saison,
    un patient travail de deuil. 
     

     

  • (Je) Bande à part (J.L.Godard, 1964)

     

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    Claude Brasseur, Anna Karina, Samy Frey 

    Sur le site YouTube, dont on parle tant depuis que Google l'a racheté, un clip du groupe Nouvelle Vague (1) rencontre actuellement un joli succès : plus de 163 000 «views» et quatre étoiles de satisfaction. Qu'est-ce que c'est ? En fait, c'est un extrait du Bande à part (1964) de Jean-Luc Godard : la merveilleuse scène où Anna Karina, Samy Frey et Claude Brasseur dansent un mini quadrille dans un café. A l'exception des trois premières phrases du dialogue de la séquence, la bande-son a été entièrement doublée d'une musique nouvelle : la chanson Dance With Me, une reprise du groupe Lord of the New Church (1983), que le groupe Nouvelle Vague fait réinterpréter à la chanteuse Mélanie Pain. Précisons que Nouvelle Vague est un groupe composé de deux Français, Marc Collin et Olivier Libaux, qui s'entourent de musiciens et de chanteuses divers au fil des morceaux et qui ont attiré 17 000 fans à l'Hollywood Bowl de Los Angeles le mois dernier. Pour compléter le tableau, ajoutons enfin que Lord of the New Church peut être assimilé au mouvement new wave de la pop anglaise des années 80...
    Ce concassage de références, ces tranches compressées de culture contemporaine aurait pu, aurait dû, aboutir à un de ces dramatiques accidents de yaourts dont l'Internet est constellé. Or le résultat est charmant, délicat, intemporel et passe-partout.
    Bien sûr, il y a d'abord là-dessous une belle et simple idée de petit malin qui a de surcroît parfaitement exécuté son affaire techniquement : la coïncidence est, à l'oeil comme à l'oreille, assez miraculeuse entre ces images d'avant-hier et ce son d'hier remixé aujourd'hui. Même si les clappements de mains ne sont pas toujours synchrones avec la rythmique de la chanson (il aurait fallu pour cela trafiquer, ralentir ou décaler le morceau d'anthologie, ce à quoi ce clip, manifestement, se refuse), l'alliage esthétique fonctionne avec une grâce qui laisse envoûté. L'odeur et les volutes de la fumée qui nimbe le bistrot ; les corps magnifiques des personnages en mouvement, proches de nous jusqu'au bouleversement ; le texte malade, personnel et raffiné de la chanson ( «Love can be like bondage... My love may be against the laws», susurre la voix marilynienne de Mélanie) ; la très légère ironie bossa-nova des harmoniques avec lesquelles Nouvelle Vague emballe le vieux tube ; la petite solitude gaie et sautillante d'Anna Karina, infernal modèle d'élégance, en final de la scène : tous ces émois désaccordés dans le temps viennent en quelque sorte échouer à la surface unique d'une plage Web d'aujourd'hui, où ils cristallisent en un objet moderne et encore mutant.
    On peut aussi réagir très différemment devant Dance With Me et être avant tout choqué par sa méthode. Parmi les quelque 400 commentaires que le clip a suscités sur YouTube, une significative minorité se scandalise par exemple de l'outrage commercial, du mépris artistique, du cynisme irrespectueux ou de la honteuse récupération qu'à leurs yeux il trahit. Avec ceux-là, on peut mettre un seul jugement en réserve : les gars de Nouvelle Vague ont-ils été polis avec M. Godard, l'ont-ils prévenu et lui ont-ils payé des droits ? Mais les réactions sont le plus ordinairement admiratives et embrayent souvent sur autre chose : des questions intriguées sur JLG, sur le film, ses acteurs, quand elles ne révèlent pas une sorte d'écarquillement stupéfait sur l'époque, le pays, ses moeurs.
    On danse ? (Libé 2006)
    (1) www.youtube.com/watch?v = ekQZPozjCX8

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     "Je me suis dit: « Je vais faire de Bande à part un petit film de série Z comme certains films américains que j'aime bien. » (Jean-Luc Godard)

    Dans Une Femme est une femme, Jean-Paul Belmondo ne voulait pas rater À bout de souffle qui passait à la télé chez son pote Marcel. Ce faisant, il répondait à deux questions rhétoriques bizarroïdes mais fondamentales du septième art. Peut-on écouter un film de Godard dans un film de Godard et, dans le même ordre idée, Jean-Paul Belmondo peut-il voir un film mettant en vedette Jean-Paul Belmondo? Ce goût de la réflexion cinématographique et de la citation voire de l'auto-citation, est omniprésent dans tous les premiers films du plus moderne des réalisateurs de la Nouvelle Vague. C'est sans doute ce qui en fait l'un des auteurs fétiches des cinéastes cinéphiles actuels tels que Quentin Tarantino dont la boîte de production est d'ailleurs baptisée A Band Apart. La fameuse scène de danse qu'il avait orchestré dans Pulp Fiction est un clin d'oeil à celle, mémorable, que livre avec une splendide désinvolture le trio désemparé du plus culte des films de Godard.

    Dès les premières minutes de Bande à part, le narrateur/réalisateur a déjà souligné à maintes reprises la nature fictive de son histoire. Il s'amuse à la résumer en mots clés, s'en détache le temps d'une parenthèse et va même jusqu'à s'adresser aux spectateurs qui seraient arrivés dans la salle de projection en retard. Comme Alphaville, le septième film de Jean-Luc Godard est un hommage iconoclaste au film de genre. Tout comme le Cosmo de Ben Gazzara dans le Killing of A Chinese Bookie de John Cassavetes, les personnages de Bande à part s'amusent à jouer les gangsters qu'ils ont vu dans des films américains dévorés pour passer le temps. Oeuvre de style ou si vous préférez film d'esthète, Bande à part s'amuse à jouer avec la notion d'une conscience du cinéma à l'intérieur du cinéma. Ses héros imaginent la vie comme un film, échangeant constamment les répliques assassines d'un scénario vif et truffé de clins d'oeil qu'ils écrivent sur-le-champ, dans l'inspiration du moment.

    Cependant, ce petit jeu formel n'empêche jamais Bande à part d'être un film fourmillant d'une énergique authenticité. Comme dans la vie, ces personnages se laissent aller et font un peu n'importe quoi." (Panorama)

     

  • Regroupement familial

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    Photo Archiloque
     
    C'est un fait divers racial classé dans la rubrique politique française.
    L'amendement ADN soulève bien des craintes en Afrique.
    C'est vrai quoi, ils ont tellement d'enfants ces gens là qu'ils ne s'y retrouvent plus eux-mêmes.
    Nicolas veut parler du nombre exact de leur progéniture.
      Yves Montand, si tu te retournes dans ta tombe ne nous jette pas la pierre ni ton jeu de cartes.
    Tout est si incertain et modifiable...dans le marketing.
    Nous faudra-t-il aller jusqu'au bout de l'écoeurement,
    boire jusqu'à la lie le calice de notre prétendue fraternité et, de guerre communicationelle lasse,
    supprimer ce mot au fronton des écoles de la République où l'on lit la lettre d'un jeune fusillé à ses parents ?
    Au rayon chair humaine en transit les députés doivent plancher sur un amendement qui bafoue la pensée
    et la terre des Lumières. 

  • Révolution copernicieuse

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    Depuis quelques jours, j'étais un peu absent de ce lieu. J'avais de la fuite dans les idées et pas très envie de gratter les fonds de terroir pour meubler cette interruption momentanée de l'image et de l'écriture de mots. Affluence à Maison rouge. Deux madones bien nichonnées venues de Milan ont débarqué dans le paysage. Fiammetta et Veruska. Elles ont mis le feu au village et dans les braguettes. "Oh mesdemoiselles, vous savez que vous êtes charmantes. Mais qu'est-ce que vous faites ici avec cet homosexuel de Blog-trotter? Méfiez-vous, c'est un parisien! Vous voulez bien nous inviter à Maison Rouge. Vous savez, on se contente de peu, une petite salade verte suffirait à notre bonheur à condition qu'on la partage avec queue vous."
    La scène se passe au bar du village. Des chasseurs en tenue "nature et traditions" sont légion. La pêche aux galinettes cendrées, c'est leur violon d'Ingres. Les deux italiennes ont fait barrage de leurs corps pour défendre mon hétérosexualité militante. Retenez-moi les filles sinon je vais en faire de la bouillie pour chats de leur corones !
    Bref, l'affaire n'a pas tourné vinaigre parce toute l'année je m'autorise à saluer ainsi ces chasseurs: "Salut les filles ! Alors, cette battue au sanglier, ça a donné quoi ? " Juste retour de manivelle. Vous voulez que je vous dise ? Nous nous sommes régalés avec Fiammi et Veruska. Je les ai menées chez Marie Madeleine, et, dans la grotte, je peux vous dire qu'elles ont essuyé quelques larmes. Voilà, faites-en ce que vous voudrez de ces quelques mots saluant ma rentrée scolastique. 
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    Il faisait beau, je sentais le sable chaud. Je vous offre une didascalie avant de rejoindre la table d'Anne et François à Nans les pins (un couscous de derrière les fagots)
     
    On ne sait pas si c'est le jour ou la nuit parce qu'on ne sait pas si c'est le jour ou la nuit dans le coeur d'un homme. J'aimerai que la lumière provienne parfois de la bouche d'une femme. Et si les filles ouvrent parfois leur poitrail, le vent n'a qu'à souffler plus fort. 
     
     
     

  • Mon ami Pierrot (le pas si fou que ça)

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    Tu me prête ta plume PLF ?
    Bon, ce soir on va boire du Talisker. Penser à toi très beaucoup.
    Qu'importe le résultat du match. Entre les écossais et nous, il y a une Vieille Alliance.
    Beaucoup de rires, d'allégresse, des égratignures, des rongements de pensées dues à l'absence d'ensoleillement.(Non, ce n'est pas génétique)
    Ta ville est lessivée par la pluie incessante et incite à la méditation cosmologique
    depuis ce granitique Arthur qui domine Edinburgh.
    Pareil à un sacrifice, tu sembles attaché par des cordes aux cornes de cet autel de roc
    qu'est le monde. En y regardant d'un peu plus près  je m'aperçois qu'il y a des elfes qui chatouillent tes baskets blanches.
    Perle jappe. Je crois qu'elle t'envoie un coup de lèche sur ton tarbouif.
    Quelque chose bouge dans l'air et s'en vient de ton côté.
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    La fiesta écossaise bat son plein à Paris. Tous les clans sont représentés. Les kilts sont à peine froissés.
    La bière coule jusqu'à la Seine. Un nouvel affluent sans doute.
    Allez, ce soir c'est la fête des sans slips.
    Je crois que tout le monde t'embrasse, ici.
     
     
     
     

  • 11 septembre (suites)

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    Elles étaient cinq soeurs, voilées bien sûr, passant devant mes fenêtres cet après-midi.
    Trois d'entre-elles portaient un chapeau de paille d'Italie. Ces religieuses sont parvenues à m'extraire de la grosse flemme qui m'envahit depuis le départ, ce matin, du balochard. Cette semaine passée à discuter de l'essentiel restera gravée dans nos mémoires d'incorrigibles adoslescents. Déjà j'émerge de mon inexistence cabalistique, je me sens fragile, vivant, lentement rappelé au monde.
    Une seule certitude ce soir. L'écrivain est fraternel, il a l'âme et la parole tonifiantes, contagieuses, ressuciteuses.
    Promis, demain je vais faire l'âme et répondre à vos commentaires, mails et coups de téléphone.
    L'écriture est ma façon de prier.
    J'avoue : Je suis un mystique sans religion entouré des gens de Dieu et voisin immédiat de Marie Madeleine.

  • Le sonnet de Félix Arvers

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    Photo Yann Gensollen
     
    Ou une tentative de lecture sans préjugés... 
     

    "Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,
    Un amour éternel en un moment conçu :
    Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,
    Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.

    Hélas ! j'aurai passé près d'elle inaperçu,
    Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire.
    Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre,
    N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.

    Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,
    Elle suit son chemin, distraite et sans entendre
    Ce murmure d'amour élevé sur ses pas.

    À l'austère devoir, pieusement fidèle,
    Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle"
    "Quelle est donc cette femme ?" et ne comprendra pas."

     

    Alexis-Félix Arvers a vécu de 1806 à 1850.

    Ce seul sonnet l'a rendu célèbre.

    Ce timide personnage se serait consumé pour une femme mariée bien mystérieuse.

     
  • Oussama Ben Archiloque

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    Le voici en action dans le clair obscur.
    Avec ses mots, il n'a de cesse de semer la terreur.
    Le problème, c'est qu'il est assis à mon bureau réglant la circulation
    et la digestion générale, numérique, du fini par lui-même,
    se bornant à flairer l'inesthétique de la société du spectacle.
    Il ne faudrait pourtant pas croire, en dépit de certaines rumeurs,
    distillées au goutte à goutte par la CIA,
    qu'Archiloque s'en prend à son lecteur (surtout ses lectrices). 
    Il est apparu, hier soir, dans une vidéo diffusée sur
    Al Sainte Baume Aïda, cahin-caha.
    "Au commencement était la verge" nous dit Saint Jean
    dans l'Apocalypse des chiotes de la rue d'Ulm.
    Rien de plus simple pour un balochard issu de Normale Sup
    (spécialisé Philo en tranches de saucifluche). 
    Mais il faut tromper le Malin nous souffle Dante,
    inventant sa langue contre le carcan latin du Vatican.
    Ou comment passer de la verge au verbe révolutionnaire,
    à un désir qui façonne l'expression et celui qui s'exprime,
    un désir qui, si l'on sait préserver en soi l'enfance,
    peut devenir un principe de résistance.
    Pour l'heure, place à la mise en abyme d'une oeuvre à venir.
    Je vais emmener, très tôt ce matin, ce lascars au sommet de la montagne 
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    à la verticale du goût d'écrire qui assigne ses limites à toute philosophie
    et incite à méditer la parole d'Hölderlin : "(...) en poète, l'homme habite sur cette terre"
    Autour de midi, attérissage prévu sur la table de Maison Rouge
    où nous retrouverons Anne, cuisinière psychologue et son mari François de l'ONF.
    Pas le genre à nous faire macérer dans le ressentiment nietzschéen.
    Cette fois, il sera question de "La verticale du (bon) goût" à la sauce Sollers.

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    Promenade ensuite avec les chevaux de l'indien François sur les sentiers merveilleux du massif.
    Il se pourrait qu'à l'heure du couchant, le rimbaldien de poche s'agenouille en direction du Var-Ouest
    et avoue ses crimes:"J'ai eu raison de tous mes dédains puisque je m'évade !"
     
     (Ndlr: Il va de soi que nous avons décidé de boycotter la côte de boeuf argentine)
     
     

  • Rue de la vieille lanterne

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    Photo Yann G.
     
    « Ne m'attends pas ce soir car la nuit sera noire et blanche. », mot laissé par Gérard de Nerval à sa tante le soir de son suicide.
    « Cette vie est un bouge et un mauvais lieu. J'ai honte que Dieu m'y voie. » On le retrouva pendu à la grille d'un bordel l'année 1855, un 26 janvier, rue de la vieille lanterne, dans le « coin le plus sordide qu'il ait pu trouver », comme l'a noté Baudelaire.
     
     
    La lumière comme reflet d'un fruit de la mer, pour le poète, qui déambulait volontiers sous les arcades du Palais Royal attiché d'un homard cuit à point et tenu en laisse sur son épaule. Interloqués, les passants lui demandaient souvent pourquoi ?
    "J’ai le goût des homards, qui sont tranquilles, sérieux, savent les secrets de la mer, n’aboient pas…"

  • Etalon aiguille

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    Le charme agira bientôt ou pas
    Poitrine légèrement opprimée
    Dame aux caméras
    Future meneuse de revues salonardes
    Un destin de Récamier en Prépa
    Cinq doigts six bagues
    Genoux khâgneux
    La jambe, d’un seul muscle bandé,
    La jambe insolente du regard au talon,
    Qui la termine, jette un défi
    Muet à une érection autre
    Mais recule devant la plaie
    Jambe s’exerçant à la flexion féminine
    Sous le pont d’Avignon.
    La voix du ténor s’est éteinte
    Celle d’Anouk Deville fredonne
    Son « apprentissage du propre ».
     
    Archi/Trotter

  • Nuée de mots tus


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    Un parisien débarque à la gare TGV d'Aix-en-Provence et une escadrille de canadairs en action, d'hélicoptères, de camions de pompiers l'accueillent dès son arrivée. Un feu de maquis et de pins d'Alep sur le plateau de l'Arbois. Le Mistral s'en donne à coeur joie pour impressionner le visiteur à peine arrivé. Le feu aux fesses. Au loin, la Sainte Victoire contemple les dégâts. Cézanne souffre. Un paysage aixois part en fumée.
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    Un repas et une sieste plus tard, le voyageur reste bouche bée devant la Sainte Baume et découvre le monastère et la grotte de Marie Madeleine qui surplombent la forêt de hêtres, de chênes et de houx. Le visiteur prend possession du paysage qui va être le sien pendant quelques jours. Il est emporté sans recours. Sans un mot.
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    En fin d'après-midi, il va faire quelques pas dans la forêt primitive. Croise des pélerins dont les oreilles captent le Mistral. L'odeur de pins brûlés a disparu. Le sens des choses s'évapore doucement. Le marcheur solitaire prend la température. Le soir, il remonte d'un puits où tout est simple. Contemple les étoiles qui surplombent la montagne puis les transforme en femmes. Et devient leur amant de silence.
     
     
     

  • Festina lente

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    Photo Christian Ducasse
     
    Nous allons entamer, Archiloque et moi-même, une longue série de portraits...
    Je ne saurais me hasarder ici à un quelconque résumé, à un abrégé stupide. Nous allons tout simplement arpenter une multiplicité de chemins, à quatre mains. Rêver aux chapitres manquants, c'est ce que nous avons commencé il y a quelques temps. Légèreté, rapidité, exactitude, visibilité, deviendront, lors de cette échappée belle, nos quatre points cardinaux.
    La combinatoire alphabétique demeure, pensons-nous, à la tête des nouveaux moyens de communication. Ce n'est pas nouveau. Galilée l'avait vu. La maxime latine Festina lente -Hâte-toi lentement- va devenir notre cup of tea.
    La réussite de cette aventure tiendra à un bonheur d'expression qui, nous l'espérons, pourra amener parfois une fulguration totalement imprévue mais patiemment recherchée. (Sourire)
    Cela implique une patiente recherche du "mot juste", "de la phrase où chaque mot reste irremplaçable, du rapprochement de sons et de concepts le plus efficace possible et le plus riche de sens." (Italo Calvino)
     

  • Luxueuse austérité

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     Par Marie Rouanet
     
    "La province lointaine où je vis n'a jamais été desservie par le chemin de fer. Il n'y existe plus de service de car, bientôt il n'y aura plus de tournées des facteurs. Suis-je pour autant isolée ? Non. Car où se trouve la capitale intense sinon là où l'on vit? Ce ne sont pas les lieux qui donnent savoir et intelligence vive, mais ceux qui se nourrissent de leur histoire,
    de leurs paysages et de la cohorte de leurs êtres vivants.
    Depuis Camarès (Aveyron), un village de mille habitants, depuis cette maison au milieu des prés des bois - que j'appelle ma thébaïde -, je m'empare de la pensée du reste du monde. Des choix alimentaires limités, aucune vitrine à lêcher, du cinéma, parcimonieusement, un peu de théâtre et de musique pendant l'été, pas de télévision ni d'ire mondaine, et voilà que le temps devient souple, extensible. l'allègement de la vie, c'est l'allongement des jours. Ici, on attend. Une visite, une sortie, un concert.
    La patience se cultive comme un jardin et elle n'est jamais du temps perdu. La vie personnelle y est pesée, une rencontre, un livre, une douleur mais aussi les nouvelles, toutes les nouvelles venues jusqu'à la grève des jours où la réflexion n'est ni brouillée, ni écourtée.
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      Avoir le temps des relations humaines.
     
    Avoir le temps permet l'exploration d'un territoire à portée d'une journée, d'une demi-journée et même d'une fin d'après-midi sans avoir le souci de savoir où ranger sa voiture, au bout de routes sinueuses mais le plus souvent exquises. Après, il reste des heures pour ruminer devant le feu, les images, le sens des choses, les minuscules contre-courants de la planète en marche, cultiver les amis, leur lumière qui éclaire le pas à pas des jours.
    Dense et large, le temps gagné me rend apte à découvrir tout et ceux qui se trouvent ailleurs,
    et viendra s'ajouter au gâteau des jours."
     
    (Dernier roman de Marie Rouanet : " Luxueuse austérité " chez Albin Michel 
     
    Sur les photos, Nadia et Patrice de passage à Maison Rouge. Deux nouvelles amitiés a cultiver.