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  • Bonne année (Happy new year)

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    Photo Jean Yo des Bois
     
    "Tout peut frapper les coeurs avec une vigueur prodigieuse,
    à la condition sine qua non que celui qui écrit croie au
    pouvoir salvateur du coeur humain et à celui de la raison,
    aspire à la vérité et aime la terre."
    Paoustovski 
     

  • Rendez-vous rituel en différé

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    Johann avec Elin à 13h00 aujourd'hui sur le port de Cassis
     
    Voici la photo que je voulais prendre depuis des mois.
    Mon fils et sa compagne Elin sous le soleil exactement, celui de Cassis. 
    A qui appartient ce regard qui voit un moment rare et tant rêvé avec mes yeux?
    Dois-avouer que j'affiche un sourire fripon?
    ("Les hommes, fripons en détails sont en gros de très honnêtes gens: ils aiment la morale.")
    Montesquieu
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    Sept heures sonnent au monastère de la Sainte Baume.
     
     Les journées les plus courtes (en décembre) me semblent les meilleures.
    J'ai rencontré ce mois-ci toutes celles et tous ceux que j'aime. 
    Même ceux et celles que je vais apprendre à aimer. 
    Vivement juin. Les nuits les plus courtes sont (paraît-il) les meilleures.
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    Ce soir, j'ai envie de me mettre à table
     
    L'on croise bien des poètes sur les blogs. Ils se plaignent beaucoup avec des phrases qui pleurent à la va comme j'te pisse.
    Est-ce la vraie douleur du poète qui leur échoit, ou le simulacre de sa vraie douleur? Pas la moindre invention ludique à se mettre sous la paupière. Jamais d'ironie encore moins une idée métaphysique fondamentale. Ah si le lecteur pouvait disposer de l'intérêt d'un déchiffreur de rebus. Que faire pour que le monde ne soit pas privé d'idéal et d'espérance?
    Relire Fernando Pessoa par exemple: "Je suis partagé entre la loyauté que je dois au bureau de tabac d'en face, en tant que chose extérieurement réelle, et la sensation que tout est songe, en tant que chose intérieure et réelle." 
    Et comme dessert, cette sentence du poète portugais :
    "La mort est le tournant du chemin. Mourir, c'est seulement ne pas être vu."
    Bon réveillon! 

  • ...

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    Benazir Bhutto (AP) 
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    ... (AFP)

  • Un piège à foules

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    Valérie Bègue, ex miss France 2007. Un rêve de midinette crucifié 

     « Tout à coup il lui vient une dérision amère de l’importance reconnue  et des situations acquises; que lui importe d’être un piège à foules, un « vote-getter » - comme  on est président  de la République – mais s’il avait eu cela au moins une fois, il aurait le sentiment  qu’il est sauvé, comme l’est Nouveau ou Nerval, alors qu’il peut se faire que Voltaire ne le soit pas. Et voici qu’il se prend à considérer avec un vague sentiment de malaise cette alluvion énigmatique blutée par les siècles qu’il sait de naissance être la littérature, et qui repose sur ses étagères en petits blocs duveteux de poussière, couleur de limon séché, par où ils nous signifient qu’ils ont été apportés par un déluge (car elle coule ferme, la littérature)

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    Soif d'aujourd'hui (photo de Valérie Bègue classée X par Mme de Fontenay) 

    et qu’ils sont là parce qu’entre tous ils fertilisent. Mais est-ce si sûr ? Combien encore là-dedans qui portent la vie, qui la donnent ? La mort ne fait pas grâce pour toujours. Il y a des volumes qui sont tièdes encore sous les doigts comme une chair recrue d’amour, comme si le sang battait sous la peau fine, et aussi chaque nuit, dans le silence des grandes bibliothèques, il y a un livre glorieux dont vacille dans le noir et s’éteint pour toujours la petite lumière, mais sans qu’on le sache encore, comme nous parvient après des siècles la nouvelle de l’extinction d’une étoile. S’il fallait choisir - mais vraiment choisir – s’il ne tenait qu’à lui…

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    Bientôt la traversée du désert...pour Valérie Bègue (XXL) 

    Il songe à ces somnambules inquiétants qui sautent de leur maison en feu, un médaillon cassé et deux ou trois photographies sales dans leur poche. Ceux-là savent maintenant à quoi ils tenaient. Ils n’enseignent pas à croire aux professeurs de littérature. Il y a un regard sans pudeur et sans courtoisie, comme le désir nu de la chair préférée, qui dépeuple les bibliothèques. Il va à ce qui le hante. Il tient à si peu…»
                                                                                                                       Julien Gracq in La Littérature à l’estomac

  • Le dernier des géants est mort

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    Julien Gracq est décédé samedi à Angers, d'un malaise dit-on, à 97 ans.
    (AFP photo) 
     
     

    L'auteur du "Rivages des Syrtes " et des "Eaux Etroites" avait été hospitalisé en début de semaine après avoir eu un malaise à son domicile de Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire), dans l'ouest de la France, où il vivait retiré depuis de nombreuses années.

    Né le 27 juillet 1910 dans ce même village, Julien Gracq (de son vrai nom Louis Poirier) figurait parmi les très grands écrivains francais. Il est l'auteur de 19 ouvrages nourris de romantisme allemand, de fantastique et de surréalisme.

    Homme discret et rétif aux honneurs, Julien Gracq avait refusé le prix Goncourt en 1951 pour son chef d'oeuvre "Le rivage des Syrtes". Mais il avait cependant accepté d'entrer en 1989 dans la collection de Gallimard, la Pléiade.(AFP)

    (J'y reviendrai, il va sans dire) 

  • Un an plus tard...

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    Une messe de minuit en la cathédrale de Reykjavik,
    quelques chants de Noël russe
    proposés par le choeur de la capitale islandaise, 
    le recueillement sur une tombe illuminée
    en bordure de l'Atlantique nord.
    Trusti, choriste ne cachant pas ses larmes, (le cinquième du dernier rang)
    nous avait préparé un réveillon traditionnel à Julia, Olavur, Johann et moi.
    Nous avions évoqué, alors, nos meilleurs souvenirs avec Dora puis Montaigne:
    "Il faut étendre la joie mais retrancher la tristesse." 
    Des moments d'une richesse exceptionnelle... 
     
     
     
     

  • Quelqu'un m'a dit

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    Que le dernier conte de Noël arpentait,
    dimanche, les allées du Mickey land.
    Que deux narcissismes
    venaient d'unir leur ego
    pour le meilleur et pour le multispire
    de chez Conforama.
    Quelqu'un m'a dit
    à la radio ce matin
    que deux tourtereaux
    désiraient "vécurent heureux"
    et qu'ils "alleurent obtenir"
    beaucoup de parts de marché.
    Quelqu'un m'a dit
    qu'en amour mediatique
    il suffit de changer de voyelles
    de consonnes
    de remplacer Raphaël par Nicolas 
    de faire sonner la charge
    (sans tréma dans la voix) 
    des crépitements de flashes.
    Quelqu'un m'a dit
    que le bonheur est à portée de mains
    de la Rolex. 
    Serait-ce possible
    que le temps
    (celui des idées)
    soit un salaud? 
     

  • Mes biens chères soeurs et frères

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    Mitchum dans La nuit du chasseur
     
    Dans la boucle du temps, un homme, un poète dit l'été des fleurs,
    l'hiver de ce qui a fâné en lui.
    Ecoutez bien cette petite musique qui s'inscrit
    dans la courbe de son espace intérieur.
    Ne faites pas comme s'il venait d'ouvrir une boite de raviolis.
    C'est un jardinier qui vous écrit.
    Il sème des mots non pour récolter vos compliments 
    mais un peu de votre souffle.
    Ici, ce n'est pas tous les jours "Guignol". 
    Pan, pan...
     
    (Ce matin, je monte dans la diligence. Direction le Morvan.
    Puis La capitale. Ensuite, passage alpin...) 
     
     

  • Bribes

     

    Fossoyeur Jones:

    Qu'est-ce la poésie, Noé, sinon l'ataraxie du regard plein et, ravi de haute lutte aux
    occultations du rêve, cet ajustement, cette conformité de la verve à l'incandescence de la chose vue ?
    Ne permettez quiconque, sous quel prétexte de vanité que ce soit, d’usurper pour vous le poème
    en y transposant ce que vous n’êtes pas. Car alors vous attenteriez à l’Etre et aux formes.

    Vous êtes garante de mes mots désormais. N'allez pas les galvauder, je vous prie.

    Ed Cercueil: 

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    Photo Jeanloup Sieff
     
    Mon amour défunte, je parle à ton cul car ta tête est malade. 

    Fossoyeur Jones:

    Irriguer le réel au point d'orgue de l'abandon. Venir quand le
    souffle, en son vif, est coupé. Etre à cet instant flux et syncope
    du flux. Recueillir l'écoulement. Chose grave et légère. Orgasme
    lent. Contenu. Recueilli.

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    Photo Jeanloup Sieff 

    Ed Cercueil :

    Sommes-nous des animaux libres de droits

    Libres de nos allées et venues entre tes reins

    Libres gardiens de nos mystères, de nos rares repaires

    De nos guets, nos atavismes secrets

    Transcodés en improbable philosophie. 

    Fossoyeur Jones:

    Participer, hypostase dernière toute à la joie et l'orgueil de sa
    défectuosité cependant, de ton gigantisme panique. Comme tes ventre
    et seins, ne découler que de toi. Me veiner, me membraner, me
    vertébrer de toi. Ne dire que toi. Etre-de-toi. Methexis.

    (... « Comme aux pieds d'une reine un chat voluptueux » ...)

    Ed Cercueil:

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    Berlin. GNU Free Documentation license.
    La communauté homosexuelle est devenue un concept du grand marketinge.
    Un marché lucratif. (BT et l'Archi, enculeurs militants de gayprides) 

     Fossoyeur Jones:

    .... riante et belle comme, sur un fleuve de merde, l'infini
    ricochet de langues arrachées à pleines dents. Riante et belle comme
    l'éclat de ce "Silence !" asséné un dimanche après-midi, rue des Rosiers, à
    Saint-Ouen. Riante et belle comme rien ne tourne.

    Ed cercueil:

    Monsieur Brando (Marlon NDLR), si vous deviez choisir entre une femme

    et une tarte aux pommes ?

    - Sans hésiter, je vous réponds la tarte aux pommes. 

    Fossoyeur Jones:

    (L'éloquence distingue le savoir jouir. une parole qui endure sa
    parenté à la bandaison et à la durée. Parole qui pousse, braise,
    durillonne, écorche et pointe. Une parole d'ortie et d'ardents
    tisons sur quoi, nus pieds, affoler les derviches. Promulguer le
    pubis, la toupie et le fakir.)

    Ed Cercueil:

    Un jour d'épaule nue, couleur d'orange aragonaise, j'ai vu un fakir traverser en dehors des clous.

    Le malheureux en est mort. Cela se passait à Zanzibar, c'est à dire nulle part.

    Fossoyeur Jones:

    Mon ange de missel, dévêtu en vierge folle, sur tes ventre et seins
    ce fut moi le versant gionesque de Giotto, langues et coulées a
    fresca.

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    Henri Gervex: Rolla 

    Ed Cercueil:

    Giono:  "Quand je veux connaître, c'est de moi-même que je me sers."

    Chérie, si tu avances, si tu recules

    Comment veux-tu que je te testicule? 

    Fossoyeur Jones:

    Un homme qui s'entend tellement aux silences a dû, au prix d'inouïs
    abandons, reconquérir la notion des forces énormes contenues dans
    une rose offerte.
     
    etc. etc etc.

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    L'indolente de Pierre Bonnard

     

    Fossoyeur Jones : Archiloque

    Ed Cercueil : Blog-trotter

    (Avec l'aimable autorisation de feu Chester Himes)
     
     

  • La femm sans e

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    Comme vous l'avez sans doute remarqué,
    quantité de femmes d'aujourd'hui gomment le e dans leurs
    travaux d'écriture. Ainsi Aude, (augenblick) qui reste "seul" pendant trente minutes
    dans la grotte de Marie Madeleine.
    Qui avoue, un peu plus tard, s'être retrouvée face à elle-même pendant ce temps, intense.
    Il y a des minutes qui comptent doublent dans une vie d'athée... 
    Puis l'athé(e) s'en retourne dans la ville capitale
    avec des souvenirs pleins les poches
    et quelques larmes à l'oeil.
    Aude, jusqu'ici, bouffait du curé, comme tous les verts en vélib,
    mais, depuis son séjour en l'Auberge rouge,
    elle s'est surprise à explorer la fesse cachée de la Sainte.
    Aude, serais-tu devenue, comme moi, mystique sans religion?
    Allez, z'y va, crache ta Valda !
    Tu peux te lâcher un peu, salope verte!
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    T'aimes ça, hein, les souverains poncifs pour belle plante de gôche!
    Aude, tu as mis le feu au village, dans les consciences et mêmes les braguettes.
    Un comble, non? Je reçois des "signals forts" à ton propos.
    Ils z'émanent d'hommes du village et de femmes, aussi, malheureusement. 
    Ta beauté fait l'unanimité.
    Tu ferais bander un régiment entier de légionaires en rut
    de retour de pacification Onusienne en Côte d'Ivoire. 
    Tu devras en tenir compte.  
    C'est la vie qui détermine la conscience...(sourire) 
     
     
     

  • Ce fond de la vie

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    Marilyn (Bert Stern)
     
    Tant de maladies et une seule santé.
    Le fond de la vie n'est pas médiatisable.
    Ses contradictions sont insolubles et permanentes.
    La poésie peut y faire allusion,
    entrouvrir cette profondeur
    et faire entrevoir son obscure splendeur,
    sans s'y aventurer.
    Que d'efforts fétichistes pour amener le langage
    sur le plan de l'immédiateté,
    pour le faire coïncider
    avec l'inarticulé.
    La civilisation a condamné
    à l'inexistence
    la folie. 

  • L'homme orchestre

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    On te distingue à peine, Sam.
    Je devine que tes cheveux ont repoussé. Je pense souvent à ce cereal killer
    qui t'avait scalpé au fin fond de la Beauce.
    Voilà, c'est ton tour. Je vais te présenter aux passagers de ce train.
    Pas simple comme entreprise.
    Comment résumer une amitié aussi profonde que la nôtre? 
    Tu ne passe pas souvent par ici avec
    tes pieds crottés de bouseux vendomois:
    "Banlieue, paillasson devant la ville,
    où chacun passe, crache, s'essuie les pieds..."(L.F. Céline)
    J'écoute Miles Davis (Ascenseur pour l'échafaud) en écrivant ta nécro.
    (sourire gras)
    Tu sais bien, qu'en France, l'on ne dit du bien des gens aimés
    qu'une fois la boite en sapin déposée au fond du trou.
    Accesoiriste : Faites-moi penser à récupérer les cordes, merci!
    Mon problème est le suivant:
    Tu es bien vivant, à cette heure, puisque
    tu fais roter ta fille qui aura un an le 21 décembre.
    Je vais tenter de faire comme si j'étais Malraux devant le Panthéon:
    "Entre ici Samuel, avec ta Type E de cinéma,
    ton cortège d'ombres et d'angoisses 
    et montes-moi ce film avant demain soir, bordel !"
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    (La photo de Yann) 
     
     Samuel est (un pastiche 51): monteur, réalisateur, cameraman,
    plombier, éboueur, vendeur de sandwiches,
    footballeur, acteur, documentariste, compagnon le plus fidèle, carreleur. 
    Faites votre choix messieurs-dames.
    C'est un artiste. Il connait tous les trucs de François Truffaut, de Godard,
    défend Lelouch bec et ongles et Jean-Jacques Goldman.
    Samuel, tu ne serais pas juif par hasard ?
    Ben non puisque ta mère est sarthrienne (de la Sarthe).
    Tu as le grade de lapin depuis ce jour de 1997
    où tu es venu avec ton scénario sous le bras 
    me casser les couilles.
    Après l'avoir lu (vite, vite) tu es revenu quelques jours plus tard:
    "Bon, votre truc là, c'est de la merde ! Tenez, lisez-ça et prenez-en de la graine."
    (Un scénar de Cherster Himes)
    Ensuite Paris VIII, études de cinéma. Un mémoire sur le néoréalisme italien plus tard,
    tu entres en piste, à mes côtés, comme pionnier du documentaire à la bouillabaisse.
    (Nous n'en dirons pas davantage, ils sont encore de ce monde)
    Des courts-métrages, des émissions loufoques pour la Cinq vont entrer dans ta boite, subrepticement.
    Tu engranges comme personne le juste plan, le rythme de ce qui fait sens.
    Tu es, selon moi, une sorte de Glenn Gould de l'image. On dirait que tu improvises, mais non.
    Tu ne composes pas avec le faux, "la télé-réalité" et tu le paie très cher.
    Un jour viendra et tu seras récompensé. Patience, l'intermittent du 7ème art! 
    Perle me glisse à l'oreille ; " Dis lui qu'il manque dans les paysages varois!
    Que j'aimerai bien lui mordre ses pantalons et chevilles." 
     

  • Du haut de ces sourcils

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    Soldats du gland, combien de siècles nous contemplent ?
    Je l'ai croisée, un matin, en sortant du métro Pyramides. 
    Elle marchait en direction de la rue de Rivoli,
    puis de l'Hôtel Ritz.
    J'ai souhaité qu'elle se pose, telle une plume, à la terrasse d'un café.
    Qu'elle croise et décroise ses jambes.
    Qu'elle ne porte pas de culotte comme ce jour où
    un photographe l'avait surprise sortant d'une Rolls
    en très petite tenue d'entre-jambes.
    Il y a certaines choses que ruine la rouille.
    Ainsi les navires, quelques trônes, les habitudes. 
    Il y a certaines choses qui ne périssent jamais
    Que mon oubli épargne.
    Ainsi la mince silhouette et les yeux
    d'Audrey Hepburn. 
     
    (En réponse à la question de Nathalie) 
     

  • Je suis né un six décembre (Fabien)

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    Molly et Archiloque

    Nous-y voilà ! Enfin ! Que me dites-vous, là, cher Philippe, qui me rend si
    confiant, si joyeux ? Vous dites qu'entre vous et ceux, infirmes du cri, qui
    vont gémissant leurs plaisirs et ricanant leurs peines, pénibles à l'endroit
    de tous et en toutes circonstances, il ne saurait être d'intimité, de
    parenté moins encore. L'égalité, la belle affaire !, pour qui ne laisse
    qu'il n'épuise l'homme et ne le dépasse allègrement. Vous dites aussi que
    c’est une chose de lire les grands auteurs, que c’en est une différente,
    autrement plus périlleuse, de les connaître. Vous dites que leur folie n’a
    pas eu raison de vous. Vous dites enfin que vous leur avez survécu, et de
    quelle façon ! Etaient-ils seulement dignes de vos seize ans ? Soyez franc
    sur ce point, je vous en prie. Mon petit doigt me dit que vous vous agaciez
    déjà d’entendre les ivrognes (de vin ou de théories) retremper en leur
    délire l’être et le monde. Mon petit doigt me dit que vous étiez plus au
    chaud, plus à votre aise, parmi la racaille. Oui, Molly, celle-là même qui
    aujourd'hui immole les bibliothèques. Baste !

    Peut-être, m'en suis-je déjà confié à vous, Philippe.
    Il y a quatorze ans, jour pour jour, mon premier compagnon de lettres, mon
    frère de sang, d'un sang d'encre, Benjamin, se donnait la mort. Je fêtais
    plus tard dans la journée, comme si de rien n'était, la liesse de mes vingt
    ans, convaincu déjà, quoique obscurément, qu'écrire et mourir étaient du
    pareil au même, qu'écrire et mourir c'étaient du vent. Au reste, rien, ce
    jour-là, n'aurait pu me détourner d'aimer, et j'aimais une femme pour la
    première fois. Le lendemain, battant à grands cris ma coulpe, je feignais
    l'inconsolable douleur, la perte irréparable. Je n'en pensais rien. J'avais
    vingt ans. Rien de bien sérieux, rien de tragique, rien de grave. Quelles
    perspectives au demeurant ? Cependant, et des plus insidieusement, gagnant
    chaque année un peu plus de terrain sur la raison, l'inepte et non moins
    puissant sarcasme allait en moi grandissant, avec la tentation, plus forte
    chaque jour, de basculer de la dérision, congénitale chez moi, à
    l'absurdité, héritée d'autrui. Comme vous faites bien d'ailleurs de dénoncer
    l'amalgame si mortifère, avec cette ardeur plus authentique chez vous
    qu'elle ne l'était chez Adamov, mystificateur à son insu. N'allez pas
    penser, cher Philippe, que je prête le flanc au regret ou à la culpabilité.
    Il n'est rien, vous en pressentez les raisons, qui ne me soit plus
    viscéralement étranger. Bah !... Il faut bien que l'homme de lettres,
    parachevant leurs angoisses, expie les crimes et trahisons de ceux qui l'ont
    précédé, et d'autres viendront après nous dénoncer nos errances.

    Puissions-nous les bienvenir. Ainsi la génération de 1870, si belle et si
    volontaire, rédima dans le sang des tranchées et des barricades l'imposture
    romantique ... Nous en sortons à peine. Combien de cadavres, de charniers
    pour qu'un seul homme paye d'avoir souhaité, dans un moment d'égarement,
    l'absurde et la mort ? Il est grand temps d'y mettre le terme. Il est grand
    temps de ramener les auteurs à conscience et modestie. Aucun homme, non, si
    pénétrant soit-il, n’est digne d’être suivi, adulé. Ne nous obéissez pas.
    N'en déplaise aux thuriféraires du néant et autres faces de carême, nous
    reconquerrons, vous et moi, de conserve et de haute lutte, le droit de rire
    et pleurer de tout, de rire et pleurer à tue-tête. Ô ! Nos larmes, Philippe,
    ! Ô ! Notre rire ! Ô vos souffrances, « petites, communes et brèves » !
     
    Archiloque 

  • "Oh les beaux jours" (fondateurs)

    3f32d9ace382183b61189a2dcd672eca.jpg«Une pièce de théâtre doit être le lieu où le monde visible et le monde invisible se touchent et se heurtent.»
    [ Arthur Adamov ] - Ici et maintenant

    Cher Fabien (Archiloque de Paros),

    Vous avez gagné. Votre obstination à me faire raconter quelques événements fondateurs de ma très sinueuse trajectoire l'a emporté sur cette pudeur maladive que je trimballe depuis le suicide de ma soeur Martine dont vous savez tout ou presque. Ce soir, j'ai décidé de répondre à votre attente. Depuis quelques jours, je l'avoue, je rue dans mes brancards : "Fait chier l'Archi* avec son air de pas avoir l'air, il me tarabuste !"

    (* Enfoiré, NDLR)

    Il y a quarante ans (automne 1967), j'ai rencontré un étrange trio. Des gens animés du désir de n'être rien. 

    J'avais seize ans. Beaucoup lu. Un peu voyou, maigre, curieux de tout. Devant le juge pour enfants le jour tandis que, le soir venu, je me retrouvais avec ceux pour qui l'annonce en ce monde du néant espéré était l'occasion d'une progression spirituelle. Des personnages se traînant à l'aide de béquilles qui s'étaient volontairement réduits à l'immobilité ayant, de ce fait, perdus leurs moyens de transports. Aucun d'eux ne partageaient une conception négative de l'ennui. Ils jouissaient du désespoir. Je sonnais rue Champollion, montais d'un étage et me retrouvais dans un salon très enfumé. Il y avait là Arthur Adamov (dont ma soeur était la secrétaire assistante), Samuel Beckett la tête souvent baissée, une cigarette dans sa main droite, Eugène Ionesco, Gérard Blain, le petit voyou acteur de la nouvelle vague et Jacquie Adamov, de son vrai nom Jacqueline Autrusseau-Adamian, femme du dramaturge, journaliste devenue psychanalyste. Je me faisais tout petit et tendait l'oreille. Ils parlaient souvent des crises d'Artaud, et Adamov évoquait les siennes. De leurs volontés d'écrire sans les mots. De crier simplement comme on le fait à une naissance. Artaud et Adamov tentaient de revenir en enfance. Différemment. Leurs corps étaient restés clairvoyants mais l'esprit leur échappait petit à petit. Dans un asile près de Montpellier pour le premier et rue Champollion pour le second.
    Ce soir là, Arthur, le migrant russe, avait confié son envie d’écrire une pièce de théâtre sur « le besoin de toute puissance visible chez certaines femmes. De leur chemin de croix ou traversée du désert. De leur volonté d'être saccagée. D'affirmer dans le même temps ne jamais dissocier leurs corps de leurs désirs profonds, d'aimer et d'être aimée en retour.» Il venait d'achever l'écriture de Off limits.

    Il souhaitait, disait-il encore, examiner la tyrannie de la phrase qui surplombe le mensonge: «Les jaloux ne sont pas des héros de la volonté quoiqu'ils en disent ou pensent. Ils ont tant à faire avec ce cancer qui les ronge. »
    Prenait appui sur la Russie d'où il venait : « Pasternak, dans le docteur Jivago, passe au crible le lien entre victimes et bourreaux, maris, femmes et amants. Mon pays est le théâtre du sacrifice. Les Russes ont une sympathie voire une compassion pour leurs bourreaux. Adamov se souvenait des mots de Pasternak « Il y a du sang dans mes vers » après avoir salué Staline. Je veux écrire à mon tour une pièce sur ceux qui se nourrissent de la souffrance des autres, surtout des intellectuels et qui s'effacent quand ils entendent les cris des leurs...»

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    Samuel Beckett, tout sourire:
    "L'Egéen assoiffé de chaleur, de lumière, je le tuai, il se tua
    de bonne heure, en moi." (Molloy) 

    Fondateurs du théâtre de dérision (et surtout d'autodérision), Beckett, Ionesco et Adamov se rencontraient souvent rue Champollion pour échanger quelques-unes de leurs interrogations.

    « Je n'ai pas écrit du théâtre de l'absurde», affirmait Ionesco, mais « Un théâtre de la dérision». Beckett lui emboitait le pas  : « Je n'ai jamais été d'accord avec cette notion de théâtre de l'absurde. »
    Ces trois joyeux drilles partageaient la même vision :  « La vie est souffrance et absence de transcendance, et fait donc figure de tragédie. Perçue dans le détail, elle prend des allures de comédie, l'homme étant réduit au rôle de bouffon. sa nature contestataire et novatrice, sa thématique tragicomique, le moi éclaté des personnages, la profondeur de sa pensée, l'originalité de sa langue et des techniques structurelles et spectaculaires qu'elle met en oeuvre. En bref, le théâtre de dérision, véritable champ de recherche et d'expérimentation, nous offre une authentique aventure de l'esprit et des sens.. » (in Le théâtre de dérision. Beckett, Ionesco, Adamov d'Emmanuel Jacquart, Gallimard)

    Deux années plus tard, je devenais journaliste, vaguement comédien, un temps seulement. 

  • A la bonne heure

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    Souvent je suis éblouis d'images.
    Je tente de les saisir dans l'habitacle numérique avant qu'elles ne s'échappent.
    En cet automne, il convient d'agir à la fin du jour.
    Mon grand-père disait toujours, quand il semblait satisfait:
    "A la bonne heure !"
    Et posait ses deux mains sur son ventre, comme rassasié.
    Il me répétait souvent: "Contente-toi de rester à l'affût
    du temps qui passe derrière la montagne.
     C'est une joie que de prendre son temps."
    Ce qui me comble, c'est la vision de ce temps passé qu'il éclaire
    et celui d'aujourd'hui qui illumine le soir.
    Bien des années après sa mort, les paroles du vieil homme
    m'offrent à mieux percevoir la durée de ce plaisir.
    Parfois, je suis à bout de souffle.
    Je veux dire que j'en ai le souffle coupé.
    La beauté m'essoufle.
    Je me sens comme en extase devant elle.
    Une beauté simple et compliquée.