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  • Glissement furtif du temps

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    Le commandant Pierre Tanant a écrit : "Il est quelque chose de plus important que de savoir si le Vercors était justifiable sur le plan stratégique, c'est de savoir s'il l'était sur le plan moral... Sur ce vaste plateau, des Français de toutes origines et de toutes opinions ont su se grouper et s'unir avec la seule ambition d'échapper à la servitude... Tant de sang versé a fait de ces montagnes une terre sacrée, une terre qui doit être maintenant respectée comme un sanctuaire où le flambeau de notre liberté a été rallumé, comme l'un des berceaux de la Renaissance française."
    Inneffable et insaisissable, mais partout bien réel le sens du mot "Résister" dans le massif du Vercors. Partout l'écoulement de la vie. Mais où va donc ce ruisseau? Il ira grossir l'armée des rus attirés par l'Isère ou le Rhône. Forteresse naturelle, intouchable et souvent enveloppée de nuages, le Vercors et ses routes cachées par des forêts de sapins se dérobe sous mes pieds et il ne reste qu'une mélancolie vide, un glissement furtif du temps.
    Yann, j'ai pensé à toi, bien sûr, puisque tu connais ce haut lieu pour l'avoir si souvent arpenté mais peut-être pas tout de son histoire. Il faudra que je te raconte un jour ce qu'est venu faire ici Jean Prévost, normalien puis écrivain, mort les armes à la main en 1944. Samuel, toi tu sais puisque ton grand-père venu d'Ismir en 1921 pour se réfugier en France s'est singulièrement illustré sur ce plateau. Qu'est-ce qui l'a conduit, un jour, à quitter Vendôme pour rejoindre ce maquis...? Tu peux le deviner. Il te manquera toujours l'esssentiel. Oui, nous aurions du le filmer avant sa mort, lui demander de témoigner. Cela tient du miracle (Nissim) qu'il ait survécu aux combats.
    Le monde n'est pas qu'un commérage. La nature et sa beauté ultime nous le rappelle avec insistance. J'ai traversé quelques parcelles de ces montagnes en observant la tombée du jour. Jusqu'à ce moment précis qui invite à penser à un bonheur secret, inexprimable, que les rayons du couchant semblent promettre.
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    Au fil de l'eau qui ruiselle partout à la fonte des neiges, j'ai vu apparaître un fleuve de visages. Des jeunes qui n'avaient que 20 ans pour la plupart. On peut lire leurs noms sur tous les monuments. Je les ai inscrits dans ma mémoire. Le résistant reconnaît sa précarité mais ne renonce jamais à sa primauté humaniste. Il s'engage, lutte contre la peur ficelée à sa cartouchière. Il est lui-même, tout simplement. Instantané d'une existence qui n'a pas encore pris forme et qui va s'effacer bientôt lorsque, venus des airs pendant la nuit, des planeurs allemands vont se poser sur le plateau.
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    "L'architecture de la neige est toujours de style gothique" 
    Ramon Gomez de la Serna 
     
     
     

  • Penser à vous en marchant

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    Jean Hagen 
     
    Demain, je vais marcher dans le Vercors. Jardiner en marchant. Ecrire des pas dans la neige. Penser à ceux qui me sont proches parce que je vais m'éloigner d'eux. Songer à quelques histoires à écrire sur ce blog. A ceci par exemple :
     
    Julien Sorel : Chérie, as-tu remarqué que le sex shop a fermé et qu'il a été remplacé par un magasin Bio?
    Madame sans gaine: Tu n'as pas bien regardé. C'est toujours un sex shop.
    Julien Sorel: Ah bon ?
    Madame sans gaine: J'ai vérifié, figure-toi!
    Julien Sorel :Qu'est-ce qui a changé? 
    Madame sans gaine : Pas grand chose. Ce sont des produits bio désormais.
    Julien Sorel: Comment ça des produits bio?
    Madame sans gaine: Ben je sais pas moi, c'est bio quoi. Il y a même des étiquettes qui indiquent que ce sont des produits provenant du commerce équitable...
    Julien Sorel Quoi? Tu te moques là !?
    Madame sans gaine : Pas du tout. Les sex toys sont en solde. Ils ne sont plus fabriqués par des enfants d'Asie du Sud-Est mais par des plombiers polonais... J'ai même trouvé des menottes bio en chanvre.
    Julien Sorel : Non...! Avec le radiateur bio qui va avec ?
    Madame sans gaine: Ben si ! Si tu ne me crois pas va donc vérifier dans la salle de bains! 
     

  • Asphalt jungle

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    Sterling Hayden 

    Il y a des jours comme ça. On voit la vie en noir et blanc comme dans un film de la Metro-Goldwyn-Mayer (ou une photo de Yann G.). Le héros roule à tombeau ouvert en direction de la mort sur un chemin bordé d'arbres menant à une maison à colonnes dans le Kentucky comme dans "Autant en emporte le wind". L'un des malchanceux du film, Sterling Hayden, va donc mourir dans cette allée en regardant galoper les chevaux de son enfance. Soudain, une voix du Ciné club de la télé publique, reconnaissable entre mille, une voix véritable mémoire du 7ème art spécialisée âge d'or d'Hollywood, celle de Monsieur Patrick Brion, donne le ton de cette épopée qui met en scène le mal contre le bien, en octroyant des circonstances atténuantes aux méchants :

    "Tournant pour la première fois, en 1950, avec la M.G.M, John Huston trouve la plus belle équipe technique de l'époque. La beauté de "Quand la ville dort (Asphalt jungle)" est indissociable du soin apporté par le chef opérateur Harold Rosson, qui joue, en véritable peintre, sur la densité des noirs et des blancs dans une cité improbable. On retrouve, dans ce chef-d'oeuvre, un acteur issu du muet, Louis Calhern, qui réussit sa conversion au parlant. Sa distinction lui vaut de jouer les méchants élégants. Il est l'oncle véreux de Marilyn Monroe dans le rôle d'Angelina Phinlay qui était originellement destiné à Lola Albright..."

    Et puis, je me suis souvenu que ce joyau n'avait jamais obtenu de récompense même s'il avait été nommé pour l'Oscar de la meilleure mise en scène et du meilleur scénario, et battu, les deux fois, par je ne sais plus qui. Que John Houston et le romancier W.R.Burnett apparaissaient au générique. Et qu'enfin, d'autres grands films américains allaient naître de l'union de leur talent.

    Passons sur la minable tentative de colorisation d'"Asphalt jungle". La grande question à l'époque était: "Quelle couleur peut convenir à la robe de Marilyn Monroe" ? De nombreux cinéastes, dont Bertrand Tavernier, se sont alors élèvés contre ce massacre d'un film culte qui, selon eux, le dénaturait et ne respectait pas les choix de l'auteur.

    Je me souviens surtout de trois séquences du film: Celle où l'instigateur du casse (Sam Jaffe) perd de précieuses secondes à regarder se dandiner les fesses d'une adolescente près d'un juke-box. Putain, mais tire-toi crétin que j'me disais dans ma Ford intérieur cuir...! Trop tard. La police débarqua en trombe et il se fit gauler, le con.

    Celle où le commissaire, éteignant les appels radio des voitures de patrouille tint le discours suivant devant les journalistes: "C'est la même chose dans le monde entier. S'il n'y avait pas la police, bonne ou mauvaise, s'il n'y avait que le silence, personne pour écouter, ni répondre, la bataille est finie. C'est la jungle qui gagne, le règne de la force brutale".

    Et le travelling final dans la seule scène diurne et non urbaine du film: Comme souligné plus haut, Sterling Hayden meurt dans son Kentucky natal parmi les chevaux...

    Le même, quelques années plus tard, va se distinguer en dénonçant ses amis acteurs et scénaristes d'Hollywood devant la commission instituée par le sénateur Mac Carthy. Une seconde mort pour l'acteur qui s'en excusera mais trop tard. La chasse aux communistes était alors ouverte. L'amérique partait en guerre froide contre le "mal incarné"...interprété et réalisé par ses plus brillants créateurs du 7ème art.

    Voilà, le lundi désormais, c'est culture.

  • Phallus interrompus

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    Monica: Mon désir pour toi s'en est allé cette nuit. Je suis désolée.
    Alberto : Ma pourquoi. Il s'est envolé d'un coup, comme par décret.
    Monica: Si, si, les élus de mon moi brûlant l'ont décidé à l'unanimité.
    C'est comme ça. Ce n'est pas négociable.
    Alberto: Ma, jé né comprend pas, hier tu disais m'aimer...?
    Monica : Si, hier je t'aimais plouss que tout. Mais c'était hier.
    Alberto : Tu es folle !
    Monica : Je ne sais pas. Peut-être...
    Alberto : Tu te moque de moi !
    Monica : Je ne sais...plus. 
    Alberto : Comment peux-tu changer en oune minoute ?
    Monica : Le temps ne fait rien à l'affaire. L'amour, c'est une parcelle d'écume, ce n'est pas un atome encore moins une unité. Elle peut retomber brusquement dans l'amorphe, l'indifférencié.

    Alberto : Ah, les femmes...Votre capacité à aimer est si réduite qu'il vous faut sans cesse la réhausser. Et cela occupe tout votre temps.

    Monica : Sans doute...La linéarité du signifiant est une course sans halte qui voit s'effacer sans cesse la ligne au moment même où elle avance.

    Alberto : Oh...! Ce que je la sens bien ta pure poécité potentielle du flux vital féminin... Tu as pensé que tu étais le centre mais je suis désolé de t'annoncer que le centre est plus large que ton toi.

     

     

  • Jeunemante laïque

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    Orel, alias Jeunemante

    Je dirai toute la vérité, rien que la vérité. Jeunemante se pose un peu là, parfois au fond d'un couloir ou d'une salle de bains, le fessier aussi rebondissant que celui d'une belle Massaï traversant le Serengeti. Dans une jarre posée sur sa tête, elle même juchée sur un cou au long cours, elle transporte des pots de rillettes pour les distribuer, le samedi soir, à quelques guerriers de bowling en quête d'un karaoké peu star académique. Elle affiche volontiers sur ses photos (des selfs, comme ils disent sur Flickr) une moue militante comme les mutuelles du Mans. Orel absorbe actuellement tous les noms de médicaments à l'Université du "Maine...et Loire" (Angers), se costume parfois en tailleur et talons années cinquante pour déambuler comme un canard qui se prendrait pour une coquette de foire agricole.

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    Méditation Zen  

    C'est une brune qui pense comme une blonde passionnée d'aphorismes : "La banane est le seul poisson sans arêtes." *

    Son oeil occupe toujours le devant de la scène à la recherche d'une épaule et d'une nuque de magazine.

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    La fesse comme sa religion (boudeuse, j'insiste) se trouvent recouvertes du même voile pudique et c'est heureux. Des laïques, néanmoins, l'observent en catimini écrasant le bout de leur nez sur la vitre de son aquarium numérique. Souvent d'une seule main. Pour la clarté du propos, sachez qu'Orel et Lilie sont les meilleures amies du monde libre de la Sarthe. Qu'elles sont belles à n'y pas croire ces deux chaudes et tendres lapines qui aiment le porc et le gras sans crainte et sans reproche diététique. Que je les porte haut (et fort) dans mon petit QI, ces deux garces qui me traitent à peine qu'on se traite.

    * Ramon Gomez de la Serna 

  • Fourberies d'escarpins

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    Perle et Charles pendant leur bain de soleil quotidien 
     
    Perle: ...Tu dors ?

    Charles: Hon ! 

    Perle : Tu sais à quoi je pense là ?

    Charles : Nan !

    Perle : J'aimerai tant que la désinvolture soit un art de vivre.

    Charles : Mouais !

    Perle : Tu as un sacré vocabulaire, autour de midi... Non, tu vois, je pense que je suis une hédoniste contrariée. Une gobe la vie, certes hystérique, mais qui fait de la dérision le concept suprême où l'incohérence prendrait enfin toute sa place. 

    Charles : Chacun suit sa petite planète solitaire...

    Perle : Ah bon ! Tu veux dire que chacun examine le clair et l'obscur du secret ?

    Charles : Oui. Je trouve que les chiens d'aujourd'hui écoutent trop le blabla des philosophes, le chichi des chiennes de garde féministes basées en Californie.

    Perle : C'est une attaque ? 

    Charles : Non, c'est l'élégance de l'indignation.

    Perle : Tu parles, Charles, dès que tu as l'assurance d'obtenir un os à ronger tu files doux. Alors que nous vivons tous dans une effrayante solitude, "dans la lumière des jours perdus" comme disait Aragon.

    Charles : C'est une métaphore... l'os ?

    Perle : Oui.

    Charles : Connasse !

    Perle : Ha, ha, ha !!!... Végétalien du bulbe ! 

    Charles : Brandade de morue sèche à la recherche de son phallus perdu ! 

    Perle : Chacun peut être le commentateur de ce qui lui arrive, non ? 

    Charles : Oui, oui. Je repense à ce qu'écrivait Molly l'autre jour : "Les chiennes n'ont de cesse de chercher le prince phallique charmant  et dès qu'elles l'ont trouvé, elles lui coupe les couilles."

    Perle : Facile ! Les chiens organisent le mystère et les chiennes trouvent le secret.

    Charles : Ce qu'elles découvrent, je vais te le dire, "c'est que l'amant a commis l'impardonnable erreur d'être incapable d'exister."

  • Lilie, lapine andalouse

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    Lilie, dansant avec son chat 

    Sourire de vieux pirate aux accents bergouniens:

    5h50, je m'étire dans le lit. Perle, en soupirant sur ma joue, me signifie qu'elle n'a pas l'intention de quitter l'oreiller. Je vais pisser dehors. Il fait doux. Pas de glace ce matin dans l'écuelle des chiens et plus de vent. Pourtant le ciel brille d'étoiles.  La machine à café balbutie. Le chien baille comme un dogue de dessin animé, l'oeil à moitié ouvert, toujours un peu inquiet dès que j'enfile un pantalon puis mes soquettes. Il va se lever dès lors que je me chausse. Signal de départ du rituel enregistré dans son disque dur.

    Deuxième café. La radio annonce les morts du jour. Kenya, Irak... En France, Carlos Oasis Dolto s'est fait la malle. "Décès de Boby Fisher, joueur d'échec de génie. En 1973 il avait remporté le titre mondial à Reykjavik..." Je baisse le son de la radio. La suite, je la connais. J'y étais. Je me souviens du stadium, de la guerre froide entre le russe Boris Spassky et l'américain. La partie d'échec se jouait aussi sous l'océan entre sous-marins Us et ceux de l'ours sovieticus. Flot d'images dans la boite cranienne : Dora, les Îles Westman en éruption, les photos de Philippe Patay dans Paris Match. Une ville recouverte de cendres volcaniques. Quelques toits dépassent encore. Les islandais projettent de l'eau de mer sur le flanc de la coulée pour la diriger vers l'entrée du port. La ville sera finalement épargnée et déblayée. Premier coup d'oeil sur les mails. Tiens, Lilie d'Andalousie.

    "Suis heureuse! Tellement heureuse, regonflée à bloc aprés avoir lu ton blog.
    Les gens biens existent donc! Et non seulement ils existent mais ils sont comme des passerelles, des révélateurs d'autres gens biens! Hourra ! (...) Tout scintille dans ton blog, même les sourires gras! Merci, Merci !!"

    Lilie, étudiante à Séville, belle comme ce jour qui se lève. Espiègle, noiseuse, l'air faussement fâchée. Feu d'une étoile dans une flaque d'eau nocturne. La vie s'éveille lentement autour de moi. Une mésange, puis deux en quête de pépites graisseuses s'accrochent à la boule du pin. Puis elles caquettent au dessus de ma tête. La décision tombe brusquement : Les mésanges et moi-même, en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, décidons de t'élever, Lilie, ce vendredi 18 janvier en l'an de grâce 2008, au grade de lapine andalouse. Greffiers, faites passer !

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    Lilie la tendresse, qui rêve de "courir comme Perle à travers champs, bois et marais, renifler l'herbe fraichement humidifiée par la rosée, (se) salir le bout des pattes dans les flaques et dans la boue des chemins, mordiller une fougère sur un talus et contrarier un scarabée paresseux...
    Ici, peu ou pas d'odeur, pas d'automne, pas d'hiver, peut être un printemps? Je ne sais, je n'ose pas espérer. Les jours se ressemblent, tous tièdes. Des choses belles...?  Certes, il y en a: les effluves des fleurs d'orangers et bientôt le rayonnement de ces provocantes oranges qui s'opposent au vert tendre des feuilles de Los Naranjos, la découpe des branches des palmeras sur le ciel bleu cotonneux, les murs blancs, blancs, blancs de pureté contrastant avec le bordel ambiant de chaque jour et chaque nuit sévillanne. Tapas, tinto, cerveza y jaleo. Gritos de ninos, risas de borrachos... Las palomas d'or qui s'envolent d'un coup et s'élancent vers le ciel bleu virant au noir angoissant de la nuit, fuyant les murs d'or des églises qu'elles ont adopté. Bien pieuses ces palomas... Naïves?"

    (Note à PLF, Fabien et consorts: Contrairement à ce qu'indique sa croupe, Lilie réside au Mans, capitale de la rillette. Néanmoins, Lilie a le duende en elle) 

  • Bergounioux (se) livre à voix haute

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    Entomologiste de la vie quotidienne,
    (mon écrivain préféré) 
    Pierre Bergounioux épingle le temps qui passe,
    les vacances en Corrèze, sa collection d’insectes,
    la pêche à la mouche et le soleil dardant.
    Il lit quelques extraits de son «Carnet de notes 1991-2000» (Verdier).
    In Libération labo, jeudi 17 janvier
    (Cliquer sur le premier commentaire) 

  • Le cavalier sans texte

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    Forêt de la Sainte Baume (Photo écomusée)
     
    Les mains, reines, étendaient le plan de leurs ailes,
    montaient et descendaient aux racines douces du corps des arbres
    faisaient le clapotis d'ombre-lumière de la hêtraie
    L'hiver ne pouvait plus venir,
    le ciel souhaitait retrouver ses quartiers d'été
    dans un coin s'écroulait la guerre
    J'arriverai par le travers
    en face du donjon
    m'avait dit le malheur
    et tu abaisseras ta garde
    Le troubadour annonça la nouvelle
    " Il avait têté le sein de sa mère jusqu'à 33 ans
    puis on le crucifia"
    Au loin, des cloches
    se frottèrent aux hanches d'une église nourries par le vent. 

  • Dernier tango ruminatoire à Paris

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    Photo Yann G.
     
     

    (les plus belles conversations sont celles du petit matin)
     
    - T’es qui toi ?
    - Euh  ?...
    - Justement, dégage !
    - Euh ?... C’est que … C’est qu’on est chez moi.
     
    (les plus belles ruminations sont celles du grand midi)
     
    - Ah ?... C’est vraiment pas top chez toi.

     

    Archiloque de Paros 

  • Main manuscrit

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    C'est une main qui offre à lire
    Jusqu'aux larmes les plus anciennes
    Une main qui a traversé le néant
    Qui a vu couler beaucoup d'encre
    Qui veut autre chose ou plus rien
    Qui a opté "pour la connaissance par la douleur".
     
    Une main qui a caressé d'inoubliables mots
    Touché du doigt l'irréparable
    Porté la souffrance en défi
    Et le défi en triomphe.
     
    C'est une main aventureuse
    Qui a vu brûler des ailes 
    C'est une peau éprise de perfection
    Qui a su transformer
    Avec une volonté de fer.
     
    C'est la beauté
    qui traverse le temps
     La main de Nathalie. 

  • Allez-vous faire immatriculer

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    L'information circulait depuis quelques mois. Les plaques d'immatriculations françaises, dans leur version départementalisée, vont disparaître au profit de numéros sans origine géographique, donc culturelle, sociologique, touristique et surtout sentimentale. A chaque automobiliste sera désormais attribué un numéro et cela, pour la vie...(Merci Nico)
    Je ne suis pas d'accord. Cette spécificité, certes bien de chez nous, mérite le détour.
    Rembobinons la mémoire collective:
     - Grand-père, double celui qu'est devant steup ?
    Je ne peux pas mon chéri, sa voiture est bien plus puissante que la mienne et puis il est du coin. Regarde sa plaque, les numéros à droite.
    - Y'a marqué 83... 
    C'est le départment du Var. Les routes sont très sinueuses et dangereuses pour nous bourguignons, on n'a pas l'habitude.
    - Ah bon. C'est dommage. Pourtant ta Versailles elle a au moins six cylindres...C'est quoi le Var Grand-pap ? 
    C'est le dernier département que l'on doit traverser avant d'atteindre Nice qui se trouve dans les Alpes maritimes. On va bientôt quitter le 83 pour entrer dans le 06. Et c'est justement la rivière qui s'appelle le Var qui nous indiquera la limite entre les deux départements.
     - Dis Pépé, c'est quoi un département ?
    Heu...Lapin, je vais t'expliquer lorsque que nous serons rendus. Je te montrerai une carte de France et tu comprendras tout.
    - Pépé...
    Oui mon lapin...
    - J'aime bien quand tu m'appelle lapin.
    Moi aussi j'aime bien parce que tu es mon lapin d'amour...
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    Trois ou quatre années plus tard:
    - Blog-trotter, au tableau ! 
    Oui monsieur.
    - Regarde bien cette carte de France et mémorise le plus possible de départements et leur numéro.
    Dans deux minutes, je vais retourner cette carte et elle sera vierge de noms et de numéros.
    A chaque fois que je poserai ma règle sur un département tu devras me donner son nom et son numéro.
    D'accord m'sieur.
    - Allez, commençons !
    Fastoche m'sieur, c'est l'Yonne, m'sieur... 89.
    - Facile, bien sûr, puisque tu es né dans ce département.
    - Et ici? 
    C'est le 26 m'sieur, la Drôme. Valence, Valence...!
    - Très bien Blog-trotter. Et là ?
    Loire-Atlantique, 44, je vais en vacances au Croisic m'sieur.
    - Parfait, maintenant descendons plus bas, tout en bas...
    C'est le Pays Basque monsieur, le 64.
    - Hélas non, Blog-trotter, ce sont les Basses Pyrénées. (Pyrénées-Atlantiques depuis 1969)
    Heu...mais là où vous avez pointé votre règle,m'sieur, c'est Biarritz, donc le Pays basque. Je le sais, c'est là que j'ai appris à nager. Mon oncle a une maison d'été à Bidart alors pensez si je connais. Et pis les basques y disent qui sont pas français, m'sieur. Les béarnais aussi d'ailleurs. Ils ont une autre langue que la nôtre. En plus y s'aiment pas trop, enfin, je veux dire entre les gens de Bayonne et de Pau c'est pas pareil, voyez. C'est peut-être le même département mais ils ne sont pas d'accord entre eux là-bas. Il est comme coupé en deux, votre département m'sieur.
    - !!!!!!! 

  • Opération corned beef

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    "C'est du sérieux" (AFP) 
     
    Oh putain, oh putain...c'est pas possible... Toi, dans ma boutiiiiiiiiiiique ?!
    - Ben oui Roger, tu vois, j'oublie pas les z'amis...
    Rolande, Rolaaaaaaaaaaande viens voir qui c'est qu'est là !
    - Ne crie pas Roger, ne crie pas...t'as pas changé toi depuis le Lycée Pasteur.
    Attends, attends, le président au "Boeuf sur le toit", c'est la poule aux yeux d'or...
    - Aux z'oeufs Roger, aux z'oeufs d'or. Bonjour Rolande.
    Président...
    - Allez Rolande, pas de circonvolutions entre-nous. Vous avez toujours la meilleure viande de Neuilly, non ?
    Ben ça c'est sûr Nico. Ah, que ça m'fait plaisir de te voir. Tu peux pas savoir. Purée qu'est ce que tu leur as mis aux journalistes tout à l'heure. Du petit lait que je buvais. Oh, oh, quand tu leur as dit qu'avec...qu'avec Kevina c'était du sérieux...la classe.
    - Carla Roger, elle s'appelle Carla...
    Ouais, Carla, ça c'était une bonne claque à ces connards de journaleux.
    - C'est un métier Roger...
    Bon, qu'est-ce que je te serve ? De l'aloyau, non de la hampe, hein. Toujours ton péché mignon la hampe, hein !
    - Ben oui. On n'en trouve pu.
    Ah mais chez moi Nico, no problema. T'ain, t'y'a toujours tes Ray-Ban...FBI, FBI...!!!
    - Comment ça FBI ? 
    Tu connais pas FBI...? Fausse Bonne Idée...
    - Ah oui, c'est drôle ça. Je la garde sous le coude celle-là. Pourquoi tu dis ça, elles te plaisent pas mes Ray-Ban ? 

    Nan... c'est pas ça...Y te faut des Porche, c'est plus classe au jour d'aujourd'hui !

    - Ah bon, tu crois...?

    J'dis ça, j'dis rien, tu sais, les goûts, les couleurs...Chacun voit midi à quatorze heures devant sa porte, hein. Bon on va passer derrière, causer du bon vieux temps et des taxes. Putain les charges, Nico, les charges. On est asphyxié... Rolaaaaaaaaande !!! 

  • Plan sur la pommette

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    Comme adossée à l'immortalité, elle tira au flanc du Massif de Belledonne.
    Pas de trous rouges au côté droit. Juste un point noir infligé pas un bison pas très fûté.
    Elle rêva, bien sûr, à renouveller sa carte du tendre : "Je dois quand même te dire que l'émoi en cours est très en cours.
    Pas de plan sur la pommette. Néanmoins, je frétille."

    Loin de l'agitation des villes, elle se reposa en montagne pour refaire surface.
    Ses pensées, délicates comme la neige, semblaient encore craindre l'avalanche de sentiments contradictoires. En s'approchant des cimes, elle oublia les querelles contre le temps passé. Rien ne lui déplaisait davantage que les fragments brisés de son emploi du coeur. Déchiré, obsolète, à reconstruire. C'était déjà bien assez de lutter tous les jours contre l'effritement familial.

    Chaque mercredi, elle se lança dans l'étude de sa gastronomie. Mijotant des petits plats aux yeux de braise. Beauté de ruisseaux sur canapé de flocons, filet mignon au coeur du massif alpin. Avec au dessert: un trait d'esprit à crème renversée à la louche.

    Il se réveilla un matin à ses côtés. Regarda longuement son encolure faite pour les amazones posées de côté sur le cheval de bataille. Il scruta ses petits seins plantés comme des chevilles pour l'escalade d'un pic. Songea à ses volontés folâtres comme la mer s'échouant sur une jetée. S'en alla en silence. Heureux comme un prince charmé d'avoir enfin rencontré ce profil perdu...

     
  • La cuisine au leurre

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    Le baril de pétrole vient d'atteindre les cents dollars...(Merci Axl)
     

    Comment répondre à une adorable foule ? ;)
    En tirant dessus aurait dit Staline. Puisque je ne suis que le petit père d'un peuple canin (deux individus) et que j'ai volontiers l'âme câline (merci Michel), je vais vous répondre globalement, ici, comme on dit au village mondialiste.
    Amies, amis, passantes, passants, ah que je suis bien content de découvrir, au gré de vos détours inattendus, votre vitalité, votre sagesse, votre obstination à fréquenter ce train qui file tout droit en zone de sieste et de paresse. Comme vos caresses sont douces à mon ego de centimètre étalon! Pourtant, vous le savez déjà, "l'année 2008 sera dure et exigeante" (merci Nicolas Bruni) et qu'il nous faudra faire preuve de patience démocratique en faisant travailler plus nos scènes de méninges de gôche.
    Il nous faudra voir le monde avec d'autres z'yeux, examiner à la loupe le trou noir dont nous émergeons lentement depuis le 6 mai dernier. Que va devenir le réel? Comment se posera durant cette nouvelle année le problème de l'être et du mal quand on l'envisage à partir des acquis de la physique quantique, c'est à dire à partir d'un lieu où sont remis en question des concepts aussi fondamentaux que ceux du temps, de l'espace et de la causalité.

    Comment vais-je passer 2008 sans regarder la télévision? La télé réalité on peut la rencontrer au coin du supermarché, n'est-il pas? Tenez, pas plus tard que l'autre jour, en sortant de chez Carrefour j'ai vu une dame, à forte poitrine, se prendre la tête entre ses mains comme pour y imprimer la décision qu'elle venait de prendre au rayon surgelés. Il fallait être aveugle pour ne pas constater qu'elle avait soudainement décidé de "positiver" sa vie. De faire comme si elle allait désormais aimer la tête de veau sauce gribiche sans rechigner. Son corps, largement enrobé de margarine industrielle, ne voulait plus s'en laisser compter. "A partir d'aujourd'hui, le monde sera bio comme un camion" qu'elle a hurlé avant de balancer dans le fossé du parking de son hyper favori tout le chargement du caddie. J'ai tenté de la rassurer, n'écoutant que mon courage: "Madame, je constate que vous venez de vous introduire littéralement dans un laboratoire mental tout neuf, tout nouveau, que votre "je" est aux prises avec la jungle des apparences, que vous venez d'hériter de ses chromosomes, et que votre corps vient de sortir de ses attributs. Je vous encourage à faire comme José Bové...la grève de la faim. Notre univers, vous n'êtes pas sans l'ignorer (j'adore cette formule passe partout sur un parking), est gouverné par l'empire du nombre et où le malheur peut arriver par une simple faute de calcul, comme le pensait Nerval..."

    -Qu'est-ce tu m'veux tapette ? Qu'elle me rétorqua...en agitant ses seins de droite à gauche avec la grâce d'un jeu de dés mallarméens.
    -Tu veux que j'te suce, hein, c'est ça ?! Mon Berlingo est garé au fond du parking, rejoins-moi, je vais t'soulager tes mandibules... 
     
    Bonne année et gros nénés.