Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Charnelle N° 5

    662944253.jpg
    Photo Jeanloup Sieff
     
    Je sais ce que vont penser ceux qui ont l'habitude de mettre la main à la pâte: Il y a des coups de pieds occultes qui se perdent. Hé bien, je dis non, en tirant la sornette d'alarme. La sentence, l'apophtegme, l'aphorisme, ces vieilles ficelles des sophistes que Platon déjà dénonçait, constituent l'engrais artificiel du discours. Et je crie haut et fort que "Tout bonheur que la main n'atteint pas n'est qu'un rêve."
    Comment passer sous les fourches de Claudine à l'école du vice et de la vertu? C'est ce que je me demandais tout à l'heure entre la poire et le boursin aux fines herbes.

    "Ce ne sont pas les mauvaises herbes qui étouffent le bon grain, c'est l'ivresse du cultivateur." me disait souvent le père Shalimar de guerre lasse. Tant va la cruche à l'eau de source de ses pauvres souffrances, je bois du petit lait.

    Pour aller de l'avant, la France a besoin d'une nouvelle renaissance de l'agriculture, de Rafales qui se vendent comme des petits pains au chocolat, de l'établissement de nouveaux rapports z'humains. Rats des villes, cochons d'payants des campagnes, "Nous" devons "nous" z'ouvrir au monde. Et je n'irai pas par quatre chemins : "Mignonne, allons voir au Tchad si ça sent la rose populaire et démocratique !"

    Poursuivons nos efforts de réduction de la surfiscalité de l'impôt sur le revenu de la tendresse bordel. "Nous" voulons avancer concrètement sur des z'obectifs immédiats. Prêchons le faux pour savoir levrette. Ne mettons pas la faucille et le marteau avant l'enclume des jours. Multiplions les tours de passe rue Blondel. Il ne faut pas que, seules, les Bouches du Rhône s'ouvrent. L'Alsace et la Lorraine bancale aussi.

    Lacan me disait l'autre jour au bar de la narine: "Petit, l'humour, c'est vouloir donner des jeux mots à quelqu'un qui n'en veut pas." Vexé, j'ai reprisé mon bâton de berger puis j'ai bigophonné à Omar Bridoux. Le con, il m'a tuer : " Le temps est venu de retourner aux catacombes, de se livrer à la contrition en actes et se muer en groupes de flagellants qui se jettent la pierre mutuellement." Voilà un programme honorable de lapin, que j'ai rétorqué. Y mettre le doigt en toute franchise devrait entraîner un glissement progressif du plaisir de la base au sommet. La patemouille de l'obéissance, ça suffit ! Elle a donné pendant trop longtemps un pli vertical qu'une horizontalité admise pas tous devrait peu à peu rectifier.

    J'abats mon je. Le "Nous" est fourbe, il date de l'Homo politicus. Les temps changent ? Non. Chaque régime possède son écriture et son discours visant à maintenir "l'ordre". De plus, ces régimes pour bananes consentantes disposent aujourd'hui de la télévision...

    Je partage l'avis de Jean-Luc Godard dans "Allemagne, année zéro" lorsqu'il cite ironiquement Marx devant la chute du mur de Berlin: "Ce sont les masses qui font l'Histoire." La suffisance est la chose au monde la mieux partagée. Brisons net l'ignoble enchantement qu'elle diffuse. 

     
  • Échardes dans la langue des bois

    688961649.jpg

     
    "Nous sommes trop vêtus de villes et de murs. Nous avons trop l'habitude de nous voir sous notre forme antinaturelle...Nous ne savons plus que nous sommes des animaux libres..." Jean Giono 

    Nous revenons par le chemin qui longe la lisière de la forêt. La chienne jappe en direction de "notre" passage secret. Une muraille de buissons, de ronces, de pommiers nains et sauvages aux pointes acérées, de maigres chênes et de pins. L'endroit est quelque peu marécageux. Réceptacle des eaux qui s'écoulent du flanc de la montagne, ce porc de l'angoisse est parfois transformé en souille voire en bauge. Perle insiste pour que j'entre en rampant dans ce lieu giboyeux. Elle m'incite à faire le pied: "Allons au rembuchement" qu'elle me dit avec ses yeux. Je distingue quelques traces d'essais sur l'écorce d'un chêne situé à l'entrée de ce bourbier. Une encoche récente ? La plaie laissée par les défenses du solitaire que j'aperçois parfois traversant le plateau à bon train est profonde. La bête pèse plus de cent kilos. Un quintanier sans aucun doute. J'hésite. La chasse au gros gibier est fermée donc la bête se pense au calme. Nous entrons. Charles pénêtre le premier. La reine Perle suit. Nulle trace de sanglier. Quelques boutis aux pieds des chênes. Le boutoir du groin a transformé la zone en gruyère. Les arnottes sont cuites depuis plusieurs jours.

    Le passage est large comme la bête. Moins haut que Charles. Je prends un bain de boue. J'en ai partout, sur les mains, le visage, les genoux. Je ne vois plus la fin de ce tunnel. La toile de parachute de mon parka résiste bien aux ronces. Où sont les chiens ? Silence total. Je tends l'oreille, attentif au moindre claquement de mâchoires. Le sanglier, quand il est au ferme, bref, lorsqu'il doit faire face aux chiens, émet ce bruit de dents caractéristique pour annoncer la charge.

    J'imagine soudain le pire. Il ne ferait qu'une bouchée du grand Charles dans ce labyrinthe. Il n'y qu'une entrée et qu'une seule sortie. Mieux vaut ne pas le rencontrer. Perle revient vers moi en haletant. Comme pour m'encourager à ramper de plus belle. Elle a senti le piège. J'entends le clapotis des pattes de Charles. Il n'est pas très loin. Perle me fixe sans indulgence: "Allez, avance ! Il faut sortir de là au plus vite!"

    Je songe au chien de Jean-Claude éventré ici même l'année dernière. Il a fallu rassembler les intestins de son chef de meute répandus sur plus d'une dizaine de mètres. L'sanguier (dialecte morvandiau) ne sait même pas que je suis incapable de tirer avec un fusil sur un quadrupède sauvage. Et sur un animal à deux jambes ? Oui, sans hésiter, si d'aventure...

  • Chambre avec vue d'en haut

    206533273.jpg
    Photo Jean Yo des Bois
     
    L'arbre attend son écharpe de nuages.
    Il veille au dessus d'un nid de coucous.
    En dessous, ça sent l'ail.
    Le civet de sanglier mal digéré.
    Le pin solitaire se situe à la croisée des vents.
    Aujourd'hui éole a déposé un préavis de grève.
    Sous les nuages, donc, c'est la loft politique.
    Une fiction réalité qui perd chaque année une peu de sa cohérence. 
    On appelle ça une démocratie.
    Elle se torture les méninges pour apparaître soft.
    Un homme, plutôt petit, pense que c'est lui qui fabrique la réalité:
    "Casses-toi pauvre con où j'annule tout et je reviens."
    L'arbre n'a jamais souhaité résider au rez-de-chausssée de la pensée.
    En bas, la lessive règne. 
    Il parait que "ça fait plus propre vu d'en haut". 
    "Y'a pas d'soucis" répondit l'écho. 
    Demain le vent soufflera à nouveau, service public oblige. 
    Les branches lanceront une bouteille dans le lointain.
    Les pommes du pin feront l'amour avec des merles, faute de grives.
    A la nuit tombée l'écorce protègera ses engelures étoilées.
    Dès l'aube la vie reprendra son vol.
    D'un souffle avec un acquiescement presque universel
    Et retenu de tout.
    On entendra, au loin, grogner le pouvoir d'achat. 
     
     

  • Les deux font la Perle

    2786334bf668a4c984a851796a44e6ad.jpg
    Pour 4. et à la demande générale
     
     
    Alors comme ça, madame 4., vous souhaiteriez connaître mon programme hebdomadaire.
    Et bien soit, j'ai décidé de relever le défi car je suis une chienne très bien élevée. Comme je ne suis pas du tout sensible à votre calendrier je préfère vous décrire mes heures passées avec mon fiancé, BT, du lever au coucher du soleil: mon unique horloge interne.

    Je m'éveille dès les premières odeurs de café qui se dandinent devant ma truffe vers six heures du matin. Bien sûr, je persiste dans ma somnolence arrondie, le museau bien calé dans le pli exact entre jarret et patte arrière droite. Pourquoi pas celle de gauche me direz-vous. Je ne sais pas. C'est comme ça et à ce stade d'intimité je dois vous dire que je suis une rebelle et une dominante. Demandez à Charles si ce n'est pas vrai. Je le fais filer doux ce grand corniaud. Le pauvre bougre, il sait se tenir à carreau même si parfois je dois lui rappeler ses fondamentaux comme ils disent au rugby avec un accent à couper au Laguiole. Vers huit heures, je m'étire sur le lit puis je fais des roulades afin de réveiller ma colonne et surtout pour placer ce bon mot "La souffrance des jeunes vertèbres".

    Vers 8h30 (heure d'hiver), j'observe tout ce qui ce passe en direction du portail, fixement. C'est mon travail. J'aboie à la vue d'un chasseur ou d'un joggueur. Parfois je me contente d'un grognement. Souvent je hurle comme une louve quand je reconnais la voiture de l'infirmière suceuse de sang. Je tente de la mordre sournoisement en me tenant sous la table de la cuisine quand elle pique et pompe avec sa grosse seringue. Je lui montre ainsi "qui c'est Raoul" :
    « Si une femme ne parvient pas à rendre ses erreurs charmantes, ce n’est qu’une femelle ». (Oscar Wilde)

    9h00. Les cloches du monastère sonnent (L'horloge de Marie madeleine). La mienne m'indique que le temps de la promenade est venue. Là, je me dois de danser comme au Lido devant le bureau du boss qui est absorbé par sa revue de presse. Je m'en moque de l'état du monde, de la disparition d'Alain "Robes Grillées". Je ne suis pas parisienne, parisienne...Charles me donne un petit coup de main. Il danse à son tour car les minutes passent. Se trémousse autour du bureau et renverse la lampe avec sa queue. Charles est très grand, très haut sur pattes. Et c'est enfin le départ. Nous aboyons de concert. Dansons avec le loup. Je sors la première. C'est la règle. Charles tente une percée mais je n'hésite pas à la mordiller si d'aventure... (oui, j'avoue, je vise ses rognons de veau)

    Et là, je feinte, je trotte menue (enfin, pas trop menue en ce moment), je grimpe, je saute, je renifle, j'aboie parce qu'il n'y a pas de caravanes, je lance un défi au monde car dans cette nature, tout est à moi. Lièvres, lapins, renards, chevreuils, corbeaux, rares chamois, sangliers, souris, rampants courez-vite, le bonheur n'est plus dans les prés. Tatata. Ni sur la montagne. Tout est à moi je répète, à moi. 

    Qu'il glace, qu'il neige, qu'il vente, je contrôle ce territoire. Je veux que ça chauffe. J'attaque les autres chiens (surtout les chiennes), je n'accepte que les dominants et méprise le tout venant. Je délaisse, l'été, les grands lézards verts qui sont trop rapides. Charles a comme de l'affection pour eux. Les chats? Je les détestent et ne m'y frotte pas. Sauf quand BT m'en donne l'ordre. (à suivre)

  • Chat de berger

    9ec1d7a620291c40344d23000a436592.jpg
    Photo Anne D.
     
    Petits travaux à un rythme hebdomadaire
     

    Lundi: Je me dis, à moi-même perso, que, trop souvent, au jour d'aujourd'hui, on va dire, qu'il est vrai que nous ne sommes pas sans z'ignorer que: Y'a pas de soucis ("no soucaïs" en guatémaltèque). Qu'après la pluie vient le beau temps comme un jour sans pain. S'évaporent les souverains poncifs après deux cafés bien serrés. Or donc, je me disais, lundi qu'il y a des gens qui, au fil des jours, se sont imaginés avoir inventé la machine à courber les bananes. De tout temps, ces despotes mal éclairés ont tenté de se persuader qu'ils dominaient le monde et la pensée des Autres. Des nominés pas tristes (par eux-mêmes) comme on dit en latin.

     
    Mardi: Des financiers distingués par la Société Générale nous annoncent qu'il y aura la crise (bisextile) le 29. Merde, on est déjà le 12 février. (Allo Serge! Est-ce que 69 était une année érotique ou bisexuelle?)
     

    Comme chaque mercredi, je m'adresse à notre seigneur et lui envoie un courriel sur:

    je communiqueparlapensée@dieu.univ

    Cher God, j'ai une question qui me brûle les lèvres:
    L'univers serait-il, comme le disait Bergson dans Les deux sources de la morale et de la religion, une machine à faire des dieux?
     

    Jeudi, je me suis persuadé, à la faveur de la nuit, que je faisais définitivement partie de la race des grands fauves comme tous les redoutables cancres. Dans l'après-midi, j'ai piétiné des loukoums pour masser mes chevilles. Et depuis, je me sens dans la peau du super Phénix de ces dames, genre surgénérateur de particules élémentaires (mon cher Watson) à neutrons rapides. Tiens-toi droit et souris-moi, murmurais-je à mon gland.

    Le vendredi, je fais l'amour à la plage. J'enfonce mon dard dans le sable pour y faire pousser des épongeuses de mer. C'est jour de lecture surtout. Je pense à Zweig le magnifique (en lisant "L'amour inquiet" de Frederike § Stefan Zweig), à cet européen malgré lui, à ses amitiés avec Emile Verhaeren et Romain Rolland. Je me disais, vendredi, que ce fragile, ce vulnérable autrichien, naturalisé britanique, accueilli au Brésil comme une vedette de music-hall, si sensible aux irisations intérieures avait eu beaucoup de courage et de lucidité pour écrire dans une lettre testamentaire adressée à sa première épouse, le 4 février 1942, quelques jours avant sa mort: "Je suis déprimé à la perspective que nous ne verrons pas encore de véritable décision ni la victoire finale et que notre génération aura perdu la majeure partie de ses meilleures années dans deux immenses cataclysmes mondiaux...Je suis certain que tu verras des temps meilleurs, et tu me donneras raison de n'avoir pu attendre plus longtemps avec ma "bile noire."

    Le samedi je dors. Je récupère. Mes heures de sieste de la semaine finissante m'épuisent.

    Dimanche : J'aime les dimanches. En fait, c'est tous les jours dimanche (pour moi). "Et le dimanche, je m'astique le manche en lisant l'Humanité dimanche" comme disait Wolinski sur un dessin qui dort dans un tiroir de mon bureau. Et soudain, en lisant les fragments de choucroute d'oedipiennes militantes, superbement lettrées de bottes de sept lieues fabriquées en Bavière, spécialistes du "j'embrasse pas", et du "je ne sais pas ce que c'est que la tendresse", j'ai envie de leur répondre sereinement : Allez-vous faire socratiser par un Jean Genet d'operette ! 

  • L'arbre qui gâche la forêt

    b61bbf6b7ccdf3d1c1bbd5f70d9a582b.jpg
    Parbleu, les bijoux de famille de la reine Alberto ont disparu !
    - Appelez dare-dard les Trois mousquetaires !
    Dartagnan, demandez-vous à qui profite l'escrime...
    Faites vite ! Prenez le tunnel sous vos manches si besoin est !
    Contactez la perfide Albion ou Lancelot du lac !
    Mais que fait la police d'excaliburnes ? 
    Partie à la recherche du Viagraal, sire. 
    - Par toutati, convoquez Rachida Tati !
    Elle Dior votre majesté.
    - Quoi? A midi ?
    D'après le cardinal Mazarine, elle est en couche avec une certaine Cécilia Toyota.
    - Je croyais l'avoir mise aux japonais absents celle-là !?
    Une vengeance tardive sans doute.
    - Salopes ! Si elles retrouvent les bijoux d'Alberto, j'annule tout !
    Sire, la presse risque de...
    - Suffit ! Dois-je vous rappeler que celle-ci a des droits et des devoirs de vacances ?!
    Certes sire... mais comment noyer le poison dans l'eau ?
    - Quelqu'un m'a dit que ma pensée était prise au piège de son gigantisme, alors démerdez-vous ! Je veux des résultats.
     

  • Une chanson qui nous rassemble

    cbb083dd0ce9bab9e3349122674e301c.jpg
    "A quoi sert une chanson si elle est désarmée?
    Vouloir être utile, c’est prendre la mesure de l’impossible "
    Etienne Roda-Gil
     
    Être fantaisiste et sur scène jusqu'à 90 ans n'est pas à la portée du premier venu.
    Qui sera le prochain? 

  • Perle à Shutterlag

    8d57f1274927809ab202d785c537d18c.jpg
    Photo Shutterlag 
     
    Les arbres se dévoilent
    Au ciel blanc du chemin
    Rien ne bouge que le temps
    (à peine)
    Le sens des choses s'évapore
    Les oreilles des promeneurs
    Ont des capteurs de Mistral
    Terre sans feuilles et sans fleurs
    L'hiver tout fâne
    Sans pourrir idiot
    Poussières balayées par les vents
    Je me roule dedans souvent
    J'habite du bois sec
    Qui se consume jusqu'au silence
    Seules les heures délavent
    L'horizon de tes paupières
    Et celles des tiens. 

  • Lettre ouverte à Paul Cézanne

     

    93b83431c379947c1339b4a92d8edb98.jpg
    Travaux d'embellisement en mon village. Au fond, on aperçoit encore la Sainte Victoire.
    Accès à la future route menant à Saint Zacharie 

     

    Cher Paul, 

    Je vous fais une lettre
    Que vous lirez peut-être
    Si vous avez le temps
    Là-haut au paradis.
    Figurez-vous que, la nuit dernière, j’ai rêvé de vous. Je vous regardais marcher sur le plateau du Plan d’Aups cherchant à peindre les flancs de la soeur jumelle de la Sainte Victoire (la Sainte Baume) en période hivernale puisque le soleil rasant lui dessine chaque jour de nouveaux reliefs. Sans doute Marie Madeleine vous aurait offert une tasse de thym avant que la nuit ne tombe.
    Je conçois que la route ait pu vous sembler longue entre Aix et Auriol. Sans oublier la rude montée par le chemin de Saint Zacharie, à dos de mule, votre matériel dépassant de chaque côté de la selle. Il est regrettable que votre père ne vous ait pas offert un 4X4 BMW aux vitres teintées avec la clim. 
    J'ai décidé ce matin de prendre la plume pour vous alerter. Figurez-vous que les choses ont bien changé depuis les années 1882/87 où vous arpentiez sans relâche le chemin du Tholonet pour poser votre chevalet pas très loin du barrage construit par le père de votre ami Zola.
    Savez-vous-vous que la route menant à la Sainte Victoire porte votre nom et qu’elle se distingue singulièrement puisque c’est l’unique route de France à avoir été classée. La Sainte Victoire que vous avez rendu si célèbre a été classée, elle, « Grand site » afin d’échapper à l’appétit des promoteurs immobiliers et aux prédateurs de beauté.
    Vous n’êtes pas seulement le père de la peinture moderne et l’initiateur du « cubisme » mais aussi un défenseur posthume de l’environnement.
    Je me disais donc, dans mes rêves, que si vous aviez été entrepreneur de bâtiments hé ben la Sainte Victoire ressemblerait aujourd’hui à la Grande-Motte. Un comble pour vous qui êtes devenu le maître de cette "nouvelle idéologie de la nature". J’ai parcouru le monde pour découvrir vos toiles, en vrai. J’aime beaucoup la manière dont vous avez utilisé la perspective linéaire, adaptée suivant les cas, affichant toujours une grande indifférence pour la perspective aérienne.
    La peinture fut pour vous un travail d’ouvrier, de solitaire, sauf à de rares moments, presque pénible, pratiqué sans interruption. Et vos dessins, qué merveilles ! Vous avez placé très haut les fins de l’art, voulant produire des tableaux “qui soient un enseignement”. Jusqu’au bout du chemin, vous avez tenu la dragée haute aux marchands de natures mortes. Un artiste qui se donnait comme premier adjoint la nature ne peut pas être mauvais: “On n’est ni trop scrupuleux, ni trop sincère, ni trop soumis à la nature; mais on est plus ou moins maître de son modèle, et surtout de ses moyens d’expression”, écriviez-vous en 1904. Cette tension entre la réalité objective et sa transposition esthétique a toujours été au cœur de votre réflexion. Pourriez-vous rester un modèle pour les générations qui viennent.

    aba34daac3f80734898e5af6df25c2b7.jpg
     
    J’ai parfois des cauchemars. Je vois des poètes du tractopelle et de la DDE prendre un malin plaisir à détruire la beauté de nos sites. Surtout ceux qui offrent un accès unique à la vue sur la Sainte Victoire. Figurez-vous qu’un jour, j’ai rêvé que de mauvais esprits avait installé une déchetterie à cet endroit. Et quand je me suis réveillé, je me suis rendu sur place et le cauchemar était devenu réalité. Un jour ces gens-là construiront des musées du parpaing et du PVC.
  • Remonter la trace (I)

    92210bb41fbafb8f71d0af15e6be64fd.jpg
    Richard Widmark
     
    "Leur propre fin pend en eux
    Comme un fruit aigre,
    Vert et qui ne murît pas." Rilke
       
    Longtemps, je me suis mis à rêver de bonheur. J'étais tout à la fois Errol Flynn (Robin des bois) puis Richard Widmak (La conquête de l'Ouest) parfois John Wayne (Alamo) souvent Gary Cooper (L'homme de l'Ouest). Très vite, je suis devenu indien. Tout m'invitait à "remonter la trace" (lapin bleu) à la manière des Apaches d'Arizona (Geronimo) qui écrivaient obstinément, avec leur pieds, l'histoire de ceux qui les avaient précédés et la lutte éternelle des classes. Il en est ainsi depuis des milliers d'années. Je me disais, sur le chemin buissonier de l'école que, décidement, ces écrivains anonymes, armés de flèches, nous avaient lègué leur part d'imaginaire, de rapports intenses et mystiques à la terre pour nous aider à rester debout. La tête haute s'entend. Non, je n'ai pas changé (Julio Iglésias). Vous les femmes, vous m'avez élevé (toujours vers le haut). Mère, grand-tante, marraine, soeurs... Amies de ma mère, oh combien de pignoles, combien de harem j'ai fréquenté à la seule force du poignet grâce à vos jambes glissées comme des compas sous tailleur copie Coco conforme Chanel. Ben oui, je ne suis pas né dans la rue mais sur la table de la salle à manger d'une maison burgonde. "Allo papa Bobos", socialistes, ségolènistes, je vous emmerde, je suis issu de la bonne bourgeoisie provinciale qui m'a fait beaucoup souffrir !
    Longtemps je me suis branlé de bonne heure. Un travail d'équipe sans qui:

    "Merci Ava Gardner, Madame Monroe, Grace Kelly, Sophia Loren, 

    6d07921af776f07a739978f06cd22416.jpg
    Silvana Mangano. J'en ai bouffé des cuisses et du "Riz amer".
     

    Longtemps je me suis mis à penser de bonheur. Et toujours d'une seule main : Karl Marx, Louis Auguste Blanqui, Louise Michel, Jaurès... Mon grand-père, mon unique héros, mon éducateur spécialisé plantes et surtout graines avait fait le coup de poing contre les "Communards" en février 34 place de la Concorde. Croix de feu qu'il était. Un jour, il a jeté mes livres " de sales révolutionnaires" à la poubelle. Tout ça fait d'excellents français ! La preuve.

    b8d7819c62ba43ef6dce1026e3bdfbd5.jpg

    1958. Mon grand-père me dit un matin: "Viens, nous allons voir passer le Général de Gaulle. C'est lui le nouveau Président !"
    Je suis au second rang (oui, celui à droite avec la mêche et le pincement de lèvres) Comme quoi, mon héros de Verdun n'était pas pétainiste. Toute une époque. Les instits fumaient en classe. Donnaient de la giffle à qui mieux mieux. Des coups de règles en fer aussi. Pas de procès sous le préau. On croisait les bras et on apprenait le Bled sous toutes ses coutures grammaticales. Vous me direz, ça ne se voit pas toujours. Je vous emmerde, moi et mes très grandes fautes.

    d1d335fd6dac74e6ea9ca230e0eb3c66.jpg
    1965, Pensionnaire au lycée Saint-Nicolas d'Issy-les-Moulineaux.
    Rude école catholique, mes biens chers frères. Souvent collé le dimanche.
    La rebellion couve. Dans les dortoirs, les mains s'activent sous les draps. L'adolescence en tirs groupés. Guerre des boutons de braguettes: Et Dieu Vadim créa la femme. Je deviens tambour à la fanfare du lycée. Ranime la flamme du soldat inconnu sous l'Arc de Triomphe. Je marche tout droit et sûrement pas comme un crabe. L'une de mes soeurs s'entiche de Clo clo. Groupie boulevard Exelmans. Le courant ne passe plus le jour où le chanteur devient électrique man. Le débarquement de la famille décomposée avait eu lieu au début des années soixante. Papa est en voyage d'affaires à Fresnes. Trois femmes et un jeune garçon dans un deux pièces cuisine proche de la porte de Clignancourt. Numéro de téléphone : Clignancourt O4 29. En ce temps là, Fernand Raynaud faisait mouche du coche avec son "Je voudrai le 22 à Asnières". Montand et Signoret faisaient un tabac avec leur télégramme : "Ma chérie, je pense à toi. La statue d'Eugène Sue est toujours à la même place. Je t'aime, je t'aime je t'aime". Et moi et moi et moi... Qui c'est qui m'aime? 
    1968. Je roule dans la ville germanopratine, en feu, le soir avec mon Solex. J'ai 17 ans et pas toujours toutes mes dents. Ici, si tu cognes, tu gagnes...Je rencontre des bons, des brutes et des truands. (A suivre. Perle me fixe obstinément. Ne me demandez pas pourquoi)
     
  • Oh my dog!

     
    8605d39dfa1cb83651ecbf9cf6d2c404.jpg
     
    Parfois ma chienne a des soupirs shakespeariens par excellence. Le regard beckettien chargé d'un nécessaire ennui, d'une lueur de distanciation brechtienne. Je suis happé par elle, requis par ses postulats inconscients. Souvent elle me fixe. Cela peut durer plusieurs minutes. Elle est ma part de vide. La chienne, en apparence seulement, la plus inoccupée du pays. Elle est le signe d'une contemplation apaisée du monde.