24.07.2008
De fil et en aiguillon (saison 3)
Je remonte l'alphabet de l'esprit. Recherche depuis toujours l'erreur, celle qui neutralise la raison. Le mal est, à certains égards, dissimulé derrière le spirituel le plus profond car il mène la guerre la plus acharnée contre tout ce qui est Etre et il tendrait même à renverser ce qui fait le fonds de la création. De fil et en aiguillon. Apprenons sans relâche.

En France depuis quelques années (et pas seulement dans l'hexagone d'ailleurs) il pleut chez les éditeurs des livres qui vantent la transgression, l'infraction à un prétendu code social de la sexualité, alors que le code en vigueur est devenu désormais justement celui de la transgression. On évite, de la sorte, de se confronter à une véritable transgression morale : la violence envers les autres ou dirigée contre soi, l'exploitation, l'abus de pouvoir sur l'autre, la domination, la férocité à doses homéopathétiques. A la transgression - terme qui par lui-même semble irradier une fascinante suggestion - on demande une miraculeuse rédemption des conflits et des pulsions agressives, comme si la simple présence de la sexualité pouvait racheter mystiquement tout ce qu'elle touche y compris l'agressivité et la violence des mots.
Ainsi, se développe nous explique Claudio Magris : "Une veine littéraire érotico-mystique, larmoyante et involontairement comique, qui célèbre la fureur orgiaque en tant que sanctification de l'existence, dans une Arcadie fangeuse et douloureuse identifiée avec le magma informe de la libido."
Le fond de l'identité est un non-être, une inexistence; ce mystère rend la vie inexplicable, la fait glisser -comme le remarque Rilke à propos d'Ibsen - dans de sombres cavités intérieures, où elle palpite, mais en restant énigmatique et inaccessible. La totalité sociale est devenue insaisissable pour le regard du poète, qui pouvait naguère la comprendre, la démasquer ou la dénoncer: elle s'est désormais incarnée dans les profondeurs intérieures de l'individu, elle est devenue le fond insondable de sa vie, qu'il ne peut ni comprendre ni dominer. Ibsen a compris que, pour la peindre, l'artiste doit se placer en dehors de sa vie, renoncer à elle, la perdre.

"Dans cette représentation du monde réifié et de l'individu aliéné, qui en se rebellant contre l'esclavage s'y englue de plus en plus, Ibsen se concentre avec une acuité impitoyable sur le thème du pouvoir, qui constitue peut-être, sur les modes les plus divers, son thème central. La lutte pour le pouvoir se déroule à l'intérieur de la société, de la famille et de la passion amoureuse; elle implique un vainqueur qui abuse de son pouvoir et un vaincu qui cherche sa revanche; elle s'exprime dans le despotisme brutal ou dans le renoncement feint, elle choisit indifféremment comme terrain la place publique, l'intimité d'un salon, d'une terrasse ou les tortuosités d'un coeur. [...] Le pouvoir s'identifie avec l'essence de la vie, qui pour Ibsen comme pour Nietzsche est volonté de puissance. Mais pour Ibsen cette volonté de puissance, loin d'être la libre manifestation d'une expansion (reconstruction) vitale est une illusion, c'est peut-être la plus grande tromperie de la vie qui se retourne contre celui qui s'y abandonne, croyant s'affirmer et se détruisant au contraire, dans la démarche même par laquelle il se réifie en se vouant au mirage de la puissance qui l'absorbe et le consume."
In "L'anneau de Clarisse" : Ibsen :la mégalomanie de la vie de Claudio Magris.
23:39 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note


Commentaires
Je crains que ce texte passe au-dessus de certaines petites têtes...:-)
Ecrit par : Pierrot le fou | 25.07.2008
Scuse mon fou rire...Chez toi, enfin en bas, c'est vraiment Brazil chez les Cruchot.
Ecrit par : Isolde | 25.07.2008
Sourire à Isolde. Les mots Pierrot, voilà le secret de la force.
Ecrit par : Margot | 25.07.2008
Sourire à Margot. Il est temps pour moi d'aller reposer en paix...
Ecrit par : BT | 25.07.2008
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