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  • Le continent chauve


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    Il pleuvait ce matin sur le causse Méjean lorsque j'ai empoigné ce brin de paysage qui me rappelait ceux de Mongolie et quelques coins d'Islande.

    "Une attraction sans violence, mais difficilement résistible, me ramène d'année en année, encore et encore, vers les hautes surfaces nues.
    Tout ce qui subsiste d'intégralement exotique dans le paysage français me semble toujours cantonné là : c'est comme un morceau de continent chauve et brusquement exondé qui ferait surface au dessus des sempiternelles campagnes bocagères qui sont la banalité de notre terroir. Tonsures sacramentelles, austères, dans notre chevelu aborescent si continu, images d'un dépouillement presque spiritualisé du paysage, qui mêlent indissolublement, à l'usage du promeneur, sentiment d'altitude et sentiment d'élévation." Julien Gracq.
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    Le nouveau paradis de Solène, Yann Gensollen et de ses parents. Merci à eux pour cette échappée belle.
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    Des brebis dont la devise est : " le Roquefort d'abord, les côtelettes ensuite".
    (Vue sur le causse noir depuis la Volpilière, hameau de paix où je viens de séjourner chez les Gensollen)
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    "Le Tarn, pareil à un éclat de pierre au fond d'un creuset calciné. On sent que toute l'énorme masse surplombante du causse s'est essorée jusqu'à la dernière goutte au profit non pas de cette eau avare et presque tarie mais plutôt de cette huile essentielle qui suinte précieuse et concentrée au creux de la gorge (ici celle de la Jonte) comme le dernier pleur du pressoir." Julien Gracq





  • Sur le causse Méjean

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    Nouvelle vie, nouveau départ pour les parents du lapin adoré Yann G. Déménagement aujourd'hui. Ils laisseront quelques souvenirs à Marseille (non sans essuyer quelques larmes) et s'offriront sur un plateau mythique de bien belles rencontres puiqu'ils ouvrent une chambre d'hôtes hors des sentiers battus. J'y vole ce matin, la voiture remplie de pots de fleurs de leur précédent jardin. On va se régaler là-haut (900m). Allez hop, direction Florac puis Sainte-Enimie et ensuite des avens, les gorges du Tarn...
    Bisous à tous les autres lapines z'et lapins, aux passants aussi. Je reviendrai dans trois ou quatre jours avec de quoi vous faire baver. Elle est pas belle leur maison!? Presque un village.

  • Le miroir d'une petite société


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    Oh, Charles, tu veux jouer ?
    - Tu n'as plus l'âge de jouer.
    Justement, vieux cruchon d'eau bénite, je te propose de jouer à Je me souviens
    - Encore...!
    Allez, je commence ! Je me souviens de ce jour où tu m'as traitée de belle et bonne salope.
    - C'était un compliment.
    Je me souviens encore de cette douce appellation dont tu m'avais gratifiée entre deux croquettes : Sale petite princesse du glaive !
    - Tu mens, j'ai simplement ajouté...du glaive, le reste c'était ton idée.
    Tu veux la guerre ?
    - Je n'ai pas le désir d'être ton champ de bataille.
    Ha, ha, ha, ha, quelle pirouette ! T'es à bout de souffle Charly. Tu essaies de vivre dans la mince fissure ouverte entre l'existence et l'aboiement autobiographique !
    -  ????...
    Tu vois, tu ne captes plus rien. Tu as déjà un pied dans la tombe Charly.
    - !!!!
    Passons. Tu veux que j'annonce à la terre entière que tu as été viré de ta couche par la petite Lune? Qu'elle a su mesurer toute l'amplitude de ton coup d'éclat permanent...alors qu'elle ne doit peser que 440 grammes toute mouillée?
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    - C'est moche ce que tu fais, comme dirait Ben!
    Ben ou pas, elle t'a envoyée sur le carreau. En quinze jours seulement, cette petite chatte, une merveille soit dit en passant, a su prendre possession de ton territoire de mâle sans que tu ne puisse réagir dignement. C'est ça qui est moche!
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    - Faux! Je n'ai pas été viré par cette petite catin. Il s'agit d'une tactique défensive. Cette chatte est une menace pour la poésie de la vie. La tienne comme la mienne. Elle n'a de cesse de me mordre la queue. Bientôt elle va s'attaquer à mes rognons. Un jour, je vais l'envoyer rejoindre les labyrinthes de l'animal kafkaïen...
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    Pauvre Charles. And my ass, is it chicken comme disait Hamlet dans La belle et le clochard?
    - Nous ne vivons pas sur la même planète toi et moi. Ce que tu considères comme une défaite je l'interprête comme une victoire, un bonheur secret, une forme ultime de poésie comme un dimanche à la tombée du soir. Quelque chose d'inexprimable que la vie semblait promettre et qui se dérobe soudain aux jugements du commun des mortels...Une beauté ultime, intouchable. Pour toi, le monde n'est qu'un commérage.


  • Soeur champagne

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    Soeur Emmanuelle au Caire

    Jamais renoncer, son leitmotiv. Son mot préféré ? En avant. Un mot qu'elle prononçait en arabe. Yalla! Celui qu'elle détestait ? Stop!
    Toute une vie tracée sous le signe de l'amour pour les plus démunis. Mise en vedette par les medias mais restée fidèle à ses engagements, l'ancienne prof de lettres et de philo quitte l'enseignement quand l'heure de sa retraite a sonné pour retrousser les manches de sa blouse et rejoindre les exclus des bidonvilles du Caire. Elle s'adressait aux pauvres, aux ministres, aux chefs d'états de la même façon. Sacrément burnée Marie Madeleine Cinquin, franco-belge de naissance.
    Une messagère de toutes les religions. Dieu pour tous, tous pour Dieu. Jamais soumise à l'ordre hiérarchique, elle dit ok au mariage des prêtres et que le plastique c'est fantastique, surtout en Afrique. Défendait la place des femmes dans l'Eglise. De fait, le Vatican ne la portait pas dans son coeur. Pas grave! Elle adorait Jean-Paul II, malgré tout.
    Elle était hors d'atteinte tant elle avait connu de haines, d'horreurs, de sang, de souffrances chez tous ceux qui se disent pour se consoler qu'ils iront au paradis car l'enfer est ici.
    Ce genre de petite bonne femme, tout comme Lucie Aubrac, soulevait des montagnes d'un claquement de doigts. C'est vous dire si devant elles l'on se devait de faire profil bas. J'ai eu la chance inouïe de croiser ces deux icônes pétillantes d'intelligence la même semaine, d'échanger avec elles quelques mots aussitôt gravés dans mon âme. Ce soir, je ne vais pas larmoyer car elle n'aurait pas aimé ça du tout. Elle aurait eu cent ans le 16 novembre prochain. Dire que nous étions voisins et que je l'ignorais...

  • L'Islande s'enfonce dans l'amer

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    Merci Ben pour cette petite annonce

    L'Islande est à la dérive. Les derniers roitelets bling bling d'Ultima Thule plient bagages. J'ai envie de hurler aux islandais : "Allez tous vous faire enculer!" tellement ils ont joués - en quarante ans - aux nouveaux riches mais quelque chose me retient. Je préfère m'adresser à leur premier ministre Geir Haarde, qui, depuis son bureau, s'affiche volontiers ventre en avant et toujours rebondissant sur les subprime à la presse venue du monde entier : Je préconise le retour aux valeurs traditionnelles. Il vient de déclarer ça à ses ouailles : Retrouvez vos filets de pêche !*
    Manque pas d'air le chef de cette république baleinière en faillite financière totale. Après avoir coulé le pays, lui et les siens, les conservateurs (de morues) qui se sont bâtis des empires bancaires virtuels, sont prêts à jouer à la roulette russe et à vendre à Poutine ce pays dont je suis tombé amoureux en...

    Depuis quinze jours les suicidés se ramassent à la pelle. De plus en plus de jeunes songent à quitter cette "terre de glace et de feu" comme le répètent à l'envi les prospectus touristiques locaux. La nature, si dominatrice en Islande, va retrouver ses droits. Et c'est tant mieux.

    * Il n'y a plus de harengs, de morues dans les eaux territoriales islandaises et la pêche à la baleine est très réglementée.

  • L'exploratrice aux pieds nus

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    Orel par Jeune mante

    Puisque tu t'es costumée désormais en exploratrice de ta petite musique interne, j'ai ouvert par hasard un livre.
    Enfin presque. Il m'a suffi d'entrer en Yourcenardie où souffle souvent une grande brise sur cette combustion que nous appelons la vie.

    Donc, j'ouvre un livre de la dame et lis : En vain Zénon lui rappelait que les astres inclinent nos destinées, mais n'en décident pas, et qu'aussi fort, aussi mystérieux, réglant notre vie, obéissant à des lois plus compliquées que les nôtres, est cet astre rouge qui palpite dans la nuit du corps, suspendu dans sa cage d'os et de chair.

    Le mal, c'est peut-être ce misérable désir de sortir du rythme, de faire chambre close à part, de mener notre vie, et rien que la nôtre, branche toute seule, déprise du vent du tumulte. Une seule branche comme un fouet révolté qui claque dans le vide...

    Quelques pages plus tard : Lutter est un jeu, vivre est un jeu, mourir est un jeu: perte et gain ne sont que des différences passagères mais le jeu réclame toutes nos forces, et le sort pour mise n'accepte que nos coeurs.

    Je t'embrasse fort et tendre Miss Rillettes.

  • Pupilles à l'affût

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    Je songe à Giono en marchant sur le chemin menant à la forêt. Puis je m'arrête sur un promontoire de pierres. La lune offre à voir jusqu'à une centaine de mètres. Charles galope en traçant de grands  cercles dans la terre argileuse et sèche. Perle guette et espère l'imprévisible départ d'un lièvre pour lui couper sa trajectoire. Le plan me semble bien conçu. L'envol d'une poule faisane me fait sursauter. Perle la regarde se poser sur la brume qui a déjà tissé sa toile au-dessus du plateau. Charles revient vers nous comme pour s'excuser. Puis il reprend sa course. Perle a juste le temps de lui glisser à l'oreille quelque chose comme : La vérité est rarement pure, disait Oscar Wilde, et jamais simple...
    D'autres volatiles jacassent ici et là sur les pins d'Alep.
    Je suis comme étourdi par cette navigation nocturne. Souhaite un passage de chevreuils. Crains l'errance d'un solitaire en quête de racines nouvelles. La mémoire des sens de mes deux chiens travaille, classe, associe des odeurs, ou les distingue parmi l'herbe haute et immobile. Pas la moindre brise qui pourrait disperser mon odeur. Rien. Tout semble figé par la lumière dorée et cette chappe de brume. On dirait une peinture japonaise. Je reste planté sur mon perchoir calcaire et j'écoute, je scrute, je redeviens animal. Quelque fois j'en ai le souffle coupé. J'emmerde le monde à cette seconde précise. Ma sensibilité le dépouille de ses masques. Des insectes cherchent leur vie en contrebas. Des sauterelles.
    Perle me regarde et cette fois me cite du Annie Dillard dans le texte : ... à force d'attention tu découvres - parfois même on dirait que tu révèles - tout un éventail de caractéristiques fascinantes en chaque chose que tu regardes, comme si tu étais le rayon d'une lampe braquée sur elle.
    Je pense que le temps s'est arrêté sans définir l'espace qui me paraît immense, sans arrière plan. Le paysage est coordonné par nos pensées. Il appartient ce soir aux seuls animaux. Il suffit d'imaginer un vieux renard grignotant la joue d'une poupée gonflante et le tour est joué pour assister à la représentation des jeux du cirque, apparemment féérique cette nuit. Ne me reste plus qu'à bâtir une esplanade et d'y poser des écrans de télévisions vantant les mérites des barbecues modernes fonctionnant au gaz.
    Soudain, Charles à marqué son arrêt. Il s'est figé, la patte avant droite retenue et pliée comme suspendue dans l'air. Perle s'est alors couchée lentement, le nez en action. Nous sommes restés ainsi quelques minutes. Savourant le moment, l'attente récompensée. Le lièvre aussi qui regardait Charles dans le noir de ses yeux comme dans un miroir sans tain.

  • Doux excès de tendresse

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    Rhôôô, comme elle trop gentille cette lionne du Massaï Mara (Kenya) portant son lionceau de cinq semaines! Cette photo a reçu le premier prix de la BBC tant elle prête à la confusion des genres. Tendre et trop gentille la bestiole? Seulement avec sa progéniture. Pour le reste, elle ne fait pas de cadeau mais bien des quartiers de viande. Je suis un grand loup qui aime les siens mais qui ne fait pas de prisonnier dès lors que l'on s'amuse à jouer avec la corde sensible des sentiments. Dès lors que l'on se pose en dominant, en trafiquant de larmes ou en faux rebelle libertin ou libertaire. Qu'on se le dise!
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    Ce lionceau vient de naître. La mère l'emporte en lieu sûr. Elle vient d'accoucher avec de nouvelles forces, une seconde jeunesse et un art accru dans le coup de patte qui ébourriffe les jeunes crinières. Gare au gazelles de passage! Son instinct l'invite à transmettre les gestes qui sauvent: ceux de la chasse. Mieux vaut être deux pour avancer dans la jungle. Qui veut toréer loin, ménage sa posture (Curro Romero).

  • Un aller sans retour chez les Jivaros

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    Photo Yann G.

    Vivre nous use jour après jour.
    Nous filons un mauvais coton à répéter notre éblouissement tranquille à consommer plus pour s'offrir l'illusion de faire tourner la grande machine à vide.
    Ce matin, j'ai décidé de respirer autre chose que les souverains poncifs des spécialistes de l'économique.
    Les chiens soupirent. La petite chatte rôde guettant le moindre mouvement de leur queue.
    Elle jouera ainsi jusqu'à ce qu'elle se fasse attraper par l'âge adulte. Où par les crocs de Charles.
    Je fais le mort. J'attends les premiers effluves du café.
    Un gros désir de fiction soulève mon drap.
    Il était une fois le trader de mes bourses qui se faisait justice en prenant le premier avion pour rejoindre le pays des réducteurs de têtes en Amazonie. Ses restes étaient ensuite jetés dans le grand fleuve pour nourrir les pensées des derniers révolutionnaires de la planète, les piranhas.

  • Paris me brûle-t-il?

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    Photo Yann G.

    Comment mesurer les distances sociales dans la capitale? De celles qui rapprochent ceux que l'on aime. Et qu'il est si bon et si doux de réunir.
    Suffit-il d'arriver ponctuellement en retard dans les dîners puis de prendre la place de brillant causeur? D'occuper le poste d'aimant volontaire en sifflotant " Non je ne me souviens plus du nom du bal perdu..." ou de se lover dans la recherche du temps perdu en pianotant avec deux doigts sur un banc public du Boulevard Haussmann (pas très loin de chez le petit Marcel P.) un archétypal lamento tout en ignorant les pas retrouvés de la foule qui se lance par vagues métropolitaines sur des trottoirs forts embouteillés? Non, pas vraiment.
    Il convient d'être bien chaussé (merci Yann) et l'aventure se déploie au rythme des correspondances dans le métro, de ces promenades hasardeuses dans quelques quartiers oubliés mais au passé si prestigieux. Pourquoi ne pas se costumer en guide de poche pour ces ex-provinciaux qui ont été quelque peu déracinés et qui tentent de tenir, vaille que vaille, le haut du pavé dans un conglomérat de chambres de bonnes ou de couturières.
    Souvent les yeux des parisiens sont embués. Chacun espère un redressement de situation tandis que d'autres fuient du haut de leur grosse et rutilante voiture  à prétention "tous chemins", le redressement fiscal.
    Désormais, la pauvreté à pignon sur rue et côtoie brutalement la richesse tout comme aux USA. Il suffit de passer le porche. Ou le pont. Manque toutefois quelques passerelles entre les classes qui trébuchent davantage en ce temps des crises. (Oui, c'est pour flirter avec le temps des cerises)
    Qu'est devenu le Piéton de Paris ? Le grand, l'immense Léon-Paul Fargue, "le plus gros propriétaire de mots de son époque". (Là, je pense inévitablement à Fabien qui en possède tant)
    Ah, Léon-Paul...J'ai vu mentir des bouches que j'aimais; j'ai vu se fermer, pareils à des pont-levis, les coeurs où se logeait ma confiance.
    J'aime aller dans ces rues Ménilmontantes où les Communards ont donné naissance à quelques espoirs aux damnés de Nanterre et à ceux de la Butte aux Cailles. J'aime à me replonger dans ces descriptions d'avant-guerre de Monsieur Fargue comme de sauter à cloche-pieds dans les romans de Balzac (Comme toi Johann) d'Huysmans et d'Aragon. Revoir ces petites boutiques spécialisées dans l'introuvable. Observer la main tendue du clochard vers le noctambule à chapeau melon qui n'est pas sans rappeler celle de l'exclu saisissant le bras de Dante dans une gravure de Gustave Doré. Se plonger par dessus l'épaule des passagers du métro lisant les dernières heures de la presse du soir. Réentendre la gouaille d'Arletty tout près de l'hôtel du Nord en enjambant une arche métallique du canal Saint-Martin.
    Comment échapper aujourd'hui aux prunelles bridées de quelques noceurs asiatiques privés de l'enzime glouton qui les fera rester droit au sortir du Président de Belleville?
    Que répondre à ce couple d'homosexuels de l'avenue Simon Bolivar qui se plaignent qu'on les saluent par un "comment ça va les filles?" et qui, quelques minutes plus tard, déplorent publiquement accoudés au zing "le trop plein d'arabes dans le quartier"?
    Que faire lorsqu'une chatte communarde à la démarche élégante se pose, depuis son émoi et moi brûlant, sur votre épaule et qu'elle se frotte à vos pensées pour faire monter la sauce moutarde d'un lapin plus trop agile et qui la regarde rouler ses cigarettes entre ses doigts?
    Que répondre à celle qui parle à la mémoire de tous, dans le temps arrêté du rêve. Qui double ses mots de silence à la façon des archanges du romantisme allemand?

  • Rêves barbares

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    J'ai gribouillé, la nuit dernière, une histoire fabuleuse, limpide, vraiment rassasiante pour l'esprit, irréprochable, parfaite. L'ennui, c'est que je ne me souviens absolument pas de quoi ça parlait.

    De L'Islande me souffle Soléne qui prépare un tajine au poulet dans sa cuisine.

    - Tu sais bien insiste-t-elle, cette île dont tu es tombé amoureux il y a... et qui est en train de disparaître dans un Atlantide financier.

    Ah oui, c'est ça, mon fils pagayait à contre-courant puis le torrent a disparu dans un séisme comme avalé par une faille qui sépare depuis la naissance de l'Islande le continent européen de l'américain. Le fantôme de Thor (fils d'Odin) s'est inscrit dans le ciel et il s'est mis a hurler : Par Toutati, vous allez tous y passer bande de paysans costumés en Hugo Boss. Vos 4x4, vos Nokia tactiles vous pouvez vous les mettre dans le cul.

    - Les jeux sont faits, rien ne va plus! lui répondit l'écho.

    Puis un elfe, spécialisé dans le consultinge, se mit à haranguer la foule rassemblée dans la cathédrale de Reykjavik qui se maintenait encore en surface grâce à sa position géo-stratégique au centre de la capitale :

    Bon, que ceux qui veulent surnager m'écoutent un instant :

    Prenez une vierge première pression à froid. Une vierge mère qui va accoucher d'un fils (et non pas d'une fille) afin qu'elle devienne un jour la fille de son fils. Une vieille idée qui fait encore recette. Prononcez doucement la formule magique: "Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit." Forts de cette Sainte Trinité, précipitez-vous chez votre banque du sperme. (Vous pouvez emporter avec vous votre psychanalyste).

    A la secrétaire du labo, indiquez que vous souhaitez renverser une formule de conjuration : Au nom de la Mère, de la Fille et du Corps Médical. Patientez quelques jours et vous obtiendez l'anti-Trinité moderne dans la fabrication des corps et l'exploration qui ne fait que commencer du génome, au siècle de l'in vitro.
    Ainsi vous passerez des vitraux à l'in vitro capitalistique. Néanmoins, je conseille vivement aux survivants d'investir dans la fabrication de concepts et d'attacher vos ceintures à tout ce qui fait sens.

     

  • Une semaine de titan

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    Cet après-midi, Lune me regardait préparer mes baggages.

    Je "monte" à Paris demain pour sauver les banquiers et les milieux économiques. Certes, il me faudra improviser tant la crise financière risque de malmener les petits écureuils encore ventripotants. La cote du président et celle du premier ministre s'affichent à la baisse. Je vais utiliser un train de sénateur pour rejoindre la ville des winners pressés. En voiture, c'est l'angoisse. Il suffit aujourd'hui de prendre un volant pour se sentir coupable. Ne pas oublier la ceinture, ne pas téléphoner et surtout bien penser à couper le contact une fois sur le bas côté d'une route, mettre son gilet jaune, prendre tous les risques pour disposer, un jour sans vent, son petit triangle à trente mètres sur la bande d'arrêt d'urgence, prier pour échapper à un contrôle radar, à un gendarme éméché et souffrant d'un manque de reconnaissance maternelle, penser à ne pas oublier le contrôle technique, à sourire aux routiers qui bouchent l'autoroute à deux voies dans les côtes...

    Ne me reste plus qu'à faire rutiler les dorures de mon costume Dior, à faire accélérer le coeur des parisiennes over déborded, d'allumer le cierge de la FRA TER NI TE pour Ségolène au Sacré-Coeur, deviner l'exaltation des parisiens qui mentent comme ils transpirent le samedi soir dans les bars hypes et vous envoyer des messages codés avec aisance d'un clavier wifi/bar, mon tout d'une écriture empanachée, large, ascendante, sabrant l'écran, et toute à l'image des utilisateurs bios de vélib. Et comme il ne va pas cesser de pleuvoir, suivre la bonne humeur retrouvée des autochtones, barboter dans l'encre de jouvence des trottoirs bordés du granit de Chaussey qui efface les rhumatismes et les douleurs à un oeil de lynx trop occupé à regarder sous les jupes des filles de la rue Saint Honoré.