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  • Voyage au bout de la solitude

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    Emile Hirch est l'acteur qui incarne la vraie vie de Christopher McCandless

    dans un film de Sean Penn, "Into the wild", présenté au public français en janvier 2008 que j'ai découvert samedi dernier (en Dvd).

    Le genre de film qui vous cloue le bec pour longtemps. Et pourtant. Ce voyage m'a retourné, renvoyé dans mes cordes sensibles, à la case départ.

    Peu de temps avant de mourir, Christopher McCandless écrira au stylo sur une page d'un livre « Happiness only real when shared » (« Le bonheur n'est réel que lorsqu'il est partagé »).

    Je me souviens que j'avais 20 ans lorsque je faisais du stop sur les routes américaines.

    Je me souviens avoir eu très faim comme Christopher et que je me levais la nuit pour grapiller des victuailles dans le frigo d'une ferme accueillante où j'ai travaillé dur, un temps, pas très loin d'Ithaca.

    Je me souviens avoir longuement discuté de la guerre du Vietnam avec mon hôte qui en revenait. Il m'a présenté à des jeunes de mon âge à Cornell University dont la devise est : «I would found an institution where any person can find instruction in any study» ...

    Je me souviens d'avoir erré dans les rues de Philadelphia au mois d'août de cette année 1972 et que j'ai eu vingt et un ans dans une pizzeria, propriété de la mafia. J'étais plongeur en chef. Je me souviens de la piètre qualité des cadeaux que l'on m'a offerts le douze août.

    Je me souviens m'être empoisonné dans un restaurant grec à Atlantic city quelques semaines plus tard. Le T-bone était constellé de vers blancs camouflés sous une sauce mauve indéfinissable.

    Je me souviens d'avoir tenté de dormir une heure ou deux sur un banc dans une station Greyhound avec 40 de fièvre. Mes tempes battaient la chamade.

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    Je me souviens de cet avocat (venu de Caroline du Nord) qui hurlait au scandale dans le train qui me ramenait à New-York parce qu'il y avait un noir dans notre wagon.

    Je me souviens m'étre soigné, seul, avec une boite de thé vert dans une chambre amie de West side, à NY, pendant dix jours.

    Je me souviens avoir pensé que ma dernière heure était arrivée parce que je n'avais pas l'argent nécessaire pour être admis dans un hôpital.

    Je me souviens avoir travaillé dans un discount au "Village" et que ce magazin était régulièrement attaqué par des bandes Portoricaines quand le patron recensait le contenu de sa caisse à la fin de la journée.

    Je me souviens d'avoir rencontré des membres des Black Panthers dans Harlem et que tous me parlaient de Jean Genet...

    Je ne me souviens pas d'avoir raconté cette aventure américaine et mes vingt ans à quiconque (sauf à mes deux soeurs).

    Je ne me souviens pas d'avoir utilisé tant de verbes avoir et de verbes être dans un seul texte. Exprès. ;)

    Je ne pensais pas une seconde que ce film de Sean Penn allait m'obliger à fouiller dans les tiroirs de ma propre jeunesse, quelques jours après...

    Je vous remercie chaleureusement de votre attention et de vos commentaires inscrits en dessous du texte précédent. Veuillez considérer ce texte-ci comme une réponse obligée et aimable à vos commentaires puisque j'emploie le je à dessein. Et que ce n'est pas ma tasse de thé (vert).

     

     

     

     

  • Chienne de vie

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    Photo Diaphiris

    De plus en plus de vies ne tiennent qu'à un fil.
    Des gens qui produisaient des richesses sont exclus du grand manège
    La machine idéologique tourne à vide.
    C'est le règne des petits comptables
    Du petit caporal
    Welcome, bienvenue, chez les parvenus
    Au prêt à taux zéro pour l'achat d'une Rolex
    La bataille entre la gauche et la droite n'est plus qu'une question de maquillage
    Manque le contrat social
    Seulement trois cents euros pour se maintenir à flot
    Et si nous inventions un monde moins égoïste qu'une scie...
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    Il y a plus de solidarité dans le regard de ma chienne
    Que dans celui de l'acheteur d'un écran plat (géant) chez Darty
    Made in China.

  • Doux excès de finesse

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    Il y a beaucoup à lire dans les yeux de Meryl Streep. Un pointe de tristesse, beaucoup de subtilité, une déferlante de tendresse.
    La paysanne de la route de Madison aura soixante ans en juin prochain et toujours aussi peu d'assurance. Actuellement sur nos écrans, elle incarne une religieuse (non, non, pas en Prada) dans "Doute", un film de John Patrick Shanley. Soeur Aloysius va douter de la moralité du prêtre de sa paroisse dans une Amérique qui vient de restituer leurs droits civiques aux noirs (1964).
    Soeur Margaret va se heurter à quelques murs infranchissables à cette époque pas franchement bénie des dieux. Il parait que beaucoup de scènes font penser à un tableau de Van Dyck. Ce soir, donc, je me suis surpris à penser que j'irai sans doute voir ce film. Pour la revoir, elle, qui m'avait fait tant pleurer dans "The Hours". Hé oui, parfois, il y a des trotters qui pleurent et qui, depuis la sortie de ce film (2002), ne sont plus jamais entrés dans une salle de cinéma. Sept ans de réflexion.
    Pas facile de digérer un tel film. Merci monsieur Michael Cunningham (l'auteur du roman éponyme) et merci au réalisateur Stephen Daldry.
    Revoir Meryl...revoir Meryl...
    Ses silences surtout. Ses impressions fugitives. La cruauté des minutes sans retour qu'elle installe subrepticement. Cette mince péllicule dont elle recouvre ses émotions. Cette délicate attention qu'elle porte à ses semblables, les comédiens. Son humilité.
    Toucher du doigt pendant deux heures l'océan de choses minuscules dont elle s'entoure. Embrasser la moindre de ses intuitions fugaces. Et replonger encore et encore dans cet océan sans rivage et qui n'a peut-être pas de fin. Un océan de finesses.

  • Le monde sur le flanc de la lune

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    Lune by Ben

    La chatte observa ma navigation à mots nus.
    Elle les faisait danser sur le clavier comme s'il s'agissait d'un piano.
    Puis guetta les secrets à surprendre.
    La féline contempla mes émotions du jour sans les comprendre.
    La chienne blanche et le grand échalas marron déchiffraient d'un seul regard
    mes équations les plus pessimistes.
    Lors de la promenade ils feront aboyer les arbres pour donner l'alerte.
    Histoire d'effacer les anciennes blessures du chemin.

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    Lune interrogative by Ben

    Le lac de mémoire déborde de souvenirs en dents de scie
    Frappe le flanc de la montagne qui renvoie de longs échos trappus
    Des croque-morts fragiles jouent au golf
    avec l'odeur de l'encens
    Le tandem des jours rapiécés s'empêtre dans les filets des papillons
    qui se posent sur la brume du soir
    Les ténèbres se sont drapées de blanc pour faire leur travail de deuil.
    La lune accepte enfin de me sourire
    et me fait un petit clin d'oeil fraternel.

  • Lettre à un jeune talent

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    Perle by Big Ben

    Alors comme ça, cher Ben, tu auras passé une semaine délicieuse à Maison Rouge. Bien sage. Je me dois de te rassurer: ces quelques jours en ta compagnie, ainsi que celles de belles personnes, m'ont semblé bénéfiques à plus d'un titre. Je vais me dépêcher de te résumer pourquoi. Un ragoût de mouton mijote en cuisine ainsi qu'une paire d'amis de la forêt dont tu n'as aperçu que la futaie à cause du plafond nuageux si bas, si gris, qu'un canard laqué s'est pendu.
    La prochaine fois, je me ferai un plaisir de te faire apprécier la canopée (consulte le dico le plus proche de ton domicile) à quelques quarante mètres de hauteur...
    Bref, où en étions-nous ? Ah oui, ton talent. Il s'imprime depuis des mois sur les pupilles de la nation Flickr. Curieuse communauté de photographes en herbe ou moisie. J'ai tout de suite été attiré par ta redoutable entreprise. Tes mises en scène un peu gore, tarentinesques musicalement, ta capacité à inventer là où d'autres piétinent d'amour devant leur moi brûlant. Certes, pas de quoi changer la face du monde dans ton travail mais tout de même une capacité à le triturer au scalpel, non sans l'humour ravageur qui est le tien. Celui des jeunes désespérés d'aujourd'hui qui n'ont aucune confiance en ceux qui sont chargés de guider vos pas. Je sais que tu n'as besoin de personne dès lors que tu chevauches ta R19 Davidson. Néanmoins, pourquoi se présenter en looser, de prétendre partir de zéro afin d'avoir le plus de chance possible de ne pas s'élever trop haut? Je te le demande, cher Ben, non sans te sourire.
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    Lune by Big Ben

    Malheureusement pour toi, quelque application que tu mettes à dissimuler le talent qui est le tien - surtout lorsqu'il s'accompagne d'humour - tu n'auras jamais la possibilité de passer inaperçu. Même lorsque tu mets un point d'honneur stérile à te déprécier, tel un Kafka de la prise du vue sur fond de suicidaire à vie. Oui, oui, je suis encore en train de te sourire. Tu provoques tes émois, tes doutes, tes peurs. Saine occupation.
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    Big Ben by me

    Non Ben, tu ne finiras pas sur la chaise éclectique pour outrage à vieux grigou. Une jeunesse sans mémoire ni engagements pourrait aimer en toi le graphiste, le photographe de l'insoluble question du bonheur individuel, qui est ce qui reste quand on ne croit plus en rien, en soi. On ne saurait connaître pire méprise à propos d'un jeune talentueux doté d'un si vaste pouvoir d'imagination, et qui est à la tête d'une fabrique de métaphores visuelles pas piquée des vers dont les fourneaux brûlent vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Lapin Ben, tu as ma bébédiction pour affronter les choix qui vont se présenter à toi dans les mois et les années qui viennent.



  • A l'heure de big Ben

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    L'intégrité physique n'est pas un attribut que nous posséderions de naissance, sauf accident; elle est en soi accidentelle, c'est un accident de la petite enfance, comme la fontanelle du bébé ou ce diamant à la pointe de l'oisillon et qui l'aide à sortir de l'oeuf...
    Annie Dillard

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    Par tout notre corps nous avons faim d'un monde véritable. Voilà la mission du poète. Et le poète doit être un professeur d'espérance.
    Jean Giono

  • Duel au sommeil

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    - Qu'est-ce que tu me veux molusque à poil?
    Te détrôner! Tu as dépassé l'âge limite.
    - Ta jeune révolte me semble autant pathétique que stérile.
    Cause toujours blanchette, je vais mettre fin à ton nihilisme irrationnel si haut perché.
    - Ma bichette, ton vitalisme d'une poésie si raffinée me plaît bien.


  • Les experts au sommet de l'Olympe

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    Empoignade générale autour du meilleur joueur du monde Nicolas Karabatic, un français qui n'est pas né à Romorantin.

    Ils viennent de remporter le titre de champions du monde en Croatie devant un public banalement chauvin, pour ne pas dire davantage.
    L'équipe de France de hand ball a imposé un jeu imprévisible tout au long de cette compétition. Un jeu multiculturel. Un sport de haut vol. Quasiment proustien.
    Six mois après avoir décroché le titre olympique. C'est unique dans les annales du sport français. Il serait bon que les télévisions s'y intéressent à ce sport magnifique. Naturellement, les "annonceurs", le roitelets de la pub ne se précipitent pas au portillon. Dès lors, le hand ball demeure confidentiel. Est-ce que c'est dommage? Finalement, non. L'argent n'a pas grand chose à voir avec ce succès historique. Bravo les gars en bleu, vous avez plus que mon estime.

  • Ligne 11

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    Photo Yann G.

    Elle entra dans la rame et me bouscula
    Peu après l'heure du Grand passage
    La démarche empêtrée de solennité
    Elle ouvrit son sac et déboucha un Cormac Mc Carthy
    Soudain, elle s'adressa aux voyageurs:
    Ceci est mon pain
    Ceci est mon sang.
    Puis elle rompit le livre de ses mains.