12.09.2009

Mai, mai , mai, Paris mai

images.jpgPour être tombés de l'arrogance féodale d'une famille bourgeoise de province à la condition de prolétaire parisien, nous n'étions pas vraiment pauvres mais plutôt maigres. Les gueules noires venues des terrils du Nord défilaient aux portes de la ceinture rouge de Paris. Notre soeur aînée battait la semelle devant la boutique Charles Jourdan et laissait un mois de salaire dans une paire de bottes en chevreau. Papa était juste sorti de taule. Il avait su trouver ensuite à se reconvertir dans le consortium automobile qui, de ramification en ramification, tisse d'une guerre l'autre la toile de vie occidentale. Je voyoucrassais le jour et lisais tous les romans russes la nuit à l'aide d'une lampe de poche glissée entre la couverture et le drap. Le reste du temps, j'avançais jusqu'à ces contrées communes de l'existence où personne ne s'aventure sans masque, tant l'oxygène y est raréfié.

Je me posais les questions que mon extrême naïveté me faisait trouver habiles devant un auditoire plus enclin à la grivèlerie qu'à l'analyse exploratoire des "Bas-fonds". Et puis, un soir, je décidais enfin de rejoindre ma soeur toujours bien nippée et chaussée, rue Champollion. Elle venait de s'extraire d'une petite assemblée ensevelie derrière un nuage de fumée de Gauloises et de Gitanes sans filtre: "Viens, je vais te présenter!"

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Arthur Adamov

- Arthur (Adamov), Roger (Blin), Samuel (Beckett), Eugène (Ionesco), ce fil de fer, costumé en dandy des faubourgs, est mon frère.

Je venais de m'extraire, depuis une heure seulement, d'un fauteuil rouge du Marcadet Palace encore tout excité par l'ironie féconde d'un blondin longiligne, bluffeur bretteur devenu mon héros du jour et que je découvrais, ébahi, dans "Le bon, la brute et le truand."

Quelques minutes plus tard, les CRS balançaient, pour la première fois en ce mois de mai, des gaz lacrymogènes dans l'étroite ruelle sorbonnarde...et tout le quartier latin.

 

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Commentaires

Adamov, un jour que je prenais un verre avec une amie qui le connaissait, lui demande (sans se départir d'un air triste à mourir) comment elle va. Elle lui annonce qu'elle vient d'avoir des jumeaux. Ils sont très intelligents dit-elle. Alors ils seront très malheureux a-t-il répondu. J'étais très jeune, mais cette phrase m'a hantée. BàV

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Ecrit par : Zoë Lucider | 12.09.2009

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Rhââââ...!!!!
C'est trop court. Trop bon. Lâche un peu la bride, sinon je vais me fâcher et te tenir la plume. Allez, au taf, fainéant !

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Ecrit par : Isolde | 12.09.2009

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Le photographe Willy Ronis, doyen des photographes français, s'est éteint samedi à l'âge de 99 ans, a indiqué à l'AFP le PDG d'Eyedea Presse, dont dépend l'agence de photo Rapho où il travaillait.

Le photographe, qui ne se déplaçait plus qu'en fauteuil roulant, était affaibli par son grand âge et les dialyses "qu'il subissait régulièrement", a précisé Stéphane Ledoux, patron d'Eyedea (Gamma, Rapho...).

Mais "il a été clair dans son esprit et pétillant jusqu'au bout", a-t-il souligné.

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Ecrit par : Willy Ronis n'est plus | 12.09.2009

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Tout pareil que Dame Isolde (que je salue au passage, ça faisait un petit bail... J'espère que vous allez bien et que l'été vous fût agréable ;-))
Ton "je" nous régale par sa puissance, son sens retrouvé, et nous frustre par sa brièveté. Egoiste ! ;-) A moins que tu te retiennes afin de nous entendre supplier : encore... encore ! ;-p
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Ecrit par : M. | 13.09.2009

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Puisque je vous sais admirateur des écrivains américains (les plus grands si j'en crois les échos de vous qui me parviennent) je vois que chez vous aussi les Etats-Unis ont gagné la guerre froide. Puisque les écrivains russes semblent être tombés d'une place au Panthéon du style !

Je vous envie. Des les avoir côtoyés, d'en avoir fait l'expérience physique. Dans Blin devait être un peu de Genêt en pousse -Genêt, toujours. Beckett. Un héros. Adamov et la voix de Brecht, Brecht que j'adore de tout mon être, qui me fait toussoter le verbe. Mais Adamov, déjà.
Je ne connais personne, physiquement, des petits écrivaillons, parfois, des demi-artistes. Des journalistes -sans mépris aucun pour les journalistes- talentueux qui prennent le feutre et le stylo. Mais pas l'ombre d'un géant, pas le souffle d'un héros. Cette époque est vierge.
J'aimerais là vous écrire mieux, et plus. Mais ces noms qui farandolent et se gondolent devant mes yeux. C'est trop d'émotion jalouse d'un coup, trop d'envie de fouiller dans vos souvenirs pour me les infuser. Je ne sais pas si ça se vole, je demanderai à Genêt -Genêt encore.

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Ecrit par : boudi | 14.09.2009

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Comme de coutume, je me dois de saluer votre esprit de synthèse. Ce qui a fondé votre vie de jeune homme, ici résumée en quelques phrases définitives, n'en finira jamais de m'étonner. C'est prodigieux. Et je baise mes mots.

Alors, que découvre-je de retour de vacances? Un petit nouveau. Boudi sauvé des eaux bloguesques. Un talentueur sans aucun doute. Un rapide de la gâchette et, jeunesse oblige, un aficionado du raccourci.
Monsieur Boudi, du calme! Celui-là, dont vous semblez admirer et jalouser les rencontres, peut vous torcher le bulbe rachidien en un clin d'oeil. Il peut surtout vous raconter entre la poire et le fromage ce qui l'a attiré dans l'écriture de Flannery O’Connor quand celle-ci prolonge la critique luthérienne des bonnes œuvres, mais aussi la réflexion de Kierkegaard sur la nécessité de maintenir séparés les plans éthiques et religieux. Il peut encore vous amener à examiner les stratégies provocatrices qu’elle adopte pour contrarier les présupposés humanistes de son lectorat.
BT, vous l'avez bien capté je crois, n'est pas un pitre endimanché de la blogosphère. C'est un passeur de sens. Au sens le plus noble. Ses analyses sont souvent fines et rigolotes. Ce qui nous importe c'est qu'elles éclairent de nombreux détails, et ce, de manière originale. Ce n'est pas donné à tout le monde, vous en conviendrez. Un jour, peut-être, il vous contera ses "aventures". Je vous le souhaite.
En dénichant des cèpes ou des trompettes de la mort dans les forêts qu'il affectionne, il vous dira pourquoi il aime à passer, chez lui, quelques jours tranquilles entre Vézelay, Dun les places et du côté d'Alligny en Morvan sur les pas d'un certain Jean Blanc dit Jean Genet devenu l'académicien du mal. Monsieur Boudi, j'espère qu'il vous racontera comment et pourquoi il a rencontré à New York, pardon Harlem, Genet discutant avec les "Black Panthers". Songez alors qu'il n'avait que vingt ans.
Bref, vous n'êtes pas parvenu au bout de vos surprises...
(Sourire d'une retraitée de la dialectique qui peut encore casser des briques)

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Ecrit par : Margot | 14.09.2009

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- Réflexions personnelles sur commentaires –
« (…) alors ils seront très malheureux a-t-il répondu » ; je comprends que cette phrase vous ai hantée… Jeune, elle m’aurait surprise. Jeune, elle m’aurait hérissée l’échine. Jeune, je me serais rebellée.
Aujourd’hui, je sais sa vérité.

Le photographe Willy Ronis est mort…
Un des derniers grands vrais photographes restant…
Je trouve la notation sur sa santé d’une inutile et obscène impudeur.
Les photographies qu’il nous laisse, suffisent à éclairer sur sa clairvoyance.



Sieur BT, j’aime ici votre prose et son ton « voyoucrassé »…

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Ecrit par : Eligeia | 14.09.2009

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Whaou. Reine Margot, comme vous connaissez bien le loup du Morvan. Chapeau la retraitée.

Marion, je vous lis et c'est un régal. J'aime bien vos errances en écriture. Il y a encore du chemin à faire mais vous êtes sur la bonne voix. Allez, je vous embrasse et n'y revenez plus! :-)

Je suis d'accord avec vous Eligia. Quelqu'un qui a su inventer l'humanisme du regard photographique et dans la foulée passer au peigne fin le tragique social durant le 20ème siècle mérite mieux que ce rapport d'interne à son chevet.

Boudi, oubliez la guerre froide et laissez de côté votre anti-américanisme. Raymond Carver s'est largement inspiré de Maupassant. Cormac MC Carthy, de qui? Je vous le demande juste pour voir. Vous devriez rencontrer le tôlier au lieu d'écrire des conneries de Khâgneux amoureux du bon vieux temps des Hussards. Il n'y a que le talent qui nous intéresse. Pas celui qui est estampillé de la carte d'un parti ou celui d'une communauté "qui a beaucoup souffert".

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Ecrit par : Isolde | 14.09.2009

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Je me sens un peu étourdie par les commentaires, il y a un savoir qui me dépasse et une atmosphère qui m'est étrangère, alors je te dis juste que, par coïncidence, je suis en train de relire "Crime et Châtiment" et je m'en régale, et ...je t'embrasse.

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Ecrit par : Dana | 14.09.2009

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Ce commentaire est un magma glacé. Très mal rédigé, j'en souffre presque de le laisser ici, mais je pourrai mieux répondre.

Je suis mal compris, disons que je m'exprime mal.
J'aime la littérature américaine mais je la trouve truquée. Ne confondons pas raccourci et formule. La guerre froide, l'opposition russo-américaine n'était qu'un prétexte au bon mot. Les premiers russes -dont les immenses Tolstoï et Gogol- ne sont pas soviétiques. C'était un jeu de sens, d'opposition, d'habitudes.
J'aime beaucoup Normal Mailer et il me faut lire Toole, génie fulgurant, Masaccio de la littérature.
De Kierkegaard je retiens avant tout qu'il fut le premier philosophe désespéré. J'en suis tombé amoureux en terminale, quand il me racontait le Dom Juan de Mozart.
Mon écrit dépasse souvent ma pensée parce que je la plie à l'impératif de l'esprit, que j'y glisses ses traits, sa flamme qui roule, parce que je ne hais rien plus que les phrases sèches que j'aligne si j'ai à disserter sur "l'évolution de l'obligation de moyen dans le cadre de la responsabilité contractuelle". Je porte le verbe haut, un peu trop, et je me mouche dans toutes les lignes qu'on allonge. Que vous allongez, que blog trotter initie.
Quand j'écris "C'est trop d'émotion jalouse d'un coup, trop d'envie de fouiller dans vos souvenirs pour me les infuser. Je ne sais pas si ça se vole, je demanderai à Genêt -Genêt encore." Il faut lire en creux ; je ne peux vous en vouloir de savoir me lire. Je ne suis pas sûr d'y arriver moi-même. Je dis autre chose, derrière ce verbe...excité. C'est une manière d'en réclamer plus. Avec les yeux avides mais puissants de la jeunesse : la mienne.

Je sais chez Cormac Mc Carthy le refus de Proust et qu'il est le fils de Faulkner. Mais s'il se prétend d'une paternité française, vous me l'apprendrez, j'imagine.
Les hussards. Si Nimier écrivit le hussard bleu n'oublions pas que Giono vit le sien sur le toit. J'aime les auteurs qui sentent le soufre mais ce n'est pas une excuse à l'absence de talent. Si Rebatet avait écrit comme, je ne sais pas, Vian, je l'aurais jeté dans l'étroite cellule que la "plume" de je suis partout méritait. J
e me fiche que l'on sorte d'un charnier pour écrire, que l'on soit gerfaut ou oiseau de feu, tant qu'on a du talent, en ai-je (j'en reviens toujours à moi, le Narcisse défiguré), nous verrons, vous verrez.

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Ecrit par : boudi | 14.09.2009

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J'adore cette réponse. J'étais certaine que vous viendriez en quatrième vitesse, Boudi. Merci. (Je retourne faire bombance)

Ps : Bises Marion, j'ai bien reçu le pigeon voyageur.

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Ecrit par : Isolde bis | 14.09.2009

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http://fr.wikipedia.org/wiki/Masaccio

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Ecrit par : Masaccio | 14.09.2009

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It's too difficult for me undestand all your french words... but I send you a big hug and many kisses, my dear, dear, dear lapin!

un bacio amore mio!

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Ecrit par : fiammetta | 16.09.2009

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Pour une soixantehuitarde c'est un "Chant d'Amour" pavé de mégots de boyards papier maïs: elles s'éteignent et se rallument aussitôt...les cigarettes.

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Ecrit par : Sylvaine | 19.09.2009

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Dix jours sans rien à se mettre sous les pupilles. C'est un peu long long :-)

Je pense comme dame Sylvaine; c'est un chant d'amour.

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Ecrit par : Françoise | 22.09.2009

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