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  • La naissance de l'art (suite)

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    Photo Raphaële Bruyère

    Saurai-je un jour écrire ce qui me lie avec cet animal blanc? Dire pourquoi je songe chaque jour à ce temps inacceptable où elle ne m'adressera plus la parole. Oui, oui, je connais la chanson : Il ne lui manque que la parole...!
    Je flaire le moindre de ses désirs, faux étonnements. Renifle ses agacements feints ou réels. Quand j'écris, elle me fixe pendant de longues minutes. Témoin numéro un de mes errements en écriture. Depuis douze ans, ce rituel a fait bon ménage avec la page aussi blanche que sa fourrure. De fait, nous entretenons un rapport animal lors de nos errances territoriales et dès lors que nous entrons dans celui de la création. J'observe les signes quelle émet avec son museau face au vent puis face à mon bureau.
    Deux yeux de chienne scrutent avec moi la naissance des mots, la fonction existentielle de la littérature, ma recherche de la légèreté comme réaction à la pesanteur de vivre.
    Saurai-je un jour raconter nos longues promenades sur son propre terrain ? C'est elle qui m'a fait découvrir la justesse des mots murmurés dans l'abécédaire du sieur Deleuze et son fameux concept de déterritorialisation. C'est encore elle qui m'indique le chemin de la sortie du territoire.



    Je suis en pleine déterritorialisation. (Hommage appuyé à Anaximandrake et madame)

    J'ai su apprendre à lire, grâce à elle, les chemins de passages de sangliers en rampant dans la futaie et une armée très organisée de taillis.

    Bien. Je vais répondre ici brièvement à vos commentaires pour vous avouer que je suis actuellement en plein travaux des champs. Je foreste, je taillle, je cherche des champignons en Bourgogne et je n'ai pas Internet. C'est très agréable, vous savez.

    Ils sont délicieux vos commentaires. Toujours inspirés. Pardonnez mes absences, je suis surtout en travaux d'écriture et j'en bave. Festina lente.

    Qu'il m'est doux de m'extraire du monde et de sa grande agitation. Pour ce qui est de la rapidité, en ce début de siècle où la motorisation fait rage, que l'électrique pointe à l'horizon, je cherche la combinatoire alphabétique qui demeure, nous dit-on, à la tête des moyens de communication.

    Galilée l'avait vu en son temps.

    Mais ici encore, gardons-nous de simplifier (hein Boudi ;)

    Un peu d'Italo Calvino, pour la route:

    Quel fil tirer pour avoir en main une conclusion? Il y a le fil qui relie la lune, Léopardi, Newton, la gravitation, la lévitation... Il y a le fil de Lucrèce, l'atomisme, la philosophie de l'amour de Cavalcanti, la magie de la Renaissance, Cyrano...

    La réussite de l'écrivain en prose comme en vers, tient à un bonheur d'expression verbale que peut amener parfois une fulguration imprévue, mais qui, d'ordinaire, implique une patiente recherche du "mot juste", de la phrase où chaque mot reste irremplaçable, du rapprochement de sons et de concepts le plus efficace possible et le plus riche de sens.

     

    Retour à l'anormal, début octobre. Bisous et douceurs à tout le monde.

     

     

    Philosophie de l'amour

     

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    Il y a du pain sur la planche.

     

  • Mai, mai , mai, Paris mai

    images.jpgPour être tombés de l'arrogance féodale d'une famille bourgeoise de province à la condition de prolétaire parisien, nous n'étions pas vraiment pauvres mais plutôt maigres. Les gueules noires venues des terrils du Nord défilaient aux portes de la ceinture rouge de Paris. Notre soeur aînée battait la semelle devant la boutique Charles Jourdan et laissait un mois de salaire dans une paire de bottes en chevreau. Papa était juste sorti de taule. Il avait su trouver ensuite à se reconvertir dans le consortium automobile qui, de ramification en ramification, tisse d'une guerre l'autre la toile de vie occidentale. Je voyoucrassais le jour et lisais tous les romans russes la nuit à l'aide d'une lampe de poche glissée entre la couverture et le drap. Le reste du temps, j'avançais jusqu'à ces contrées communes de l'existence où personne ne s'aventure sans masque, tant l'oxygène y est raréfié.

    Je me posais les questions que mon extrême naïveté me faisait trouver habiles devant un auditoire plus enclin à la grivèlerie qu'à l'analyse exploratoire des "Bas-fonds". Et puis, un soir, je décidais enfin de rejoindre ma soeur toujours bien nippée et chaussée, rue Champollion. Elle venait de s'extraire d'une petite assemblée ensevelie derrière un nuage de fumée de Gauloises et de Gitanes sans filtre: "Viens, je vais te présenter!"

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    Arthur Adamov

    - Arthur (Adamov), Roger (Blin), Samuel (Beckett), Eugène (Ionesco), ce fil de fer, costumé en dandy des faubourgs, est mon frère.

    Je venais de m'extraire, depuis une heure seulement, d'un fauteuil rouge du Marcadet Palace encore tout excité par l'ironie féconde d'un blondin longiligne, bluffeur bretteur devenu mon héros du jour et que je découvrais, ébahi, dans "Le bon, la brute et le truand."

    Quelques minutes plus tard, les CRS balançaient, pour la première fois en ce mois de mai, des gaz lacrymogènes dans l'étroite ruelle sorbonnarde...et tout le quartier latin.

     

  • Un prince sans rire

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    Il a dit beaucoup plus tard : "J'ai bien rigolé."

    Il n'a pas dit: Je n'ai cessé de rire.

    Sait-il faire la différence entre rire et rigoler?

    Sait-il que rire cela se partage, entretient la convivialité. Donne à entendre plus que le partiel. Le rire ne cache pas la vérité alors que souvent l'on rigole des autres. Ainsi pensait-il ne pas se mettre en danger.

    Il est souvent resté en retrait. Il s'est même fait tout petit, presque nain, pour sortir grandi d'un séjour qu'il a pensé être un retour chez l'homme des casernes. Il avait dit : "Je ferai un compte rendu sarcastique."

    Avait-il tout prévu? Préjugé de sa hauteur de vue? Il n'a pas été tendre, finalement. Il doit penser que c'est une faiblesse.

    Je ne me souviens pas de l'avoir entendu rire à gorge déployée. Par contre, j'ai enregistré toute la variété musicale des rires rassemblés autour de ma table. Sans doute mon meilleur souvenir de ces journées qui font dates et dont la longueur d'onde se mesure lontemps après les avoir vécues.

    Qui s'élève en rampant retombe toujours sur ses pattes.

     

  • Plis et reliefs

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    Heureux événement. Le magazine américain Glamour vient de publier la photo (DR) d'une femme mannequin qui affiche un large sourire et quelques rondeurs. Lizzi Miller, 20 ans (79 kilos pour 1,80m) "se sent bien dans sa peau" et cela se voit. C'est Ingres qui doit être content.
    On aurait jamais du quitter Montauban... (Audiard).

    Va-t-on pour autant assister au retour de la gironde sur les petits écrans savonneux? Retrouver la dignité humaniste et verticale de la hanche avec larges prises pour poignets afin de ne plus identifier et incorporer les femmes dans les canons de la "beauté" anorexique? Entre ses plis, Lizzi sent qu'elle s'appartient; elle jouit de sa singularité infime mais toujours vulnérable. Héroïne du refus, elle se dérobe à la prostitution calorifique généralisée pour se défendre, aussi, de l'engrenage de l'identique. Toutes mes félicitations, Lizzi.