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  • Des têtes d'époque

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    La première fois que j'ai entendu un homme se préparer à mourir, c'était dans ce village ancré sur les rives de la Cure et situé aux prémices du Morvan. Bessy sur Cure, donc. "Heu là, heu là que j'chouffre..." qu'il répétait à chaque minute jusqu'à son dernier souffle entre ses lèvres envahies par une moustache lustrée et bouclée. Il y avait le maire dans la salle à manger, le curé dans la chambre et une ribambelle de cousins et cousines dispersés dans toutes les pièces de la grande maison burgonde. Il y avait ma mère que l'on distingue sur la photo, juste derrière les mariés. Des gens qui avaient une tête d'époque. Celle du garde-champêtre à la barbe puissante et au tambour major. Je pense que cette photo date des années trente.
    Des contemporains de Colette, née à quelques kilomètes de là. Avec des roulements de r bourguignons dans la bouche, comme la romancière de la Puisaye, mais riches d'un patois morvandiau tout de même. Quelques-uns de ces gens ont vu arriver le premier train: la "micheline", l'eau enfin canalisée. Néanmoins, la cabane au fond du jardin est restée bien longtemps après en place. Il n'y avait pas de salles de bains. Je me souviens quand même d'avoir vu mes soeurs porter chacune une buche à l'école, l'hiver. Je me souviens d'avoir bu chaque jour la timballe de lait imposée par Mendes dans les années cinquante sur les bancs de l'école. L'après-guerre avait installé quelques manques au niveau vitamines. Je me souviens d'avoir usé la route de Bessy-sur-Cure avec mon petit vélo. Je me souviens avoir détesté le fait d'être obligé d'aller chaque matin embrasser ma grand-mère paternelle.
    Je me souviens de Robert Bréchat, des grands slurps qu'il faisait en avalant sa soupe. Je me souviens de ses grandes moustaches jaunies par la nicotine. Je me souviens du nom du Président de la République: René Coty. Je me souviens de Radio-Luxembourg. Des feuilletons radiophoniques. De "Signé Furax", de Zappy Max, du génie de Pierre Dac et de Francis Blanche.
    Je me souviens des "Chaussettes noires" au marché couvert d'Auxerre, d'Eddy Cochrane...de "Salut les copains".
    Je me souviens que la radio a toujours fait partie de ma vie et qu'elle demeure indispensable à mes oreilles.


  • Extinction d'une voix

    296749013.jpgUne voix de jeune fille au père (le sien était diplomate puis ministre au temps du grand Charles), un filet de voix espiègle qui aura tout d'abord marqué les auditeurs embouteillés de FIP : "Dimanche soir, vous vous êtes tous donnés rendez-vous Porte d'Orléans. Vous n'avancez pas et c'est bien fait pour vous...."

    Puis une "Oreille en coin " sur France Inter qu'elle n'aura jamais quitté jusqu'au moment où juste avant l'été : " J'ai un cancer, voilà, c'est tout." Kriss Graffiti qu'elle s'était fait appeler. Puis son émisssion au long cours Kriss Crumble.

    Un peu de sucre, l'acidité de la pomme, des émissions foutraques, beaucoup de coeur à l'interview des humbles et des sans grades. Une chaleur humaine inaltérable. Une fille sympa que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître. C'est bien dommage et surtout trop tard. Elle avait 61 ans.

     

  • HLM sur mer

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    Plus grand paquebot du monde construit dans un chantier finlandais (Photo DR)

    On connaissait déjà les cages à poules ancrées sur la côte espagnole, voici maintenant Sarcelles sur mer basée en Floride. La croisière Conforama (à raison de 592 euros la semaine) qui s'amuse comme elle peut. Nom de l'édifice et de l'hypermarché flottant : "Oasis of the sea". Il ont une drôle de gueules les orangers. Manque plus que Carlos se trémoussant dans les coursives. Malheureusement, il n'est plus là pour faire danser les bulbes rachidiens à bedaines généreuses.

    Revenons sur terre. Pas de panique à bord du Blog_trotter. Je fatigue, certes, mais ne raccroche pas les gants ni le gland. Juste un ralentissement. Lentement rappelé au monde, ce que je cherche est situé plus loin, plus haut. Mes mains ont du travail (d'écriture) à profusion. Les mots m'incitent à remonter vers le Nord pour visiter une nature encore intacte. Et pourtant, je vis dans le Sud et c'est pas tous les jours Byzance...

    Plutôt la Sicile et ses malfrats, son clientèlisme et sa fatalité au long cours. Bref, il y a du pain sur la planche pour faire sauter quelques verroux installés en force par quelques verreux. Dire que nous sommes encore dans le pays des doigts de l'homme et des Lumières relève de la flagornerie voire du handicap mental. Oh monde truelle!

    Chaque jour, je n'hésite pas à me rendre chez "L'autofictif" (Eric Chevillard) pour aiguiser mon appétit. J'y ai pioché cette sentence, il y a peu:
    "Puis nous ressortons. La vie nous attend sur le seuil, la ville, le chantier du tramway. Un bulldozer s’énerve dans la tranchée. Je suis la réalité, dit-il. La candeur des bulldozers m’étonnera toujours."



  • Promenade transversale dans la bien pensance

     

    Il pleut des éditos sur les blogs. C'est la fête à Sarko, quotidiennement. Juqu'à l'obsession. Tous les déçus de l'utopie se refilent sous le coude numérique les petites phrases balbutiées ou copiées-collées à la hache par le stalinain de jardin. Tout est de sa faute. La crise du couple, l'apparition des chenilles processionnaires, le nitrate en Bretagne, les vaccins anti-grippe H1n1, les divagations de Ségolène. Le tragique de répétition jusqu'à la lie. La politique revue et corrigée par une société anonyme camouflée derrière des pseudos aux affinités électives: Soigne ton gauche au prozac, Marianne fesse folle, Eunuque bandant neuf, La chipie déglinguée, Gaspi le magnifique, Rose crémière, Petit salaud aux Antilles, Priapisme et couille molle, Anna et ses soeurs frigides...*

    Rubrique à brac: Journaux intimes à tous les étages. Mixtures de l'optionnel dans une zone moralement grise. Bouillie du coeur plus ou moins bien intentionnée. Douleur à partager par tous les naufragés volontaires de la toile et du commentaire had hoc. Je souffre donc je suis. Souffrants de tous les pays, punissons-nous!

    Rubrique sport: Je hais le football, bien sûr, source de toutes les violences machistes modernes. Un jeu inventé par des étudiants anglais et transformé en machine de guerre par le grand capital médiatique pour masquer le grand vide idéologique d'aujourd'hui. Le fourre-tout de la chef de produits humanistes et du prof en rupture de mamelles fraîches. Le gros de la troupe sur la toile franchouillarde.

    Rubrique Société et culture: Tous spécialistes du rien, inventeurs de l'éphémère durable, de l'oxymore moi le noeud. Tous des thérapeutes regroupés dans des ateliers d'écriture automatique par l'hypnose. Et vas-y que je te congratule, que je te jalouse, que je te brosse le cuir, que je fais semblant d'être né sous le signe de la tolérance incarnée. C'est le règne du "Je t'aime, moi non plus". Je vais et je viens entre tes posts et je fais du chiffre pour gonfler mon audimatraquage.

    Rubrique politique internationale. Bientôt une journée internationale de la supercherie bio bobo de Millau à Seattle. Tous des écolos/anthropologues. Leitmotiv: L'Afrique souffre encore de la colonisation et nous devons donc souffrir avec elle. Quels sont ses mythes fondateurs? Le monde de bisounours, il va sans dire. Avant le foot et la colonisation tout allait bien dans le meilleur des mondes. Prime à la case biblique du départ, "La musique de ces gens est tellement entrainante".

    Rubrique Dédé la brocante: La tendance bloguesque à tout réduire à des rubriques, des options, est une piêtre défense pour un monde virtuel déboussolé dans lequel il est de plus en plus difficile de dire raisonnablement ce qui est nécessaire et fondamental. Mais la vie n'est pas dogme ni système. Mieux vaut célébrer ses contradictions créatrices plutôt que se repasser le sel indéfiniment en une confuse orgie de groupe et une perpétuelle auto-célébration névrotique.

    * Tous ces pseudos sont de la rédaction.

     

    Ps : Ce blog a quatre ans. La fatigue pointe à l'horizon.