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  • Avoir vingt ans à NY

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    By Stéphane Renard

    Cher Fox,

    Demain, à la même heure, tu seras déjà de l'autre côté de l'Atlantique. Chez tes "cousins" de Montréal. Ensuite, un train pour New York.



     

    Dès l'aérogare, j'ai cherché à voir les tours au loin. Il faisait très chaud. Une brume de chaleur flottait au dessus des pointes de l'Empire State et des deux tours du World Trade. Comme si on avait déposé un couvercle de pollution sur la ville d'Art. Dare dare, j'ai sauté dans un taxi. Putain, un noir. Il fumait de l'herbe et m'en a proposé. Direct le mec. J'ai préféré m'allumer une Gitane sans filtre en lui disant que c'était d'la bonne. Il m'a demandé d'où je venais. Normal. J'ai répondu l'Europe. Pas envie de lui dire que deux jours plus tôt j'avais laissé le Vieux-port derrière moi et que Marseille était déjà à l'époque la plaque tournante de la French Connection. Vingt ans au compteur et déjà cette impression de rejoindre le club de ceux qui savent que NY ce n'est pas l'Amérique, c'est de l'inédit de bloc en bloc. Du sur mesure pour les rêves de tous les allumés de la terre...Les mythos, les mégalos, les loosers en chaussures crocos.  Une heure plus tard, en plein "Village", j'affichais devant mes amis une bonne petite admiration tranquille. Dedans, un tonnerre de battements de coeur. Comme après une chevauchée fantastique dans un motel à dix dollars la nuit. Avec le truc à pièces, tu sais, pour venir en aide aux nécessiteux du bassin. Et ces odeurs de moquettes délavées. Les odeurs à NY, il faudrait y consacrer un livre entier. Passer en revue toutes celles proposées par chaque communauté. Voilà, on y vient. C'est à New York que j'ai découvert le communautarisme. Mais auparavant je m'étais bien décidé à flâner, secteur par secteur, à raison de quinze kilomètres par jour. Je disposais d'une semaine puisque je devais bosser dans un discount dès que possible m'avait dit Toby, le boss, à fort accent hébreux. Wall Street, Broadway, West side, le village, Chelsea Hôtel pour tenter de croiser Andy, Harlem pour rendre hommage à Chester Himes et à ses deux héros Fossoyeur Jones et Ed Cerceuil. Suffisait ensuite de traverser ton pont...et de se lancer sur les traces d'Hubert Selby Jr dont j'avais lu le fameux Last exit to Broocklyn. Long Island pour la baignade et surtout pour retrouver la maison d'Einstein. Sans oublier Miles Davis à travers une histoire que m'avait racontée Françoise Sagan qui l'attendait, non sans impatience, dans son hôtel de la Vème. C'était en 1962. Juste avant l'obtention des droits civiques pour les noirs. Il n'a pas été autorisé à la rejoindre... Dix ans après, je débarque donc. Je vais croiser, par hasard, Jean Genet en pleine conversation avec les Blacks panthers sur un trottoir de Harlem. Je lui cause de Chester Himes...Il m'embarque avec son gang, direction une université située à 60 km de Manhattan.

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    Je te raconterai plus tard cet épisode.
    Or donc, j'ai découvert à cette époque une grande publicité lors de mes promenades dans Brooklyn, pas très loin de Bedford Stuyvesant. Sur le panneau, l'on voyait un asiatique qui mangeait une pizza. Tu vois le genre ? Une face de riz qui bouffe un truc de rital. Nous étions en pleine guerre du Vietnam. Du côté de Roubaix, c'est pareil. Business is business. Dans une chaîne de hamburger voilà le Halal imposé parce que le quartier est estampillé maghreb de canard. Le problème c'est quoi ? Il s'agit d'une chaîne de restauration rapide. Plus de choix. Pourquoi pas un Quick sous le contrôle du Beth-Din ? Sous le contrôle du Dalai Lama ? Bientôt le hamburger sous le contrôle du pape ? Et le reste suit. Marchandisation du corps féminin, du coq sportif, dictature de la jouissance obligatoire avec des sex toys. Panne de désir et d'idéologie. Pas de problème, passe à la pharmacie. Nous sommes champions du monde de la conso de neuroleptiques. Un jour, il y aura une pub représentant une femme, portant la burqa, assise sur un cochon et trinquant avec des viticulteurs du Beaujolais. Tout ce remue-méninges est réservé à ceux qui regardent la ferme des célébrités. Qui connaissent les noms des joueurs de basket ball us et ceux de tous les groupes de rap mais qui ignorent le nom du maire de leur ville, voire même celui du président de leur région. Tu sais, il s'habillent avec des frusques de rappeurs, s'affichent avec la coupe de cheveux "Nation of Islam" (version Louis Farrakhan) mais ils détestent l'Amérique dans son ensemble, celle qui a humilié leurs brothers en Irak et tous ceux des territoires occupés. On va le payer cher et sur la durée. Et toi, Maître Renard, tu tentes de stopper l'atomisation, la dispertion des communautés, la haine nichée dans ses retranchements et ses quartiers de "noblesse" tel le combattant du social selon la formule de Bourdieu. Ne t'inquiète pas, même s'il n'y en a qu'un sur cent qui passe la rampe, c'est déjà pas mal. Les valeurs de la République, celles de Jaurès, ne pèsent plus très lourd dans ce monde alors si en plus tu parles de la lutte des classes à des mecs qui t'embrouillent le grand frère de la téci à longueur de journée pour contrôler l'économie souterraine, tu n'es pas au bout de tes peines. Il y a déjà une petite bourgeoisie issue de l'immigration maghrebine. Qui se fringue avec de la marque. Et je peux t'assurer que celle-ci n'ira plus bouffer des tranches de boeuf Halal et des lambeaux de dindes au Quick du coin. C'est comme à NY, la bourgeoisie noire se moque bien des gueux du Bronx. (Tiens, je te signale au passage que Miles Davis est enterré dans le cimetière du Bronx).
    La machine à broyer les consciences avance plus vite que toi et moi. Et ça ne date pas d'aujourd'hui. Il y aura toujours des gens qui trouveront des prétextes pour en découdre. Il en sera ainsi tant qu'il y aura des hommes aveuglés par leur narcissisme (léninisme ?). Sourire de fin de soirée.
    Allez, régalez-vous toi et ta princesse ! Il y a de quoi (pré)voir et apprendre là-bas.

     

  • Et c'est ainsi qu'Halal est grand

     

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    Le Quick de Roubaix (Photo AFP)

    Pour mieux répondre à votre attente, mesdames et messieurs, la direction de ce blog est heureuse de vous informer que, chaque lundi désormais, nos produits verbeux seront certifiés Halal. Entamée chez nos lectrices et lecteurs de Toulouse sans oublier Marseille nous souhaitons poursuivre cette expérimentation à Roubaix jusqu'à son terme pour "valider l'intérêt et la faisabilité technique de cette offre commerciale". Le marché de l'alimentation Halal en France est une niche en plein essor, évaluée à près de 5,5 milliards d'euros pour 2010, selon Solis, un cabinet spécialisé dans les études marketing ethniques. "Nous voulons seulement voir comment la clientèle réagit à cette offre".

    Le mardi, la chronique Ravie au lit pour celles qui sont nées de l'autre côté des Alpages. (Soirée sodomie pour les couches-tard dans le club libertin de votre choix)

    Mercredi, jour de repos de nos chères petites têtes blondes et néanmoins françaises, nous présenterons à leurs délicieux parents quelques extraits des oeuvres de Bernanos et Léon Bloy sous le contrôle du Stalker.

    Le jeudi, ne manquez pas la rubrique carpe diem farcie sous le contrôle du Beth-Din de Paris et celui (beaucoup plus bio) de Roumoules (Alpes de Haute Provence). Monge mon fils, monge !


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    Photo Kjartan Mar Magnusson


    Le vendredi, jour du poisson, ce blog sera consacré à la pêche au thon blogueur en Méditerranée et bien au-delà sous le contrôle de Greenpeace.

    Samedi, méditation de groupes bouddhistes et atelier d'écriture en tong sous le contrôle d'Anna de Sandre (et Meuse).

    Le dimanche, repos. Une revue de fesses poétiques sera néanmoins proposée sous l'intitulé : T'aimes ça la poésie, hein, salope! Les messieurs seront invités à s'astiquer le manche via leur web cam sous le contrôle de Brigitte Lahaye.

  • Vous mendierez des nouvelles



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    Tu fais la gueule ?

    - Non, je regarde quelques mésanges huppées qui se dévergondent autour du chêne vert. Qu'elles profitent de mon temps de sieste !

    Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur...Connais-tu ce roman d'Harper Lee ?

    - Oui quand même. Tous les plus grands écrivains américains vivants citent ce roman culte à longueur d'interviews.

    Très bien. Je n'ai donc pas besoin de te rappeler que tuer des oiseaux moqueurs est un péché.

    - Dis, tu ne vas pas bouleverser mon organisation génétique. Laisse-moi roupiller que je reprenne des forces avant d'aller taquiner le merle.

    Tu me rétorqueras que je n'ai rien à dire puisque je n'ai de cesse de cavaler après les lièvres du plateau mais je te signale que je ne suis jamais parvenue à en attraper un seul.

    - Je t'apprendrais à choper un chardonneret si tu veux. C'est une question de temps. Ne pas être ennemi du temps, tu vois. Le mal c'est l'impatience...

    Oui, oui, on la connait ta chanson.

    - Chez vous les canidés, deux mondes s'affrontent en permance. L'intime et le quotidien, le dehors, le dedans. Chez nous les félins il nous suffit de dissocier le visuel du sonore. Chaque son existe pour lui-même dans un lien très indirect avec l'image.

    Deux mondes étanches ?

    - Non, des liens imperceptibles, hors de ta logique canine. Tu ne peux pas comprendre. Je peux jouer avec les sons, les recoller et créer mes propres images avant l'attaque. Je me sers de ce cadeau, réservé aux artistes, qui me permet de sortir d'une réalité illusoire pour entrer dans celle de l'imaginaire.

    ...





  • Culte du nombre et de l'amateurisme

     

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    Jamais à l'heure et tous candidats aux instant ratés.
    (Photo Yann Gensollen)

    Fâcheuse impression que de "s'éditer" sur cette toile. Manque l'essentiel : l'éditeur ou l'éditrice. Il est remplacé par le commentateur. Pourtant, l'attention du lecteur, comme je n'ai de cesse de le répéter ici,  est constamment détournée par des descriptions périphériques. Des phrases coupées au hachoir, trop souvent extraites de livres d'auteurs donc interdisant le décollage, succession de jolis mots empilés dans la remise où puisés dans le Robert que l'on fait revivre via le blog, adjectivation abusive, miroir narcissique sans reflet, explosions de "sentiments" désemparés, tentative de saturation de récits criblés d'absences, mise hors scène du précipice, personnages peu fiables, architectures clinquantes et de carton-pâte, messages délibérement brouillés...

     

    Leur seul signe de reconnaissance : l'absence de style. Souvent compensée par une quantité impressionante de déguisements. Ceux destinés à masquer l'ignorance, une faible capacité à l'étonnement. La carte du tendre, chez ces gens là, est demeurée à quai durant les années soixante-dix. Dieu qu'ils sont bavards les nouveaux blogueurs qui aiment à se parer du titre d'écrivain potentiel, certes amateur, mais en devenir selon la vingtaine de "critiques" appartenant à la cour. Des bobos flingueurs qui s'autorisent tous les excès. Leur violon d'Ingres : Tuer les maîtres qui sont déjà morts mais dont la postérité est en marche. En revenant de l'expo, ils flinguent l'art contemporain, les marchands aussi, en agitant leur drapeau noir (ou vaguement rouge) qui sent l'anti-mite à base végétale.

     

    Le soir, après le turbin, ils villipendent BHL. Ils sont prévisibles, c'est à ça qu'on les reconnait. Ce sont les nouveaux bien pensants. Démocrates pavillonaires donc nouveaux propriétaires, petits-bourgeois radicaux au sens où l'entendait Stirner, il apprennent par coeur le jardinage pour manger bio. Néanmoins, les fautes de goûts s'affichent à la hausse. L'été, ils font leur marché en pantacourt. Participent à des festivals d'atelier d'écriture, de films numériques amateurs. Le soir, pendant la veillée, ils vomissent les philosophes et leurs foutus concepts. Vous avez été génial hier soir disent-il au conférencier à la barbe fleurie. Généralement, ils se trouvent tous géniaux face au barbecue après avoir absorbé un peu trop de Madiran: Les grands crus de Bourgogne, c'est surfait, trop bourgeois. Pas question de s'afficher gourmands à la ville comme à la campagne.


    Tous ces artistes du verbe sont bien sûr d'éminents spécialistes de la géopolitique moderne. Le chaos en Haïti, c'est la faute à l'esclavagisme et à la vengeance des nantis qui ont fait payer leur liberté au premier peuple noir à se constituer en Etat libre. Les tontons macoutes, c'est la faute aux ricains. Et d'un même pas que celui d'un sociologue agrippé aux années gaulliennes, l'Afrique c'était bisounours land avant la colonisation. Rien à dire sur les mythes fondateurs de ce continent. L'Inde ? C'est épicé et plein de jolies couleurs sur les étals. La plus grande démocratie du monde. Rien sur les castes. Un peu de fumette et le spectacle de la misère se digère mieux. La banlieue ? Idem, mieux vaut participer à la victimisation ambiante que de s'y rendre pour examiner d'un peu plus près la force des (dits) faibles. La burqa, no comment, c'est la faute à Sarko.

     

    Hélas pour eux, les blogs sont de plus en plus délaissés par les jeunes qui préfèrent s'afficher sur Face Book d'après une récente étude. Ne resteront que les professionnels de la profession. Comme Pierre Assouline qui accueille tous ces amateurs dans ses commentaires sans mot dire. Quand on est de bonne humeur, il y a de quoi les trouver pathétiques à travers les polémiques, les anathèmes et les sarcasmes qu'ils suscitent. Voici le royaume de la suffisance, de la surévaluation des mérites de ces braves gens qui ont un avis autorisé sur tout. C'est peu pour réhausser le socle de leur statue, et bien mince si l'on songe aux milliers de pages numériques noircies. Mais c'est suffisant pour qu'apparaisse la faiblesse du propos. Rarement convaincant et jamais original.

     

     

     

  • Zoë, soyons imperceptibles

    Ma réponse à votre inquiétude, vous devriez pouvoir la dénicher, quelques part, dans les propos de ce philosophe avec lequel je me sens en totale connivence. Trouverez-vous le temps et la patience de l'écouter? Je vous le souhaite. Faire balbutier la langue...dit-il.

     

    abécédaire gilles deleuze cd3 part 3

    Gilles deleuze | MySpace Vidéo

  • C'était mieux avant

    Avant, nos parents nous disaient : On ne peut pas tout avoir.

    Aujourd'hui, on dit aux enfants: tu pourras tout avoir si tu travailles plus pour gagner plus un jour quand ton patron t'enverra bosser en Thaïlande.

    Avant, l'autorité parentale ne cessait de nous répéter: Attention, passées les bornes, y'a plus d'limites.
    Aujourd'hui, les enfants ne connaissent plus de limites et ils cassent les jouets qui jonchent le sol de leur chambre.

    Avant, on était trois par chambre. Quand il faisait moins quinze dehors, il était exclu de laisser dépasser un pied de l'édredon.

    Aujourd'hui, les travaux d'isolation permettent de payer moins d'impôts. Et les couettes Ikéa sont si vastes que les pieds ne dépassent plus.

    Avant, il faisait bon vivre durant les trente glorieuses.

    Aujourd'hui, les trentenaires ne sont pas très glorieux.

    Avant, on détestait nos parents.

    Aujourd'hui, on les ignore.

    Avant, dans les bonnes familles, on se disait vous.

    Aujourd'hui, on dit : Ta mère elle suce devant Auchan.

    Avant, le Rock'n roll servait de frontière entre les parents et leurs rejetons.

    Aujourd'hui, c'est Internet qui fait la différence entre "parents et transparents". (Libération.fr du jour)

    Avant, on lisait "L'éducation sentimentale" à quatorze ans et en cachette. (Ciné-Revue aussi, cher Fox)

    Aujourd'hui, on s'éduque sentimentalement à douze ans en regardant Youporn.com.

    Avant, on pensait que Greta Garbo était une star.

    Aujourd'hui, on nous Claudia Schiffer.

    Avant, on vénérait les écrivains, le grand style.

    Aujourd'hui, tout le monde il est écrivain en alignant des phrases sur son blog. Il y a même des ateliers d'écriture.

    Avant, on faisait du neuf avec du vieux.

    Aujourd'hui, on fait du vieux avec des jeunes.

    Avant, on détestait s'ennuyer.

    En vieillissant, l'ennui est devenu un luxe.