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  • Nuage non identifié

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    Un nuage lanticulaire (Altocumulus lenticularis) photographié hier après-midi

    Même les paranos ont des ennemis.
    Eux qui voient des espions dans le ciel. La météorologie est leur religion. Elle leur donne du zèle. Clef de voûte de cette vaste entreprise de lavage de cerveau, la liturgie publicitaire qui vampirise leurs rêves.
    La tautologie fonde un monde mort disait Roland Barthes.
    Soyons bref: la sur-consommation de produits et d'images est une anesthésie de masse qui adoucit les petits meurtres entre amis dingos et la texture du danger. Elle change la réalité en fantasmes.
    Parfois les nuages préfèrent avoir de la fuite dans les idées et voir dans les formes que leur inspire le vent une métaphore multiple de la condition humaine.


  • Dennis Hopper va se faire la malle

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    73 ans, un cancer de la prostate en phase terminale, 45 kilos aujourd'hui.
    (Photo Reuter)


    Rien que ce film "Easy Rider "qui claque au vent de l'histoire du 7ème art. Caméra sur l'épaule ou arrimée sur la plate-forme d'un pick-up truck, Dennis Hopper a écrit et réalisé ce "Harley movie" (avec Peter Fonda) pour nous présenter l'Amérique profonde de la fin des sixties. Une échappée belle dans l'Amérique qui freinait des quatre fers devant le Rock'n roll, les déhanchements sexuels d'Elvis et qui venait à peine de découvrir qu'un noir pouvait s'introduire dans la salle à manger pour le dîner.
    Une joyeuse troupe de camés, porteuse de la contre culture ... en herbe.
    Denis Hopper, l'indiscipliné, le rebelle, l'enfant de la narine, va s'endormir dans les jours qui viennent. Pourquoi attendre la mise en boite, le jour du  grand sommeil, pour lui dire merci. A ses cinquante ans de carrière, ses apparitions d'archange rustaud aux yeux bleus acier trempé dans  «Johnny Guitar» (1954) et «La fureur de vivre» (1955) de Nicholas Ray, «L’ami américain» de Wim Wenders (1977), «Apocalypse now» de Francis Ford Coppola (1979), ou «Blue velvet» de David Lynch (1986)...
    Pourquoi attendre et rappeler qu'il s'est inspiré de la Nouvelle vague, du néoréalisme italien dans toute son oeuvre de prince sans rire. Une gueule comme la sienne ça s'imprime bien volontiers dans la mémoire cinématographique mondiale.
    Il arrivait ponctuellement en retard aux tournages et dans les dîners, mais il n'a jamais raté le train de l'Histoire du cinéma de son temps. Une voix de grand brûlé qui s'était mis à pleurer sur un plateau de télé en racontant ses dérapages et ses fractures d'enfance. Pour lui, et pour chacun, il est nécessaire de revenir à l'enfant, si l'on veut déceler la blessure de l'adulte par où l'encre de ses yeux coule. (Merci Cabrel)
    L'explication de son talent explosait à la figure des spectateurs. Indubitable cette tristesse, cette crispation des mâchoires d'un visage sans cesse partagé entre le sourire des lèvres et la buée des yeux soigneusement dissimulée derrière des Ray Ban. Ce que le client d'un rade de la route 66, accoudé au comptoir et piquant de sa fourchette les deux seins d'oeufs au bacon, pouvait apercevoir d'un simple coup d'oeil à travers la vitre.
    Il n'a jamais su ni voulu échapper à son incontrôlable passé. A-t-il été un jour heureux ? On en doute.
    Bonne route, Dennis !




  • Un chemin ordinaire

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    Photo Kjartan Mar Magnusson



    Les pieds du hêtre se sont glissés sans hâte dans les interstices du temps.
    Il a décidé de s'installer là sur un chemin menant à la dernière résidence de Marie Madeleine.
    D'après l'ONF, c'était pendant la révolution française. Aujourd'hui, il mesure 43 mètres.
    Il ignore superbement ses concurrents qui ont pris racines sur "Le Chemin des rois". Depuis François 1er, pas un monarque n'a manqué le rendez-vous avec cette forêt autant relique qu'initiatique.
    François Mitterrand fut le dernier.
    Des millions de pèlerins ont usé les marches menant à la grotte. Le grand arbre a vu passer des licornes, des nourrices peintes par Rubens allaitant de futurs énarques. Des autistes de la politique aussi. Des candidats au grand chelem.
    Maître de l'humour, il recense ce qui ne va pas, murmure parfois des chansons qui serrent le coeur et n'a de cesse de ramener sa virtuosité aérienne sur cette terre où l'on n'est pas souvent heureux.
    Les jours de grand vent, il organise des féeries à grand spectacle pour se consoler de la méchanceté des humains, de leur empressement à se détourner du bonheur et de l'amitié.


  • No comment

     

    Ouverture du magasin H&M avec la collection Sonia Rykiel.

    Ça se passe dans le centre ville de Toulouse.

  • Journal d'un homme de chambre

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    Que la montagne est belle...


    Chambre 1 :
    Un couple de volumineuses allemandes. Visiblement lesbiennes depuis la mort de Fassbinder. Celle qui dort côté fenêtre vient d'entamer la lecture d'un pavé : "Les secrets du Da Vinci code".
    Elles sont montées ce matin à la grotte à la recherche d'indices sur la vie de Marie Madeleine.
    Inquiètes, tout de même, au sujet de la montée. Combien d'heures l'ascension ?
    - 35 minutes madame...Enfin, quarante cinq pour vous.


    Chambre 2 :
    Une canadienne de Toronto plutôt mince. La cinquantaine aussi arrogante qu'élégante. Dès son arrivée elle avait prévenu. Je souffre d'une intolérance au gluten...
    Un peu plus tard ses compagnons de voyage ont pu constater qu'elle aimait recevoir un régime de faveur envers sa petite personne. Durant le repas du soir, elle s'est beaucoup employée à séduire les hommes de la table d'hôtes. Insensible aux tirs de missiles lancés par les épouses. Sur son meuble de chevet trône un livre, "L'amour par les chiffres" et sur le lavabo, juste à côté du verre pour brosses à dents, une petite boite de valium.


    Chambre 3 :
    Un madrilène fagoté comme un ambassadeur, sorte de Don Quichote sans monture. Un ancien industriel qui n'a jamais pu parvenir au sommet de la dynastie familiale. Ce qui ne l'empêche pas de réclamer du Monsieur le comte !
    Au dîner, il tente d'accaparer les conversations allant jusqu'à se fâcher avec la dame de la deux.



    Chambre 4 :
    Le notaire et madame. Enfin, madame peut-être... et sans gaine. Elle affiche vingt ans de moins que lui et le sourire des maîtresses jusqu'ici satisfaites de leur sort. Elle offre aux regards un vaste balcon. Celui qui en dit plus long que les discours de théologiens. Ces deux-là sont toujours les bienvenus dans les hôtels pour couples adultères où les bosquets sont pleins de courtisans pour prince sans royaume qui se reboutonnent à la hâte. Il n'est peut-être pas recommandé d'y traîner les enfants. Le notaire est un brin satisfait de lui mais jamais ennuyeux en conversation tous terrains constructibles, forcément constructibles.


    Chambre 5 :
    Ils ont largement dépassé la soixantaine, viennent de l'Ardèche. De Lachapelle-Graillouse. S'aiment depuis quarante ans sans jamais s'être castagnés. Beaux et tristes, ils sont atterrés par la mort brutale de leur voisin de coeur et de châtaigniers. Se ressassent ensemble toutes les chansons d'Aragon. Et pleurent silencieusement de concert en écoutant celle-ci :



    J'arrive où je suis étranger

  • La montagne n'est plus

    Ma môme et moi, c'est peu dire que l'on t'aimait...

     

     

     

    "Vivre sa vie" Jean-Luc Godard.

  • Les petits soucis de France

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    Au premier plan, France gardien du temple...et au fond à gauche, Eugène le jardinier.

    Allo, comment tu vas mon gamin ?
    - J'ai froid. J'en ai marre de l'hiver.
    Ben j'vais dire un truc, moi aussi dis donc. J'avais les mains gelées hier en taillant la vigne. Remarque, j'ai pas perdu mon temps.
    - Tu as pu faire des fagots ?
    Tu parles. J'en ai au moins quarante.
    - Des sarments de vigne ?
    Ouais monsieur, des serments de vigne...
    - Sarments, France on dit des sarments.
    L'important c'est qui sont à l'abri. J'les ai montés au grenier tout seul. Y vont sécher et l'année prochaine, ça va crépiter dans ma cuisinière.
    - Mais tu en avais déjà une colonie de fagots...?
    Ben heureusement, j'ai tout prévu année par année. Les fagots c'est de l'or aujourd'hui. Tiens en parlant de chauffage tu m'avais bien dis que j'pouvais ramasser les bûches qui traînent dans ton bois. J'te dis ça parce que j'vais les donner à des gens qu'ont même pas de chauffage chez eux. Y'a des tracteurs dans c'te ferme et ben tu vas pas m'croire, ils ont rien pour se chauffer. C'est des gens qui vont même chercher à manger dans les trucs du comique qu'est mort dis donc... Comment qu'ça s'appelle déjà ?
    - Les restos du coeur.
    Voilà, les restos du coeur. Des gens comme toi et moi, tu t'imagines? Y sont obligés d'aller quémander à manger. Moi j'pourrais pas.
    - ...
    Non mais attends, j'ai jamais vu ça. Des gens dans la misère, comme ça, aujourd'hui.
    On est vraiment dans un pays de merde.
    - Prends tout le bois qui sera nécessaire, France, et surtout demande à Eugène de t'aider...
    Non mais tu peux pas imaginer quand j'ai vu comment qui vivent ces gens, j'te jure, y'a des lapins qui vivent mieux qu'eux. Tu vois ?
    - Oui. S'il le faut, emporte aussi le bois qui est déjà empilé en lisière. Il doit y avoir une dizaine de stères.
    Non vraiment, c'est dégueulasse ce qu'on voit aujourd'hui. Des gens qui travaillent pour rien gagner. Des paysans. Tu vois ?
    - ...



  • Les chiens aboient

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    Il n'y a plus de passé dans ce moment qui s'achève (Yves Bonnefoy)

    Il neige encore. Apocalypse snow.

    L'humeur retrouvée, il n'y a plus qu'à suivre la caravane,
    à barboter dans l'encre de Jouvence qui efface les rhumatismes et les douleurs aux dos,
    au souvenir de ce qui a été et qui se recolore d'un coup,
    en sa diversité de teintes, malgré les lunettes à vers progressifs.
    Au loin, Aramis remonte péniblement en selle et file chez l'aubergiste:
    Du jambon drôle, nous ne pouvons plus boire !
    Et surtout éviter de grossir la troupe sinistre des vieillards qui ont réussi.

     

    Arnaud Fleurent-Didier (La reproduction)

  • Les petits carnets de Polémiste Victor

    Bientôt la fin de l'hiver. Atterrissage en douceur sur la planète mars. Les sautes d'humeur de la mer conjuguées aux violences du vent ont surpris dans leur lit plus d'une cinquantaine de résidents côtiers domiciliés, pour la plupart, en dessous du niveau de la mer. Des gens d'en bas qui n'avaient pas les moyens de battre le haut du pavé. "Homme libre, toujours tu chériras la mer". Méfie-toi quand même de la nature que tu appelles Dame dans tes moments de perte de mémoire. Le temps d'assister à la décrue, après les illusions de la trève printanière, il sera temps de découvrir tout ce que l'eau a pu abandonner sur le terrain que les hommes avaient cru - provisoirement - gagner sur l'océan.

     

     

    Quelques martyrs en tweed, aidés d'un troupeau d'accariâtres militantes, se réjouissent de "La journée sans immigrés". Pourquoi l'on migre ? Pour échapper à la misère sociale et politique. Et s'enfuir à dos de barcasse pour remplacer et rejoindre ceux qui penseront alors vivre juste au-dessus du seuil de pauvreté. En général, l'on fuit un colonel qui a la Kalache facile. L'espoir d'atteindre un pays qui a le consensus facile donne des ailes à chaque nouvelle génération de damnés de la terre. Le grand capital se félicite de cette aptitude à la mobilité. Lui qui sait toujours mettre la main sur les forces de travail qui sommeillent ici ou là. Le butin de ce nouveau slogan "Journée sans" restera bien maigre. Bientôt sur vos écrans, "Une journée sans Sarko". On progresse vers la lutte des crasses, je vous le dis.

     

     

     

    Nordique Music