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  • Retour dans les grands espaces

     

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    Clint et Angelina Jolie. L'oeil du maître
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    "Le devenir est géographique chez les Américains. On n'a pas l'équivalent en France. Les Français sont trop humains, trop historiques, trop soucieux d'avenir et de passé. Ils passent leur temps à faire le point. Ils ne savent pas devenir, ils pensent en termes de passé et d'avenirs historiques. Même quant à la révolution, ils pensent à un "avenir révolutionnaire" plutôt qu'à un "devenir révolutionnaire".

    Ils ne savent pas tracer des lignes, suivre un canal. Ils ne savent pas percer, limer le mur. Ils aiment trop les racines, les arbres, le cadastre, les points d'arborescence, les propriétés."

    Point, ligne, plan, passage... La métaphore peut s'appliquer à l'urbanisme mais aussi à la littérature. C'est peut-être ça qui manque à la production littéraire en France : des personnages géographiques. Des personnages qui bougent et qui savent limer un mur. Qui savent franchir les clôtures comme les héros chez John Ford ou Clint Eastwood. "

     

    (Je crois que c'est de Michel Foucault mais n'en suis pas sûr. En vacances, une semaine sans internet. See you)

     

     

  • Garde à vue

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    ***
    Perle : On est un peu à l'étroit, non ?
    Charles : Normal, nous sommes dans une buanderie...
    Perle : Tu crois qu'ils vont nous garder longtemps ?
    Charles : Le temps qu'il faudra pour dénouer l'écheveau.
    Perle : Ah...! Pourquoi t'es là, au fait ?
    Charles : J'ai mis la main au Banier d'une ménagère de plus de 80 ans. Je suis le trader de mes bourses. Et toi ?
    Perle : Pas grand chose, j'ai voulu mettre ma mère sous tonnelle...
    Charles : C'est pas un crime ça.
    Perle : Non, mais bon, en période de canicule...
    Charles : Tu veux qu'elle transpire ?
    Perle : Oui, je veux qu'elle me file le code de sa gold, qu'elle crache ses biftons au bassinet. La vieille, elle est complètement niquée du beignet. Et riche comme Fréjus.
    Charles : I see. Toi, tu vas rater l'arrivée du tour de France des drogués. Ils grimpent le Tourmalet en ce moment même. Comme des mobylettes. Et le Président est de la fête... Il va saluer, debout dans la voiture officielle, le bon peuple qui réclame des jeux et du pain béni. C'est Byzance.

  • La planète des songes

     

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    Les mots, ici, rebondissent sur la peau d'un tambour lunaire.

    Comme en écho, chacun devient le commentateur de ce qui lui incombe.

    Prête son fil à la trame tissée sur cet écran.

    Suit sa trajectoire de petite planète solitaire.

    D'autres restent en marge et sourient.

    Se faufilent dans l'imperceptible marge entre les mots et les êtres.

    ***

    Le temps s'attarde l'été.

    Prend un autre rythme.

    Quitte le sentier de la durée linéaire.

    Choisit l'escapade.

    Rejoint les petites éternités estivales.

     

  • En observant le minuscule

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    Photo M.
    ***
    Il existe, prétendait Faulkner, qui courait volontiers les bois, treize façons de regarder un merle.
    La perception du minuscule et du fugace interdit toute vision d'ensemble.
    Le baba cool, en laissant pousser des fromages dans sa barbe, annihile toute hiérarchie et n'est pas en mesure de résoudre, à lui seul, les contradictions du réel et donc de la modernité.
    Il ressent l'histoire moderne comme une déchirure et se lance dans les champs de lavande à la conquête d'une abeille bio sans qualité. Une fois unis, ils chercheront leur salut en dehors de l'espace historique et de toute conception réaliste. Doté de cette inguérissable blessure, le couple ainsi formé parviendra à trouver son point mort, une organisation de l'existant basée sur quelques activités culturelles. La cueillette du romarin destinée à faire mariner le Cabécou. Ils entonneront parfois à la MJC de leur intercommunalité le chant du départ sans indiquer l'arrivée au sommet du col.
    Devenus vieux, les deux complices n'auront jamais su arbitrer ni résoudre les contradictions hégéliennes. Ils n'auront fait que les déplacer, les cacher, en les caricaturant; laissant inchangé l'état de choses qu'ils voulaient résoudre, ajoutant de nouvelles contradictions aux anciennes. Ne tenant dans leurs mains que les débris dérisoires de leur jeu désormais stérile, narcissiquement replié sur lui-même.

  • Commenter

     

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     Ma Perle, reine mère, et son enfant Lune, chatte à demi sauvage posant pour la postérité
    ***
    Tout d'abord, je vous fais grâce de commenter le match Allemagne/Espagne car la meilleure équipe du monde a baissé les bras, l'autre  soir, et laissé le champs libre à la finale aux Ibères. Ce sont les choses du footcheball. Imprévisibles. Pendant ce temps là, vous n'êtes pas restés muets.
    ***
    • Un grand merci à Isolde, amie de trente ans, et pas la moitié d'un cruche sans qui, ce flot de commentaires...
    • Maître Renard. La comparaison est énorme. Et mon animalité bombe le torse dès lors que tu me compare au milieu de terrain de l'équipe allemande. Au plaisir de te lire encore et encore...
    • Oui madame Saravati, j'étais hors champ ce soir là devant un écran plat qui décrivait des figures géométriques et footballistiques. Ici, c'est le territoire des mes chiens et chatte. Charles est très vexé par votre remarque, vous n'imaginez pas à quel point. Un chien mince comme une affiche. Pffffffff. Mesurez vos paroles, sinon je lâche Perle ! (sourine canin)
    • M., ma bichette, Dieu, accompagné de la grande Clémence, son alter ego mondialiste, te prient de tenir compte de la clavicule qui s'est installée durablement sous les cieux provençaux. On n'est pas aux pièces, merde kua ! (sourire en étoile de mer)
    • En fait, je vais tout vous dire mame Sarah va-ti-bien, j'essuie partout en ce moment. Les chambres, l'argenterie, et même les plaintes. Che travaille beaucoup, même les dimanches.
    • Frère Jean, je vois poindre sous votre bure une montagne de questions existentielles (mon mari). Pensez-vous sérieusement que je vais vous refiler les clés du poulailler ? ( Sourire coq, hein !)
    • Z'avez raison de plussover sur Jean, joli prénom. La France, reconnaissante, vous en remercie.
    • (sourire en forme de prie Dieu)
    • Isolde, ma soeur, mon double. "Que serais-je sans toi que ce balbutiement..." (Sourire aragonesque)
    • Les Héphémères : Passons à la sacristie, je vous prie..
    • Mélie, ma chérie, tu n'as pas reconnu Ashley? C'est elle qui est dans la pub Lewis un peu nouvelle vague" que tu avais appréciée l'autre jour (Sourire burgond)
    • Non Saravati, pas des tomettes anciennes (petit carreaux de terre cuites octogonaux ou hexagonaux provençaux) mais des carreaux bourguignons (Sourire truelle)
    • Vous arpentez tant de contrées Françoise. Biarritz, et son brouillard, sa vierge, le bar du marché, ses vagues...Merci.
    • Je soutiendrai l'Espagne dimanche. De fait, Isolde est bénévole mais pas ma secrétaire comme tu dis M. , alias mon chaton. Elle a souvent inventé, fait rire des millions de français et ça ce n'est pas rien. Mais bon, secret défense. 
    • Une fois tous les quatre ans, corvée de foot chère Zoë. Z'êtes plus près des paëllas que des fromages pasteurisés, n'oubliez pas.
    • Comme tu sais Boug, j'adore tes interventions ici. Toujours un petit mot tendre. Je te souhaite un délicieux été et t'embrasse fort.
    • Alors, chère Delphine, vous démarrez au quart de tour. Si vous saviez le nombre de blagues dont j'ai été l'objet sur ce blog. Isolde est coutumière du fait. C'est un peu son métier que d'écrire des trucs qui font rire ou pas. Je vous expliquerai un peu de son pedigree en privé. Elle a raison quant à ma fainéantise. Imaginez un peu. Je tiens ce blog depuis presque 5 ans et j'ai accusé reception de plus de 12000 commentaires. Quand vous saurez que je suis également sur Face Book, un site de photo qui s'appelle Flickr ou je dois également commenter, ça fait du boulot. Sans compter les courriels, ça use les claviers. Ceci-dit, je partage l'avis de Saravati qui est blogueuse en chef. Avec le temps, la règle "tu commentes, je te commente" a pris du plomb dans l'aile. Et comme vous le soulignez, tout dépend du commentaire. Je n'ai pas envie de répondre aux compliments. Ils n'appellent pas de commentaires d'ailleurs. Sinon un merci. Donc, je ne suis pas très poli, je l'avoue. Et puis, je ne suis pas toujours derrière mon écran mais plus volontiers sur les routes, au jardin, au Festival d'Avignon, au bordel. Je regarde la coupe du Monde de foot mais je n'achète pas Télérama...Bref, je vais regarder les cigales danser tout l'été et soutenir quelques fourmis dans leur tâche. Sur le fond, je dois avouer que ce sont mes mots qui comptent le plus et que je n'ai pas pour ambition d'attirer le complimenteur. Je m'en moque totalement. Non, comme le souligne Isolde, ce blog est devenu la boite à messages d'une joyeuse troupe de fraternels galopins. Mes lapins, comme ils disent eux-mêmes. Voilà. Pour le reste, je pense également que chaque intervenant à son niveau de lecture. Que celle-ci est d'une variété infinie. Je n'en reviens pas d'ailleurs. Que puiser dans cette géométrie variable du commentaire ? Que répondre à une maîtrise approximative du sens niché dans des phrases ? Et souvent le commentaire est indicateur de l'extrême complexité de la narration interne du sujet. Chacun voit midi à sa porte dit le vieil adage...ou cherche la milice à quatorze heures. Même les paranos ont des ennemis...(sourire de fin d'aprem caniculaire)
    • Chère Ema. Touchante votre intervention. Je ne sais si Deleuze pensait à écrire "à quelqu'un" ou plutôt au fait d'écrire. Z'êtes un animal sauvage il me semble. J'arpente les gens et ils me le rendent bien en général. Enfin, plus ou moins bien. Bon courage dans votre lutte. (Sourire lacanien)
    • Bon, je ne vais pas commenter vos échanges sinon on y est jusqu'à demain. 
    • Margot, alias Irma la douce, mais où avez vous déniché ce joyau signé Louis Malle et inspiré du roman de Pierre Drieu La Rochelle et de la vie de Jacques Rigaut...? Aïe, aïe, aïe Maurice, Maurice Ronet et Jeanne Moreau. Ces images dans le bus me rappellent les jours de ma jeunesse en noir et blanc à Paris.
    • Lapin, tu as vu cette lumière unique, du BDF, comme elle est patinée. Le mot est très juste. C'est la même que dans le film tourné par Vifill. Encore un magnifique souvenir. Enfin presque... Bisous d'amour à vous trois. Je pense à vous très beaucoup.

     

     

  • L'histoire ne descend pas des nuages

     

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    Le dialogue est important dans mes histoires. Je n'aime pas que les gens parlent pour rien dire, mais j'aime bien les dialogues de sourds. (Raymond Carver)
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    Le chien : Tu vas t'en aller ce matin ?
    La jeune femme : Oui.
    Le chien : Je lis dans tes pensées comme si c'était une carte routière.
    La jeune femme : Je t'écrirai, ne t'inquiète pas.
    Le chien : Tu as entendu parler de Gilles Deleuze ?
    La jeune femme : Tu sais on ne parle pas beaucoup des français au Texas.
    Le chien: Certes. Lui c'est un philosophe très connu, même aux USA, pas un chanteur de country...
    La jeune femme : Et alors, Deleuze...?
    Le chien : Il disait : écrire n'a rien à voir avec signifier, mais avec arpenter, cartographier, même des contrées à venir.
    La jeune femme : J'aime bien tes oreilles, le chien, elles sont attentives... émouvantes.

     

     

  • Le Chien sans qualités

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    Tourelle du fort de Douaumont
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    Le chien ne se privait pas de se souvenir, sur les hauteurs de Verdun, de l'odeur du sang mêlée à celle de la ferraille.
    Il avait reniflé le mauvais coup en préparation, depuis Vienne. Pris pour habitude de suivre les attelages de quelques têtes couronnées des arts et lettres, de la philosophie et de la psychanalyse. Passionné avec scepticisme et désenchanté avec lucidité, il avait peu à peu découvert la bêtise de la transition historique qui était en marche avec l'arrivée des premières automobiles. Une odeur d'acier trop bien trempé pour être honnête.
    Devenu, par un joyeux hasard, le chien de compagnie de Robert Musil, il constata avec une ironie aigüe qu'il était devenu possible d'assister à l'agonie d'un monde. Il passa au crible toute la sagesse chère à Nietzsche en continuant de rêver tout en ayant conscience de rêver. Après la bêtise, il assista à la transmutation de la vie rurale vers les villes, par trains entiers.
    Il attaqua, sabre aux clair, les boucles de la Marne puis celles de la Meuse. On lui confia ensuite une mitrailleuse lourde dans une confusion grisâtre. Jamais il ne renonça à avancer, avec ses mots, jusqu'au bord de l'infini, tel le dynamiteur de roman.
    Faisant étinceller dans chaque détail la descente aux enfers qui allait devenir son paysage quotidien.

  • Pour saluer Laurent Terzieff

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    (Photo AFP)
    Comme son nom et son visage taillé à coups de serpes de moujik ne l'indiquent pas, Laurent Terzieff était né à Toulouse en 1935. Une figure et une allure de Roi Lear plus que parfait. Volontiers roi nu, il a toujours su fuir l'appellation star. Son étoile à lui c'était l'effacement volontaire. Fragile et solide. Il était le théâtre des origines russes aux fortes magnitudes sur l'échelle de Stanislawski. ("Peu importe que le jeu soit bon ou mauvais, ce qui importe, c'est qu'il soit vrai")
    Que du nerf chez lui et jamais de gras. Une silhouette aussi longiligne que maigrissime qui a longtemps arpenté les scènes du théâtre de l'absurde, connu les vaches maigres de la comédie shakespearienne, offert sa gueule d'ange du septième art aux plus plus brillants créateurs de drames sur pellicule.
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    Comme chez Flaubert ou Tchekhov, c'était les blancs entre les lignes, les vers qu'il préférait souffler en maître du silence quand d'autres hurlaient leur texte sur un champ de foire. Un géant vient de s'esquiver sur la pointe des pieds.