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  • Boulimie végétarienne

     

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    - Oh ! Vous n'avez pas mangé la quiche lorraine !

    - Non, mais je vais enlever les petits morceaux de lard et ainsi...

    - Vous êtes musulmane ?

    - Pas du tout. Je suis végétarienne. Et Bouddhiste.

    - Tibétaine ?

    - Non, non, je suis née à Romorantin.

    - Vous auriez du me prévenir. Je vous aurai concocté une soupe de courgettes à la menthe avec un zeste d'ail.

    - Je ne mange pas d'ail.

    - Ah ! 

    - Vous savez, je pensais qu'il y avait un restaurant végétarien dans votre village.

    - Ben non. 

    - Je croyais, à tord, que c'était devenu la norme...

    - Ici vous êtes en Provence où l'on chasse volontiers le sanglier. La daube, marinée dans du Vacqueyras, voilà la norme.

    - Mon Dieu, quelle horreur !

    - Pire encore ! C'est un joli village de barbares, ici. Toujours niquer, jamais mariage !

    - ????

     

     

  • Monsieur le président Blanc Laurent

     

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    Entrées maritimes sur le massif de la Sainte Baume
    (Photo : Jean-Yo des bois)
    ***
    Cher sélectionneur de l'équipe de France,
    Je vous écris cette lettre
    que vous lirez peut-être
    si vous avez le temps...
    Oui, vous avez le temps.
    Regardez cette vague qui surfe à flanc de Sainte Baume.
    Elle est blanche et la distance rend bleue la montagne.
    Cette vague, c'est celle du peuple qui a été humilié en Afrique du Sud.
    Par des grèvistes qui encaissent plus de trois cents mille euros par mois.
    Des abrutis pour la plupart.
    Et vous souhaitez tout effacer
    D'un coup de braguette magique
    Celle d'un Ribéry, d'un Evra.
    Cela ne va pas être possible.
    Les français ne veulent plus jamais les revoir.
    Ce qu'ils veulent, c'est lire de la fierté dans les yeux de ceux qui doivent leur succéder.
    Comme celle qui était visible récemment dans ceux des athlètes du dernier championnat d'Europe d'athlétisme, celle de l'équipe de France de natation et, plus loin encore, celle de l'équipe de France de Handball, championne du monde, championne Olympique, et championne d'Europe.
    Adieu les mercenaires qui n'ont foi qu'en leur agent et leur argent.
    Il y a suffisamment de talents en herbe dans notre pays.
    Je vous demande d'inssufler à ces bleus davantage d'éthique.
    Ils ont une cervelle que diable! Et peut-être du style, de l'élégance
    En toute circonstance.
    Nous allons perdre des matchs me direz-vous.
    Quelle importance, si le panache est au rendez-vous !
    La patience, ce n'est pas un vilain défaut vous savez.
    La bétise en revanche...

     

  • Derviches tourneurs

     

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    ***
    Les aoûtiens tentent chaque année, autour du quinze, de mettre le bonheur dans une valise.
    S'engouffrent dans le couloir rhodanien à la recherche de leurs illusions perdues le reste de l'année.
    Ils font caravanes sous le regard laconique d'un bison futé qui n'a de cesse de leur demander de reporter leur transhumance. En vain.
    Ils font la queue le week end chez Ikea, aux remontées mécaniques quand la bise sera venue, au camping de Palavas les flots bleus, forcément bleus l'été et sur les autoroutes. Ceux-là détestent les départementales, faire des ronds de jambes aux tournesols. Ils ont des Ipod aux oreilles, la langue hirsute au petit matin, un GPS collé au pare-brise et puis, un jour, ils feront la queue pour admirer un coin d'oreille coupée dans le musée de l'arlésien d'Amsterdam...
  • Comme un phare sur les rives du verbe

     

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    ***
    Il alla vers l'horizon comme on va à un examen difficile.
    Ignorant les piètres navigateurs du verbe.
    Tous ceux qui ont perdu le nord des songes maritimes.
    Et qui rament pour glaner quelques louanges.
    Le langage demeura le lieu de son mythique exode.
    Ce presque vivant flottant sous son manteau.
  • Dans la boucle du temps

     

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    ***
    Le fil de l'eau invite parfois à y accrocher des mots-cerfs-volants. Des mots feu de paille aussi.
    L'eau abolit la forme et la régénère. La porte est grande ouverte mais parfois les lecteurs n'ont pas les clés. Ils y a ceux qui apprécient le style et d'autres qui ne lisent jamais de littérature. Ces derniers deviennent alors personnages de romans. Des meurtriers du verbe. Cigarettes au bec, entourés de petites pépées toujours à cheval sur le conformisme. Et fouette cochet !
    L'écrivain collectionna, un temps, les petites mignonnettes de whisky comme Raymond Chandler qui aimaient se promener aux pieds des comptoirs. Sous l'oeil complice d'un chat formé sur le bitume de Melrose Avenue. Il n'avait que faire de ceux qui éprouvaient quelques difficultés à distinguer les subtilités de l'intrigue et des caractères.
    De retour du Barracuda, agacé par la lenteur de la serveuse blonde platine, il décida de commencer la première phrase du premier chapitre de son premier roman par un tonitruant claquement de clavier : John Dodelino tua sa maîtresse avec la manivelle de sa Ford intérieur cuir. D'un coup sec sur la tempe. Il était 9h16 du matin. Mettant ainsi un terme final à sa recherche hystérique d'un maître à dominer. Puis John alluma le téléviseur pour meubler le silence et il se prépara une omelette au bacon, déclencha la musique ronchonne de l'unique climatiseur du salon. Il ne lui resta plus qu'à attendre patiemment que le soleil disparaisse au fond du Pacifique.
    Comme disait Céline qui le tenait directo d'un "gouttière", vétéran borgne des bastons de poubelles sur les hauteurs de Meudon dans la vie, le chef d'oeuvre, c'est aussi de ne pas crever.
  • Dessine-moi un abri !

     

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    Photo Diana Thys (Marseille)
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    Au fond, l'information raconte toujours la même histoire.

    "Les ministres sont désormais en vacances. Ils ont été priés par le chef de l'Etat de rester modestes. Plage, montagne ou campagne, mais pas de bling-bling, rien que du sobre et en France."

    Interruption momentanée du plan de communication gouvernementale.

    L'été, selon la trêve estivale, la vie extérieure est une mince pellicule qui recouvre ses émotions, ses angoisses, et surtout son tranquille, doux et morne échec.
    Pas de vagues à l'âme. Il fait chaud et le soleil n'a qu'à bien se tenir. C'est le temps où triomphe l'allusif qui allège le tragique. La grande solitude.
    Il y a, parfois, une combinaison magique de petits riens qui donnent de l'épaisseur aux silhouettes à peine entrevues et ressuscitent la couleur d'une ville. Ainsi cet homme allongé sur un banc dans Marseille. Quelqu'un a déposé sur son buste, pendant son sommeil, le livre français le plus apprécié dans le monde: Le Petit prince de Saint-Ex dont les phrases coulent de l'unique blessure autour de laquelle l'oeuvre posera sans doute ses pansements.
    Geste rare.

    (Merci à Diana Thys pour toute son attention)