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  • Le prince et sa Majesté (par Marion Vallabrègue)

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    Photo Marion Vallabrègue

     

    Quand on l'approche, il montre les dents. C'est un sourire qui accueille, mais il peut aussi mordre si la main qui se tend n'est pas sincère. Inutile de feindre, il sait, il sent. Les intentions qui animent les gestes. Il perce le secret des âmes.

    Le soleil seul dicte son rythme. Les saisons, ses pas. Il connait tous les chemins, leurs failles, leur détours, leurs odeurs. N'obéit qu'à son flair. A l'affût, toujours, il ne se repose qu'auprès de sa Perle, sa fiancée, sa Majesté. Son égale.

    Elle qui sait quand l'heure tendre a sonné. Quand l'hiver pèse sur les chaussures. Quand il est l'heure de se coucher.

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    Photo Marion Laterre

     

    Quand on l'approche, elle montre les dents. Menace de mordre pour garder le choix. De la main à lécher. De son trône, elle surveille. Le geste trop brusque, l'éclat de voix. Apprécie la patience et la simplicité. Se moque des minauderies, leur préfère la discrète vérité. Quand elle le décide, elle vous frôle, l'air de rien, offrant ainsi permission de la caresser.

    Grogne doucement pour remercier, et un peu plus fort pour donner congé. Si elle se montre parfois docile et douce, elle n'en oublie pas que vous êtes un étranger. Et n'obéira jamais qu'à la voix de son maître. Et à son seul regard.

     Ce regard qui lui dit où tourner : à droite, vers la montagne, ou bien de l'autre côté, derrière la route. Ce regard qui la veille, qui la suit, en sourdine. Qui lui dit quand il n'y a rien à craindre. Ce regard qui lui parle, auquel elle répond par le sien. Et qui ne peut lui mentir.

     

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    Photo Raphaële Bruyère

     

    C'est l'union de deux instincts. Qui se savent par coeur. Qui s'entendent et se mêlent.

    Qui est l'animal quand il marche derrière sa chienne dans la forêt, emprunte  leurs passages secrets, quand il sent ce qu'elle renifle, et quand elle l'encourage, de ses va-et-vient rapides, à traverser le taillis, ignorant les ronces et la boue ? Qui est l'homme lorsque, d'un mouvement de patte, d'un hochement du museau, elle lui donne la réplique, le mot et le ton justes, et l'aide à vaincre la page blanche ? Qui protège qui ? Qui décide pour qui ? Et s'il n'y avait plus de bête, plus d'homme...?

    Quand la nuit est fraiche et la lune pleine, sur le haut plateau, le dos caressé par le vent, tous les sens aux aguets, ils sont, en vérité, deux libertés qui s'épousent.

     

     

     

     

     

  • Donne-moi la main...mon coeur.

     

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    Les mains de Yann et d'Adrien G. (Photo Yann G.)

    Jusqu'à ce jour là, leurs mains étaient presque vides

    Ce n'était pas faute de les occuper

    Une mère me disait : donner la main a toujours été ce que j'espérais de la joie

    Nos mains, témoins du lien d'amour, toutes chargées de ce que les mots ne diront pas

    Un soir, il lui prit la main

    Quelques temps plus tard, il la lui demanda

    Désormais, ils prendront en main ce bonheur commencé il y a peu

    Samuel et moi, jamais nous ne pourrons oublier ce jour où nous avons su lui tendre nos mains

    Les mains toujours reviennent peupler nos souvenirs.

     

  • Jeannot le chaud lapin

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    Je vais chercher le pain et le poulet. Ce furent les dernières paroles adressées à sa femme il y a une dizaine de jours, d'après la rumeur...

    Du côté de Saint-Zacharie et du Plan d'Aups la Sainte Baume (Var Ouest), elle allait bon train depuis une longue semaine. Mais où est donc passé Jeannot ?  L'ancien facteur avait marqué les esprits. Jean semblait être tout droit sorti du célèbre roman de Marcel Aymé : "La jument verte".

    Solide gaillard d'avant la privatisation, il incarnait le service public postal à la perfection. Dans sa camionnette, il transportait non seulement les retraites sous enveloppes mais aussi les médicaments des anciens dans l'incapacité de se déplacer jusqu'à la pharmacie de "Saint Zach". On dit même qu'il faisait leurs courses. Un humaniste le Jeannot et il portait à gauche. Le défenseur des veuves mais pas des veules: C'est qu'il en a basculé plus d'une dans les meules de foin.

    Le jour de la mort de Serge Reggiani il avait entonné tout le répertoire de "l'italien" pendant sa tournée. Chez Jean-Pierre, l'unique boucher-traiteur du village perché sur les flancs de la Sainte Baume, les clientes affichaient ce jour là un sourire discret lorsqu'il chanta "La femme qui est dans mon lit n'a plus vingt ans depuis longtemps..."

    Jeannot avait une main sur le coeur et l'autre sur le pli de son pantalon. Il a été cet indispensable lien social et fraternel qui fait aujourd'hui défaut dans les bureaux de poste en perdition.

    Son corps a été retrouvé hier flottant au large de la calanque des Goudes à Marseille. Un suicide selon Var Matin. Une disparition pas très catholique toujours selon la rumeur.

    Paix à ton âme Jeannot, on t'aimait plus que bien.