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Duel au soleil

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Pourquoi tu me fixes quand je gratouille le clavier ?

- Je te fixe parce que tu es un gros fainéant.

C'est l'hôpital qui se moque de la charité.

- Je fixe le vent aussi; tu n'as pas remarqué ?

Si bien sûr. Il vente à n'y pas croire. Les murs chuintent. Le Mistral arrache des cris aux fenêtres.

- J'aime ce vent qui m'incite à me faire l'avocat du diable. Il fera naître d'autres pins, d'autres chênes, au printemps.

Il rabote la falaise. S'infiltre dans les gerçures de la montagne.

- Tout à la fois, il sème, fauche les vieilles carcasses de pins, fait chanter la hêtraie dans le sens du poil.

Tu veux une rouste ? Je ne suis pas d'humeur. Je te dis que ce vent mérite de se perdre entre deux vagues de la côte.

- Le vent emporte mes effrois, transporte l'alchimie secrète de l'avenir, annonce le chemin. Il te rend fou, te remet à ta juste place de virgule humaine. Il te mystifie, c'est tout. Concentre-toi paresseux !

Je n'ai pas besoin d'écouter sa plainte pour savoir que c'est un bonimenteur de plus. Et toi sa complice d'un soir.

-  Tu as tort, le vent est sorcier. Il est d'une nécessité secrète, irrévocable. Il te fait naître en soufflant des mots sur ton écran blanc. Tu es trop vêtu de murs, de villes. Il fait le ménage dans ton esprit de géomètre. Il déplace tes bornes, meuble tes secondes effrayantes ou heureuses.

Il annonce la mort minuscule de l'été, fait plier tes pauvres pattes et vaciller les antennes de télévision.

- La clé de ma liberté est pendue à son cou.

 

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Il joue avec mes nerfs et pour la peine je vais jouer avec les tiens, petit boudin blanc.

 

Commentaires

  • Pas si fainéant que ça, Perle, puisqu'il nous écrit ce dialogue imaginaire pour nous dépeindre sa région d'adoption.

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  • Eole me souffle à l'oreille les mots des senteurs de la Baume. Il me rapporte le bruissement d'une farandole de feuilles outragées par l'automne, les pas des pèlerins sur le sentier grumeleux. Au loin très loin un bruit d'airain scande l'entame du jour, couvrira-t-il le murmure d'un signe complice des grands cèdres agités. Bise... de l'Est.
    F....

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    Qu'il est bon de vous voir reprendre du poil de la bête ! Il y a de quoi méditer sur les humeurs venteuses et se laisser emporter.

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    Contente de te lire à nouveau, vent debout. Celle-là vaut le détour : "Tu as tort, le vent est sorcier. Il est d'une nécessité secrète, irrévocable. Il te fait naître en soufflant des mots sur ton écran blanc. Tu es trop vêtu de murs, de villes. Il fait le ménage dans ton esprit de géomètre. Il déplace tes bornes, meuble tes secondes effrayantes ou heureuses." T'embrasse.

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  • Belle note. Bon vent.
    Où le contraire.

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    Merci Bruno. Le vent me glace les os en ce moment.

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  • Beau cerf volant.

  • René Char s'est planqué dans cette note. QUEL GROS TAQUIN.
    (Saurez-vous le retrouver ?)

  • Alors avec mon accent du Tarn, je viens déposer quelques mots sur votre blog...Toujours un plaisir de vous lire Monsieur Philippe...

  • J'adore les accents. Du Sud, du Nord, de l'Est et même de l'Ouest (?). Bisous et merci Christel.

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