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  • Duel au soleil

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    Pourquoi tu me fixes quand je gratouille le clavier ?

    - Je te fixe parce que tu es un gros fainéant.

    C'est l'hôpital qui se moque de la charité.

    - Je fixe le vent aussi; tu n'as pas remarqué ?

    Si bien sûr. Il vente à n'y pas croire. Les murs chuintent. Le Mistral arrache des cris aux fenêtres.

    - J'aime ce vent qui m'incite à me faire l'avocat du diable. Il fera naître d'autres pins, d'autres chênes, au printemps.

    Il rabote la falaise. S'infiltre dans les gerçures de la montagne.

    - Tout à la fois, il sème, fauche les vieilles carcasses de pins, fait chanter la hêtraie dans le sens du poil.

    Tu veux une rouste ? Je ne suis pas d'humeur. Je te dis que ce vent mérite de se perdre entre deux vagues de la côte.

    - Le vent emporte mes effrois, transporte l'alchimie secrète de l'avenir, annonce le chemin. Il te rend fou, te remet à ta juste place de virgule humaine. Il te mystifie, c'est tout. Concentre-toi paresseux !

    Je n'ai pas besoin d'écouter sa plainte pour savoir que c'est un bonimenteur de plus. Et toi sa complice d'un soir.

    -  Tu as tort, le vent est sorcier. Il est d'une nécessité secrète, irrévocable. Il te fait naître en soufflant des mots sur ton écran blanc. Tu es trop vêtu de murs, de villes. Il fait le ménage dans ton esprit de géomètre. Il déplace tes bornes, meuble tes secondes effrayantes ou heureuses.

    Il annonce la mort minuscule de l'été, fait plier tes pauvres pattes et vaciller les antennes de télévision.

    - La clé de ma liberté est pendue à son cou.

     

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    Il joue avec mes nerfs et pour la peine je vais jouer avec les tiens, petit boudin blanc.

     

  • Octobre rouge

     

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    Le temps des révolutions d'octobre à novembre.

    Ce n'est pas encore le temps de ramasser les feuilles de Prévert. Mortes pour la bonne cause d'après les estimations des spécialistes de la météo. Une révolution permanente qui s'achèvera en virevoltant dans un coin du salon Ikea. Je voudrais tant que tu te souviennes que la fenêtre était restée ouverte. Toi guettant les guillements de la chanson et le joli coup de vent sur la page.

    Et l'hiver fera ensuite son entrée sans métaphore ni poésie. Avec la finesse d'un rapport de procès-verbal de gendarmerie ou du compte rendu de thèse. Restera un mystère : pourquoi tant de cigales ayant chanté tout l'été, maltraitées par l'économique, martyrisées par les exercices de yoga, qui ont reçu à peu près tout de la fourmilière, et en pareil cas non sans justification, veulent-elles avoir par dessus le marché, le malheur d'être artiste en toutes saisons ?