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Histoires de crabes

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C'est une maison qui abrite une chatte, deux chiens, un dandy venu du froid, un cancer du sang et des voyageurs du monde entier. Une grande table, aussi, pour qu'y prenne place l'essentiel: la convivialité. La joie y est la bienvenue même si la douleur n'est jamais bien loin...

 

L'espionne qui m'aimait.JPG

 

Tu sais Perle, il y a une tonalité Mozart, une tonalité Proust, une tonalité dans l'écriture chorégraphique.

- Le gros soleil d'aujourd'hui a aussi sa tonalité ?

Oui, chaque jour d'hiver le grand peintre prend la mesure de la grande toile printanière qui annoncera le dégel. Par petites tonalités, il pianote sur les minéraux, les aiguilles des pins, fait fumer les arbres dénudés, te prends au filet quand tu aboies après les mésanges effrontées.

- Son travail est celui d'un artiste acharné dans son atelier alors ?

Il est à la fois studieux et braconnier. Hume avec moi toutes les saveurs de sa peinture qui nous laissent chamboulés et haletants !

- Tu as raison, je suis emportée par sa magie et chaque jour plongée dans un étonnement voluptueux.

Une idée du confort.JPG

Tu es triste ?

Non Charles, enfin oui, en colère surtout.

- Je peux te demander pourquoi ?

J'ai reçu un email de notre Pina Bausch morvandelle...

- Tu veux bien me le lire ?

Juste un passage, c'est trop compliqué à comprendre pour un chien les termes médicaux : "Début novembre : mon sein a émis un liquide inquiétant (ce qui est un symptôme rare), une première ponction et ses analyses ont révélé un carcinome intra-canalaire (CIC) in situ, c'est à dire un cancer pas encore parti en voyage ailleurs que dans son lieu de naissance : mes canaux lactifères.
Mi novembre, Le chirurgien qui venait de reprendre le poste d'une nommé Bouteille, (quelle belle coïncidence) a proposé une seconde ponction, dans un lieu de mon sein éloigné de celui où avait été effectué la première, pour vérifier quel volume du sein il faut enlever (tout ou une partie).
Là, j'ai tué deux crabes dans de l'eau bouillante aromatisée, et nous les avons mangés avec de la mayonnaise, histoire de bien dire que c'est moi qui mange la bête et pas le contraire..."

- Elle est bien jeune, non ?

Elle vient d'avoir 35 ans et un bébé. Et demain, je vais voir Balouli à l'hôpital. Il a un cancer du poumon et ne pourra pas être avec nous autour de la table de Noël.

 

 

Commentaires

  • J'aime beaucoup vos conversations avec la Perle et si je ne me signale pas toujours c'est que je ne pense pas que ce soit si important; Aujourd'hui, juste pour dire que le crabe est notre ennemi à tous. Puisse-t-il vous épargner, vous et ceux que vous chérissez.

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  • Merci beaucoup Zoë. Très touché. (Et Perle aussi)

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    Jeudi, je vais dire adieu au compagnon de ma soeur. Dévoré par le crabe...

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  • Ah merde ! pffffffff
    Toute ma tendresse à ta soeur...

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    Je ne suis pas rassurée pour ceux que tu aimes, mais j'ai eu une peur bleue en lisant le début… Tu vois ce que je veux dire. Je meurs d'envie de venir. Mais là tout est compliqué.
    Mille câlins
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    Chloé avait un nénuphar dans son poumon droit (l'écume des jours). Mon grand-père a vu ses os dévorés par une armée de crabes affamés. Aujourd'hui, cette sale bête s'en prend au sang, au sein. "l'académicien du mal", comme tu dis... Saloperie de maladie ! Colère, douleur et colère...

    Philippe, tu nous amuses avec tes jokes improbables et évidents, glisses ton sourire sur nos petits évènements, ta voix ronde et pleine raisonne dans nos creux, tu nous instruits de tes leçons légères, nous remue parfois, quand il le devient nécessaire.
    Et soudain, tu nous parles. Toi qui tais si volontiers l'intime de ton quotidien, tu nous invites à ta table et nous parles du cancer. Du combat qu'ici et là on livre, pour ne pas se laisser manger, comme le dit la "Pina Bausch morvandelle", avec un courage épatant. Tu nous parles aussi de l'hiver, de ses couleurs magnifiques, du vent qu'il siffle sur nos têtes, des confidences que tu échanges avec tes bêtes lors de vos promenades sous les pins et les chênes. Et nous sommes à table avec toi. A goûter la merveilleuse convivialité de que tu sais installer, dont tu es même militant. Militant de l'essentiel.
    Nous sommes une armée de lapins à nous régaler de ton banquet, l'adresse de ta table en tête de liste sur le GPS de nos coeurs. Tu le sais bien.
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    J'ai cotoyé la bestiole tout au long de l'été.
    Je l'ai crainte d'abord, avec force, avec désespoir.
    Elle a fait ressurgir toutes les peurs ancrées dans le tréfond de mon âme.
    Elle a mis à nu ma fragilité.
    J'ai tenté de l'amadouer.
    De la nier.
    De la taire.
    Je l'ai regardé en face, le souffle coupé.
    Je me suis regardé dans le miroir cherchant à graver dans mes souvenirs ma féminité au cas où il faudrait...
    Je suis restée silencieuse tout ce temps: c'était un combat entre elle et moi. Entre moi et moi.
    Et puis les mots justes ne l'auraient pas été...
    A l'automne, je l'ai extraite de moi avec l'aide d'une fort jolie chirurgienne.
    Aujourd'hui je suis sauvée et intacte dans ma féminité (merci jolie chirurgienne)
    "Militant de l'essentiel" dites-vous M.
    Essentiel.
    Mot juste.
    Vibrant.

    Je suis de tout coeur avec vous, Philippe. Vous aux côtés de. Et à votre Pina Bausch Morvandelle.
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    Il y a des histoires tristes et heureusement des fins qui ne sont pas toujours la fin, faut y croire c'est l'espoir et surtout la chaleur de ceux sur qui on peut compter qui est importante. Je t'embrasse.
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    Rien à ajouter, si ce n'est un sourire, des pensées et un soutien sincère. Bon courage

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    Nul crabe, juste une saleté de maladie au nom compliqué , pas "d'animalisme" à mettre au service du triste discours des maladies. Je perds mon père, demi matrice dont le sang s'épuise à ne plus nourrir ses forces. L'EPO a été tenté, restent les transfusions, luxes coûteux. Il me plait de vivre et voir mes fils transporter ailleurs leurs parts d'emprunts. Aimer tant la vie doit en passer par ces chemins où le prêt devient don, où le don devient prêt.
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    Un petit bonjour de pirate au blog-trotteur et ses amis !
    Je vois que des tempêtes vous trimbalent et vous malmènent.
    Gardez le cap et vos rêves vers une île d'espoir comme mon île
    du Crâne...^^

    Besos !
    Jack
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  • Que dire... Les mots seraient toujours de trop. Juste toute ma tendresse pour vous et vos proches.

  • L'espoir, c'est No-hell.
    J'ai eu un coup au foie en lisant ton billet, je ferai l'économie des chocolats.

  • C'est une maison où tout le monde s'inquiète de chacun. L'empathie y règne en maitresse. Les animaux récitent des fables et les hommes les écoutent. Une voix lointaine et proche clame sa souffrance et la dénie pour ne pas lui donner les pleins pouvoirs. Des crabes se débattent entre les canaux et on ne sait qui aura le dernier mot. S'il pouvait n'être qu'un mot parmi d'autres !
    Je cueille ce texte à pleines brassées et je vous en remercie.

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    En tant qu'animal blessé maintenu en bon état par l'excellence philosophique de notre médecine, je ne peux qu'adhérer aux phrases délicates qui précèdent mon commentaire. Cette maison rouge et ce blog représentent pour moi un havre de paix, le centre de gravité des petits bonheurs grapillés au gré des tempêtes intérieures, à prendre comme un lien authentique avec le sensible...Tes lectrices et lecteurs, Philippe, sont gens formidables.
    Comme Karen Blixen, je pose tout haut et tranquillement cette grande question : "Où étions-nous quand les étoiles du matin chantaient ensemble leur joie ? Savons-nous où les routes se séparent, où habite la lumière et où les ténèbres ont élu domicile ? "

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  • A la vie, nos âmes misent.
    Au tournant, nos amis.

    Courage.

  • Je ne suis pas triste
    je suis avec toi
    comme chaque jour accordé
    au violon du temps
    je m'accorde une amitié certaine
    la tienne

    amitiés

    Jean-Luc G

  • je suis comme à mon habitude venue m'assoir à ta table avec le retard de celle qui ne porte jamais sa montre...j'ai frémi, et me tortille encore et encore sur ma chaise à la recherche du bon mot, de la bonne phrase mais je sèche et ne peux me résoudre au silence... Alors je jette juste vers toi un souffle empli de baisers.

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