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  • Eugène ne m'a jamais fait suer !

     

     

     

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    Cet homme là, c'est un phare. Le dos voûté par la terre. Il marche à petit pas vers ses 82 ans; je me souviens l'avoir rencontré dans son jardin quand les radios diffusaient " Et j'entends siffler le train". Il se tient toujours debout dans ce même potager. Inusable ! Sa vue a terriblement baissé. Il avance désormais à l'aveuglette parmi les rayons tirés au cordeau par la Sandrine, fille de Bernard son "patron". Sa binette est devenue canne blanche. Je me souviens de toutes les pointes d'humour distillées par mon grand-père, les soirs d'été, à son égard : "Devine qui viens biner ce soir ?" 
    Eugène, fils d'institutrice, devenu commis de ferme à son retour de la guerre d'Algérie est mon paysage en toute saison. L'ami fidèle, le conseiller en graines économe de mots, l'incontournable soutien quand tu te sens abandonné aux tragédies de ce temps. Un don de la nature parmi les calendriers craquelés de sa chambre qui n'a jamais supporté le moindre chauffage. Il sait reconnaître à chaque printemps le chant des oiseaux migrateurs. 
    "Tu as entendu le coucou hier soir? Il est revenu. Le rossignol ne vas tarder à nous chanter sa sérénade toutes les nuits jusqu'à ce qu'il trouve sa promise...Tiens, emporte ces poireaux et plantent les cette semaine. Demain je te donnerai des graines de potiron."
    Eugène devine les secrets dans le froid de la cuisine, n'ignore rien des guerres civiles dans les maisonnées. Il ne peut pas mourir, c'est une tombe. Toujours voûtée et tellement fraternelle...