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  • Ombres du Liban

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    J'écoutais "Dirty old town" des Pogues et, à la même seconde, je reçois ce mail de Molly avec en pièce jointe cette photo d'Associated Press :
    " Les silhouettes appartiennent à des experts de l'armée libanaise occupés à exhumer des corps découverts dans un ancien bastion syrien à l'est du Liban, évacué au printemps dernier. Depuis la fin de la guerre civile, on est sans nouvelles de plusieurs milliers de libanais. Certains seraient encore détenus en Syrie. On ignore l'identité des cadavres découverts dans ce charnier, mais il pourrait s'agir de soldats libanais tués au cours d'une offensive syrienne dans les années 90.
    Je trouve cette photo terrifiante, au delà des enjeux géopolitiques. Quinze ans après, voilà ce qui reste des horreurs passées : des crocs de métal prêts à déchiqueter des ombres."

  • Quand tout le monde fait bloc(g)

    Il faut le souligner car on ne le fait jamais assez: Ce dimanche aura été délicieux à plus d'un titre. Pas de trombes d'eau ni de vent dehors. Autour de la table des gens de tous âges qui s'aimaient. Particulièrement ce couple de retraités qui se sont dépensés sans compter, la veille, pour atteindre voire dépasser le chiffre du "Téléthon" de l'année précédente: "Mon coeur, veux-tu me passer le fromage...". Et cette jeune fille aux milles bouclettes noires :"Maman chérie, est-ce que je peux quitter la table et rejoindre Aurélien?". Et ces tourtereaux de l'année qui ne se regardaient pas seulement dans les yeux. Le garçon lança à la cantonnade: "Mon amour, je le dis devant tout le monde, je suis heureux de partager avec toi ce repas de reines...".

    J'ai mesuré ce dimanche combien cette micro solidarité locale peut en cacher bien d'autres. Non, vraiment, pas le bureau des plaintes autour de cette tablée où se partageaient, huîtres, oursins, daurades, aïoli. Et c'était bien.

  • La couleur du silence des anges

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    « D’où vient que les cieux sont ouverts ? Et que veulent dire ces anges qui montent et descendent d’un vol si léger, de la terre au ciel, du ciel en la terre ? (…)
    La terre n’est plus ennemie du ciel ; le ciel n’est plus contraire à la terre : le passage de l’un à l’autre est tout couvert d’esprits bienheureux, dont la charité officieuse entretient une parfaite communion entre le lieu de pèlerinage et notre céleste patrie. »

    Bossuet , « Sermon pour la Fête des saints anges gardiens »(1659). Il avait 32 ans et n’était pas encore devenu évêque.
    (Photo Vifill)

  • L'horreur judiciaire après manipulations

    Au départ, il y a une mère et un père pervers, champions de la manipulation. Devant les enfants, les parents s'affichent comme des " victimes" (comme toujours chez les schizophrènes) et autour de la table de la salle à manger, il n'est question que de fellations, de sodomies, de domination. Tout est de la faute des autres, des voisins surtout. L'entreprise de démolition - à feux doux- entre dans les cervelles de leurs enfants. Et comme la vérité sort toujours de la bouche des chérubins, les personnels des maternelles servent de premier relais à l'opération. Ensuite, se sera le tour de l'assistance sociale. Puis d'un juge à peine costumé dans sa robe toute neuve et volontiers psycho-rigide. Il enterrine: Outreau égale Dutrou. Tout le monde au trou (du cul).
    La presse saute sur cette occasion de retrouver qui ses auditeurs, ses téléspectateurs, ses lecteurs...
    Comment parvenir à une juste évaluation de la parole des enfants? Un seul juge suffit-il pour faire la différence entre vérités et mensonges dans un couple qui (se) manipule? Est-ce que cette affaire résume, à elle seule, l'état de délabrement mental de notre société ? L'amour, le plaisir ne sont-ils pas devenus les derniers outils d'une marchandisation des rapports humains ? Quelle sera demain la vie de ces gens qui ont été jetés au cachot alors qu'ils étaient, jusque là, monsieur et madame tout le monde ?


    Procès Outreau : le mea culpa de la justice

    Le parquet demande un acquittement général et exprime ses «regrets» aux accusés en pleine audience. Rarissime.

    par Florence AUBENAS
    in Libération du jeudi 01 décembre 2005

    "Cela faisait un moment qu'on voyait venir l'avocat général Yves Jannier. Ces derniers jours, c'était à peine des questions qu'il posait à l'audience, plutôt des sortes de diatribes exaspérées contre l'accusation que les avocats généraux ont pourtant plutôt la tâche de soutenir. Là, Jannier fait l'inverse. Il se lève, brandit une pièce de ce dossier d'Outreau qui s'écroule chaque jour davantage. Puis, lâchant un dernier «balivernes», il se rassoit le visage chiffonné de colère et aussi rouge que sa robe. Certains des six accusés de l'affaire d'Outreau avaient fini par y croire, eux qui ne croient plus en rien à force de se dire innocents, en vain, depuis quatre ans. Et si l'avocat général Yves Jannier demandait l'acquittement pour tout le monde au procès en appel ? Le geste est rare, mais la journée vécue hier aux assises de Paris, pour le réquisitoire, le fut encore plus. Dans une lumière irréelle, quelque part entre Disneyland et les tableaux de Delacroix, cette scène de genre pourrait s'appeler «la Justice repentante tend les bras aux innocents meurtris».
    Sur le même sujet, naufrage. A savoir Le malaise d'une institution face à ses erreurs.
    Cinq années de dérive judiciaire: «Je voudrais dire nos regrets à votre égard...»
    Les magistrats, boucs émissaires du fiasco.«La réalité». En arrivant devant la cour, en début d'après-midi, Yves Jannier n'est pas seul. A côté de lui s'est assis le procureur général de Paris, Yves Bot, un des plus hauts magistrats de France. Chacun sait que quelque chose d'exceptionnel va avoir lieu. «Sous une apparence trompeuse, je vais restaurer la réalité de ce dossier», commence Jannier. Le revoilà parti à la Tour-du-Renard, «un quartier d'immeubles avec des noms d'oiseaux où vivent des gens en difficulté», comme le résumait une assistante sociale. Lorsque Thierry et Myriam Delay sont arrêtés, en février 2001, ils ont déjà reçu le rapport du juge signalant que pèse sur eux une suspicion d'agression sexuelle contre leurs fils. Première faute, relève Jannier. «Comment voulez-vous trouver des preuves matérielles après ça ?»
    Puis Jannier décrit les accusations des enfants qui s'emballent, les services sociaux qui s'affolent, Myriam Delay qui abonde dans le même sens, comme un couple de voisins, Aurélie Grenon et David Delplanque. La police arrête une dizaine de personnes. «Avec une absolue honnêteté, je vais vous dire les seuls éléments à charge extérieurs à ces dénonciations que j'ai trouvés dans ce dossier contre les accusés», relance Jannier. Et voilà exhumées deux phrases attribuées à Franck Lavier, dans la grande geste des cages d'escalier. Une fois, sa fille Amanda, 5 ans, pleure pendant le déjeuner. «Alors, Franck a baissé son pantalon et lui a dit : "Suce-moi la bite"», a certifié Emilie, 20 ans, du deuxième étage. Elle n'a pas répondu à la convocation devant les assises. Vanessa, elle, a entendu Franck crier sur le palier : «Vivement qu'Amanda ait du poil que je l'encule.» Restent deux témoins contre Alain Marécaux. Son coiffeur lui a coupé les cheveux deux millimètres plus court. Le voisin de l'étage en dessous l'a entendu demander aux enfants «d'une voix câline» de «mettre leur pyjama».
    «Idées stupides». Jannier soupire qu'il va même faire une confidence aux jurés. «Dans toute la procédure, je n'ai pas trouvé un seul élément à charge contre Christian Godard.» Il faisait partie des sept acquittés à Saint-Omer. Jannier poursuit: «Le dossier aurait pu en rester là si Aurélie Grenon n'avait pas été libérée au bout de six mois, une décision caricaturale» dans le cadre des mises en liberté provisoire. Pour être relâchées comme elle, plusieurs personnes arrêtées se mettent à énoncer ce que l'avocat général appelle «des idées stupides». Franck Lavier s'accuse sans s'accuser, Daniel Legrand invente le meurtre d'une petite fille. En avant. Avec l'affaire Dutroux en toile de fond de l'autre côté de la frontière, le dossier décolle. Des experts sont commis. «Là, on a atteint des sommets. De qui se moque-t-on ? L'un parle latin, cet autre fait machine arrière, le troisième nous affirme des choses avec la certitude la plus extrême.» Et se trompe.
    112 fois non. Dans l'enquête, les enfants parlent de plus en plus. «On a vu ces assistantes maternelles qui prenaient les dénonciations comme parole d'évangile. Puis les services sociaux les corrigent : c'est du travail d'éditeur, plus le reflet de la réalité. On sait que les enfants peuvent inventer. Ici, l'un raconte que tous les animaux de la ferme lui sont passés dessus. L'autre qu'elle a été violée par trois hommes. Qui va croire ça ?»
    Sur les bancs de la défense, les lèvres de certains avocats hilares épellent en silence deux syllabes. «Bur-gaud.» Lui a instruit le dossier à Boulogne. Lui a cru à la ferme et ses animaux, à la triple pénétration, à tout. Jannier puis Bot ont remis en cause l'appareil judiciaire dans sa totalité, depuis la chambre de l'instruction qui a 112 fois répondu non aux 112 demandes de mise en liberté de Dominique Wiel, jusqu'aux assises de Saint-Omer au «verdict incompréhensible». Pas un mot sur Burgaud : «Nous ne sommes pas là pour chercher des boucs émissaires.»
    Jannier parle aux jurés : «Il faut les acquitter parce que les sept de Saint-Omer n'auront pas l'impression de l'être totalement si ceux-là ne le sont pas aussi. Il faut leur rendre leur honneur, qu'ils n'aient plus à baisser les yeux. Parce qu'elle est innocente, je vous demande d'acquitter Sandrine Lavier.» Comme une incantation, il égrène l'un après l'autre le nom de chacun des six, avec la même formule. Lavier frissonne. Alain Marécaux sanglote. Thierry Dausque se tourne vers son avocate. Il est étonné. D'habitude, elle pleure. Là, elle sourit.
    A son tour, Yves Bot dit ses «regrets» et demande l'acquittement «aux magistrats de la cour». Un peu sèche, la présidente Odile Mondineu répond : «C'est en toute liberté et indépendance que nous rendrons notre verdict.»
    Au nom de la défense, Jean-Louis Pelletier, doyen des huit avocats, se lève. «De façon unanime, nous avons renoncé à plaider. Nous demandons une minute de silence pour François Mourmand.» Arrêté en mai 2001, François Mourmand est mort en détention d'une overdose de médicaments. Il se disait innocent comme les 13 autres. Sur le banc de la partie civile, des avocats quittent la salle. «Trop c'est trop», dit l'un. Hier, ils ont été les seuls à affirmer que trois des accusés étaient coupables.
    «Je suis refroidi». Dans le hall des pas perdus, un frère de Dominique Wiel veut lui sauter dans les bras. Il le rabroue. «Je suis refroidi, j'attends de voir. C'est horrible d'émotion, la justice nous entraîne vers l'acquittement aussi bêtement qu'elle nous a entraînés vers l'échafaud.» Franck Lavier n'a toujours pas compris. Il court derrière son avocat. «Quand est-ce que vous allez plaider, maître?» Verdict aujourd'hui.