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    Ouverture du magasin H&M avec la collection Sonia Rykiel.

    Ça se passe dans le centre ville de Toulouse.

  • Journal d'un homme de chambre

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    Que la montagne est belle...


    Chambre 1 :
    Un couple de volumineuses allemandes. Visiblement lesbiennes depuis la mort de Fassbinder. Celle qui dort côté fenêtre vient d'entamer la lecture d'un pavé : "Les secrets du Da Vinci code".
    Elles sont montées ce matin à la grotte à la recherche d'indices sur la vie de Marie Madeleine.
    Inquiètes, tout de même, au sujet de la montée. Combien d'heures l'ascension ?
    - 35 minutes madame...Enfin, quarante cinq pour vous.


    Chambre 2 :
    Une canadienne de Toronto plutôt mince. La cinquantaine aussi arrogante qu'élégante. Dès son arrivée elle avait prévenu. Je souffre d'une intolérance au gluten...
    Un peu plus tard ses compagnons de voyage ont pu constater qu'elle aimait recevoir un régime de faveur envers sa petite personne. Durant le repas du soir, elle s'est beaucoup employée à séduire les hommes de la table d'hôtes. Insensible aux tirs de missiles lancés par les épouses. Sur son meuble de chevet trône un livre, "L'amour par les chiffres" et sur le lavabo, juste à côté du verre pour brosses à dents, une petite boite de valium.


    Chambre 3 :
    Un madrilène fagoté comme un ambassadeur, sorte de Don Quichote sans monture. Un ancien industriel qui n'a jamais pu parvenir au sommet de la dynastie familiale. Ce qui ne l'empêche pas de réclamer du Monsieur le comte !
    Au dîner, il tente d'accaparer les conversations allant jusqu'à se fâcher avec la dame de la deux.



    Chambre 4 :
    Le notaire et madame. Enfin, madame peut-être... et sans gaine. Elle affiche vingt ans de moins que lui et le sourire des maîtresses jusqu'ici satisfaites de leur sort. Elle offre aux regards un vaste balcon. Celui qui en dit plus long que les discours de théologiens. Ces deux-là sont toujours les bienvenus dans les hôtels pour couples adultères où les bosquets sont pleins de courtisans pour prince sans royaume qui se reboutonnent à la hâte. Il n'est peut-être pas recommandé d'y traîner les enfants. Le notaire est un brin satisfait de lui mais jamais ennuyeux en conversation tous terrains constructibles, forcément constructibles.


    Chambre 5 :
    Ils ont largement dépassé la soixantaine, viennent de l'Ardèche. De Lachapelle-Graillouse. S'aiment depuis quarante ans sans jamais s'être castagnés. Beaux et tristes, ils sont atterrés par la mort brutale de leur voisin de coeur et de châtaigniers. Se ressassent ensemble toutes les chansons d'Aragon. Et pleurent silencieusement de concert en écoutant celle-ci :



    J'arrive où je suis étranger

  • La montagne n'est plus

    Ma môme et moi, c'est peu dire que l'on t'aimait...

     

     

     

    "Vivre sa vie" Jean-Luc Godard.

  • Les petits soucis de France

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    Au premier plan, France gardien du temple...et au fond à gauche, Eugène le jardinier.

    Allo, comment tu vas mon gamin ?
    - J'ai froid. J'en ai marre de l'hiver.
    Ben j'vais dire un truc, moi aussi dis donc. J'avais les mains gelées hier en taillant la vigne. Remarque, j'ai pas perdu mon temps.
    - Tu as pu faire des fagots ?
    Tu parles. J'en ai au moins quarante.
    - Des sarments de vigne ?
    Ouais monsieur, des serments de vigne...
    - Sarments, France on dit des sarments.
    L'important c'est qui sont à l'abri. J'les ai montés au grenier tout seul. Y vont sécher et l'année prochaine, ça va crépiter dans ma cuisinière.
    - Mais tu en avais déjà une colonie de fagots...?
    Ben heureusement, j'ai tout prévu année par année. Les fagots c'est de l'or aujourd'hui. Tiens en parlant de chauffage tu m'avais bien dis que j'pouvais ramasser les bûches qui traînent dans ton bois. J'te dis ça parce que j'vais les donner à des gens qu'ont même pas de chauffage chez eux. Y'a des tracteurs dans c'te ferme et ben tu vas pas m'croire, ils ont rien pour se chauffer. C'est des gens qui vont même chercher à manger dans les trucs du comique qu'est mort dis donc... Comment qu'ça s'appelle déjà ?
    - Les restos du coeur.
    Voilà, les restos du coeur. Des gens comme toi et moi, tu t'imagines? Y sont obligés d'aller quémander à manger. Moi j'pourrais pas.
    - ...
    Non mais attends, j'ai jamais vu ça. Des gens dans la misère, comme ça, aujourd'hui.
    On est vraiment dans un pays de merde.
    - Prends tout le bois qui sera nécessaire, France, et surtout demande à Eugène de t'aider...
    Non mais tu peux pas imaginer quand j'ai vu comment qui vivent ces gens, j'te jure, y'a des lapins qui vivent mieux qu'eux. Tu vois ?
    - Oui. S'il le faut, emporte aussi le bois qui est déjà empilé en lisière. Il doit y avoir une dizaine de stères.
    Non vraiment, c'est dégueulasse ce qu'on voit aujourd'hui. Des gens qui travaillent pour rien gagner. Des paysans. Tu vois ?
    - ...



  • Les chiens aboient

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    Il n'y a plus de passé dans ce moment qui s'achève (Yves Bonnefoy)

    Il neige encore. Apocalypse snow.

    L'humeur retrouvée, il n'y a plus qu'à suivre la caravane,
    à barboter dans l'encre de Jouvence qui efface les rhumatismes et les douleurs aux dos,
    au souvenir de ce qui a été et qui se recolore d'un coup,
    en sa diversité de teintes, malgré les lunettes à vers progressifs.
    Au loin, Aramis remonte péniblement en selle et file chez l'aubergiste:
    Du jambon drôle, nous ne pouvons plus boire !
    Et surtout éviter de grossir la troupe sinistre des vieillards qui ont réussi.

     

    Arnaud Fleurent-Didier (La reproduction)

  • Les petits carnets de Polémiste Victor

    Bientôt la fin de l'hiver. Atterrissage en douceur sur la planète mars. Les sautes d'humeur de la mer conjuguées aux violences du vent ont surpris dans leur lit plus d'une cinquantaine de résidents côtiers domiciliés, pour la plupart, en dessous du niveau de la mer. Des gens d'en bas qui n'avaient pas les moyens de battre le haut du pavé. "Homme libre, toujours tu chériras la mer". Méfie-toi quand même de la nature que tu appelles Dame dans tes moments de perte de mémoire. Le temps d'assister à la décrue, après les illusions de la trève printanière, il sera temps de découvrir tout ce que l'eau a pu abandonner sur le terrain que les hommes avaient cru - provisoirement - gagner sur l'océan.

     

     

    Quelques martyrs en tweed, aidés d'un troupeau d'accariâtres militantes, se réjouissent de "La journée sans immigrés". Pourquoi l'on migre ? Pour échapper à la misère sociale et politique. Et s'enfuir à dos de barcasse pour remplacer et rejoindre ceux qui penseront alors vivre juste au-dessus du seuil de pauvreté. En général, l'on fuit un colonel qui a la Kalache facile. L'espoir d'atteindre un pays qui a le consensus facile donne des ailes à chaque nouvelle génération de damnés de la terre. Le grand capital se félicite de cette aptitude à la mobilité. Lui qui sait toujours mettre la main sur les forces de travail qui sommeillent ici ou là. Le butin de ce nouveau slogan "Journée sans" restera bien maigre. Bientôt sur vos écrans, "Une journée sans Sarko". On progresse vers la lutte des crasses, je vous le dis.

     

     

     

    Nordique Music

  • Avoir vingt ans à NY

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    By Stéphane Renard

    Cher Fox,

    Demain, à la même heure, tu seras déjà de l'autre côté de l'Atlantique. Chez tes "cousins" de Montréal. Ensuite, un train pour New York.



     

    Dès l'aérogare, j'ai cherché à voir les tours au loin. Il faisait très chaud. Une brume de chaleur flottait au dessus des pointes de l'Empire State et des deux tours du World Trade. Comme si on avait déposé un couvercle de pollution sur la ville d'Art. Dare dare, j'ai sauté dans un taxi. Putain, un noir. Il fumait de l'herbe et m'en a proposé. Direct le mec. J'ai préféré m'allumer une Gitane sans filtre en lui disant que c'était d'la bonne. Il m'a demandé d'où je venais. Normal. J'ai répondu l'Europe. Pas envie de lui dire que deux jours plus tôt j'avais laissé le Vieux-port derrière moi et que Marseille était déjà à l'époque la plaque tournante de la French Connection. Vingt ans au compteur et déjà cette impression de rejoindre le club de ceux qui savent que NY ce n'est pas l'Amérique, c'est de l'inédit de bloc en bloc. Du sur mesure pour les rêves de tous les allumés de la terre...Les mythos, les mégalos, les loosers en chaussures crocos.  Une heure plus tard, en plein "Village", j'affichais devant mes amis une bonne petite admiration tranquille. Dedans, un tonnerre de battements de coeur. Comme après une chevauchée fantastique dans un motel à dix dollars la nuit. Avec le truc à pièces, tu sais, pour venir en aide aux nécessiteux du bassin. Et ces odeurs de moquettes délavées. Les odeurs à NY, il faudrait y consacrer un livre entier. Passer en revue toutes celles proposées par chaque communauté. Voilà, on y vient. C'est à New York que j'ai découvert le communautarisme. Mais auparavant je m'étais bien décidé à flâner, secteur par secteur, à raison de quinze kilomètres par jour. Je disposais d'une semaine puisque je devais bosser dans un discount dès que possible m'avait dit Toby, le boss, à fort accent hébreux. Wall Street, Broadway, West side, le village, Chelsea Hôtel pour tenter de croiser Andy, Harlem pour rendre hommage à Chester Himes et à ses deux héros Fossoyeur Jones et Ed Cerceuil. Suffisait ensuite de traverser ton pont...et de se lancer sur les traces d'Hubert Selby Jr dont j'avais lu le fameux Last exit to Broocklyn. Long Island pour la baignade et surtout pour retrouver la maison d'Einstein. Sans oublier Miles Davis à travers une histoire que m'avait racontée Françoise Sagan qui l'attendait, non sans impatience, dans son hôtel de la Vème. C'était en 1962. Juste avant l'obtention des droits civiques pour les noirs. Il n'a pas été autorisé à la rejoindre... Dix ans après, je débarque donc. Je vais croiser, par hasard, Jean Genet en pleine conversation avec les Blacks panthers sur un trottoir de Harlem. Je lui cause de Chester Himes...Il m'embarque avec son gang, direction une université située à 60 km de Manhattan.

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    Je te raconterai plus tard cet épisode.
    Or donc, j'ai découvert à cette époque une grande publicité lors de mes promenades dans Brooklyn, pas très loin de Bedford Stuyvesant. Sur le panneau, l'on voyait un asiatique qui mangeait une pizza. Tu vois le genre ? Une face de riz qui bouffe un truc de rital. Nous étions en pleine guerre du Vietnam. Du côté de Roubaix, c'est pareil. Business is business. Dans une chaîne de hamburger voilà le Halal imposé parce que le quartier est estampillé maghreb de canard. Le problème c'est quoi ? Il s'agit d'une chaîne de restauration rapide. Plus de choix. Pourquoi pas un Quick sous le contrôle du Beth-Din ? Sous le contrôle du Dalai Lama ? Bientôt le hamburger sous le contrôle du pape ? Et le reste suit. Marchandisation du corps féminin, du coq sportif, dictature de la jouissance obligatoire avec des sex toys. Panne de désir et d'idéologie. Pas de problème, passe à la pharmacie. Nous sommes champions du monde de la conso de neuroleptiques. Un jour, il y aura une pub représentant une femme, portant la burqa, assise sur un cochon et trinquant avec des viticulteurs du Beaujolais. Tout ce remue-méninges est réservé à ceux qui regardent la ferme des célébrités. Qui connaissent les noms des joueurs de basket ball us et ceux de tous les groupes de rap mais qui ignorent le nom du maire de leur ville, voire même celui du président de leur région. Tu sais, il s'habillent avec des frusques de rappeurs, s'affichent avec la coupe de cheveux "Nation of Islam" (version Louis Farrakhan) mais ils détestent l'Amérique dans son ensemble, celle qui a humilié leurs brothers en Irak et tous ceux des territoires occupés. On va le payer cher et sur la durée. Et toi, Maître Renard, tu tentes de stopper l'atomisation, la dispertion des communautés, la haine nichée dans ses retranchements et ses quartiers de "noblesse" tel le combattant du social selon la formule de Bourdieu. Ne t'inquiète pas, même s'il n'y en a qu'un sur cent qui passe la rampe, c'est déjà pas mal. Les valeurs de la République, celles de Jaurès, ne pèsent plus très lourd dans ce monde alors si en plus tu parles de la lutte des classes à des mecs qui t'embrouillent le grand frère de la téci à longueur de journée pour contrôler l'économie souterraine, tu n'es pas au bout de tes peines. Il y a déjà une petite bourgeoisie issue de l'immigration maghrebine. Qui se fringue avec de la marque. Et je peux t'assurer que celle-ci n'ira plus bouffer des tranches de boeuf Halal et des lambeaux de dindes au Quick du coin. C'est comme à NY, la bourgeoisie noire se moque bien des gueux du Bronx. (Tiens, je te signale au passage que Miles Davis est enterré dans le cimetière du Bronx).
    La machine à broyer les consciences avance plus vite que toi et moi. Et ça ne date pas d'aujourd'hui. Il y aura toujours des gens qui trouveront des prétextes pour en découdre. Il en sera ainsi tant qu'il y aura des hommes aveuglés par leur narcissisme (léninisme ?). Sourire de fin de soirée.
    Allez, régalez-vous toi et ta princesse ! Il y a de quoi (pré)voir et apprendre là-bas.

     

  • Et c'est ainsi qu'Halal est grand

     

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    Le Quick de Roubaix (Photo AFP)

    Pour mieux répondre à votre attente, mesdames et messieurs, la direction de ce blog est heureuse de vous informer que, chaque lundi désormais, nos produits verbeux seront certifiés Halal. Entamée chez nos lectrices et lecteurs de Toulouse sans oublier Marseille nous souhaitons poursuivre cette expérimentation à Roubaix jusqu'à son terme pour "valider l'intérêt et la faisabilité technique de cette offre commerciale". Le marché de l'alimentation Halal en France est une niche en plein essor, évaluée à près de 5,5 milliards d'euros pour 2010, selon Solis, un cabinet spécialisé dans les études marketing ethniques. "Nous voulons seulement voir comment la clientèle réagit à cette offre".

    Le mardi, la chronique Ravie au lit pour celles qui sont nées de l'autre côté des Alpages. (Soirée sodomie pour les couches-tard dans le club libertin de votre choix)

    Mercredi, jour de repos de nos chères petites têtes blondes et néanmoins françaises, nous présenterons à leurs délicieux parents quelques extraits des oeuvres de Bernanos et Léon Bloy sous le contrôle du Stalker.

    Le jeudi, ne manquez pas la rubrique carpe diem farcie sous le contrôle du Beth-Din de Paris et celui (beaucoup plus bio) de Roumoules (Alpes de Haute Provence). Monge mon fils, monge !


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    Photo Kjartan Mar Magnusson


    Le vendredi, jour du poisson, ce blog sera consacré à la pêche au thon blogueur en Méditerranée et bien au-delà sous le contrôle de Greenpeace.

    Samedi, méditation de groupes bouddhistes et atelier d'écriture en tong sous le contrôle d'Anna de Sandre (et Meuse).

    Le dimanche, repos. Une revue de fesses poétiques sera néanmoins proposée sous l'intitulé : T'aimes ça la poésie, hein, salope! Les messieurs seront invités à s'astiquer le manche via leur web cam sous le contrôle de Brigitte Lahaye.

  • Vous mendierez des nouvelles



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    Tu fais la gueule ?

    - Non, je regarde quelques mésanges huppées qui se dévergondent autour du chêne vert. Qu'elles profitent de mon temps de sieste !

    Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur...Connais-tu ce roman d'Harper Lee ?

    - Oui quand même. Tous les plus grands écrivains américains vivants citent ce roman culte à longueur d'interviews.

    Très bien. Je n'ai donc pas besoin de te rappeler que tuer des oiseaux moqueurs est un péché.

    - Dis, tu ne vas pas bouleverser mon organisation génétique. Laisse-moi roupiller que je reprenne des forces avant d'aller taquiner le merle.

    Tu me rétorqueras que je n'ai rien à dire puisque je n'ai de cesse de cavaler après les lièvres du plateau mais je te signale que je ne suis jamais parvenue à en attraper un seul.

    - Je t'apprendrais à choper un chardonneret si tu veux. C'est une question de temps. Ne pas être ennemi du temps, tu vois. Le mal c'est l'impatience...

    Oui, oui, on la connait ta chanson.

    - Chez vous les canidés, deux mondes s'affrontent en permance. L'intime et le quotidien, le dehors, le dedans. Chez nous les félins il nous suffit de dissocier le visuel du sonore. Chaque son existe pour lui-même dans un lien très indirect avec l'image.

    Deux mondes étanches ?

    - Non, des liens imperceptibles, hors de ta logique canine. Tu ne peux pas comprendre. Je peux jouer avec les sons, les recoller et créer mes propres images avant l'attaque. Je me sers de ce cadeau, réservé aux artistes, qui me permet de sortir d'une réalité illusoire pour entrer dans celle de l'imaginaire.

    ...





  • Culte du nombre et de l'amateurisme

     

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    Jamais à l'heure et tous candidats aux instant ratés.
    (Photo Yann Gensollen)

    Fâcheuse impression que de "s'éditer" sur cette toile. Manque l'essentiel : l'éditeur ou l'éditrice. Il est remplacé par le commentateur. Pourtant, l'attention du lecteur, comme je n'ai de cesse de le répéter ici,  est constamment détournée par des descriptions périphériques. Des phrases coupées au hachoir, trop souvent extraites de livres d'auteurs donc interdisant le décollage, succession de jolis mots empilés dans la remise où puisés dans le Robert que l'on fait revivre via le blog, adjectivation abusive, miroir narcissique sans reflet, explosions de "sentiments" désemparés, tentative de saturation de récits criblés d'absences, mise hors scène du précipice, personnages peu fiables, architectures clinquantes et de carton-pâte, messages délibérement brouillés...

     

    Leur seul signe de reconnaissance : l'absence de style. Souvent compensée par une quantité impressionante de déguisements. Ceux destinés à masquer l'ignorance, une faible capacité à l'étonnement. La carte du tendre, chez ces gens là, est demeurée à quai durant les années soixante-dix. Dieu qu'ils sont bavards les nouveaux blogueurs qui aiment à se parer du titre d'écrivain potentiel, certes amateur, mais en devenir selon la vingtaine de "critiques" appartenant à la cour. Des bobos flingueurs qui s'autorisent tous les excès. Leur violon d'Ingres : Tuer les maîtres qui sont déjà morts mais dont la postérité est en marche. En revenant de l'expo, ils flinguent l'art contemporain, les marchands aussi, en agitant leur drapeau noir (ou vaguement rouge) qui sent l'anti-mite à base végétale.

     

    Le soir, après le turbin, ils villipendent BHL. Ils sont prévisibles, c'est à ça qu'on les reconnait. Ce sont les nouveaux bien pensants. Démocrates pavillonaires donc nouveaux propriétaires, petits-bourgeois radicaux au sens où l'entendait Stirner, il apprennent par coeur le jardinage pour manger bio. Néanmoins, les fautes de goûts s'affichent à la hausse. L'été, ils font leur marché en pantacourt. Participent à des festivals d'atelier d'écriture, de films numériques amateurs. Le soir, pendant la veillée, ils vomissent les philosophes et leurs foutus concepts. Vous avez été génial hier soir disent-il au conférencier à la barbe fleurie. Généralement, ils se trouvent tous géniaux face au barbecue après avoir absorbé un peu trop de Madiran: Les grands crus de Bourgogne, c'est surfait, trop bourgeois. Pas question de s'afficher gourmands à la ville comme à la campagne.


    Tous ces artistes du verbe sont bien sûr d'éminents spécialistes de la géopolitique moderne. Le chaos en Haïti, c'est la faute à l'esclavagisme et à la vengeance des nantis qui ont fait payer leur liberté au premier peuple noir à se constituer en Etat libre. Les tontons macoutes, c'est la faute aux ricains. Et d'un même pas que celui d'un sociologue agrippé aux années gaulliennes, l'Afrique c'était bisounours land avant la colonisation. Rien à dire sur les mythes fondateurs de ce continent. L'Inde ? C'est épicé et plein de jolies couleurs sur les étals. La plus grande démocratie du monde. Rien sur les castes. Un peu de fumette et le spectacle de la misère se digère mieux. La banlieue ? Idem, mieux vaut participer à la victimisation ambiante que de s'y rendre pour examiner d'un peu plus près la force des (dits) faibles. La burqa, no comment, c'est la faute à Sarko.

     

    Hélas pour eux, les blogs sont de plus en plus délaissés par les jeunes qui préfèrent s'afficher sur Face Book d'après une récente étude. Ne resteront que les professionnels de la profession. Comme Pierre Assouline qui accueille tous ces amateurs dans ses commentaires sans mot dire. Quand on est de bonne humeur, il y a de quoi les trouver pathétiques à travers les polémiques, les anathèmes et les sarcasmes qu'ils suscitent. Voici le royaume de la suffisance, de la surévaluation des mérites de ces braves gens qui ont un avis autorisé sur tout. C'est peu pour réhausser le socle de leur statue, et bien mince si l'on songe aux milliers de pages numériques noircies. Mais c'est suffisant pour qu'apparaisse la faiblesse du propos. Rarement convaincant et jamais original.

     

     

     

  • Zoë, soyons imperceptibles

    Ma réponse à votre inquiétude, vous devriez pouvoir la dénicher, quelques part, dans les propos de ce philosophe avec lequel je me sens en totale connivence. Trouverez-vous le temps et la patience de l'écouter? Je vous le souhaite. Faire balbutier la langue...dit-il.

     

    abécédaire gilles deleuze cd3 part 3

    Gilles deleuze | MySpace Vidéo

  • C'était mieux avant

    Avant, nos parents nous disaient : On ne peut pas tout avoir.

    Aujourd'hui, on dit aux enfants: tu pourras tout avoir si tu travailles plus pour gagner plus un jour quand ton patron t'enverra bosser en Thaïlande.

    Avant, l'autorité parentale ne cessait de nous répéter: Attention, passées les bornes, y'a plus d'limites.
    Aujourd'hui, les enfants ne connaissent plus de limites et ils cassent les jouets qui jonchent le sol de leur chambre.

    Avant, on était trois par chambre. Quand il faisait moins quinze dehors, il était exclu de laisser dépasser un pied de l'édredon.

    Aujourd'hui, les travaux d'isolation permettent de payer moins d'impôts. Et les couettes Ikéa sont si vastes que les pieds ne dépassent plus.

    Avant, il faisait bon vivre durant les trente glorieuses.

    Aujourd'hui, les trentenaires ne sont pas très glorieux.

    Avant, on détestait nos parents.

    Aujourd'hui, on les ignore.

    Avant, dans les bonnes familles, on se disait vous.

    Aujourd'hui, on dit : Ta mère elle suce devant Auchan.

    Avant, le Rock'n roll servait de frontière entre les parents et leurs rejetons.

    Aujourd'hui, c'est Internet qui fait la différence entre "parents et transparents". (Libération.fr du jour)

    Avant, on lisait "L'éducation sentimentale" à quatorze ans et en cachette. (Ciné-Revue aussi, cher Fox)

    Aujourd'hui, on s'éduque sentimentalement à douze ans en regardant Youporn.com.

    Avant, on pensait que Greta Garbo était une star.

    Aujourd'hui, on nous Claudia Schiffer.

    Avant, on vénérait les écrivains, le grand style.

    Aujourd'hui, tout le monde il est écrivain en alignant des phrases sur son blog. Il y a même des ateliers d'écriture.

    Avant, on faisait du neuf avec du vieux.

    Aujourd'hui, on fait du vieux avec des jeunes.

    Avant, on détestait s'ennuyer.

    En vieillissant, l'ennui est devenu un luxe.

     

  • Confessions

     

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    Sur le divan


    Je t'écoute mon petit.

    - J'étais sur cette terre que nous appelons ici la Taurelle et me je sentais si bien comme emportée par le bruit du torrent venu des sources de l'Huveaune. Fascinée par la vitesse de l'eau et ses métamorphoses. C'est qu'il avait beaucoup plu la veille.

    Et alors...?

    - Sans cesse aux aguets, selon mon code génétique, je ne prétais l'oreille à rien d'autre. J'en oubliais les rouge-gorges bien ventrus malgré la froidure de cet hiver. Je manquais presque tout. Le passage des grives, les cavalcades des sangliers en meute. Je n'avais qu'une toute petite attention, discontinue, facilement épuisable.

    Ce n'est pas là un péché !

    - Si, si, jutement. Mon plus gros péché que je n'ose même pas vous confesser, mon père. La vie est si urgente et je passe à côté du gibier.

    J'insiste, il n'y a pas de quoi réciter un Notre-père...Tu dois apprendre tous les chemins de ton labyrinthe même si tu ignores comment tu y es entrée. Et puis, à la longue, tu en sortiras grandie.

    - J'ai une foi si ardente en l'univers qu'elle me ronge, mon père. On m'a tant épelé le monde jusqu'à me le décortiquer que j'en oublie de japper, de dénicher dans les taillis le pigeon voyageur, la perdrix solitaire...

    C'est comme si tu n'avais pas domestiqué les simagrées de la neige, trouvé d'où vient le vent, traduit les hiéroglyphes en étoile du givre ?

    - C'est ça, mon père. Je me sens vieillir. Engoncée dans mon uniforme de chienne savante folle. Les yeux comme deux morceaux de braise dans une gueule de cendres. J'ai la cervelle bourrée d'innombrables syllabes invisibles. Je ne peux qu'aboyer quelques poèmes appris par coeur.

    Chienne de vie. Tu sais, je ne suis pas prêtre. Seulement un psychanalyste pour chiens.


  • Le Je à coups de règles

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    Il paraît que l'on ne parle que de ça.
    De la rencontre d'un bateleur de foire avec de vrais gens.
    Onze apôtres du café du commerce censés représenter la France qui connait,
    Comme chacun sait,
    Des hauts et des bas.
    Surtout des bas.
    Il va de soie.
    Alors, il y a eu débat
    Tout autour d'un parapluie.
    Le turlupin, tantôt pitre, tantôt enjoleur,
    Souvent grimacier et postillonneur d'adjectifs,
    A vendu son lot en moins de deux.
    Imposant son Je à coups de règles.
    La Cène, servie sur un plateau froid télé,
    N'a pas manqué d'attirer une foule de curieux.
    En ce temps là, je regardais le ciel au crépuscule.
    J'ai pris le temps de m'interroger sur ce nouveau concept:
    Les vrais gens.

  • L'alarme à l'oeil

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    Lil' Kim rappeuse américaine.
    Photo One world magazine


    Chéri, tu aimes ma nouvelle burqa?

    - Oui mon amour...enfin, ce que je préfère se sont plutôt tes dessous chics.

    Tu sais, c'est très tendance la burqa en ce moment...

    - Je l'ignorais. Je veux dire que je n'étais pas au Coran.

    Oh ! Personne ne t'oblige à verser dans le satanisme primaire.

    - Très drôle. Tu souhaites que je lance une fatwa contre tes attributs, mon chaton ?

    Pourquoi pas.

    - Tu ferais mieux d'aller au carnaval en Belgique, le port de la burqa est toléré durant cette période.

    Non, je crois que je vais aller avec toi assister à ta prochaine réunion de la section socialiste du 5ème arrondissement.

    - Bonne idée. Il y a là quelques féministes qui te soutiendront dans ta juste lutte pour attirer tous les regards.

    Ben oui, pour une fois, je ne passerai pas inaperçue.

    - Inversement, je ne pense pas que tu sois acceptée moyennement vêtue de cet accoutrement dans les services pudiques.

    Et si je me risquais à passer les grilles de la place Beauveau ?

    - En tant que bombasse, tu as toutes tes chances. Salafistes, salsifis, tout ça c'est du Babel au même pour les plantons.




  • Mercantour de passe passe

     

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    La nature s'accomode l'hiver d'abondantes métaphores souvent obscures et parfois sans relief. Lancé à la recherche d'une meute de loups sur "des chemins luisants comme des baves de limace" (Giono), je me suis surpris à glisser, aux aurores, sur un lac revêtu d'une solide couverture de glace, situé dans un coin ignoré des colporteurs de mauvaises nouvelles à l'intérieur du parc national du Mercantour. Le gel m'a semblé éternel au petit matin de ce dimanche de janvier. La batterie de mon appareil a rendu l'âme juste après cette photo. De rage, je l'ai jeté dans la gueule du loup.
  • L'eau routinière

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    Gorges du Caramy (Var)

    Quelques jours après sa naissance
    l'eau douce cherche son calcium
    tâte le pouls des pierres
    érode les loges de l'ombre
    s'affiche sous les lumières de la ville
    se perd dans les méandres des plaines
    cherche à prendre de la bouteille avec ses affluents
    puis disparaît lorsqu'elle entre dans sa mer.


  • Le poème flottant

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    OUTWARDS
    (À Francis Jammes)

    L'Armand-Béhic (des Messageries Maritimes)
    File quatorze nœuds sur l'Océan Indien...
    Le soleil se couche en des confitures de crimes,
    Dans cette mer plate comme la main.

    -Miss Roseway, qui se rend à Adélaïde,
    Vers le sweet home au fiancé australien,
    Miss Roseway, hélas, n'a cure de mon spleen;
    Sa lorgnette sur les Laquedives, au loin...

    -Je vais me préparer -sans entrain!- pour la fête
    De ce soir: sur le pont, lampions, danses, romances
    (Je dois accompagner Miss Roseway qui quête

    -Fort gentiment- pour les familles des marins
    Naufragés!) Oh, qu'en une valse lente, ses reins
    A mon bras droit, je l'entraîne sans violence

    Dans un naufrage où Dieu reconnaîtrait les siens...

    Henry J.-M. Levet


    Je ne m'en lasse pas de lire et relire les poèmes de voyage de Monsieur le consul de France à La Plata.

  • Sur les quais de l'incommunicabilité

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    Superbe photo de Shutterlag


    On ne part pas. Tel est le nom de cette station du RER. On ne fait que transiter, celui de la prochaine. On ne se parle pas est inscrit en lettres blanches sur fond bleu marine à trois stations de là, celle de la correspondance du lecteur situé à gauche. Le second acteur de ce drame est une secrétaire de direction. Elle envoie des SMS à la mer. La dame chaussée de bottes de sept lieues guette le museau du prochain train. Le quatrième larron est étudiant en communication à la Sorbonne. Il dialogue également par SMS et demande à sa mère de lui envoyer des bouteilles pleines de messages de détresse. La cinquième roue de ce carrosse est une japonaise. Elle a mis ses jambes entre-parenthèses. Sa vie parisienne aussi, d'après les statistiques. Les japonais se suicident beaucoup à Paris. Ils ont du mal à communiquer avec les indigènes.
    Autant de personnages qui n'ont rien de beckettien mais qui ont l'impression de voir filer le temps et leur argent plus vite qu'à Vesoul ou Romorantin. Sans oublier Tokyo où l'on s'entasse dans les rames de métro depuis des lustres, histoire de lier connaissance d'un peu plus près et encore plus vite.

  • La dernière vague

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    Eric Rohmer à Mouffetard, un dimanche de janvier 1999 (photo Christian Ducasse)

    Mince comme un fil, habitant de la rue d' Ulm, fidèle de la piscine  Jean Taris, Eric Rohmer, casquette et sac à dos,  ne cessait de se déplacer dans le V ème arrondissement et empruntait régulièrement la ligne B du RER ...C'est ce petit message là que mon ami
    Christian Ducasse, en voisin du cinéaste, m'a envoyé hier soir.

    Cinéaste singulier, il était devenu le père adoptif des jeunes filles en fleurs de la normalité bourgeoise, pressées d'offrir à leurs prétendants des bouquets de mots. Chaque film étant pour lui l'interstice ouvert sur l'incessante métamorphose de la réalité. Théoricien du 7ème art, il aura largement participé à la grande épopée de la dialectique continuelle entre le non-dit et l'expression, entre le magma d'indicibilité et la parole écrite avec soin qui, naissant de ce magma, le déplace et le modèle comme les vagues sur une plage...donnant forme au silence de l'amour et à sa perpétuelle dérobade.




  • Comme les heures se hâtent

    Ce fut un enterrement étrange dans son déroulement. Tout le monde s'était retrouvé dans la salle d'accueil du funérarium. Un ensemble de maisons aux allures japonaises. Le petit bassin accentuait cette impression en entrant. Il y avait aussi un bosquet de bambous et beaucoup de végétaux exotiques. De fait, la cérémonie fut très zen. Pas de prêtre ni d'encens. Près du cercueil peu fleuri se tenait la fille du défunt. Une femme grande et belle. Elle prononça quelques mots pour refouler les ombres. Simples et vrais comme son père trop vite emporté par la faucheuse.

    Comment résumer toute une existence en cinq minutes ? dira-t-elle comme pour s'excuser. Comment décrire le bleu du ciel l'été au dessus du cabanon parental et son joyeux bordel ? Comment rappeler les moments de cette vie primordiale ? Elle préféra ignorer les règles du discours, la hiérarchie perspective de la phrase.

    La femme grande et belle invita enfin l'assemblée émue à se joindre à la famille quelques lieues plus loin dans la maison nid des petits enfants du disparu. Histoire d'évoquer ces instants de convivialité qu'il portait si haut. L'homme était très grand et son regard bleu.

    Il parlait peu. Se contentait de sourire.Vaguement. Il n'avait plus à prouver à lui-même et aux autres sa propre valeur, sa vitalité, sa capacité à aimer sans juger.

    En partant, deux anciens  échangèrent quelques phrases:

    "Quand j'ai eu cinquante ans, je me suis aperçu que le temps marchait plus vite que moi. Aujourd'hui, j'en ai soixante dix-huit et c'est autant d'images en accéléré. Et toi, tu ne trouves pas que ça va trop vite?

    - Si bien sûr. Le temps m'invite à trouver refuge dans ses plis. Mais j'ai trouvé la parade. Je vis tout à fond en m'identifiant à lui.

    Mais tu t'identifies à qui ?

    - Ben au temps.

     

     

     

     

  • Le grand passage

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    Bling bling tower (818 mètres)

    Petit tour du monde radiophonique. Hier soir j'écoute France Info qui m'apprend, juste avant le grand sommeil, que Dubaï a inauguré le 3 janvier 2010 son orgueil de verre et de béton grâce à l'aimable participation d'ouvriers indiens payés avec un lance-pierres (cinq dollars par jour).
    Parvenus de tous les pays, vous avez désormais l'occasion de briller par votre entassement dans cette vitrine de luxe vulgaire parmi  517240 mètres carrés. Sous le soleil exactement. Formidable! Mais dans quel monde Vuitton ?

    Ce matin, la même radio m'invite à un bonjour tristesse pour commencer l'année: "La chanteuse Lhasa est morte à 37 ans, en la ville de Montréal, emportée par un cancer du sein...".


     

    Poids des mots, choc des images.

     

    Lhasa. Un prénom qui claquait comme un fouet révolté. Celui d'une ville tibétaine. Une voix nomade, insaisissable, donc libre. Avec des accents de tragédie ordinaire. De celle que l'on croise en voyageant beaucoup. Lhasa avait dans le coeur tous les paysages traversés avec ses parents dans un bus qui devait ressembler à celui du film de Sean Penn "Into the wilde". Américaine par sa mère vaguement actrice et photographe, mexicaine par son père de temps en temps instit mais surtout grand intellectuel, indienne par sa volonté farouche d'ignorer les géomètres et leurs parcelles closes, tzigane de coeur par ses transhumances, Lhasa tissait des liens avec l'authentique comme tous les artistes qui ont leur corps momentanément ici et leur âme là-bas, avec le souci constant d'explorer tous les territoires. C'est pourquoi cette féline chantait aussi bien en espagnol qu'en anglais et même parfois en français. Un temps, elle résida à Marseille parce que c'était un port de moindre attache, une ouverture possible vers les grands espaces. Elle est apparue telle une étoile filante à la fin des années 90 dans le ciel non commercial de la ritournelle. Et aura su toucher des millions de coeurs. Adieu, petite flamme!

     

    Le titre de cette note est emprunté au livre de Cormac McCarthy parce que Lhasa aurait très bien pu être l'héroïne d'un de ses romans.

  • Solstice dans les prés blanchis

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    Photo de la Sainte Baume en hiver par Kjartan Mar Magnusson

    Ce lundi 21 décembre à 17H46 marquera pour l’hémisphère Nord le début de l’hiver. Le soleil à midi sera au plus bas sur l’horizon. Ce sera la nuit la plus longue de l’année, et le jour le plus court. Pour l'hémisphère Sud le phénomène sera inversé : ce sera le jour le plus long et cette nuit la plus courte. Pour l'hémisphère Nord, la durée du jour qui jusqu'ici diminuait va maintenant s'inverser, et désormais augmenter. Le phénomène sera contraire dans l'hémisphère Sud jusqu'à ce que la durée du jour et de la nuit soit la même sur la totalité du globe. Cela marquera l'équinoxe de printemps pour l'hémisphère Nord, et l'équinoxe d’automne pour l'hémisphère Sud.

    Seconde par seconde puis minute par minute la lumière sera à l'affiche bien au dessus de la montagne. Le soleil se lève pour l'instant vers 9h00 sur la barre puis il s'évanouit peu après 17h00 juste derrière le Pic de Bertagne. En Australie, c'est exactement le contraire. Les surfers ont du pain sur la planche. Certains font l'amour à la plage et espèrent que la nuit cachera leurs ébats avec les requins marteaux. Hier à Marseille, un jeune polonais a été retrouvé mort de froid sous une porte cochère. Il ne pensait pas qu'un froid sibérien (amené par le Mistral) mettrait fin à son escapade vers le Sud.

    Vivement le printemps...pour les sans-abris.

     

  • Entre deux os

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    Photos Kjartan Mar Magnusson

    La chienne renifle avec mépris ma momie.
    La chatte me dévisage comme si j'étais devenu un autre,
    une vieille star du rock née dans la rue.
    Alitée et fièvreuse comme le coma des mortels.
    La planète se réchauffe et Copenhague vient d'être effacée de la carte verte.
    Dès lors qu'ils ont rendez-vous avec l'Histoire, les chefs d'Etats (se) défilent.
    Le train-train du grand capital.
    Bref, ça sent l'sapin.
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    Le bateau coule:
    Les banques et les retraités de Floride d'abord.
    Les mandarins en costards mao vont trinquer
    à la santé de leurs petits enfants malades.
    Passée la trève des confiseurs,
    il conviendra d'astiquer les piques,
    de se préparer à leur botter le cul
    et surtout ne pas oublier que les écrans plats,
    les Ipods,
    les Iphones
    sont made in croissance
    sans la moindre contrainte.

    Et si nous faisions monter le débat d'un ou deux degrés?


  • Coïncidences

     

    - C'est incroyable quand j'y pense...

    Quoi?

    - Tout ce que nous avons en commun, c'est étrange.

    Tu dis ça parce que nous nous sommes rencontrées à un colloque féministe sur la parité?

    - Pas seulement...

    J'ai trouvé. Tu aimes, comme moi, les bons vieux films d'antan, tu adores la mer, les bons petits restos...

    - Non, enfin oui, je pensais au fait que tu aimes à te cultiver encore et toujours, à traquer le macho, j'ai même noté que tous nos copains étaient super à gauche ou à peu près.

    Tu oublies un truc qui nous a vachement rapprochées.

    - Ah bon! C'est quoi?

    Je n'ose pas te le rappeler.

    - Allez...!!!

    Non, non, je ne préfère pas, c'est trop douloureux...

     

    (Spéciale dédicace à Eric Chevillard)

     

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    Nous sommes deux soeurs jumelles...
    La Sainte Victoire vue de la Sainte Baume

     

  • Kjartan débarque ce soir

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    Un viking né à Reykjavik au sourire espiègle.

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    Un fou volant dans une drôle d'embarcation. (Godafoss, Islande)

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    Le papa de Mia

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    Le fils de Svala
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    Un photographe hors pair installé à Paris depuis la banqueroute islandaise.
    (Je l'aime comme mon fils)

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    Le meilleur ami (des bons et des mauvais jours) de mon fils Johann
    depuis qu'ils ont 16 ans. (Ils en ont 33)

    (Photos de Mia et Johann par Kjartan Mar Magnusson)

    Ps:
    Avoir beaucoup d'amis, c'est n'avoir pas d'amis.
    Aristote


  • Raphaële Bruyère questionne

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    Si j'aime les plantes grasses?

    Oui, surtout celle qui régnait à Monaco,

    hélas disparue lors d'un tragique glissement de pneus.

    Si j'aime les roses?

    Autant que les saucisses de Frankfort.

    A partir de quel âge avez vous réalisé que vous étiez seul?

    Le jour où j'ai appris à lire l'heure sur l'horloge de la salle à manger familiale.

    Pourquoi pas avant?

    Parce que je ne savais pas lire l'espace temps.

    Pourquoi à ce moment là?

    Tain, Raphaële, fais pas chier l'marin...

     

    Bon, j'arrête là mais c'est bien passe que c'est toi.

    Ton livre, hé ben je crois que tout le monde va se l'arracher.

    Tu poses les bonnes questions sans en avoir l'air...

    En plus, tu as du toupet !

    ;)


  • C'était mieux avant (suite)

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    Marcello dans "Huit et demi"

    Avant, il était admis pour un jeune homme d'aller faire ses classes au Centre universitaire expérimental de Vincennes. De se demander si la dialectique pouvait casser des briques en compagnie d'une incroyable brochettes d'enseignants chercheurs tels que François Châtelet, Gilles Deleuze, Jean-François Lyotard, Dario Fo, Michel Foucault, Alain Badiou, Yves Lacoste, Jacques Lacan, etc. J'ai très vite adopté la voix grave et si riche de propositions d'un historien de la philosophie à lunettes, François Châtelet. Je lavais des voitures neuves allemandes la journée, pas très loin de la Porte Dorée, et le soir je me précipitais en douce dans le Bois de Vincennes. Quand je serai grand, je serai un intellectuel marxiste...ou rien.
    Avant, je ne ratais jamais le dernier Fellini, je me précipitais dans les salles obscures pour découvrir tous les films d'Antonioni et surtout la beauté de son égérie Monica Vitti. Je restais bouche bée devant les courbes de Sophia Loren. Il y avait à cette époque des films que l'on regardait d'une seule main mais qui se sont ancrés pour toujours à la rubrique "Mémoire d'un puceau".

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    En ce temps là, l'anorexie n'était pas à la Une des magazines féminins.


    Quarante ans plus tard, j'entre chez mon opticien préféré en la bonne ville de Brignoles (Var). J'ai juste le temps de saisir au vol un échange standard de ce temps. Un jeune homme, tout de Decathlon vêtu est en quête d'une monture qu'il souhaite adaptée à son profil. Il a le cheveu ras et quelques mèches gélifiées:
    - Oh putain ! Pas celles-là m'sieur, j'ai l'air d'un intello...!!!
    L'opticien, qui n'est pas le dernier des cons, marque un temps puis farfouille dans sa mémoire à la recherche de son sourire le plus commercialement fourbe :
    - Tenez, essayez plutôt celles-ci comme ça vous aurez l'air d'un imbécile! (authentique)



  • Le songe d'une nuit d'hiver

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    Pierrot le fou sur le toit de l'immeuble Corbusier à Marseille.

    Tu aimes mes fesses ?
    - Oui, surtout tes fesses.
    Tu aimes Shakespeare ?
    - Oui. J'aime tous les hommes, les paysages, la foule d'humains qui se nichent en lui.
    Pourquoi aimes-tu Flannery O'Connor?
    - Flattery won't get you nowhere comme disent les anglais.
    Pourquoi aimes-tu l'ennui ?
    - J'aime m'ennuyer de tout, des autres, de moi.
    Pourquoi aimes-tu faire l'âne ?
    - Parce que tu aimes faire l'âme.
    Et le foot, tu l'aimes le foot ?
    - Oui. Il est imprévisible. Proustien dans sa recherche de la beauté du geste perdu.
    Et mes seins, tu les aimes aussi ?
    - Je les aime parce qu'ils me rappellent l'alpinisme. Le conquérant de l'inutile.
    Pourquoi tu m'aimes ?
    - Parce que tu es le progrès en pente douce (Hugo)