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  • Des têtes d'époque

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    La première fois que j'ai entendu un homme se préparer à mourir, c'était dans ce village ancré sur les rives de la Cure et situé aux prémices du Morvan. Bessy sur Cure, donc. "Heu là, heu là que j'chouffre..." qu'il répétait à chaque minute jusqu'à son dernier souffle entre ses lèvres envahies par une moustache lustrée et bouclée. Il y avait le maire dans la salle à manger, le curé dans la chambre et une ribambelle de cousins et cousines dispersés dans toutes les pièces de la grande maison burgonde. Il y avait ma mère que l'on distingue sur la photo, juste derrière les mariés. Des gens qui avaient une tête d'époque. Celle du garde-champêtre à la barbe puissante et au tambour major. Je pense que cette photo date des années trente.
    Des contemporains de Colette, née à quelques kilomètes de là. Avec des roulements de r bourguignons dans la bouche, comme la romancière de la Puisaye, mais riches d'un patois morvandiau tout de même. Quelques-uns de ces gens ont vu arriver le premier train: la "micheline", l'eau enfin canalisée. Néanmoins, la cabane au fond du jardin est restée bien longtemps après en place. Il n'y avait pas de salles de bains. Je me souviens quand même d'avoir vu mes soeurs porter chacune une buche à l'école, l'hiver. Je me souviens d'avoir bu chaque jour la timballe de lait imposée par Mendes dans les années cinquante sur les bancs de l'école. L'après-guerre avait installé quelques manques au niveau vitamines. Je me souviens d'avoir usé la route de Bessy-sur-Cure avec mon petit vélo. Je me souviens avoir détesté le fait d'être obligé d'aller chaque matin embrasser ma grand-mère paternelle.
    Je me souviens de Robert Bréchat, des grands slurps qu'il faisait en avalant sa soupe. Je me souviens de ses grandes moustaches jaunies par la nicotine. Je me souviens du nom du Président de la République: René Coty. Je me souviens de Radio-Luxembourg. Des feuilletons radiophoniques. De "Signé Furax", de Zappy Max, du génie de Pierre Dac et de Francis Blanche.
    Je me souviens des "Chaussettes noires" au marché couvert d'Auxerre, d'Eddy Cochrane...de "Salut les copains".
    Je me souviens que la radio a toujours fait partie de ma vie et qu'elle demeure indispensable à mes oreilles.


  • Extinction d'une voix

    296749013.jpgUne voix de jeune fille au père (le sien était diplomate puis ministre au temps du grand Charles), un filet de voix espiègle qui aura tout d'abord marqué les auditeurs embouteillés de FIP : "Dimanche soir, vous vous êtes tous donnés rendez-vous Porte d'Orléans. Vous n'avancez pas et c'est bien fait pour vous...."

    Puis une "Oreille en coin " sur France Inter qu'elle n'aura jamais quitté jusqu'au moment où juste avant l'été : " J'ai un cancer, voilà, c'est tout." Kriss Graffiti qu'elle s'était fait appeler. Puis son émisssion au long cours Kriss Crumble.

    Un peu de sucre, l'acidité de la pomme, des émissions foutraques, beaucoup de coeur à l'interview des humbles et des sans grades. Une chaleur humaine inaltérable. Une fille sympa que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître. C'est bien dommage et surtout trop tard. Elle avait 61 ans.

     

  • HLM sur mer

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    Plus grand paquebot du monde construit dans un chantier finlandais (Photo DR)

    On connaissait déjà les cages à poules ancrées sur la côte espagnole, voici maintenant Sarcelles sur mer basée en Floride. La croisière Conforama (à raison de 592 euros la semaine) qui s'amuse comme elle peut. Nom de l'édifice et de l'hypermarché flottant : "Oasis of the sea". Il ont une drôle de gueules les orangers. Manque plus que Carlos se trémoussant dans les coursives. Malheureusement, il n'est plus là pour faire danser les bulbes rachidiens à bedaines généreuses.

    Revenons sur terre. Pas de panique à bord du Blog_trotter. Je fatigue, certes, mais ne raccroche pas les gants ni le gland. Juste un ralentissement. Lentement rappelé au monde, ce que je cherche est situé plus loin, plus haut. Mes mains ont du travail (d'écriture) à profusion. Les mots m'incitent à remonter vers le Nord pour visiter une nature encore intacte. Et pourtant, je vis dans le Sud et c'est pas tous les jours Byzance...

    Plutôt la Sicile et ses malfrats, son clientèlisme et sa fatalité au long cours. Bref, il y a du pain sur la planche pour faire sauter quelques verroux installés en force par quelques verreux. Dire que nous sommes encore dans le pays des doigts de l'homme et des Lumières relève de la flagornerie voire du handicap mental. Oh monde truelle!

    Chaque jour, je n'hésite pas à me rendre chez "L'autofictif" (Eric Chevillard) pour aiguiser mon appétit. J'y ai pioché cette sentence, il y a peu:
    "Puis nous ressortons. La vie nous attend sur le seuil, la ville, le chantier du tramway. Un bulldozer s’énerve dans la tranchée. Je suis la réalité, dit-il. La candeur des bulldozers m’étonnera toujours."



  • Promenade transversale dans la bien pensance

     

    Il pleut des éditos sur les blogs. C'est la fête à Sarko, quotidiennement. Juqu'à l'obsession. Tous les déçus de l'utopie se refilent sous le coude numérique les petites phrases balbutiées ou copiées-collées à la hache par le stalinain de jardin. Tout est de sa faute. La crise du couple, l'apparition des chenilles processionnaires, le nitrate en Bretagne, les vaccins anti-grippe H1n1, les divagations de Ségolène. Le tragique de répétition jusqu'à la lie. La politique revue et corrigée par une société anonyme camouflée derrière des pseudos aux affinités électives: Soigne ton gauche au prozac, Marianne fesse folle, Eunuque bandant neuf, La chipie déglinguée, Gaspi le magnifique, Rose crémière, Petit salaud aux Antilles, Priapisme et couille molle, Anna et ses soeurs frigides...*

    Rubrique à brac: Journaux intimes à tous les étages. Mixtures de l'optionnel dans une zone moralement grise. Bouillie du coeur plus ou moins bien intentionnée. Douleur à partager par tous les naufragés volontaires de la toile et du commentaire had hoc. Je souffre donc je suis. Souffrants de tous les pays, punissons-nous!

    Rubrique sport: Je hais le football, bien sûr, source de toutes les violences machistes modernes. Un jeu inventé par des étudiants anglais et transformé en machine de guerre par le grand capital médiatique pour masquer le grand vide idéologique d'aujourd'hui. Le fourre-tout de la chef de produits humanistes et du prof en rupture de mamelles fraîches. Le gros de la troupe sur la toile franchouillarde.

    Rubrique Société et culture: Tous spécialistes du rien, inventeurs de l'éphémère durable, de l'oxymore moi le noeud. Tous des thérapeutes regroupés dans des ateliers d'écriture automatique par l'hypnose. Et vas-y que je te congratule, que je te jalouse, que je te brosse le cuir, que je fais semblant d'être né sous le signe de la tolérance incarnée. C'est le règne du "Je t'aime, moi non plus". Je vais et je viens entre tes posts et je fais du chiffre pour gonfler mon audimatraquage.

    Rubrique politique internationale. Bientôt une journée internationale de la supercherie bio bobo de Millau à Seattle. Tous des écolos/anthropologues. Leitmotiv: L'Afrique souffre encore de la colonisation et nous devons donc souffrir avec elle. Quels sont ses mythes fondateurs? Le monde de bisounours, il va sans dire. Avant le foot et la colonisation tout allait bien dans le meilleur des mondes. Prime à la case biblique du départ, "La musique de ces gens est tellement entrainante".

    Rubrique Dédé la brocante: La tendance bloguesque à tout réduire à des rubriques, des options, est une piêtre défense pour un monde virtuel déboussolé dans lequel il est de plus en plus difficile de dire raisonnablement ce qui est nécessaire et fondamental. Mais la vie n'est pas dogme ni système. Mieux vaut célébrer ses contradictions créatrices plutôt que se repasser le sel indéfiniment en une confuse orgie de groupe et une perpétuelle auto-célébration névrotique.

    * Tous ces pseudos sont de la rédaction.

     

    Ps : Ce blog a quatre ans. La fatigue pointe à l'horizon.

     

  • Labyrinthique ressentiment

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    Villandry (Photo Emilie)

    Penser à réserver les places pour le concert de Cali le 14 novembre.
    Ecrire un post sur le blog "Les femmes dégagées" consacré à l'expulsion des trois afghans.
    Taper sur Sarko et son hymne à la terre, demain, sur le mien.
    Emmener les petits à la médiathèque mercredi pour la rétrospective du cinéma muet albanais.
    Assurer la permanence, samedi, au siège de la section du PS.
    Envoyer un mail de soutien à l'association des femmes battues du département.
    Taper sur Sarko et l'identité nationale, vendredi, sur le blog.
    Réserver une chambre simple à l'hôtel de Roumoules pour la conférence sur "la guerre des gaulles".
    Ne pas oublier d'envoyer la photocopie du divorce au notaire.
    Prendre rendez-vous chez le coiffeur pour une couleur plus automnale.
    Retrouver l'article d'Elisabeth Badinter dans le Nouvel Ob's consacré à celles qui portent volontairement la burka.
    Taper lundi sur Sarko mais à quel sujet?
    Exiger du père des petits qu'il les gardent durant mon séjour à Roumoules.
    Penser à renouveler l'abonnement à Télérama avant la fin du mois.
    Tel à Isabelle Alonso.
    Songer à ne plus dormir, seule, après les fêtes de Noël.




  • Paul Carpita, un précurseur censuré

     

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    "Les sables mouvants" Photo du tournage en 1995 par Christian Ducasse.


    "On a beau savoir que tout arrive un jour, cela fait comme un coup d’épieu dans les tripes. Paul n’est plus. On le revoit encore comme si c’était hier, en plein tournage de nuit, avec un caban bleu de marin et la casquette vissée au crâne, ses petites lunettes d’instit rigolard, sa voix incroyablement chaleureuse à laquelle aucune uniformisation du langage n’avait jamais réussi à faire perdre sa faconde et son accent marseillais. Paul, lucide et modeste au demeurant, roulait les sons avec gourmandise, qu’il parlât des amis, du Parti communiste ou de tous les films qu’il avait encore en projet, mélangeant travail du deuil et espoir d’y parvenir quand même. La dernière fois qu’il nous avait appelés, c’était pour signaler la parution de ses oeuvres en vidéo et celle du beau livre d’entretien coécrit avec Claude Martino, notre estimé confrère de la Marseillaise. On avait écrit, bien sûr, avec joie.

    *

    PÈRE DU CINÉMA HUMANISTE, ISSU DE LA RUE

    Né le 12 novembre 1922 dans la ville qu’il n’allait pas quitter, Marseille, d’un père docker et d’une mère poissonnière, il sera instituteur presque toute sa vie, faisant tourner élèves et amis dans la Récréation, Marseille sans soleil, Graines au vent…, ses premiers courts métrages qui ne sont pas sans rappeler Jean Vigo. « Dès que j’ai su me servir d’une caméra, je l’ai tournée du côté des millions de gens qui ressemblent à papa et maman, les gens humiliés, méprisés », dit-il. Confirmation avec son premier long métrage, le Rendez-vous des quais, histoire d’amour entre un docker et une ouvrière lors des grandes grèves sur le port visant à retarder le départ des bateaux en partance pour l’Indochine. Ce film est le chaînon manquant entre Toni, de Renoir, et donc tout le néoréalisme italien qui en découle, et les débuts de la nouvelle vague, quand Jacques Rozier filme les jeunes zigzaguant sur leurs scooters dans les rues de Cannes. Sinon que le film de Carpita, militant communiste, est censuré et saisi dès la première projection, le 12 août 1955. Le nom du Marseillais n’est guère connu à Paris. Lui ne sait rien des rouages des commissions ministérielles de la capitale. L’oeuvre tombe dans l’oubli pour ne réapparaître dans toute son aveuglante lumière que lors de sa résurrection, en 1989. Enfin, grâce lui est rendue. Paul est ravi, mais a alors soixante-sept ans. Peu importe. Pris d’une nouvelle jeunesse, Paul Carpita renie les décennies d’inactivité et décide de se venger du temps. Son deuxième long métrage, les Sables mouvants, en 1995, n’est sans doute pas en phase stylistique avec ce qui se fait alors mais il marque une magnifique continuité dans la foi en le grand cinéma humaniste, généreux et issu de la rue. Il en va de même avec son troisième et dernier long métrage, qui répond au double et superbe titre de Marche et rêve et les Homards de l’utopie. Ces derniers temps, Paul Carpita préparait un nouveau film, le Dessin, en compagnie de Claude Martino. On n’est pas étonné d’apprendre qu’il est mort dans l’action. Paul restera comme un modèle de cinéaste n’ayant jamais baissé les bras. Son travail n’a pas fini de nous hanter."

    JEAN ROY (in "L'Humanité")

  • Cheyenne automne

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    Comme installé au sommet d'une tour, il observe tout. La vigne vierge qui passe au rouge.
    Les mésanges qui picorent ses raisins. La chatte qui piaffe d'impatience, rêve de les croquer en filets mignons.
    Le film est en panavision. Vers la fin, le héros dit adieu au bel été.

    Suspendue au ciel, la montagne semble dans l'attente des derniers rayons du soleil tandis que la lune pointe du côté de Vénus, fait le signe de la croix avant de rejoindre, plus tard, plus haut, les voûtes sombres afin de conjurer la menace d'un désastre imaginaire.



  • Stéphane Guillon est un âne gâté

    L’amuseur d’une radio nationale dit de service public (comprenez à forte tendance poujado/gaucho/socialo) tient le haut du micro chaque matin pour vilipender ses victimes. Cependant, il n’offre ni à penser ni à conceptualiser. Il rote. Mieux, il pète comme on aime le faire en France à la fin des banquets de la communion du p'tit qui n’a plus rien de solennel. Chaque matin il présente une messe laïque à usage d'instits ou de profs installés durablement au rez-de-chaussée de la pensée.

    Jamais il ne crache sur les tongs des randonneurs du PS, il les cire. C’est le clone triste du pamphlétaire moderne qui se venge de n’être rien d’autre qu’un tragique troupier en jetant le trouble sur la déconfiture de la pensée politique ; il l’accompagne et souvent la précède.

    Pour ce faire, il utilise un langage qui martèle et sur lequel ne plane l’ombre d’aucun doute.

    Stéphane Guillon rassure le casseur de vitrines, fait bomber le torse du crétin exportateur de pâles certitudes et montées en kit par les conseillers de la présidence. Il brouille les pistes, les émetteurs et les récepteurs de sa clientèle qui en redemande. C’est un guignol de l’info cousue main pour tous ceux qui sont d'abord contre; ça sent le mégot de la gauloise mal éteinte.

    Guillon, c’est le Bigard de la gauche plurielle en pleine auto destruction. Ce qui est intéressant finalement car quelque chose de plus fraternel peut sortir du chapeau après la traversée du désert politique.

     

     

  • Prénom : Jean. Nom : Dynastie

     

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    Il est intéressant de relire Alexis de Tocqueville in "Le Monde" (Photo DR)

    A son retour des Etats-Unis, vers 1830, Alexis de Tocqueville défendait l'introduction du suffrage universel. A ses amis qui le traitaient de fou, il disait en substance : "Ne vous inquiétez pas, le suffrage universel ne fait que légitimer l'exercice du pouvoir par ceux qui l'ont déjà."
  • En ordre de Bataille

    Pour mémoire, je suggère à Marine le Pen de lire au moins une fois dans sa vie le livre de mon camarade Henri Alleg, "La Question".

    Que conseiller aux quadras du PS qui lui emboitent le pas? De s'interroger sur le rôle de la littérature. Celle-ci est la vraie police. Imaginez un peu, messieurs, combien elle peut devenir, à votre insu, la lanterne sourde du policier qui éclaire l'anarchie intime des Hommes.

     

     

     

     

     

  • La naissance de l'art (suite)

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    Photo Raphaële Bruyère

    Saurai-je un jour écrire ce qui me lie avec cet animal blanc? Dire pourquoi je songe chaque jour à ce temps inacceptable où elle ne m'adressera plus la parole. Oui, oui, je connais la chanson : Il ne lui manque que la parole...!
    Je flaire le moindre de ses désirs, faux étonnements. Renifle ses agacements feints ou réels. Quand j'écris, elle me fixe pendant de longues minutes. Témoin numéro un de mes errements en écriture. Depuis douze ans, ce rituel a fait bon ménage avec la page aussi blanche que sa fourrure. De fait, nous entretenons un rapport animal lors de nos errances territoriales et dès lors que nous entrons dans celui de la création. J'observe les signes quelle émet avec son museau face au vent puis face à mon bureau.
    Deux yeux de chienne scrutent avec moi la naissance des mots, la fonction existentielle de la littérature, ma recherche de la légèreté comme réaction à la pesanteur de vivre.
    Saurai-je un jour raconter nos longues promenades sur son propre terrain ? C'est elle qui m'a fait découvrir la justesse des mots murmurés dans l'abécédaire du sieur Deleuze et son fameux concept de déterritorialisation. C'est encore elle qui m'indique le chemin de la sortie du territoire.



    Je suis en pleine déterritorialisation. (Hommage appuyé à Anaximandrake et madame)

    J'ai su apprendre à lire, grâce à elle, les chemins de passages de sangliers en rampant dans la futaie et une armée très organisée de taillis.

    Bien. Je vais répondre ici brièvement à vos commentaires pour vous avouer que je suis actuellement en plein travaux des champs. Je foreste, je taillle, je cherche des champignons en Bourgogne et je n'ai pas Internet. C'est très agréable, vous savez.

    Ils sont délicieux vos commentaires. Toujours inspirés. Pardonnez mes absences, je suis surtout en travaux d'écriture et j'en bave. Festina lente.

    Qu'il m'est doux de m'extraire du monde et de sa grande agitation. Pour ce qui est de la rapidité, en ce début de siècle où la motorisation fait rage, que l'électrique pointe à l'horizon, je cherche la combinatoire alphabétique qui demeure, nous dit-on, à la tête des moyens de communication.

    Galilée l'avait vu en son temps.

    Mais ici encore, gardons-nous de simplifier (hein Boudi ;)

    Un peu d'Italo Calvino, pour la route:

    Quel fil tirer pour avoir en main une conclusion? Il y a le fil qui relie la lune, Léopardi, Newton, la gravitation, la lévitation... Il y a le fil de Lucrèce, l'atomisme, la philosophie de l'amour de Cavalcanti, la magie de la Renaissance, Cyrano...

    La réussite de l'écrivain en prose comme en vers, tient à un bonheur d'expression verbale que peut amener parfois une fulguration imprévue, mais qui, d'ordinaire, implique une patiente recherche du "mot juste", de la phrase où chaque mot reste irremplaçable, du rapprochement de sons et de concepts le plus efficace possible et le plus riche de sens.

     

    Retour à l'anormal, début octobre. Bisous et douceurs à tout le monde.

     

     

    Philosophie de l'amour

     

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    Il y a du pain sur la planche.

     

  • Mai, mai , mai, Paris mai

    images.jpgPour être tombés de l'arrogance féodale d'une famille bourgeoise de province à la condition de prolétaire parisien, nous n'étions pas vraiment pauvres mais plutôt maigres. Les gueules noires venues des terrils du Nord défilaient aux portes de la ceinture rouge de Paris. Notre soeur aînée battait la semelle devant la boutique Charles Jourdan et laissait un mois de salaire dans une paire de bottes en chevreau. Papa était juste sorti de taule. Il avait su trouver ensuite à se reconvertir dans le consortium automobile qui, de ramification en ramification, tisse d'une guerre l'autre la toile de vie occidentale. Je voyoucrassais le jour et lisais tous les romans russes la nuit à l'aide d'une lampe de poche glissée entre la couverture et le drap. Le reste du temps, j'avançais jusqu'à ces contrées communes de l'existence où personne ne s'aventure sans masque, tant l'oxygène y est raréfié.

    Je me posais les questions que mon extrême naïveté me faisait trouver habiles devant un auditoire plus enclin à la grivèlerie qu'à l'analyse exploratoire des "Bas-fonds". Et puis, un soir, je décidais enfin de rejoindre ma soeur toujours bien nippée et chaussée, rue Champollion. Elle venait de s'extraire d'une petite assemblée ensevelie derrière un nuage de fumée de Gauloises et de Gitanes sans filtre: "Viens, je vais te présenter!"

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    Arthur Adamov

    - Arthur (Adamov), Roger (Blin), Samuel (Beckett), Eugène (Ionesco), ce fil de fer, costumé en dandy des faubourgs, est mon frère.

    Je venais de m'extraire, depuis une heure seulement, d'un fauteuil rouge du Marcadet Palace encore tout excité par l'ironie féconde d'un blondin longiligne, bluffeur bretteur devenu mon héros du jour et que je découvrais, ébahi, dans "Le bon, la brute et le truand."

    Quelques minutes plus tard, les CRS balançaient, pour la première fois en ce mois de mai, des gaz lacrymogènes dans l'étroite ruelle sorbonnarde...et tout le quartier latin.

     

  • Un prince sans rire

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    Il a dit beaucoup plus tard : "J'ai bien rigolé."

    Il n'a pas dit: Je n'ai cessé de rire.

    Sait-il faire la différence entre rire et rigoler?

    Sait-il que rire cela se partage, entretient la convivialité. Donne à entendre plus que le partiel. Le rire ne cache pas la vérité alors que souvent l'on rigole des autres. Ainsi pensait-il ne pas se mettre en danger.

    Il est souvent resté en retrait. Il s'est même fait tout petit, presque nain, pour sortir grandi d'un séjour qu'il a pensé être un retour chez l'homme des casernes. Il avait dit : "Je ferai un compte rendu sarcastique."

    Avait-il tout prévu? Préjugé de sa hauteur de vue? Il n'a pas été tendre, finalement. Il doit penser que c'est une faiblesse.

    Je ne me souviens pas de l'avoir entendu rire à gorge déployée. Par contre, j'ai enregistré toute la variété musicale des rires rassemblés autour de ma table. Sans doute mon meilleur souvenir de ces journées qui font dates et dont la longueur d'onde se mesure lontemps après les avoir vécues.

    Qui s'élève en rampant retombe toujours sur ses pattes.

     

  • Plis et reliefs

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    Heureux événement. Le magazine américain Glamour vient de publier la photo (DR) d'une femme mannequin qui affiche un large sourire et quelques rondeurs. Lizzi Miller, 20 ans (79 kilos pour 1,80m) "se sent bien dans sa peau" et cela se voit. C'est Ingres qui doit être content.
    On aurait jamais du quitter Montauban... (Audiard).

    Va-t-on pour autant assister au retour de la gironde sur les petits écrans savonneux? Retrouver la dignité humaniste et verticale de la hanche avec larges prises pour poignets afin de ne plus identifier et incorporer les femmes dans les canons de la "beauté" anorexique? Entre ses plis, Lizzi sent qu'elle s'appartient; elle jouit de sa singularité infime mais toujours vulnérable. Héroïne du refus, elle se dérobe à la prostitution calorifique généralisée pour se défendre, aussi, de l'engrenage de l'identique. Toutes mes félicitations, Lizzi.

  • La vérité du presque parfait

     

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    Perle attentive aux gesticulations des nouveaux bien pensants

    *
    La chienne observe les caresses automnales du vent d'ouest sur les feuilles de chênes roussies par la sécheresse des coeurs.
    Les feuilles de routes inachevées des guerilleros de l'individualisme forcené se ramassent à la pelle, surtout à gauche en entrant.
    Quelques radios laissent infuser davantage que par le passé les déclarations anonymes des observateurs de l'actualité du jour.
    Ainsi les transporteurs routiers éclairent nos lanternes sur "l'inutilité de la taxe carbone". Le taxi leur colle à la roue et analyse le projet comme étant "une taxe qui frappera d'abord les pauvres et les exclus de la grande urbanité." Puis c'est enfin le tour du "petit artisan" qui s'est fait tout seul en vendant quelques souverains poncifs dans la rue principale de Lourdes. Vint enfin le miracle dominical:
    La voix populiste de Sainte Ségolène entendue par une bergère en université avec ses moutons.
    Les chercheurs, les scientifiques, les experts restent dans la marge, exclus de ce grand bastringue démocratique et participatif. Les idéologues du passé jetés aux oubliettes: Adieu Jaurès, les quadras veulent chasser les quinquas ! Ici l'ombre. Je répète: "Les quadras veulent chasser les quinquas et José Bové a de longues moustaches". Lénine, ne reviens pas, il sont sont devenus flous grâce à Afflelou !
    Les compteurs idéologiques demeurent bloqués aux slogans des années 60 et 70. Les enfants des soixante-huitards sont recalés à l'Oural. Les psychanalystes n'ont pas su abattre le mur berlinois qui les sépare de leurs parents. Et la tendresse sans OGM, bordel? First we take Berlin...
    Errants et têtus les 25/35 ans demeurent à la périphérie de la pensée. Ils manquent de regard critique. Multiplient pourtant le Je de feintes tant leur existence est remplie de pièges, de chausse-trappes. Papa déteste Lacan et maman se bat contre les moulins à vent du commerce équitable bio. Puis Papa n'est pas revenu de son voyage d'affaire en Occitanie. "Je ne vous jette pas la pierre, Pierre!".
    Et si maman était comme le père Noël, finalement?

  • Sentinelle avancée

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    Ma blanche,
    tu accuses les printemps
    en cette "mort minuscule de l'été".
    Je me demande si tu auras encore la force
    un jour
    d'accoster à Veracruz
    (à l'angle des rues Mario Molina et Landero y Coss)
    d'emprunter le train qui surpasse les montagnes de Mexico
    de trafiquer un peu sur les bords de la Mer Rouge
    d'arpenter le vivace
    et le bel aujourd'hui.
    Je guette les battements de ton coeur
    celui de tes cils de chienne éveillée
    tous tes signaux de joie
    que tu n'as eu de cesse d'émettre
    depuis un peu plus de douze ans.
    (Photo by Shutterlag)

  • Quand tout est à notre taille

    Ils sont arrivés par la micheline courtelinesque de 18h18. Du tonnerre de Brest, de Rouen la flaubertienne, du rillettes land donc de la Sarthe, du Var Ouest. Ceux débarqués des Amériques et de la capitale (en scooter) venaient juste de quitter la place pour aller tourner un film à Maison rouge.

     

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    Vivill Prunner, Elin, Jamie

    Trois anniversaires à célébrer en plein mois d’août. Le mien, c’était le douze. Lion, ascendant lion d’après les férus d’arnacologie astrales. L’occasion surtout de se mettre en quatre pour une rabbit party pas piquée des verres de Côtes de nuit. Comment passer une nuit sans Georges chantait Bashung. Sans Romanée Conti lui répondit l’écho.

    Le lieu dit : Le Bois du fourneau. Dans le département de ma naissance, il paraît que les parents boivent et les enfants trinquent. J’ai beaucoup trinqué, merci. Heureusement, je n’y ai pas rencontré Emile Louis, voisin turbulent devenu célèbre à l’insu de mon plein gré.

    Je me souviens des toilettes « dans la cabane au fond du jardin ». Toute une époque. Pas de Cabrel dans le poste en ce temps-là mais plutôt Luis Mariano. Pourquoi je vous raconte ça tout d’un coup ? Ma foi, c’est juste pour dire.

    Revenons à nos lapins. Ils sont venus avec la tête pleine de rires, de jeux de mots bien laids, bien gras.. Les autochtones, France et Sylvain en tête, apportaient des roses tous les jours à la Madone « moite où ? ». Des tomates, des courgettes, des pommes de terre nouvelles, des cornichons, des haricots verts, jaunes. Mon tout enrobé de gestes simples. Ces sauvages ignorent tout de l’Internet : « Rien à foutre de vos trucs virtuels…Nous, on lève le coude en se regardant yeux dans les yeux ! »

     

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    Sylvain offre une conférence aux sonnés

    France est capable de s’attendre indéfiniment assis le soir devant sa cuisinière à bois dont il écoute, dès l’automne, le crépitement avec une bouteille pour lui tenir compagnie. Rien ne fait écran chez ce bougre faussement bougon. Son chez lui est à considérer comme une sorte de lien social qui a pignon sur une petite route menant au septième ciel les soirs de pluie de poussières d’étoiles.

    Sylvain, son meilleur ennemi, repasse avec obstination les plats, souligne à coups de rouge le noir de ses pensées. Parfois dit-il « y’a des courants d’air dans l’talus ». C’est ainsi que les hommes vivent en Bourgogne à quelques pas des futaies morvandelles.

    Heureux qui comme les pèlerins de Vézelay traversent cette contrée sans maudire. Le train a donc amené Ben et son calva aux origines mystérieuses. La Jeune Mante et ses piques à cœur pour jeune coq au vin.

     

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    Big Ben, toiletteur pour chiennes et Orel (Jeune mante la jolie)
    *

    Lilie la gloutonne culturée aux yeux de biche. Simon, le fils d’un chorégraphe breton et d’une danseuse. Le plus jeune de la bande de lapins. En cuisine et au tire-bouchon, il y avait l’indispensable Jean-yo des bois. M. la maudite, la délicieuse venue comme assistante à la réalisation de ce rêve éveillé.

     

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    Marion (M. la maudite)
    *

    Mélie, s’était fait excuser pour cause de soutien familial imprévu. Yann G et Solène, retenus sur le Causse Méjean, se promenaient dans nos pensées. Sans oublier « l’écossais d’opérette », Pierrot le fou, en ballade - tel un va- nu-pieds de gauche tarama - du côté de Formentera.

    Autant d’instinctifs, de cœurs ouverts. De frères, de sœurs, qui ont su apprivoiser ma mauvaise humeur militante. Mes excès langagiers. Chaque été, nous nous retrouvons avec bonheur en ma Thébaïde burgonde. Histoire de faire le plein de tendresses, d’espoirs en l’humain, d’espiègleries gamines lors de la descente de la Cure en sa partie granitique et forestière.

     

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    Matelots d'un jour: Jean-Yo des bois, Big ben, Simon Templar, M.la Maudite...

    Comme je le dis souvent, c’est peu dire que j’aime ces gens rencontrés sur (et grâce) à l’Internet. Le mariage avec les locaux (découverts depuis ma naissance) s’est opéré sans échanges d’hectares boisés ni de terres agricoles. Il coulait de source comme dans les énigmes des romans-fleuves de Georges Simenon.

     

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    Lilie et Simon sont sur un bateau. Qui c'est qui va tomber à l'eau?

     

    Lapines, lapins, je ne vous remercierai jamais assez de vos fraternelles z'et chaleureuses z’attentions.

    Ps : Ceci pour vous dire combien je...

     

     

  • Patiente et sauvage vieillesse

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    Passée la grande agitation in Avignon, il lui sembla que les marches sur le massif, entre chiens et chatte, était comme amorties dans sa mémoire. Que ces promenades canine et féline lui permettaient de s'exiler de l'immédiateté du présent. C'est là qu'il trouva sa lumière incomparable. Celle qu'il n'avait pu apercevoir quand elle brillait au-dessus de lui dans l'écrasante chaleur de la cité papale; c'est seulement dans la raréfaction opérée par le souvenir qu'il découvrit la tendre intensité d'une femme que sur le moment, il n'avait pu saisir, parce que dans le présent toute lumière de l'essentiel est obscurcie par les soucis occasionnels, la multitude, qui pressent de toutes parts et que le sens de la vie est  alors offusqué par la vitesse de vivre.

  • Au bout du chemin

    Au bout du chemin, il y a le fin du fin

    Le partage de midi

    L'écoute attentive.

     

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    Causse Méjean

     

     

    Au bout du chemin, il y a une maison aux murs épais

    De la lumière aussi.

     

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    La Volpilière

     

     

    De la grâce dans les yeux de tes hôtes.

    Au bout du chemin, il y a des sourires accueillants et autant de soleils.

     

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    Au bout du chemin, il y a beaucoup de fraternité
    *
    Au bout du chemin cévenol
    Il y a surtout Aimée et Robert.
    Elle porte des lunettes et lui un pull rouge
    Ils t'offrent ce qu'ils ont de meilleur en souriant
    T'emportent sur les vieux sentiers oubliés
    Te font goûter leurs fromages
    T'invitent à visiter leur jardin
    Ils ramassent les courgettes du jour
    Te supplient de manger leurs fraises
    Inversement, ils ne la ramène jamais.
    Le soir, ils te font partager le silence sur un banc
    Contemplent avec toi le massif de l'Aigoual
    Te guident dans les méandres de leur maison
    Et au petit matin, tu te demandes si tu as rêvé
    Tant ils fleurissent tes pensées.
    Au bout du chemin, il y a un couple que se tient la main
    Qui s'est serré les coudes pour s'élever jusque là.
    *
    Au bout du chemin, il y a la généalogie du miel
    Le partage, l'harmonie
    Au bout du chemin, il y a le don
    Celui qui n'est jamais annoncé, claironné.
    *
    Au bout du chemin, il y a le sens originel du mot hospitalité
    La déconstruction de tes certitudes
    Au bout du chemin il y a des mots simples
    Que tu ne cherches plus dans le Robert.
    Il y a le verbe aimer par tous les temps.
    *
    Au bout du chemin, il y a toutes les saisons
    De quoi requalifier ton inlassable questionnement
    Et le peupler de rêves en devenir.

     

     

     

  • L'été (sera) meurtrier

     

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    La danse n'est pas seulement une technique singulière. Pina Bausch
     
    C'était il y a un peu plus de trente ans dans la cour d'Honneur du palais des Papes. Une allemande débarquait sans tutu ni du tulle sur les terres théâtrales et populaires de Jean Vilar avec son Nelken. Un cataclysme dans l'univers de la danse. De celle qui puise ses racines dans le tragique, la dureté du monde.
    De la danse-théâtre dira alors le gratin de la critique qui n'en croit pas ses yeux. Qui se surprend, aussi, à revoir sa copie. Pina déchire volontiers le décorum de la routine culturelle.
    Quarante pièces plus tard, son univers résiste encore à l’oubli, l’érosion, l’affadissement. Même si, ces dernières années, "ce n'était plus ça".
    Elle était encore sur une scène la semaine dernière. Jusqu'à ce qu'un "cancer fulgurant" emporte cette dame singulière sous d'autres cieux, sans crier gare.
    "Et vogue le navire"...

     

  • Chambre avec vous

     

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    Enfermé dans sa chambre, l'écrivain fouilla dans les recoins de sa mémoire
    se félicita d'une proximité retrouvée avec l'enfance.
    Un travail d'archéologue du quotidien fut d'abord nécessaire.
    Puis vint le temps de faire l'éloge du précaire,
    de rassembler les éléments du vocabulaire conquis à rude épreuve.
    Il s'agissait pour lui d'identifier certaines traces magiques
    en laissant son âme plonger dans l'asphyxiante touffeur des familles.
    Dans ce lent parcours, l'écriture s'était nimbée
    d'une saturnienne mélancolie que tempéra le léger bruissement de l'humour.
    Soudain la pièce toute de bois vêtue s'allongea,
    libérant tous les objets, ces éléments humbles, tout droit sortis de sa cave.
    Tous lui adressèrent une oeillade complice et ludique.
    C'était des quilles, un grelot, une bille ou un calot qui lui suggérèrent les jeux de son enfance.
    Mais aussi la pomme de pin du temps passé,
    précieux trophée rapporté d'une promenade solitaire.

     

  • Le bougeoir du crépuscule (Char)

     

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    La lumière a un âge (René Char)
    xx

    Plus forte que leur opposition visible est l'harmonie invisible qui unit la lumière aux ténèbres.
    Telle est la leçon (héraclitéenne) que donne à voir la peinture de Georges de la Tour.
    Le temps d'un clin d'oeil.
    Examinons cet état intermédiaire ou jour et nuit font l'épreuve de leur secrète alliance.
    Quelle est la ligne de partage de l'ombre et de la lumière?
    Cette ligne blanche pouvant tout aussi bien signifier l'issue de l'aube
    que le bougeoir du crépuscule. (Char)
    xx
    Il n'y a pas de jour "à part soi", ni de nuit " à part soi",
    mais c'est la coappartenance du jour et de la nuit qui est leur être même.
    Si je dis seulement : jour, je ne sais rien encore de l'être du jour. 
    Pour penser le jour, il faut le penser jusqu'à la nuit et inversement.
    La nuit est le jour comme ayant décliné.
    Ce qui est vraiment n'est ni l'un ni l'autre, mais la coappartenance des deux,
    le milieu inapparent de l'un et de l'autre.
    (Heidegger, 1966 premier séminaire improvisé au Thor
    consacré à Parménide et à Héraclite)
  • Drôles de drames

     

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    Deux disparitions le même jour. Hier après-midi l'une des drôles de dames, celle que je préférai bien sûr, s'est envolée.  Charly, je peux vous l'avouer, c'était moi. Et juste avant minuit, heure française, France-info m'apprend que Bambi a eu une crise cardiaque. Cinq minutes plus tard, le journaliste annonce sa mort au conditionnel. Puis au présent.
    Je n'ai pas envie de me relever pour tapoter quelques mots sur ce blog. Le sommeil l'emporte. Pourtant je me dis que ces deux-là vont faire faire la une des gazettes. Que bien sûr la mort du premier noir à avoir dansé sur la lune va occuper le devant de l'affiche au détriment de la vraie blonde. Juste avant d'être emporté par Morphée, je me suis dis que les quolibets allaient pleuvoir sur le premier artiste global privé d'enfance par un papa dictateur.
    Et ce matin, je me suis branché sur toutes les radios jusqu'au moment où, sur France Inter, Alain Finkielkraut se demandait bravement pourquoi "de Tokyo à Londres, tant de gens allaient être affectés par sa mort."
    Oui pourquoi? Le philosophe ne préfère pas se demander comment un jeune enfant noir est devenu une sorte de Fred Astaire planétaire en défiant les lois de la pesanteur, en renouvellant la chorégraphie instituée par un James Brown, l'écriture des vidéos-clip, en devenant le premier chanteur noir à être accepté par toute la planète. Il en est même devenu blanc de peau ne voulant plus être un noir, contrairement à Nougaro.
    Un inventeur, un travailleur acharné, un petit génie de la scène devenu roi de la pop. Rien que ça.
    Cracher sur sa tombe tient du superflu. Mieux vaut s'interroger sur l'essentiel, le secret de son génie.
    La peur d'une biographie ajoute une crainte à la mort (Oscar Wilde).
    J'attends avec impatience celle écrite par mon ami Olivier Cachin sur le petit Jackson qui avait toujours refusé de grandir.

     

     

  • BT marabout et grosses ficelles

     

     

    Cher docteur BT, cela fait cinq ans que ma femme et moi gérons notre couple de notre mieux. Depuis la crise financière nous n'avons plus de désir. Que faire ?

    Je vous propose d'écouter (en boucle) la chronique boursière sur France Info.

    Pensez vous, docteur BT, que ma rencontre amoureuse puis une vie commune de vingt ans a fait place après divorce de ma part à l'abandon (mon ex épouse est partie du domicile plusieurs années en vivant avec ma fille déjà fiancée).. De sa part elle ne voulait plus de dépendance. Aujourd'hui j'ai peur de trop souffrir en vieillissant. Pourtant nous étions parti sans calcul.

    Bigre! Je suis marabout et non docteur. Votre affaire me semble bien compliquée. J'ai un peu de mal à comprendre qui couche avec qui là. Quoiqu'il en soit, si vous disposez d'un ordinateur bien équipé, je vous conseille de cliquer sur "calculatrice" puis de compter avec vos dix doigts votre pourcentage de dépendance au vieillissement. En cas d'échec, je vous recommande d'habiter au sommet d'une tour HLM et ensuite de sauter du balcon; un dimanche matin et de très bonne heure afin de ne pas blesser quelqu'un.

    Jolie quadra, je ne vis que des aventures sans lendemain..ne croyez-vous pas que les hommes ont changé et que le couple ne les intéresse plus ?

    Ne remettez plus à demain ce que vous devez faire impérativement le surlendemain ! Et puis, tout à fait entre-nous, il faut bien que les hommes (se) changent pour que rien ne change.

    Bonjour,
    Depuis plusieurs années j'aime une collèque de travail, mariée comme moi et ayant des enfants. Elle m'a avoué un jour qu'elle n'aimait pas son mari, âgé de 13 ans de plus qu'elle. Elle m'a déclaré son amour mais refuse des relations sexuelles avec moi. J'ai décidé de ne plus la revoir mais elle continue à me rappeler. Que faire docteur love marabout BT?

    Téléphonez à votre agence EDF et demandez leur de couper le courant !

    Cher BT, je suis célibataire depuis trois ans et pourtant je suis parfaite. Alors, la faute à qui?

    Vous devriez en parler avec votre père.

    Toutes mes amies sont mariées et moi je vis seule. Rencontrer quelqu'un est-il un facteur chance ?

    Faites vous embaucher à la Poste, vous verrez bien !

    Dans "A la recherche du temps perdu", Proust dit souvent qu'il faut feindre l'indifférence à l'égard d'une jolie femme pour que cette personne s'attache à nous. Qu'en pensez-vous?

    "Laissez les jolies femmes aux hommes sans imagination" et abonnez-vous sans tarder au magazine des retraités de l'amour : "Le temps retrouvé".

    Doc BT, je soupçonne ma main droite de me faire quelques infidèlités. Que dois-je faire?

    Adhérez au PS et votez pour votre main gauche!

    Bonjour ! Le célibat, dit-on, se résumerait à une trop grande exigence sur le/la partenaire souhaité(e) et/ou une trop grande place laissée à sa carrière professionnelle et/ou l'existence de barrières personnelles ?...Et lorsqu'on a quelques idées sur l'homme/ la femme qu'on désire sans cahier des charges imposant (exemple : ne pas vouloir d'un conjoint colérique et autoritaire car son propre père l'était), que le boulot ne prend pas autant de place dans sa vie et qu'on a fait une thérapie de plusieurs années ayant "guérie" ses plus grandes névroses ?
    Bref je connais des personnes, hommes et femmes, ayant du mal à rencontrer (j'en fais partie) car c'est tout simplement difficile de se rencontrer physiquement !
    Lorsqu'on sort dans les bars on ne s'accoste pas forcément chacun étant avec son groupe, tout le monde n'est pas friands des sites de rencontres, le stock d'amis est souvent épuisé, lorsqu'on travaille dans un milieu très féminin en tant que femme ou masculin en tant qu'homme la rencontre avec le sexe opposé est très difficile également...de faux prétextes me direz-vous ?
    Merci de votre réponse ! Marie

    Heu...Marie, je vous suggère d'acheter un sextoy puis d'y glisser un peu de confiture dessus et enfin d'enculer les mouches avec.

    Monsieur BT, j'ai un blog comme vous et j'y raconte mes aventures sexuelles (C'est bon pour l'audimat ;).J'ai notamment raconté ma dernière aventure avec trois hommes qui m'ont fait jouir durant cinq heures. Je n'ai même pas honte. Est-ce normal?

    En amour, comme en cent, la notion de normalité est très personnelle. Si un jour les jeux Olympiques du sexe se déroulent en Afrique, je vous recommande vivement d'y participer. N'est-ce pas là l'essentiel ?

     

  • L'éventail céleste du temps

     

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    Nouvelle saison
    Les fruits sans boue, sans rosée ont tout leur goût
    Le Mistral souffle les bougies annonçant le retour de l'été
    Les herbacés portent les ferments de sa grandeur
    C'est le retour des arômes frais
    Chantant comme un bouquet de thym.
    Le moment est venu de grandir, braver, oser (Colette)
    De raconter l'aube retrouvée
    Cet amour de l'harmonie familière et quotidienne
    La capacité d'être satisfait et heureux de cette répétition toujours neuve
    De ce qui fait le charme du passage du temps:
    Regarder, se promener, construire, lire,
    Se mettre à table dehors sur la terrasse
    Entouré de visages chers
    Parler, se rencontrer, s'aimer, être amis.
    Penser à ceux qui,
    de cette harmonie,
    sont exclus.
    (Photo Jean-Yo des bois)

     

     

  • Un pays de silence

     

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    Photo Mélie
    Un pays où coulent lentement le goudron, les graviers cousus d'herbes folles,
    la voie royale qui ignore les aboiements des pneus,
    les papiers gras, les gares qui mettent les cygnes sur le bon rail.
    C'était la ruée d'une poignée de sauvages venus des quatre coins de partout.
    France se demandait si tous savaient tendre une oreille immobile
    le soir autour de la table ronde.
    Prenant le pouls du chevaleresque.
    Du convivial sous roche.
    Au bord du pays de silence l'on sentait un petit froid
    quand, à la fin de la promenade,
    la choralité qui avait fraternellement réunit l'équipée s'était défaite;
    l'amitié restera mais cette constellation et son atmosphère ne se reproduiront pas.
    Désagrégation d'un moment comme la forme des nuages
    dont les yeux lumineux ignorent la peur du lendemain
    mais flirtent d'un peu trop près avec la mélancolie.

     

     

  • Solène et Yann G. pour le meilleur

    Mes chéris,

    Depuis ce 5 juin, je n'ai eu de cesse de penser à votre union. Celle que vous avez scellée en la mairie du 19ème arrondissement de la capitale. J'ai beaucoup songé, depuis, aux sourires que vous avez échangé avec les vôtres. L'automatisme du rire est implacable. Vous savez combien je me méfie de ceux qui évitent le rire et refusent son ouverture.

    J'ai aimé cette cérémonie parce qu'elle coulait de source. Cela fait plus de dix ans que je partage avec vous des moments forts et exquis. Elégants comme ton costume, Yann. Légers comme ta robe somptueuse, Solène. Il était donc devenu urgent d'inscrire la beauté de votre relation sur un livre officiel.

     

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    J'ai laissé glisser une ou deux larmes dans le parc des Buttes Chaumont quand j'ai vu couler celles de ton oncle, Yann. Comment, en effet, ne pas penser à ton cousin disparu trop tôt à ce moment si particulier qui construit les bases d'une existence. Je me souviendrai surtout de la promenade qui a suivi dans le parc. De ce moment précis que j'ai figé autour de l'arbre.

     

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    Et des mots que j'ai ensuite échangé avec Solène. Je me souviendrai, enfin, de ces deux jours de partages en Bourgogne. Une fête authentique. Quelquechose d'assez proche du bonheur dont vous êtes les infatigables artisans.

    Vous êtes formidables (pour la rime avec infatigables).

    Indispensables à mon équilibre.

     

  • Tel père, tel fils ;)

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    Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,

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    Mais, dans l'œil du vieillard, on voit de la lumière.

    Victor Hugo

    (Photo Chloë)


  • Les mots en queue de poison

     

    Un mot entraîne l'autre dit la sagesse populaire.

    Et si je ne suis pas sage la machine s'enraye comme dans la pièce de Nathalie Sarraute: "Pour un oui, pour un non".

    Il suffit d'un mot, d'une phrase suspendue à deux pinces composées de trois petits points.

    "C'est... bien...ça !"

    Dans la pièce de madame Sarraute, donc, tout son théâtre repose sur l'examen narquois de l'infime dans le vocabulaire.

    Je me souviens d'avoir apprécié chaque petite goutte de poison distillé grâce à cette belle machinerie verbale. Sami Frey et François Balmer en étaient les protagonistes.

    J'avais raté la même avec Jean-Louis Trintignant et André Dussolier. Peu importe. Il s'agit d'un identique grain de sable qui provoque toujours une montagne de malentendus entre deux amis.  Durant toute la pièce, ils vont tenter de dissiper le quiproquo qui les a séparés. Il est né d'un léger accent, sans doute ironique. Au premier qui avait bénéficié d'un honneur quelconque - un voyage en Amérique du Sud pour une brochette d'écrivains - le second s'était borné à répondre par : C'est...bien...ça !

    Les spectateurs prennaient parti pour l'un et l'autre, et inversement, d'une minute l'autre. Tout ça pour presque rien. Un compliment, en tout cas, mal interprêté. Une amitié de vingt ans remise en question pour une faute à peine verbalisée.

    Le second a juste installé entre chaque mot un suspens mal enregistré par le radar d'un hypersensible qui y avait distingué beaucoup de mépris.

    A tord ou à raison, quelle importance?

    Ce n'est qu'un prétexte pour un réglement de comptes avec soi-même.

    Il éclate souvent au nez des menteurs que nous sommes.

    Que je suis surtout, prompt à jouer la comédie humaine (et pas des sentiments, je précise) sans perdre de vue mon implacable intérêt.

     

  • Le Barça, enfin

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    Gracias les petits (AFP)

    451dca4fbe2ced9c26e451381541ab6a.jpg
    (AFP)

    Thierry Henry, collectionneur de victoires...
    Ce soir, il devient le joueur français le plus titré depuis Zidane et Kopa.