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jean ferrat

  • Journal d'un homme de chambre

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    Que la montagne est belle...


    Chambre 1 :
    Un couple de volumineuses allemandes. Visiblement lesbiennes depuis la mort de Fassbinder. Celle qui dort côté fenêtre vient d'entamer la lecture d'un pavé : "Les secrets du Da Vinci code".
    Elles sont montées ce matin à la grotte à la recherche d'indices sur la vie de Marie Madeleine.
    Inquiètes, tout de même, au sujet de la montée. Combien d'heures l'ascension ?
    - 35 minutes madame...Enfin, quarante cinq pour vous.


    Chambre 2 :
    Une canadienne de Toronto plutôt mince. La cinquantaine aussi arrogante qu'élégante. Dès son arrivée elle avait prévenu. Je souffre d'une intolérance au gluten...
    Un peu plus tard ses compagnons de voyage ont pu constater qu'elle aimait recevoir un régime de faveur envers sa petite personne. Durant le repas du soir, elle s'est beaucoup employée à séduire les hommes de la table d'hôtes. Insensible aux tirs de missiles lancés par les épouses. Sur son meuble de chevet trône un livre, "L'amour par les chiffres" et sur le lavabo, juste à côté du verre pour brosses à dents, une petite boite de valium.


    Chambre 3 :
    Un madrilène fagoté comme un ambassadeur, sorte de Don Quichote sans monture. Un ancien industriel qui n'a jamais pu parvenir au sommet de la dynastie familiale. Ce qui ne l'empêche pas de réclamer du Monsieur le comte !
    Au dîner, il tente d'accaparer les conversations allant jusqu'à se fâcher avec la dame de la deux.



    Chambre 4 :
    Le notaire et madame. Enfin, madame peut-être... et sans gaine. Elle affiche vingt ans de moins que lui et le sourire des maîtresses jusqu'ici satisfaites de leur sort. Elle offre aux regards un vaste balcon. Celui qui en dit plus long que les discours de théologiens. Ces deux-là sont toujours les bienvenus dans les hôtels pour couples adultères où les bosquets sont pleins de courtisans pour prince sans royaume qui se reboutonnent à la hâte. Il n'est peut-être pas recommandé d'y traîner les enfants. Le notaire est un brin satisfait de lui mais jamais ennuyeux en conversation tous terrains constructibles, forcément constructibles.


    Chambre 5 :
    Ils ont largement dépassé la soixantaine, viennent de l'Ardèche. De Lachapelle-Graillouse. S'aiment depuis quarante ans sans jamais s'être castagnés. Beaux et tristes, ils sont atterrés par la mort brutale de leur voisin de coeur et de châtaigniers. Se ressassent ensemble toutes les chansons d'Aragon. Et pleurent silencieusement de concert en écoutant celle-ci :



    J'arrive où je suis étranger

  • La montagne n'est plus

    Ma môme et moi, c'est peu dire que l'on t'aimait...

     

     

     

    "Vivre sa vie" Jean-Luc Godard.