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sainte baume

  • Surface de réparation

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    Comment mettre des mots autour d'un silence qui brûle.
    Je dois parler d'inquiétude entre feu et glace
    Et n'y parviens pas.
    Je regarde le bébé phoque qui roupille sur le divan.
    Son inconscient est enrobé de blanc et d'une ombre de bonté.
    Il soutient mon espoir d'une acalmie entre ses pattes. 
    Quelque part me semble étranger
    Chacun devient une ombre sans nom
    Fantôme gris de faim.
    Le silence se brisa en morceaux de verres
    Sur le faîte de mon toit.
    Il me fait les yeux doux pour endormir ma colère.
    Dans l'oeil de mon fils la lumière fait le tri
    Pour des jours meilleurs, toujours.
    Dans le coeur de mon oeil
    Rôde la bête vorace des forêts primitives. 

  • Charnelle N° 5

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    Photo Jeanloup Sieff
     
    Je sais ce que vont penser ceux qui ont l'habitude de mettre la main à la pâte: Il y a des coups de pieds occultes qui se perdent. Hé bien, je dis non, en tirant la sornette d'alarme. La sentence, l'apophtegme, l'aphorisme, ces vieilles ficelles des sophistes que Platon déjà dénonçait, constituent l'engrais artificiel du discours. Et je crie haut et fort que "Tout bonheur que la main n'atteint pas n'est qu'un rêve."
    Comment passer sous les fourches de Claudine à l'école du vice et de la vertu? C'est ce que je me demandais tout à l'heure entre la poire et le boursin aux fines herbes.

    "Ce ne sont pas les mauvaises herbes qui étouffent le bon grain, c'est l'ivresse du cultivateur." me disait souvent le père Shalimar de guerre lasse. Tant va la cruche à l'eau de source de ses pauvres souffrances, je bois du petit lait.

    Pour aller de l'avant, la France a besoin d'une nouvelle renaissance de l'agriculture, de Rafales qui se vendent comme des petits pains au chocolat, de l'établissement de nouveaux rapports z'humains. Rats des villes, cochons d'payants des campagnes, "Nous" devons "nous" z'ouvrir au monde. Et je n'irai pas par quatre chemins : "Mignonne, allons voir au Tchad si ça sent la rose populaire et démocratique !"

    Poursuivons nos efforts de réduction de la surfiscalité de l'impôt sur le revenu de la tendresse bordel. "Nous" voulons avancer concrètement sur des z'obectifs immédiats. Prêchons le faux pour savoir levrette. Ne mettons pas la faucille et le marteau avant l'enclume des jours. Multiplions les tours de passe rue Blondel. Il ne faut pas que, seules, les Bouches du Rhône s'ouvrent. L'Alsace et la Lorraine bancale aussi.

    Lacan me disait l'autre jour au bar de la narine: "Petit, l'humour, c'est vouloir donner des jeux mots à quelqu'un qui n'en veut pas." Vexé, j'ai reprisé mon bâton de berger puis j'ai bigophonné à Omar Bridoux. Le con, il m'a tuer : " Le temps est venu de retourner aux catacombes, de se livrer à la contrition en actes et se muer en groupes de flagellants qui se jettent la pierre mutuellement." Voilà un programme honorable de lapin, que j'ai rétorqué. Y mettre le doigt en toute franchise devrait entraîner un glissement progressif du plaisir de la base au sommet. La patemouille de l'obéissance, ça suffit ! Elle a donné pendant trop longtemps un pli vertical qu'une horizontalité admise pas tous devrait peu à peu rectifier.

    J'abats mon je. Le "Nous" est fourbe, il date de l'Homo politicus. Les temps changent ? Non. Chaque régime possède son écriture et son discours visant à maintenir "l'ordre". De plus, ces régimes pour bananes consentantes disposent aujourd'hui de la télévision...

    Je partage l'avis de Jean-Luc Godard dans "Allemagne, année zéro" lorsqu'il cite ironiquement Marx devant la chute du mur de Berlin: "Ce sont les masses qui font l'Histoire." La suffisance est la chose au monde la mieux partagée. Brisons net l'ignoble enchantement qu'elle diffuse. 

     
  • Échardes dans la langue des bois

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    "Nous sommes trop vêtus de villes et de murs. Nous avons trop l'habitude de nous voir sous notre forme antinaturelle...Nous ne savons plus que nous sommes des animaux libres..." Jean Giono 

    Nous revenons par le chemin qui longe la lisière de la forêt. La chienne jappe en direction de "notre" passage secret. Une muraille de buissons, de ronces, de pommiers nains et sauvages aux pointes acérées, de maigres chênes et de pins. L'endroit est quelque peu marécageux. Réceptacle des eaux qui s'écoulent du flanc de la montagne, ce porc de l'angoisse est parfois transformé en souille voire en bauge. Perle insiste pour que j'entre en rampant dans ce lieu giboyeux. Elle m'incite à faire le pied: "Allons au rembuchement" qu'elle me dit avec ses yeux. Je distingue quelques traces d'essais sur l'écorce d'un chêne situé à l'entrée de ce bourbier. Une encoche récente ? La plaie laissée par les défenses du solitaire que j'aperçois parfois traversant le plateau à bon train est profonde. La bête pèse plus de cent kilos. Un quintanier sans aucun doute. J'hésite. La chasse au gros gibier est fermée donc la bête se pense au calme. Nous entrons. Charles pénêtre le premier. La reine Perle suit. Nulle trace de sanglier. Quelques boutis aux pieds des chênes. Le boutoir du groin a transformé la zone en gruyère. Les arnottes sont cuites depuis plusieurs jours.

    Le passage est large comme la bête. Moins haut que Charles. Je prends un bain de boue. J'en ai partout, sur les mains, le visage, les genoux. Je ne vois plus la fin de ce tunnel. La toile de parachute de mon parka résiste bien aux ronces. Où sont les chiens ? Silence total. Je tends l'oreille, attentif au moindre claquement de mâchoires. Le sanglier, quand il est au ferme, bref, lorsqu'il doit faire face aux chiens, émet ce bruit de dents caractéristique pour annoncer la charge.

    J'imagine soudain le pire. Il ne ferait qu'une bouchée du grand Charles dans ce labyrinthe. Il n'y qu'une entrée et qu'une seule sortie. Mieux vaut ne pas le rencontrer. Perle revient vers moi en haletant. Comme pour m'encourager à ramper de plus belle. Elle a senti le piège. J'entends le clapotis des pattes de Charles. Il n'est pas très loin. Perle me fixe sans indulgence: "Allez, avance ! Il faut sortir de là au plus vite!"

    Je songe au chien de Jean-Claude éventré ici même l'année dernière. Il a fallu rassembler les intestins de son chef de meute répandus sur plus d'une dizaine de mètres. L'sanguier (dialecte morvandiau) ne sait même pas que je suis incapable de tirer avec un fusil sur un quadrupède sauvage. Et sur un animal à deux jambes ? Oui, sans hésiter, si d'aventure...